TRAITÉ PHATIOUE DES MALADIES DES OVAIRES
ne présente pas de mobilité ; ici on pourrait croire encore à la proéminence à travers le col effacé de la poche des eaux.
Le toucher vaginal et l'examen des parties génitales, faits avec soin, serviront à établir le diagnostic, de même que la manière intermittente dont se développe le ventre. L'augmentation du ventre, dans le cas de rétention du sang dans la cavité ulérine, se fait d'une manière intermittente, augmentant beaucoup à chaque époque menstruelle, et diminuant peu à peu dans les intervalles. En résumé, nous croyons qu'avec un peu d'attention, en tenant compte surtout de cet accroissement intermittent de l'abdomen, des douleurs énormes que la femme supporte à chaque époque menstruelle, du toucher pratiqué avec soin et de l'examen des parties génilales, on peut arriver à un diagnostic exact et facile.
A. Paré [OEuvres, t. II, XVIIP livre, p. 750, Histoire mémorable de Jean de Wier) rapporte un exemple remarquable d'une rétention des règles, prise pour une grossesse.
Jean Wier, médecin du duc de Clèves, dit qu'il y avait une fille en Chambourg, laquelle avait une toye Ibrte et dure, nommée hymen, qui prohiboit que lorsque ses menstrues lui suruindrent, ne peurent esire vacuées, à raison de l'empeschement de cette membrane ; et pour la regurgilalion du sang qui remontait en haut, auoit le ventre fort enflé et tendu, et auoit de grandes et extrêmes douleurs, connue si elle eus! deu enfanter. Alors les matrones furent mandées, lesquelles la veirent avoir le ventre ainsi dur et tendu et les douleurs si extrêmes, que d'nu commun accord, disoient qu'elle estoit grosse d'enfant encore que la pauvre fille leur contredist avecque grands serments, et afllnnast n'avoir iamais eu connoissance d'hommes; et dit qu'il fut appelé, lorsque les femmes ne lui pouuoient plus rien faire et qu'elles en désespéroient à raison des douleurs insupportables, lesquelles avoient desia duré trois semaines, sans luy donner repos ne ionr ne nuit, avec quelque suppression d'vrine, veilles perpétuelles et ])erte d'appétit.
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Promplement qu'il lut arrivé, il reconnut la partie malade, où il trouva l'orifice du col de la matrice clos et esloupé par une taye, tellement qu'il n'en pouuoit rien sortir; et s'enquit de son aage qui était de vingt et vn an, et que iamais n'avait ev ses fleurs ; lors connut ceste tumeur, ne procéder sinon d'vne subite descharge et fluxion de sang vers la région de l'utérus et vaisseaux d'iceluy ; parquoy appela un chirurgien et lui commanda faire une ouverture à ladite taye, et peu à peu en sortit bien huit liures de sang coagulé, noir et jà commencé à se pourrir; et l'euacualion faite, trois iours après fut de tout guarie.
On trouve dans Smellie, Observations sur les accoucliements, t. H, p. 18, l'observation suivante du docteur Macauley :
11 y a environ sept ans qu'on me pria de voir une fille âgée pour lors de 10 ans, à peu près, je la pris pour une jeune femme, d'autant plus qu'elle était très-bien formée, et qu'elle paraissait avoir les mamelles fort gonflées; elle se plaignait de souffrir considérablement et ne pouvait du tout rendre ses urines. Comme elle avait le ventre gros, le pouls fiévreux, et que les douleurs dont elle se plaignait ressemblaient exactement à celles des femmes en travail d'enfant, j'ordonnai qu'on la saignât, qu'on lui donnât un lavement, etc.
Le lendemain, sa mère me mit mieux au fait de l'état de sa maladie, ot me dit que depuis quelques mois cette jeune fille se plaignait, cependant par intervalle ; elle ajouta que, pour le présent, il se manifeslait dans les parties basses quelque chose qui paraissait chercher uno issue. Sur cette information, j'examinai superficiellement la malade, parce qu'on était venu me chercher; je trouvai le ventre fort distendu, et, à l'entrée du vagin, une résistance que je pris pour la poche des eaux, ce qui me fit annoncer que la fi;mme était en travail, et jo la quittai, en disant que la nature terminerait en peu de temps sa maladie. J'y retournai quelque temps après, je trouvai les choses dans le même état; pendant trois heures rien n'avait avancé. En y refiéchissaiil, je demandai si elle avait toujours été bien réglée; la réponse fut négative; et examinant mieux, je reconnus la membrane hymen imperforée et poussée par des liquides. J'incisai alors avec un bistouri, et il s'écoula deux pintes environ d'un sang noir, épais ; à mesure que lo sang sortait, l'urine reprenait son cours. Cette opération fut suivie d'un prompt rétablissement, et six mois après elle fut mariée.
11 est certains kystes tubo-ovariens, qui ont été confondus, soit avec une grossesse, soit avec un engorgement
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clironiquo de l'ulôrus. Scliinill on rapporlo une ohsorvalion qu'il a inlilulée signes de grossesse avec épaississcment et dilalalion du segmenl inférieur de la matrice (Iraducl. de StoUz ; Recueil iP observations sur les cas de ijrossesses douleiises. Strasbourg, 1 829), et qui, selon nous, n'est autre chose qu'un kyste de l'ovaire, communiquant avec l'utérus par la trompe de Fallope, dilatée. Voici cette observation que nous trouvons dans la thèse de M. le docteur Villebrun, 1865.
Une femme de 40 ans, riche, passionnée, adonnée à l'oisivité et faisant bonne chère, d'une forte constitution, à cheveux noirs, yeux gris, peau rude et jaune, maigre et atrabilaire, qui avait accouché quatre fois régulièrement, et avait fait en dernier lieu un avortement, se crut enceinte lorsque, cinq ans après, elle vit manquer une fois ses règles. Elle en doula d'autant moins que toutes ses grossesses précédentes s'étaient annoncées [lar la suppression de cette évacuation. Elle fut assez étonnée de voir s'établir, dans le courant du mois suivant, un écoulement assez abondant de sang décolort' et séreux. Craignant d'avorter, elle me lit appeler aussitôt. Quelque temps après, l'écoulement cessa, mais il reparut au bout de trois semaines et de même dans la suite, seulement il était plus abondant et se manifestait d'une manière plus irrégulière. Cet écoulement était accompagné de douleurs dans la n'»gion sacrée, et, quelques jours avant et après, elle ressentait une pesanteur désagréable dans le bassin, comme si la matrice avait voulu s'échapper, surtout quand elle marchait.
Pendant que le sang coulait, elle était abattue, impressionnable; elle prenait un extérieur maladif, le sommeil était interrompu, et elle avait des agitations avec des congestions vers la tête. La région hypogastrique s'éleva, les mamelles se tumélièrent, et, après quelques mois, la femme assura qu'elle ressentait les mouvements de l'entant.
Je ne doutais pas alors de l'existence de la grossesse ; je craignais seulement, à chaque retour de l'écoulement sanguin, un avortement. Le volume du ventre s'accrut de jour en jour, les mouvements de l'enfant devinrent plus prononcés, d'après le dire de la femme. Cependant, ajouta-t-elle, ils ne sont pas si forts, si fréquents, ni de la même espèce (|ue dans mes grossesses précédentes.
Elle était si loin de douter qu'elle fût grosse, qu'elle engagea une bonne d'enfants, fil pro|taroi' les langes et a ver! il une sage-femme. On
lilAGNOSTiC iJlFFKREÎNTItL DES KYSTES DE LUVAllIE. 181»
ne l'oiiiarquait rien d cxli aortlinairc chez elle, sinon que levenLre s affaissait chaque fois sensiblement quand elle avait perle, et (|ue, dans les derniers mois, elle eut tous les huit jours une diarrhée spontanée et sans coliques. Au huitième mois de sa grossesse supiîosée, je lui lis une visite; le peu de volume de l'abdomen, qui n'était nullement on rapport avec l'époque où elle croyait être arrivée, tixa de suite mon attention. Je ne pus remettre plus longtemps un examen complet ; je l'entrepris la femme étant couchée.
Le bas-ventre était médiocrement élevé, sans tension extraordinaire, du reste, ayant la même l'orme que celui d'une l'emme enceinte ; mais lorsqu'on le pressait fortement, on trouvait qu'il ne contenait rien de semblable à la matrice développée. Par le vagin, je trouvai le segment inférieur de la matrice dilaté, arrondi, ferme, mais avec cela élastique, comme lorsqu'on touche une substance caverneuse, conique. Le col proprement dit était eli'acé; il se terminait en pointe dans le museau de tanche, ce dernier était à peine marqué par un rebord circulaire ; un petit enfoncement lenticulaire à son milieu représentait l'orifice externe. Le tout était dirigé à droite, mais, ni par l'exploration ventrale, ni par l'exploration abdominale, je n'ai pu trouver une trace de fœtus, ni d'un autre corps étranger.
Celte forme particulière de l'utérus me donna quelques inquiétudes. En admettant l'existence de la grossesse, à la vérité la plus vraisemblable de toutes, on ne pouvait concevoir cet état spongieux et élastique du segment inférieur, que par l'implantation du placenta sur l'orilice. En admettant qu'il n'y avait pas grossesse, il fallait croire à une maladie organique de l'utérus, ou à l'existence d'un corps étranger dans la cavité ; cependant l'un et l'autre de ces deux états étaient contredits par l'absence d'autres symptômes qui manquent rarement dans ces cas."
Après un mois, je fis une seconde exploration. Le bas-ventre était alors plus mou encore, et seulement dans la région iliaque gauche, oii se trouvait probablemenl le fond de Cutérus, plus plein et douloureux il la pression. Le museau de tanche était toujours dirigé à droite, fermé mais i)Ius marqué; le col se reformait aussi et reprenait sa ligure ordinaire, de même que le segment inférieur de l'utérus, qui était moins dur et moins tuméfié. La malade dit que les mouvements du fœtus étaient plus rares, plus faibles et moins distincts. Je n'hésitai pas alors à la déclarer non enceinte, d'autant mieux qu'elle n'était pas incommodée du reste et qu'elle avait repris de l'embonpoint. La suite confirma pleinement ce jugement et on ne pensa plus à une grossesse.
Je suis tenté de croire que dans cé cas il y a eu un engorgement chronique de l'utérus.
m TRAITÉ PRATIQUE DES MALADIES DES OVAIRES.
Il nous est dinicilc de partager l'opinion dcSchmilt; et les symptômes éprouves par sa malade qui était très-hystérique, tols que l'affaissement sensible du ventre à eliaque perte qu'elle éprouvait, le placement prétendu du fond de l'utérus dans la région iliaque gauche, le col de l'utérus étant dirigé à droite, l'écoulement de sang décoloré et séreux, tout nous dispose à admettre que celte malade, arrivée à son âge critique, avait eu un kyste de l'ovaire avec communication dans l'utérus par la trompe, communication qui permettait delemps en temps au kyste de se vider, comme il arrive chez les femmes qui ont des kystes tubo-ovariens.
Môle et hydatfdes de i/ utérus, — La môle et les hydalides de l'utérus, n'étant le plus souvent que des produits de conception dénaturés, font naître les mômes phénomènes que la grossesse proprement dite, et peuvent également être pris pour un kyste de l'ovaire; il faut donc avant de se prononcer ne négliger aucun des moyens d'exploration, ainsi que le montrent les faits suivants.
Une primipare de 21 ans, se disant enceinte de sept mois, pour n'avoir pas eu ses règles depuis cette époque, et sentir les mouvements de sou enfant distinctement, se présenta à M. Ley, à cause d'un malaise qu'elle éprouvait et un léger écoulement de sang provenant de l'ulél'us, que des injections astringentes suffirent à faire cesser immédiat enient. Mais, un mois après, le même accident ayant reparu, et cédé aux mêmes moyens, un examen s'ensuivit qui donna les résultats suivants:
Seins trés-volumineux, avec une aréole très-marquée autour du mamelon. L'abdomen était développé comme à huit mois de grossesse. Aucun battement cardiaque du fœtus ne put être perçu ; mais ayant souvent éprouvé ce désappointement, dit l'auteur, il n'en admit pas moins la grossesse, devant cette assurance positive de la femme qu'elle sentait remuer son enfant toutes les nuits, surtout en se mettant au li(, et souvent même dans la journée; qu'elle avait éprouvé beaucoup de maux de cœur, les quatre premiers mois, et que ses règles, jusque-là, avaient toujours été très-régulières auparavant.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DES KYSTES DE L'OVAIIiE. 191
Eli elTol, un mois après, il fut appelé pour i'accouclieineiil. La l'einiiic était plongée dans la prostration, par suite d'une abondante perte de sang. Douleurs vives, régulières, toutes les trois à quatre minutes, donnant lieu à un écoulement plus abondant de sang; au toucher, dilatation complète du col ; une masse pulpeuse se présentait, qui fit croire à une insertion du placenta sur le col, et il est de l'ait que les deux liémorrhagies antérieures venaient à l'appui. L'extrême abondance de l'écoulement du sang et la faiblesse du pouls commandaient d'agir sans délai. Introduisant la main dans l'utérus, pour l'aire la version et terminer l'accouchement aussi prompteraent que possible, M. Ley fut fort déçu de ne pas trouver le fœtus, mais une masse immense, pulpeuse, molle, dont une partie était déjà tombée dans le vagin. Elle fut bientôt expulsée en entier, par la continuation des contractions de l'utérus, comme dans l'accouchement naturel. C'était une masse immense d'acéphalocystes, comptant des milliers de vésicules entre elles, comme des grappes de raisin, avec une substance intermédiaire, analogue à celle du placenta. Aussitôt son expulsion, les douleurs et l'hémorrhagie cessèrent, l'utérus revint sur lui et donna un écoulement lochial, comme dans l'accouchement. La sécrétion laiteuse s'établit dés le troisième jour et fut très-abondante, sans la moindre dil'férence dans tous les symptômes de ceux de l'accouchement naturel. (Méd. Times, décembre.)
C'était donc là, dit M. Garnier, qui rapporte en fait dans ÏUnion médicale, page 129, 1867, un véritable accouchement... d'hydatides. Sans être nouveau, ce fait n'a pas beaucoup d'analogues, pour simuler aussi bien dans tous ses détails, et jusqu'à la fin, un accouchement réel; si l'accoucheur s'est montré crédule, qui n'en ferait autant, en l'absence d'accidents, et l'existence de tous les signes extérieurs indiquant la grossesse et fortifiant les assertions de la femme, qui probablement reposaient sur des sensations réelles? Car il existe de nombreux témoignages semblables, surtout dans les cas de môle ou d'hydatides. Aurait-il cherché à connaître la cause de l'écoulement sanguin au septième et au huitième mois, qu'il eut probablement conclu à l'insertion du placenta sur le col, et,
m rUMTE l'IlATIQUE DKS MALADIES IiliS OVAIllKS. en l'iibscncc d'accidcnls, l'cxpcclalioii clail de règle. Sun seul lorl csl de ne pas avoir assez lenu comple de l'absena'. des balleinenis cardiaques du fœlus, el ce fait monlre la valeur absolue de ce signe, sans lequel on no saurait alïirmei' sûrement la grossesse sous peine d'être démenti.
Voici un autre exemple detumeur liydalique, qui s'ouvrit dans l'inteslin, ce qui vint éclairer un diagnostic qui jusque-là était resté incertain.
En 1837, la dame d'un architecte, âgée de 28 ans, et ayant eu un accoucliement lieureux, vint me consulter pour une douleur qu'elle ressentait dans le côté gauche, au dessous des fausses côtes. En Texaniinant, je reconnus l'existence d'une tumeur globuleuse, non adiiérenle aux parois abdominales, médiocrement mobile, peu douloureuse à la pression, assez profondément située et du volume des deux poings. On pouvait croire à une grossesse extra-utérine, à une tumeur ovarique, à un rein mobile, ou à une accumulation de matières fécales. Mon ami, le professeur Nélaton, l'examina plusieurs fois avec moi, et jamais nous ne pûmes nous prononcer sur la nature de celte tumeur. Après un mois d"e.xamen attentif, nous n"étions pas plus avancés sur le diagnostic cp.ie le premier jour, lorsque la sortie par les selles de nombreux hydatiques, l'affaissement et la disparition de la tumeur, vinrent nous apprendre quelle était sa nature.
En voici encore un exemple remarquable que je Irouve dans la thèse de M. Villebrun, page 46, 186Ô {Des Fausses grossesses).
Louise, fille de R...; citoyen d'Arles, mariée jeune, d'une santé llorissante, se croyait enceinte. Ses règles étaient supprimées, elle avait des nausées, des vomissements, de l'anorexie et tous les autres phéitornènes qui se produisent ordinairement en pareilles occasions. Six ou huit mois après la conception, elle fut prise de grandes douleurs, et accoucha d'une masse membraneuse, formée de bulles aqueuses, connue des œufs de poissons. Ces bulles étaient gonflées, rondes, transparentes, pleines d'un liquide fluide, fétide, et répnidues en si grande abondance dans toute la membrane qui leur sert d'enveloppe, qu'il est difficile de s'en faire une idée exacte. Eu crevant les bulles avec un stylet, il en sortait un liquide fétide, de couleur jaune citron. Quoique très-mince, celle membrane tendue, enroulée sur elle-même, el rem-
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIRL DES KYSTES DE L'OVAlIiE. m
plie de ces bulles, ne laissait pas que d'oflVir une grande résislance.
Celte lenune mit au monde celte niasse, au milieu de très-graves symptômes. Elle eut des vomissements, des nausées, de fréquentes défaillances, de la fièvre, du délire, des mouvements conviilsifs et des étranglements de l'utérus Cependant, après une médication appropriée, elle recouvra la santé.
Hydrométrie. — Il est une autre affection qu'on rencontre très-rarement, et dont les signes et la marche se rapprochent beaucoup des môles ou hydatides de l'utérus, je veux parler de l'hydrométrie. Cette maladie a un développement ordinairement rapide, et forme une tumeur globuleuse placée sur la ligne médiane, et donnant lieu à une fluctuation très- prononcée. Ce qui peut la distinguer de la grossesse, des kystes de l'ovaire, etc., c'est qu'au toucher elle n'est susceptible d'aucun ballottement, qu'on ne sent ni mouvements, ni battements, et qu'elle se termine toujours par l'expulsion d'une grande quantité de liquide. Dans ces cas, on trouve le col effacé, ramolli, comme aux derniers moments de la grossesse. Ici, comme dans la grossesse, on observe la suppression des règles, les troubles digestifs, l'augmentation des seins et les sensations de picotement, l'augmentation du ventre, mais les bruits stélhoscopiques sont nuls. Voici une observation qui appartient à M. le docteur Guéniot, et qui est consignée dans la thèse de M. Villebrun.
Madame X, âgée de 41 ans, douée d'une forte constitution, d'un riche embonpoint et d'une sanlé ordinairement bonne, quoique assez souvent traversée par quelques accidents nerveux, habituellement bien réglée, ayant eu cinq à six fausses couches, dans les premiers temps de son mariage, et jamais d'enfants venus à terme; sa dernière fausse couche a eu lieu il y a huit à dix mois. Cette femme a été opérée d'une fistule ou abcès de la glande vulvo-vaginale, par incision. Guérison parfaite, après six semaines de traitement. Dans le courant de 1802, celle dame vit cesser ses règles sans cause connue, ou plutôt peut-être à la
suite d'un rapjjoil sexuel, mais un seul, d'après son aveu. A partir di' cette époque, les dilîérenis signes propres à une grossesse se produisirent d'une façon très-marquée, à savoir : déj^oûts, appétits bizarres et fautasqiies, envies sinfjuliéres, vives affections sans motifs, lurgesence et picotements dans les seins.
Ayant été appelé vers le quatrième mois, pour constater l'état de grossesse, il ne fut pas possible de me prononcer; car, parle pali)er, rien de signiOcalif, la paroi abdominale étant prodigieusement épaissie par la graisse; par rauscultalionrien, et, par le toucher rendu diflicile, vu l'épaisseur considérable du périnée riche de graisse, je ne pus rien conclure encore. Le col étail très-long, presque comme un col de vierge, ne me paraissait pas ramolli ; mais je ne pouvais en conclure l'absence évidente de grossesse. L'ombilic était toutefois très-déprimé et profond. J'ajournai. Vers le septième mois de la suppression des règles, j'examinai de nouveau, et, malgré la persistance des phénomènes sympathiques, l'absence du bruit à l'auscultation, ainsi que l'absence de ballottement et l'état persistant du col, me flrent presque affirmer qu'il n'y avait pas grossesse. Toutefois, je conservais quelques doutes encore, attendu que l'utérus paraissait développé par la percussion et n'était pas mobile. Il était d'ailleurs très-diflicilement explorable.
Environ huit mois après le co'it unique, qui était soupçonné fécondant, tout à coup, et d'une façon inattendue, une quantité considérable de liquide, un peu gris, roussàtre et très-lluide, s'échappa des parties génitales ; le ventre s'affaissa, et la malade éprouva une défaillance. Je fus appelé en toute hâte, et constatai la diminution considérable du volume de l'abdomen, sa plus grande souplesse. Le liquide écoulé étaif grisâtre, (luide et fétide... Je touchai et ne découvris rien de particulier ; le col conservait sa longueur et était peut-être plus mou, et faisait supposer que sa cavité pouvait être libre. Je ne trouvai rien autre chose. Le liquide continua de s'échapper pendant quelques jours, après quoi il s'arrêta, et la malade lut guérie en huit jours. Cependant, à l'époque où les régies durent reparaître, elle éi)rouva une turgescence de l'abdomen et quelques troubles sympathiques, enfin elles s'établirent complétemenl, et la malade parut définitivement guérie.
GiiossEssE iiYSTÉRTQïjE OU NEHVKUSE. — Oii rcncontre quclquetbis, chez cerlnincs femmes irritables et Irès-nerveuses, hystériques, vivement tourmentées du désir d'avoir des enfants, ou chez des femmes non mariées aux approches du retour de lïige, des phénomènes qui peuvent faire
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DES KYSTES DE L OVAIUE. 195 croire à l'existence d'une grossesse, d'un kyste de l'ovaire, ou de toute autre tumeur dans le ventre. Les menstrues se suppriment, des nausées, des dégoûts, des changements dans les seins, dans la digestion, et quelquefois tous les signes rationnels de la grossesse surviennent ; le ventre se gonfle, et parfois les femmes vont jusqu'à soutenir qu'elles sentent remuer l'enfant. Dans presque tous ces cas, le toucher, uni à l'exploration abdominale, suffit pour détruire l'erreur, surtout si Ton tient compte des signes spéciaux à chaque variété de tumeur. Cependant quelque précaution qu'on puisse prendre, les plus habiles tombent quelquefois dans l'erreur. On en trouve de nombreux exemples dans nos traités d'accouchement. Un de nos confrères de province, M. le docteur Dufay (de Blois), a bien voulu me communiquer l'observation suivante. Elle est instructive à plus d'un titre.
Une jeune femme de 18 ans est prise, la première nuit de son mariage, d'une violente hémorrhagie utérine, qui l'ut combattue avec succès et ne se renouvela pas plus tard. Pendant une année, aucun signe de grossesse, mais avec un vif désir de devenir enceinte. Au bout de ce temps, nausées, vomissements, sensibilité dans le ventre et continua- Lion des règles, qui cependant sont moins abondantes que par le passé, et finissent par disparaître complètement six mois après. Comme je l'ai dit, on désire ardemment une grossesse, et on y croit d'autant plus volontiers, que le ventre grossit régulièrement, que les seins sont devenus plus gros et plus sensibles, que la jeune mère se figure sentir de temps en temps les mouvements de Tenfant. M, Dufay, appelé dans ces circonstances, appuya la main sur le ventre, et constata, en effet, de petites secousses, qu'il attribua également aux mouvements d'un fœlus, mais ces mouvements lui paraissaient moins limités et moins brusques que ceux qu on perçoit dans les grossesses ordinaires, et il attribue cette différence à l'épaisseur des parois abdominales de sa cliente, qui est douée de beaucoup d'embonpoint ; comme il ne peut entendre non plus les battements du cœur de l'enl'ant, il en accuse encore l'épaisseur de la paroi abdominale... 11 constate un bruit de
m TRAITÉ PRATIQUE DES MALADIES DES OVAIRES.
souille assez manifeste, qu'il attribue, comme il le lait d'ailleurs remarquer, à la comprossion des gros vaisseaux.
Au neuvième mois de cette prétendue grossesse, des douleurs dans le bas-ventre, dans les reins, annoncent un commencement de travail, puis des douleurs expulsives, assez fortes pour arracher des cris à la malade, ont lieu pendant deux jours. Le toucher fait reconnaître que lo col est ramolli, diminué de longueur, et admet le bout du doigt. M. Dufay a recours à l'extrait de belladone pour aider la dilatation : alors les douleurs diminuent, puis disparaissent complètement. Quelques jours après, la malade fait une chute en avant, dans la rue, et M. Dufay, appelé environ une heure après, trouve le ventre moins tendu, Ilucluant; la percussion donne un son sonore à la partie supérieure et mat à la partie inférieure ; absence complète de douleurs dans tout le ventre. Des purgatifs répétés, des diurétiques, amènent une diminution rapide de la sérosité épanchée ; et la santé s'est si bien i'établie, que la malade a eu trois grossesses heureuses ; seulement l'ovaire gauche était resté le siège d'une douleur qui a disparu au commencement de la première vraie grossesse.
Noire savant confrère de Blois pense qu'il a eu affaire à un kyste ovarique, qui s'est rompu au moment où la malade a fait une chute, et dont le liquide s'est épanché dans le péritoine ; il attribue les prétendus mouvements ressentis par la mère, et perçus par la main appliquée sur le ventre, à des spasmes musculaires qui se sont renouvelés depuis, la malade étant très-nerveuse ; et les douleurs expulsives, à une névralgie utérine, qui reparaît de temps en temps d'une manière intermittente, cl simule parfaitement les douleurs du travail de l'accouchemenl. Tous ces phénomènes névralgiques disparaissent toujours sous l'influence des préparations belladonées.
Il est évident que, dans ce cas, toutes les apparences étaient en faveur d'une grossesse normale; mais cependant il nous reste quelque doute au point de vue de l'existence d'un kyste de l'ovaire, assez développé pour donner au ventre le volume d'une grossesse à terme. Si le palper