DIAGNOSTIC DIFFÉRKNTIEL DES KYSTES DE L'OVAIRE
fl la percussion du veiilre avaient été faits avec soin, ils auraient assurément servi à éclairer le diagnostic; car un kyste d'un volume aussi considérable ne peut se dérober à un examen fait attentivement. Un autre point indiqué dans cette observation, c'est que la rupture de ce kyste, dont le contenu s'est répandu dans le ventre, n'a pas déterminé la plus légère douleur ; ce fait serait en contradiction avec tous les exemples de kystes de l'ovaire rompus dans le ventre. Ils nous montrent que la rupture d'un kyste, qu'elle soit spontanée ou accidentelle, détermine toujours de vives douleurs, dans l'immense majorité des cas des péritonites mortelles ; nous savons, par plusieurs exemples que nous avons observés, que ces ruptures ne sont pas toujours mortelles, mais elles s'accompagnent de douleurs très-vives. Nous sommes d'autant plus disposé à penser, que la malade de M. Dufay était atteinte d'une grossesse bystérique ou nerveuse, que celte malade, qui nous a été adressée par notre confrère, nous a paru éminemment hystérique, qu'elle en a d'ailleurs présenté tous les signes pendant sa prétendue grossesse, en déclarant qu'elle sentait de temps en temps les mouvements de l'enfant, que M. Dufay lui-même, en appliquant la main sur le ventre, a constaté de petites secousses qu'il a attribuées aux mouvements du fœius, et que de plus il a entendu un bruit de souffle assez manifeste, que depuis il a attribué à la compression des gros vaisseaux, mais qu'il vaudrait peut-être mieux attribuer à la circulation des gros vaisseaux, comme ceux qu'on entend dans les carotides, chez les chlorotiques, ou à ces spasmes nerveux dont parle W. Dufay, et qui pouvaient agir sur les gros vaisseaux et les comprimer. Ce qui a pu empêcher, dans ce casj de connaître la vérité, c'est que la malade était si
198 TRAITÉ PRATIQUE DES MALADIKS DES OVAIRES, convaincue de ce qu'elle désirait, qu'elle s'est trompée sur sa position, et a trompé son médecin en l'éloignant d'un examen attentif et sérieux ; car, chez une jeune mariée, et en tenant compte de la marche progressive du développement du ventre et des autres phénomènes qui l'ont accompagné, le médecin devait en effet plutôt croire à une grossesse normale qu'à toute autre chose, et si ce n'étaient les phénomènes consécutifs qui ont eu lieu après la chute, il est probable qu'il n'aurait pas eu une autre idée.
On lit encore, dans la Revue médicale étrangère du l^' juin 1857, un exemple remarquable d'une fausse grossesse nerveuse. Prietsley parle d'une jeune fille vierge de 17 ans qui se masturbait. Sous l'influence de la masturbation, ses seins ont gonflé, les auréoles ont bruni, les follicules se sont développées, et il se manifesta une tympanite et une boule hystérique.
Physométrie. — La physométrie, ou accumulation du gaz dans la cavité utérine, peut simuler un kyste de l'ovaire, une grossesse, et tromperie médecin inatlenlif. Cependant la percussion fournit des signes qui doivent empêcher toute erreur, et si une confusion était possible ce serait plutôt avec la tympanite. Si le développement du ventre est le même que dans les kystes de l'ovaire, le son qu'il donne à la percussion est tout à fait différent: dans le premier cas, il y a malité absolue; dans le second, il y a sonorité. D'abord la physométrie se rencontre ordinairement chez les femmes hystériques, et on sait combien chez ces femmes les contractions spasmodiques des muscles sont fréquentes, ainsi que les contractions utérines; il est donc important de tenir compte du tempérament de la femme. La percussion donne un son tympaniquo
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DES KYSTES DE I/OVAIRE. 199 liniilé par le globe utérin, et qui est caractéristique, mais il est des cas où ce signe ne peut s'observer, soit à cause de la douleur que cause l'examen du ventre, soit à cause de l'épaisseur considérable des parois du ventre, qui empêchent de percevoir très-clairement le son tympaniqiie par le toucher, combiné au palper. Le signe important est la légèreté de l'utérus, quand on le soulève entre le doigt vaginal et la main hypogastrique; c'est un signe auquel le médecin doit prêter une grande importance pour le diagnostic. De plus, il y a souvent de véritables éructations vaginales, qui doivent mettre le praticien sur la voie. L'observation suivante est extraite àii Journal ■méclko-chirurgkal de Malgaigne, et est due à M. le docteur Pollet (1849, t. VI, p. 503).
Une femme, mère de quatre enfants, dont le dernier âgé de 2 ans, d une santé habituellement bonne, se disant enceinte de six mois, vient me prier de lui pratiquer une saignée d'Usage, qu'elle avait coutume d'avoir à pareille époque de la grossesse. Le ventre était développé comme il Test à six mois; il y avait suppression des règles, et la femme assurait sentir les mouvements du fœtus. Je pratiquai la saignée, qui me semblait du reste indiquée par quelques signes de pléthore générale. Je ne revis plus la femme qu'au moment de l'accouchement, auquel je fus invité d'assister, pour tirer la sage-fernme de l'embarras dans lequel elle se trouvait, à cause des circonstances particulières qui accompagnaient le travail.
Les premières douleurs dataient depuis onze heures environ. Au toucher, je fus surpris de trouver le col flasque, et de ne pouvoir atteindre à aucune partie de l'enfant.
La matrice s'élevait au-dessus de l'ombilic, et était très-sensible à la pression. Je ne pus, par le palper abdominal, rendu très-difficile à cause des douleurs qu'il occasionnait, rien découvrir relativement à la position de l'enfant. Après une heure d'attente, je procédai à une nouvelle exploration. Le résultat fut négatif; l'étal de la mère était trèssatisfaisant, les douleurs se succédaient très-rapidement, elles devevenaient de plus en plus vives. Je me disposais à faire de nouvelles explorations, lorsque, sous l'influence de deux douleurs, qui avaient tout le caractère expulsif, le ventre s'affaissa tout à coup et complète-
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ment; auciiii bniil, aucune odeur, aucun produit apparent, ne vinrent nous avertir de cette sorte d'éructation utéro-vaginale. L'aflaissement subit du ventre et le retrait de la matrice, qui revint à peu près complètement sur elle-même, sont les seuls phénomènes qui vinrent mettre fin à une tympanite utérine, que j'avais prise pour une véritable grossesse, et qu'on pouvait parfaitement prendre pour un kyste de l'ovaire, puisque tous les signes de la grossesse manquaient, comme le ballottement, la sensation des parties du fœtus, et les signes stéthoscopiques. Il n'y avait que les règles, qui étaient supprimées, et le gonflement des mamelles avpc excrétion de lymphe laiteuse, qui auraient pu en imposer. L'évacuation des gaz renfermés dans la matrice fut suivie d'un écoulement leucorrhéique peu abondant.
Tympanite. — Ordinairement une tympanite est facile à reconnaître à la distension générale et uniforme du ventre, à la tension particulière des parois abdominales, à la marche rapide de cette affection, mais surtout à la sonorité qu'on trouve à la percussion dans tous les poinls de l'abdomen, quelle que soit la position qu'on donne à la malade, aux accidents généraux qui accompagnent la tympanite, qui est le plus souvent symp- . lomatique d'une affection grave. Cependant les erreurs de diagnostic sont encore possibles, ainsi que le montre l'observation suivante, où une tympanite a été prise pour un kyste de l'ovaire.
Il y a quelques années, une pauvre hypochondriaque, âgée d'environ 40 ans, et croyant avoir une grossesse extra-iilérine, se fit admettre dans plusieurs hôpitaux de Paris, dans le but de se faire opérer; elle était atteinte depuis longtemps d'une tympanite considérable. Renvoyée des hôpitaux, elle entra chez une sage-femme, et s'adressa à plusieurs médecins, demandant toujours qu'on l'opérât, affirmant qu'elle était enceinte et qu'elle avait perdu des eaux en grande quantité. Elle avait été présentée à la Société de chirurgie, dans la séance du 7 juillet 1857, sur le désir de plusieurs médecins qui pensaient que cette femme était atteinte d'un kyste de l'ovaire ; malgré l'avis de la Société et de plusieurs autres médecins, elle n'en persista pas moins dans son désir insensé de voilldir être opérée, et, chose triste à dire, elle rencontra, non des chirurgiens; tilciis plusieurs médecins qui eurent le courage