OPÉRATION
PRÉCAUTIONS A PRENDRE AVANT l'opÉRAHON;
La première précaution à prendre est de choisir soigneusement le lieu où l'on doit opérer. Ce point nous parait d'une importance capitale, et nous sommes surpris de la persistance de quelques chirurgiens à vouloir opérer
dans des hôpitaux où se trouvent toutes les influences fâcheuses de l'encombrement, et où les malades n'ont ni le repos, ni l'isolement, ni les conditions hygiéniques, ni les soins minutieux et si nécessaires d'une garde attentive... Et cependant les résultats obtenus jusqu'à ce jour ont été des plus déplorables. A cette heure, l'ovariotomie a été faite 16 fois dans les hôpitaux de Paris, et J6 fois il y a eu insuccès, 5 fois entre les mains de M. Maisonncuve et 11 fois entre celles de MM. Cusco, Richard, Richet, Nélaton, Dolbeau, Després, Demarquay, Giraldès, Labbé et Gosselin, et cela dans des hôpitaux différents; 1 fois à Cochin, 5 fois à l'Hôtel-Dieu, 2 fois à la Riboissière, 2 fois à la Pitié, 2 fois à Fhôpital des Cliniques, 1 fois à Saint-Antoine, 1 fois à la Maison municipale de santé, 1 fois à l'hôpital des Enfants, 1 fois à la Salpètrière ; ceux, au contraire, qui ont opéré dans des maisons isolées, particulières, bien disposées, ou mieux encore à la campagne, ont obtenu de bien meilleurs résultats.
On arguera peut-être que ces opérations faites dans les hôpitaux n'ont eu des résultats aussi mauvais que parce que les malades présentaient peu de chances de succès, et que si elles avaient été opérées ailleurs, elles n'en auraient pas moins succombé. C'est là précisément qu'est la question, et à cette heure elle est jugée par la pratique de ceux qui n'opèrent pas dans les hôpitaux... D'un autre côté, des résultais aussi constamment i'àcheux que ceux observés dans les hôpitaux prouveraient au moins, si les hôpitaux n'ont été pour rien dans la mort des malades, quelle importance il y a à bien choisir les cas à opérer... Mais tous les cas opérés dans les hôpitaux ètuicnt-iis donc dans de si mauvaises conditions, que toute chance de guérison était sinon nulle, au moins très-douteuse? Nous
OVAIUOTOMIK. 571 ne le pensons pas, cl si on examine les cas opérés à l'hôpital, on trouve que plusieurs offraient de bonnes conditions pour un résultat heureux. Ainsi la malade, opérée par M. Maisonneuve, à Cochin, était une jeune religieuse de 25 ans, jouissant d'une bonne santé générale et n'ayant subi aucun traitement antérieur; elle avait un kyste multiloculaire d'un volume ordinaire, sans adhérence aucune et dont l'ablation fut facile ; elle mourut 22 heures après l'opération. Une autre malade de M. Maisonneuve, opérée à l'Hôtel-Dieu, le 30 novembre 1866, était âgée de 45 ans; elle était affaiblie, avait un kyste purulent, plusieurs fois ponctionné, mais exempt de toute adhérence. L'opération n'offrit aucune difficulté, et la malade a succombé à une résorption purulente 40 jours après l'opération; à l'autopsie, on trouva dans le petit bassin des foyers purulents nombreux, des traces d'une péritonite généralisée, etc. La malade, opérée à l'hôpital de la Pitié par M. Richet, était une jeune fille de 17 ans, ayant une belle santé, un kyste uniloculaire séreux, dépourvu d'adhérences, et elle n'avait jamais été ponctionnée; elle mourut de l'opération. La jeune fille, opérée à l'hôpital des Enfants par M. Giraldès le 16 février 1867, avait 16 ans ; le kyste n'était pas volumineux, il était pédicule et sans adhérence ; elle mourut de péritonite le troisième jour de l'opération {Gazette des hôpitaux, n" 37, 1867). Il en fut de même des malades de MM. Gosselin et Labbé, qui semblaient offrir des chances favorables pour l'opération, etc.
Ces faits n'onl-ils aucune valeur pour établir que le lieu où l'on doit faire l'ovariotomie doit offrir de bonnes conditions hygiéniques, et que l'air de la campagne est de beaucoup préférable à celui des hôpitaux?
Ô72 TliAlTÉ PRATIQUE DES MALADIES DES OVAIRES.
Après avoir choisi le lieu pour opérer, il faut encore choisir la pièce où l'opcratiori doil être l'aile. Elle a besoin d'une température assez élevée, de 20 à 25 degrés au moins, pour que les malades n'éprouvent pas le moindre refroidissement; et comment faire dans une salle d'hôpital ou dans un amphithéâtre pour obtenir cette température convenable? 11 est vrai que quelques opérateurs croient devoir négliger ces précautions; mais n'cst-il pas à craindre que le péritoine, les intestins et tous les organes de l'abdomen, exposés à une température bien inférieure à celle qu'ils ont dans l'état normal, n'éprouvent un refroidissement qui deviendra fâcheux pour les suites de l'opération, et pour la malade elle-même? 11 est également prudent d'avoir une température élevée dans la pièce où la malade doit rester après l'opération, afin qu'elle ne change pas brusquement de température et qu'elle ne soit pas exposée aux refroidissements et aux mouvements dangereux, qui pourraient avoir lieu en la transportant dans une autre pièce.
Spencer Wells recommande de faire autant que possible l'opération dans le même lit que la malade doit occuper après l'opération, la malade étant habillée de flanelle, qu'elle doit garder après l'opération, et tout cela pour éviter des mouvements et des déplacements qui pourraient en compromettre le succès; mais il est bien difficile, quelque soin que l'on prenne, que les liquides échappés de la cavité abdominale ne viennent pas mouiller le lit, et dans ce cas mieux vaut avoir dans la môme pièce un lit bien préparé, bien chaud et bien propre, pour y placer la malade après l'opération.
Si la malade qu'on doit opérer est affaiblie par les progrès delà maladie, d'une constitution faible et chélive.
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et qu'on puisse retarder l'opération de quelque temps sans inconvénients, on doit chercher à reconstituer la santé générale par tous les moyens possibles.
Un ou deux jours avant l'opération, il est bon de purger la malade, afin d'éviter des garde-robes et par conséquent des mouvements pendant les premiers jours qui suivront l'opération; B. Brown recommande un bain la veille de l'opération, pour purifier la peau et faciliter la transpiration. Enfin, il faut prendre la précaution de faire uriner la malade ou de vider la vessie, avant de commencer l'opération.
Le procédé opératoire, le plus généralement suivi, est celui de Sp. Wells, cependant il a subi quelques modifications que nous indiquerons. Avant de décrire tous les temps de celte grave opération, nous dirons avec M. Caternault, que le chirurgien qui se dispose à la pratiquera doit êlre sur le qui-vive et se tenir prêt contre toutes les éventualités. C'est ici surtout qu'il faut posséder des connaissances anatomiques étendues, un coup d'œil juste, une conception vive, une résolution ferme, un sang-froid à toute épreuve; car au moment où vous ouvrez le ventre vous marchez à l'inconnu; et prenez-y garde, la mise en scène peut devenir des plus dramatiques, des plus effrayantes, même pour les personnes habituées au spectacle des opérations les plus graves de la chirurgie, et n'oubliez pas que la moindre faute, une simple méprise, peuvent tout compromettre et tout perdre. »
Avant de procéder à l'opération, le chirurgien doit avoir fait préparer tout ce qui suit : "
1" Un lit éiroit, solide, ou une lable de hauteur convenable, pour que l'opéraleui' puisse opérer sans se baisser et sans trop élever les bras. Le lit ou la table seront
recouverts d'un matelas sur lequel on aura étendu une toile cirée, un drap, et par-dessus celui-ci un second drap plié en alaise, afin de pouvoir soulever la malade au besoin. Un ou plusieurs oreillers pour soulever la tête de la malade; deux chemises de flanelle, fendues par devant, pour l'envelopper, l'une pendant l'opération et l'autre après l'opération, au moment de la changer de lit; de grands morceaux de flanelle pour couvrir le ventre et les membres inférieurs. Un de ces morceaux de flanelle doit être fendu en deux jusqu'à sa partie moyenne, comme la compresse fendue dont on fait usage dans les amputations, afin de garantir les intestins et d'envelopper le pédicule du kyste, avant de placer le clamp ou de lier le pédicule. Cette flanelle ainsi disposée a encore pour avantage d'empêcher le liquide de pénétrer dans la caviié abdominale.
2° Plusieurs bistouris ou scalpels droits à manche fixe.
3° Plusieurs pinces à disséquer.
¥ Plusieurs sondes cannelées.
5° Des ciseaux droits et courbés sur le plat.
6° Un tenaculum.
7° Des pinces de plusieurs espèces (pinces à griffes, pinces à mors plats, pinces à pansements, pinces à pression continue pour lier les artères, et enfoncer les épingles pour faire la suture, etc.).
8" Des fils de soie cirés pour les ligatures et d'autres préparés pour lier le pédicule et faire la suture.
9" Des trocarts ordinaires, et un ou deux gros Irocarls munis d'un tube en Caoutchouc pour vider rapidement le kyste.
10" Un baquet ou seau pour recevoir le liquide du kyste. Il" Un clamp pour serrer le pédicule du kyste.
42° Un écraseur.
15° Un réchaud allumé et des eau (ères chauffés à blanc, soil pour arrêter des hémorrhagies, soit pour sectionner et cautériser le pédicule.
14° Des fils d'argent, fins, de rechange, ou des fils de fer, pour la suture profonde.
'15° Des aiguilles particulières et faites exprès pour passer les fils d'argent (aux aiguilles tubulées dont on se sert habituellement pour la suture profonde, nous préferons de beaucoup celles que nous avons fait construire pour ce temps de l'opération. Elles ont la forme d'une alêne de cordonnier et un chas pour recevoir le fil d'argent).
16° Des épingles longues et fines pour la suture entortillée (de fortes épingles à insectes) et des épingles ordinaires pour attacher les pièces du pansement.
47" Une forte aiguille en argent avec une pointe en fer de lance, pour traverser les parois abdominales et le pédicule, et le maintenir hors de Tabdomen, dans l'angle inférieur de la plaie.
18° Une pince plate, pour tordre les fils d'argent.
49" Un sécateur pour couper la pointe des épingles.
20° Des bandelettes agglutinatives.
24° Quinze à vingt éponges fines de la grosseur d'un œuf de poule et débarrassées des graviers qu'elles pour: raient contenir.
22° Plusieurs seaux d'eau préalablement soumise à l'ébullition, chaude et froide.
25" Cinq ou six cuvettes.
24° Un grand nombre de serviettes.
25° Un bandage de corps en flanelle, des pièces de ouate non gommée, des compresses, de la charpie fine.