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OBSERVATION IV

KYSTE MULTILOCULAIRE CANCÉREUX. — PLUSIEURS PONCTIONS, PLUSIEURS INJEC- TIONS IODÉES. — OVARIOTOMII. — MORT DE PÉRITONITE LE TROISIÈME JOUR DE 1,'OPÉRATION.

Dans le courant de mars 1864, je lus mandé en province, par un confrère, pour aller opérer sa femme que j'avais vue à Paris, en consultation, avec Mil. Michon et Danyau, et à laquelle j'avais pratiqué, à une distance assez rapprochée, deux ponctions et deux injections iodées. Cette dame, âgée de 49 ans, d'une bonne constitution, douée de beaucoup d'embonpoint, avait eu deux enfants; ses règles avaient toujours été très-régulières... Elle ne peut préciser le début de sa maladie, mais lorsqu'elle vint à Paris, pour la première fois, le ventre avait pris un développement si considérable, que les fonctions digeslives et respira-

m TRAITÉ PRATIQUA DES MALADIES DES OVAIRES.

toires en souffraient beaucoup, les membres inférieurs n'ont jamais été infiltrés. — Malgré l'épaisseur considérable des parois abdominales, je diagnostique un kyste niultiloculaire de l'ovaire droit, offrant une poclio Irés-considérable qui paraît n'avoir aucune adbérence avec la paroi abdominale. Une ponction donne issue à 25 litres, au moins, d'un liquide légèrement lilant. Après la ponction, on constate, par son retrait complet, que ce kyste n'adhère pas en avant aux parois abdominales, mais on sent, profondément située dans le ventre, une masse arrondie, non douloureuse à la pression, et de la grosseur d'une tête de fœtus à terme; une injection iodée est faite, et 6 ou 7 jours après, madame F. retourne dans la Nièvre, où elle habite ordinairement. Après cette opération, toutes les fonctions reprennent leur cours réguliei-, et la malade jouit, pendant 7 ou 8 mois, d'une santé très-bonne... Au bout de ce temps, son ventre ayant repris un volume considérable, elle revint à Paris, pour y subir une nouvelle ponction et une nouvelle injection iodée, qui, comme la première fois, ne produit qu'une amélioration momentanée. Après cette seconde ponction, je constatai que la tumeur abdominale, signalée après la première ponction, avait doublé de volume; quoique la quantité du liquide évacuée fût aussi considérable que la première fois, la nature du liquide n'avait pas changé. L'accroissement de la tumeur ou des tumeurs qu'on sentait dans le ventre, après la ponction, me firent déclarer que les injections iodées resteraient sans résultat dans ce cas particulier, et qu'il faudrait, si on voulait tenter une cure radicale, pratiquer l'ovariotomie. On attendit, pour faire cette opération, que la malade sollicitait ardemment, que le kyste lût rempli de nouveau, et qu'il commençât à apporter de la gêne dans les fonctions.

L'ovariotomie ayant été décidée, je me rendis auprès de la malade, je procédai à l'opération, assisté de plusieurs conl'rères des environs. .

La malade avait été purgée la veille. Après l'avoir soumise au chloroforme, le ventre, qui était très-volumineux, fut incisé sur la ligne médiane, depuis l'ombilic jusqu'à 0'",06 ou 0'",07 au-dessus du pubis; l'épaisseur de la jiaroi abdominale était considérable, environ 0"", 04 ou 0"',05 de tissus adipeux avant d'arriver sur le péritoine. Celui-ci ayant été ouvert dans toute l'étendue de l'incision, la tumeur vint prendre place entre les lèvres de la plaie; elle était exempte d'adhérence; la ponction l'ut faite, et donna issue à plus de 20 litres de liquide, il ne se fit aucun é[)anchement dans le péritoine, ni de liquide, ni de sang. Malgré l'ouverture de 0"',20 que j'avais faite au ventre, je ne pus extraire la tumeur en la tirant avec les pinces et les érignes avec lesquelles je l'avais saisie, quoiqu'elle ne lût adhérente en aucun point, si ce n'est jiar son pédicule, qui était très-large et très-épais; niais elle était si volunii-

nense et présentait des bosselures si nombreuses et si irrégulières, que je lus obligé d'introduire la main gauche au-dessous d'elle, pour la pousser au deliors, en même temps que mes aides la tiraient avec les pinces; enfin, après plusieurs tractions faites avec beaucoup de ménagement, elle sortit complètement de la cavité abdominale et le pédicuje ayant été forîement serré dans le clamp, une double ligature est placée au-dessous et la tumeur est excisée avec des ciseaux ; il ny eut aucun écoulement (le sang, et le péritoine n'ayant pas été sali, il fut inutile d'en l'aire la toilette.

Je m'empressai de suturer le ventre, ce qui m'aurait assurément présenté de grandes difficultés pour la suture profonde, à cause de l'épaisseur extraordinaire du tissu adipeux delà paroi abdominale, si je n'avais été muni de mes longues aiguilles à chas et en forme d'alènes, qui, dans ce cas, me furent d'autant plus utiles, que je ne pus me servir des aiguilles tubulées, qui étaient trop faibles et pliaient lorsqu'il fallait, après avoir traversé l'une des parois, leur faire traverser la paroi opposée. D'ailleurs, dans tous les cas possibles, ces aiguilles à chas sont plus faciles à manœuvrer que les autres, et une seule aiguille peut servir pour tous les points de suture, si le (il d'argent dont elle est armée est assez long pour faire toutes les sutures.

Les sutures terminées, la malade fut essiiyée et placée chaudement dans un autre lit que celui qui avait servi à l'opération. L'opération avait duré 1 heure 20 minutes, le pouls était à 80, et la malade se trouvait assez bien, sans éprouver beaucoup de douleurs dans le ventre; le reste de la journée se passe très-bien, sans réaction aucune, elle prend du bouillon et des boissons avec plaisir, et une pilule d'extrait thébaïque toutes les heures; la nuit se passe bien, et elle a eu quelques heures de sommeil; le cathatérisme est pratiqué toutes les k heures.

Le lendemain, le pouls est à 90 ; le ventre n'est ni ballonné, ni douloureux, il est mou; on cesse les pilules d'opium et on continue le bouillon et les mêmes boissons; la journée se passe très-bien, et tout fait espérer un heureux résultat.

La nuit suivante est moins bonne, la malade est inquiète, agitée, la fièvre augmente, quoique le ventre ne soit ni plus douloureux, ni plus ballonné...; on revient aux préparations opiacées, on fait des fomentations sur le ventre; il y a quelques éructations, des envies de vomir... Ce même état continue le jour suivant ; le ventre, sans devenir trèsdouloureux, se tend de plus en plus, se ballonne ; le pouls devient petit , le faciès s'altère... enfin tous les symptômes de la péritonite sont déclarés.

Dans la nuit, il y a des hoquets fréquents, plusieurs vomissements, des étouffements, le ventre est très-distendu, l'agitation est continue,

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Ifi pouls très-misérable, et tout annonce une fin prochaine, que rien ne peut conjurer.

Dans l'espoir de diminuer la distension des intestins et la dyspnée éprouvée par la malade, je lais plusieurs ponctions avec un trocart explorateur, des gaz s'échappent en grande quantité, mais ne la soulagent que très-imparliiiitement, car la tympanite continue et revient bientôt à son état primitif; plusieurs lavements sont administrés sans résultat, et, malgré tous les moyens mis en usage, la malade succombe dans la matinée du quatrième jour de son opération.

L'autopsie ne fut pas faite. La tumeur, enlevée et vidée du liquide qu'elle contenait, offrait un volume considérable; elle pesait plus de 7 kil., offrait une vaste poche, au fond de laquelle se trouvait plusieurs tumeurs de la grosseur du poing, et d'un œuf de poule, placées au milieu de beaucoup d'autres plus petites. Ces tumeurs renfermaient des liquides de couleur, de densité et de compositions différentes ; tous ces kystes, en nombre infini et d'inégal volume, étaient réunis les uns aux autres et ne formaient qu'une seule masse informe, paraissant comme surajoutés à la poche principale, avec laquelle ils ne communiquaient pas. Plusieurs de ces tumeurs avaient des parois très-dures, très-épaisses, indurées, comme lardacées, criant sous le scapel; en un mot, on y constatait tous les caractères du tissu squirrheux ; plusieurs offraient même un commencement de ramollissement ; la surface externe de ces kystes et surtout de la poche principale qui était sillonnée de grosses veines était unie et très-lisse ; elle ne présentait aucune trace d'adhérences, môme dans les points où les ponctions avaient été pratiquées plusieurs mois auparavant.

OBSERVATIOiNS D'OVAHIOTOMIE.

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