DIAGNOSTIC DES KYSTES DE L'OVAIRE
doiile, on aiirail encore les caractères du liquide, après la ponction, pour éclairer le diagnostic ; et enfin si le liquide lui-môme était insuffisant, les phénomènes produits par l'injection iodée apprendraient, d'une manière certaine, s'il y a hydropisie enkystée compliquée d'ascitc; d'autre part, que la ponction soit faite au hasard, pour un kyste ou pour une ascite, si le ventre conserve un certain volume après la ponction, on peut reconnaître l'état des choses. En effet, "si le kyste a été ponctionné et vidé, l'ascite reste ; si c'est le liquide de celle-ci qui est évacué, le kyste, débarrassé du liquide qui l'entoure, apparaît dans toute son étendue et avec tous ses caractères particuliers ; dans l'un comme dans l'autre cas, la ponction est donc quelquefois nécessaire pour assurer le diagnostic. Presque toujours dans les cas où il existe un kyste compliqué d'ascite, les membres inférieurs sont infiltrés, les parois du ventre œdématiées et l'état général de la santé, dans de mauvaises conditions. Parmi plusieurs faits de ce genre que j'ai observés^ je citerai le suivant.
Une jeune dame, qui aujourd'hui jouit d'une excellente santé, portait depuis longtemps une tumeur dans le ventre ; les renseignements qu'elle donnait et l'ensemble des symptômes, se rapportaient parfaitement à une hydropisie de l'ovaire. Son médecin habituel, M. O'Rorke, avait l'ait appeler M. le professeur Malgaigne pour l'opérer. La ponction n'avait vidé qu'incomplètement le ventre et l'injection iodée qui avait été pratiquée avait été excessivement douloureuse, et avait amené des suites qui retinrent la malade au lit pendant plusieurs semaines, preuve qu'il y avait eu péritonite, due à l'injection iodée poussée dans le péritoine; appelé à donner des soins à cette malade par M. O'Rorke, qui déjà avait assisté à la première ponction, pratiquée à gauche, je fis les remarques suivantes : le ventre était très-volumineux, et plus gros qu'aune grossesse à terme; prévenu de ce qui avait eu lieu lors de la première opération, je n'hésitai pas, on l'aison des douleurs que la malade avait éprouvées au moment de l'injection iodée, à dire qu'il devait
TllAlTIî PHATIQUI'. DES MALADIES DES UVAlllES.
y avoir imo ascilc, ce qui l'uL élabli par les signes suivauls : la malade élanl couchée sur le dos, on ne percevait aucune sonorité dans les flancs, et cette sonorité était à peine sensible dans l'espace compris entre l'ombilic et le creux épigaslrique ; si l'on Taisait coucher alternativement la malade sur le côté dioit et sur le côté gauche, le liquide se déplaçait, et la percussion donnait à gauche de la sonorité, tandis ([u'à droite il existait une matité trés-prononcée ; il y avait aussi un commencement d'infiltration des membres inférieurs; ces signes m'indiquaient donc qu'il y avait d'abord une ascilo. La matité qu'on trouvait à droite et qui ne se déplaçait pas, quelle que lût la position donnée il la malade, apprenait qu'il existait dans ce p«int une tumeur, que la percussion faisait reconnaître fluctuante, et d'ailleurs les l'enseignements fournis par la malade, qui affirmait que son ventre avait commencé à grossir du côté droit, ne pouvaient laisser aucun doute ; il y avait donc une ascite consécutive à un kyste de l'ovaire. D'un aulre côté, lorsque la malade était couchée sur le dos, en déprimant fortement le ventre pour déplacer le liquide de l'ascife, on sentait très-distinctement, qu'il y avait une tumeur assez volumineuse, située plus profondément du côté droit. Je commençai par débarasser le péritoine du liquide qu'il contenait ; puis le kyste de l'ovaire étant devenu trésai)parent, je le ponctionnai à son tour, du côté droit, et l'injectai do teinture d'iode; ce kyste étant revenu sur lui-même, le ventre s"est trouvé complètement vide ; la guéi'ison a été obtenue après quatre ponctions et autant d'injections iodées, et l'ascite ne s'est pas reproduite.
Un des cns les plus remarquables que j'aie observés dans ce genre, c'est celui d'une vieille femme de 77 ans, que j'ai opérée avec le docteur Tigcr ; elle était afrcclée d'une ascite considérable et de deux kysles inégaux en volume, l'un à droite, l'autre à gauclie. Après la ponction et l'injection plusieurs fois répétées de ces kystes, l'ascite a disparu, et cette malade guérie, a pu prolonger son existence jusqu'à 83 ans. Les signes qui servent à faire reconnaître l'ascite, doivent donc être étudiés avec soin, quand cette maladie existe en même temps qu'un kyste de l'ovaire.
D'autres fois ce sont des tumeurs fibreuses et l'ascilc (pii viennent ensemble compliquer les kystes de l'ovaire;
niACNnSTIC DES KVSTrS DE L'OVAIHE. Ifif)
(hiiis ces cas, les méprises sont encore faciles à commettre, et les kystes de l'ovaire, pris pour des tumeurs libreuses, sont souvent méconnus. Ici, la palpation et la percussion ont une grande importance, car si la dernière fait reconnaître la présence et le siège du liquide, la première indique en pressant assez fortement les parois de l'abdomen, qu'il existe derrière le liquide des tumeurs plus ou moins dures, plus ou moins élastiques ; mais dans ces cas, le meilleur moyen de s'éclairer est de faire une ponction, pour enlever le liquide ascitique toujours facile à reconnaître, alors il devient plus facile, en se souvenant des signes particuliers qu'offrent les kystes et les tumeurs fibreuses, de diagnostiquer ces tumeurs entre elles. D'ailleurs, dans ces cas compliqués, on remarque souvent un mauvais état de la santé générale et de loutes les fonctions.
Plusieurs maladies peuvent encore être prises pour des kystes de l'ovaire. Nous allons en parler en trailant du diagnostic différentiel.