OBSERVATION V
KVSTE SÉREUX UNILOCULAIRE ; KYSTE PURULENT MULTILOCULAIRE , CINQ PONC- TIONS ET CINQ INJECTIONS IODÉES. — OVARIOTOMIE INCOMPLÈTE. — GUÉ- RISON.
Le 26 juillet 1864, j'ai opéré à Saint-Gratien une dame de 50 ans, atteinte de deux kystes de l'ovaire, l'un uniloculaire séreux, l'autre multiloculaire purulent. Cette dame d'une forte constitution, d'origine espagnole, n'a jamais été malade, elle a été mariée et n'a jamais eu d'enfants. 11 y a sept ou huit ans qu'elle a éprouvé dans le côté gauche du ventre, des malaises, des douleurs, et ensuite une tumeur, dont la véritable nature a été méconnue et pour laquelle on lui a conseillé l'expectation. Cette tumeur grossit peu à peu, et la malade ne s'adressa à moi qu'après avoir fait usage d'un grand nombre de remèdes, elle n'était plus réglée depuis deux ans, son ventre offrait le volume d'une grossesse à terme et était douloureux du côté gauche, où elle ressentait souvent des douleurs sourdes ; depuis le début de cette tumeur, elle a été atteinte deux fois de péritonite très-grave, qui ont mis ses jours en danger... depuis quelque temps elle maigrit, devient plus faible et éprouve de mauvaises digestions ; elle se tourmente beaucoup de sa position.
L'examen du ventre me fit reconnaître un kyste volumineux situé principalement du côté gauche du ventre ; la fluctuation annonçait un liquide dense, et les inflammations abdominales qu'elle avait éprouvées et les douleurs qu'elle ressentait dans le kyste, me firent craindre que le liquide du kyste ne fût coloré et filant. Ce qui existait en effet ; elle venait me trouver pour être traitée par les injections iodées ; dans l'espace de deux ans, je lui fis cinq ponctions et cinq injections iodées ; après chaque injection la santé s'améliorait et restait plusieurs mois dans de bonnes conditions ; mais le liquide, qui était purulent et filant dès la première ponction, le devint davantage et la santé de la malade s'affaiblissait de plus en plus; plusieurs fois déjà, je lui avais proposé d'enlever sa tumeur, parce que, outre que le liquide était filant, on constatait après chaque ponction que le kyste ne se vidait pas complètement et qu'il restait, vers le côté droit, une tumeur peu tendue, très-fluctuante et renfermant un liquide séreux ; pendant long-
TUAITÉ PHATIQUE DÉS MALADHiS DHIS OVAIRKS.
Iciiips, je crus ;i une ascite limitée au côté droit du ventre et arrêtée vers le côtégauche par les adhérences du kyste gauche, qui en effet après les ponctions ne revenait pas complètement sur lui-même; le liquide renfermé dans le côté droit du ventre semblait se déplacer si facilement lorsqu'on faisait changer de position à la malade, que je ne pouvais supposer un autre kyste; ce qui cependant était vrai. Voyant ses forces diminuer de jour en jour, sa maigreur augmenter, et la fièvre ne la quittant plus, elle se décida à l'opération, qui, je l'avoue, ne m'offrait pas toutes les chances de succès que j'aurais désirées; toutes les inflammations péritonéales qu'elle avait éprouvées, les douleurs qu'elle ressentait dans l'intérieur de son kyste, la nature purulente du liquide évacué par les ponctions, me faisaient craindre des adhérences qui m'étaient encore indiquées par le défaut de retrait du kyste. (Juoiqu'il en fût, je procédai à l'opération, en présence de plusieurs confrères qui voulurent bien m'assister et m'aider.
Après avoir chloroformé la malade, je fis une incision de O™,!! il 0°",12 sur la ligne médiane entre le pubis et l'ombilic; les tissus depuis la peau jusqu'au péritoine furent coupés couche par couche, et le péritoine fut ensuite incisé sur une sonde cannelée dans toute l'étendue de la plaie... Le ventre ouvert, deux kystes se présentent à l'ouverture, l'un plus gros, situé à gauche et l'autre moins volumineux transparent, placé à droite offrant une membrane très-mince et renfermant un liquide séreux, qui paraissait ne pas remplir d'une matière complète la poche qui le contenait; cette poche d'ailleurs se déplaçait facilement et était douée d'une grande mobilité.
Le kysteducôté gauche, au contraire, était très-tendu, etles doigts introduits en partie entre lui et la paroi abdominale trouvèrent surtout en haut vers la rate des adhérences très-intimes, très-solides, que la pi-ession des doigts, exercée assez fortement, ne peut parvenir à rompre ; toute la paroi abdominale, dans le flanc gauche, était intimement unie au kyste. En présence d'adhérences aussi solides, je crus devoir ne pas insister plus longtemps, et la pensée de laisser cetteopération inachevée me vint aussitôt et fut acceptée par tous les assistants.
Mais en exammant le kyste droit, dont l'origine provenait de l'ovaire droit, je constatai qu'il était facile à extraire et qu'il était formé d'un tissu si mince et si transparent, qu'on voyait pour ainsi dire le liquide au traverSj en letirantau dehors de l'abdomen; je le ponctionnai avec un trocart ordinaire et en retirai environ 4 litres de liquide très-séreux. Ce kyste vidé ressemblait à un long boyau à parois minces et transpa* rentes ; faisant écarter les intestins, je glissai une ligature assez forte jusqu'à sa base, car je ne peux pas dire qu'il avait un véritable pédicule et je la serrai aussi fortement que possible ; puis avec des ciseaux
OBSERVATIONS D'OVAhlOtO^IlË. 43i
courbes, j'excisai toute la partie du kyste placée au-dessus de la ligature. Je plaçai la ligature dans la partie inférieure de la plaie et procédai à la réunion de la plaie abdominale, abatidonnant le kyste gauche, à cause des adhérences qui l'entouraient de tous les côtés; seulement le lendemain de lovariotomie, je le ponctionnai etl injectai de teinture d'iode; j'en retirai 5 litres de pus.
La plaie avait été réunie comme d'habitude par deux sutures, l'une profonde avec les fds d'argent et l'autre superficielle entortillée ; il ne s'était fait aucun épanchement dans le péritoine, de telle sorte que je n'eus pas à éponger la cavité abdominale. Les suites de cette opération incomplète furent des plus simples, la réunion de la plaie se fit admirablement bien, la fièvre» qui minait la malade avant l'opération, cessa peut! peu, et la malade revint à une santé passable ; mais bientôt le kyste purulent se remplit de nouveau, la fièvre reparut et avec elle la faiblesse, l'amaigrissement, et la malade finit par succomber avec tous les symptômes de la fièvre hectique et d'une résorption putride, 3 mois après l'ovariotomie.
Bien des fois depuis, j'ai perisê ù cette malade et à la marche de sa maladie; j'ai regretté de n'avoir pas procédé autrement; il me semble que si, dans ce cas, j'avais suivi le procédé de Houstoun et de plusieurs autres, c'est-à-dire si j'avais ouvert d'emblée le kyste purulent,^ j'aurais radicalement guéri ma malade, car elle était dans le principe d'une constitution robuste et avait une résistance vitale très-grande, jointe à une grande énergie.. . Les ' adhérences intimes qui unissaient le kyste à la paroi abdominale auraient empêché tout écoulement dans la cavité abdominale; si d'ailleurs ces adhérences n'avaient pas existé dans toute l'étendue de l'incision du kyste, il eût été facile de réunir les bords de l'incision du kyste aux bords de la paroi abdominale et de prévenir, en agissant ainsi, tout épanchement dans le péritoine ; je n'hésiterais pas, en pareille circonstance, à suivre la conduite . que je viens d'indiquer, d'autant mieux que les malheu- • reuses qu'on abandonne dans ces cas, sont des femmes
452 TRAITÉ PKATKJLE DES MALADIES DES OVAIUES. perdues, alors inèincque l'ouverture pratiquée à la paroi abdominale guérit complètement et sans accident aucun. Ce qu'il y a de remarquable dans cette observation, c'est que celte malade, dont la maladie exigeait une double ovariotomie, ait pu guérir rapidement, quoique i'ovariolomie n'ait été faite que d'un côlc, et que le kyste de l'autre côté, beaucoup plus volumineux et purulent, et pour lequel la gastrotomie avait été tentée, soit resté et n'ait apporté aucun obstacle à la guérisonde la plaie abdominale.