OBSERVATION VI
KYSTE MULTILOCUIAIRE GAUCHE, TRÈS-VOLUMINEUX, DU POIDS DE 57 LIVRES- — DEUX PONCTIONS SUIVIES d'iNJECTIONS IODÉES. — OVARIOTOMIE. — MORT LE ■10° JOUR DE l'opération, PAR SUITE DE PLUSIEURS IMPRUDENCES DE LA PART DE LA MALADE.
Une daiïie de Taris, âgée de 48 ans, veuve, n'ayant jamais eu d'enfants, d'une bonne conslilulion, mais niaigre el li ès-nei veuse, d'un ca-
OBSERVATIONS D'OVARIOTOMIE. 'iS?
ractère excenirique, violent, emporté, une espèce de virago enfin, difficile à vivre et ayant pris la société en horreur, vint me trouver dans le courant de juin 1865 pour un kyste de l'ovaire, dont le début, suivant son dire, remontait à 7 ou 8 ans, mais qui depuis quelques mois augmentait rapidement et gênait toutes les fonctions. Elle n'était plus réglée depuis plusieurs années. Après l'avoir examinée, je lui déclarai que la nature du kyste dont elle était atteinte, exigeait une opération radicale et qu'il fallait l'extirper, parce que les injections iodées ne réussiraient pas dans ce cas particulier ; mais je vis bien vite que mon opinion n'était pas celle de la malade; elle s'était procuré mon Traité (IHodothérapie, et avait lu et médité tout le chapitre du Traitement des kystes par les injections iodées, et voulait être traitée par cette méthode. J'eus beau lui dire qu'elle ne la guérirait pas et qu'elle lui procurerait tout au plus du soulagement, à cause de la multiplicité des poches que renfermait son kyste, qui, il est vrai, offrait une poche plus vaste que les autres: je ne pus la convaincre et elle me pria, puisque je n'y voyais aucun danger, de commencer par une ponction et une injection, se réservant plus tard d'en venir à Tovariotomie, si elle devenait indispensable. Il fut convenu que j'irais l'opérer à Versailles , où elle avait une maison de campagne, et où elle allait s'installer. Une première ponction, suivie d'une injection iodée, fut faite vers la fin de juin 1865; elle donna issue à environ 6 ou 7 litres d'un liquide épais, filant, couleur chocolat; après avoir lavé le kyste avec des injections d'eau tiède, je l'injectai de 100 grammes d'un mélange de teinture d'iode et d'eau, additionné d'iodure de potassium. Trois jours après, elle était levée, et le quatrième elle vint me voir à Paris, heureuse du mieux qu'elle éprouvait et contente de la décision qu'elle avait prise de faire ponctionner son kyste, qui cependant était resté presque aussi volumineux qu'avant la ponction, et n'avait diminué que médiocrement. L'évacuation qu'il avait subie avait ammené du soulagement pour la respiration, les digestions, et surtout parles membres intérieurs, qui, infiltrés avant l'opération, avaient cessé de l'être. Comme elle respirait mieux, que son appétit était devenu meilleur, qu'en somme elle éprouvait un bien-être qu'elle ne connaissait pas depuis longtemps, elle se crut sauvée, et m'eût dit volontiers qu'elle savait mieux que moi ce qui lui convenait, qu'elle avait étudié sa maladie dans mon livre et qu'elle la connaissait sinon mieux, au moins aussi bien que moi. Je donne tous ces détails pour montrer à quelle espèce de femme j'avais affaire. Par humanité, je ne voulus pas lui enlever ses illusions ; elle partit et pendant cinq ou six semaines je n'entendis plus parler d'elle. Mais son ventre reprit bien vite son développement primitif, ses jambes se gonfièrent, la respiration et les digestions devinrent plus diificiles.