‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 10 sur 123 · XL1X · texte numérisé non relu

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des vieillards. El dans la vieillesse, on voit souvent les toniques et les stimulants qui, à une époque antérieure, augmentaient la réaction et la fièvre, agir comme calmants dans les mêmes maladies.

Nous pourrions encore, en multipliant les exemples, montrer comment ce qui se rattache à la considération de l’âge, en thérapeutique, comme en pathologie, comme en physiologie, découle directement des quelques conditions générales que l’on voit dominer, d’époque en époque, les évolutions successives de l’organisme.

Nous nous arrêterons à cette dernière considération, capitale en thérapeutique. C’est que, à mesure que l’âge avance, les facultés de réaction s’amoindrissent, et la force médicatrice de la nature va sans cesse en s’affaiblissant; et si la thérapeutique, à d’autres époques de l’existence, doit être souvent plutôt passive et expectante vis-à-vis de la tendance de l’organisme à réagir, elle doit être toujours active chez les vieillards, les ressources propres de la nature devenant alors impuissantes par elles-mêmes, et en dehors de l’aide que l’art a pour objet de leur apporter.

Savoir être vieux, tel est le résumé de l’hygiène des vieillards;

comme savoir vivre , peut définir l’hygiène générale.

On comprend que les principes généraux de l’hygiène doivent être applicables à tous les âges; mais chacun de ces derniers, comme les sexes différents, comme les différentes conditions de la vie, réclament des préceptes particuliers en rapport, d’une part, avec les conditions spéciales de l’organisme, d’une autre part, avec les habitudes ou les nécessités de l’existence, le milieu où l’on vit; de là l’hygiène des professions et l’hygiène des âges.

La coordination que j’ai cjéjà signalée entre les modifications anatomiques et physiologiques amenées par la vieillesse, et la pathologie et la thérapeutique de cet âge, se retrouve également au sujet de l’hygiène convenable à celte époque de la vie. Les mêmes raisons entraînent les mêmes conséquences. Je n’aurai donc ici qu’à exposer brièvement ces dernières, renvoyant pour plus de détails à l’ouvrage de Reveillé-Parise, exclusivement consacré au développement minutieux, et peut-être un peu trop long, de l’hvgiène des vieillards. Je renverrai également à plusieurs chapitres de cet ouvrage, où je n’ai négligé aucune occasion de combiner les conseils hygiéniques avec les prescriptions thérapeutiques. Si l’on a pu dé-

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finir, en eflel, la vieillesse, une maladie dont ori meurt, senectus ipso morbus , on peut dire également que l’hygiène particulière des vieillards est encore de la thérapeutique.

L’insuffisance de l’hématose, le rétrécissement du champ de la circulation, l’amoindrissement de la nutrition, la diminution des sécrétions et des excrétions, l'affaiblissement général du système nerveux et des forces organiques, l’affaiblissement particulier des fonctions de la peau, la cessation des fonctions génitales; c’est d’après ces conditions nouvelles qu’il faut diriger l’hygiène des vieillards, c’est-à-dire qu’il faut comprendre ce qui doit être recherché et ce qui doit être évité.

Le milieu respirable et l’exercice, tels sont les deux points les plus importants à considérer, si l’on veut compenser les imperfections de l’organisme que nous venons d’exposer; toutes, en effet, sont solidaires les unes des autres, et en même temps des éléments hygiéniques en question. La manière dont s’accomplissent l’assimilation et les sécrétions excrémentitielles ou autres, dont s’opère la circulation, dont s’exécute l’hématose, dépend peut-être plus encore, en effet, des qualités de l’air respiré et du genre de vie, que des aliments introduits et de leur élaboration elle-même. Et, chose remarquable, nous allons retrouver ici, comme pour la thérapeutique, un certain nombre de préceptes qui sont également applicables et à l'enfance et à la vieillesse.

Il ne suffit pas, en effet, de déclarer que les vieillards ont un besoin tout particulier de respirer un air pur : il faut que cette condition soit elle-même tempérée par certaines préoccupations. Un air trop vif, trop rapidement renouvelé, serait difficilement supporté par leurs organes affaiblis et pour ainsi dire rétrécis, surtout pour ceux qui avaient l’habitude de respirer l’air épais et vicié des villes.

Le séjour de la campagne, au moins pendant une grande partie de l’année, l’exposition au midi, la précaution de s’abriter contre le vent du nord, l’habitation d’un site d’une élévation moyenne, l’écartement des forêts et des localités humides, voilà ce que devront rechercher les gens âgés.

Les bords de la mer et les propriétés toniques de l’air qu'on y respire, les montagnes boisées de sapins, si salutaires aux affections catarrhales, les coteaux qui dominent le cours des rivières, et que parcourt un air incessamment renouvelé, semblent, au premier abord, merveilleusement adaptés à l’organisation des vieillards. Mais les vents qui régnent sans interruption sur nos côtes du Nord et de

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l’Ouest, pour citer des exemples, le mistral qui vient périodiquement troubler l’air tiède et plus calme de nos côtes du Midi, la raréfaction de l’air dans les régions élevées, sa vivacité irritante sur les collines dégarnies et voisines des grands cours d’eau, offrent, pour les organes rendus délicats et affaiblis par la vieillesse, des inconvénients qu’il faut prendre en sérieuse considération.

Ce qu’il importe, en effet, c’est, tout en cherchant à améliorer le milieu où doit vivre un vieillard, de changer le moins brusquement possible les habitudes de sa vie antérieure. Ce n’est pas sans danger qu’à cet âge vous transporterez l’habitant de la plaine dans des contrées élevées; celui des villes sur de hautes collines, ou sur les bords halés de l’Océan. La vieillesse est l’àge des tempéraments : rien de heurté, de brusque dans les changements à apporter à l’habitation, au régime antérieur. Les habitudes mauvaises môme ne doivent être corrigées que par gradation.

C’est ainsi que le froid étant, pour les vieillards, comme pour les enfants, l’ennemi le plus redoutable, il semble que l’habitation, pendant l’hiver, des pays chauds, devrait être éminemment salutaire aux habitants des contrées froides, ou même tempérées, mais sujettes à des abaissements notables de température. Cependant nous n’oserions généraliser ce conseil. 11 est vrai que les Romains avancés en âge avaient coutume d’aller passer l’hiver à Naples, et que les Portugais émigraient au Brésil. Mais les modifications radicales que le changement de climat entraîne dans les habitudes et le genre de vie, comme dans les grands modificateurs de l’organisme, ne sauraient être, il me semble, impunément supportées par tous les individus parvenus à la période d’involution.

Mais ce qui est plus à la portée de tous les vieillards, c’est d’éviter la respiration d’un air vicié. Les lieux de grande réunion, les spectacles, les salons, les longs offices même dans les églises, ou humides ou trop échauffées par la foule et les calorifères, ne peuvent que leur être funestes. Alors que le champ de la vie se restreint, que l’ouïe perd de sa finesse, que l’esprit suit avec moins de facilité la multiplicité des conversations et des idées qu’elles éveillent, il faut rétrécir à proportion le cercle de ses distractions. Si la société, l’entourage, la communication enfin, paraissent plus nécessaires peutêtre dans la vieillesse qu’aux âges antérieurs, ainsi qu’elles l’étaient dans l’enfance, c’est à un degré approprié aux facultés amoindries qui s’y peuvent appliquer. Si le silence consume la vieillesse, le grand bruit l’épuise.

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Le que je viens de dire des exigences el des précautions que réclame le choix du milieu où doivent vivre les vieillards peut s’appliquer également à un point d’iivgiène, dont l’importance est trop souvent négligée : je veux parler de l’exercice.

La vieillesse esl l’âge du repos cl du calme sans doute; les grandes fatigues ne lui appartiennent pas plus que les émotions violentes : mais les vieillards se laissent aller trop volontiers à l’immobilité et à la passivité auxquelles les convient la roideur des articulations, l’atrophie des muscles, le ralentissement de la circulation, l’obtusion ries sens, la somnolence de l’esprit, l'affaiblissement du système nerveux. S’ils veulent vivre, ils doivent réagir jusqu’à la fin contre celte tendance, qui semble anticiper sur leur destinée prochaine.

11 faut, à moins que l’excès de l’âge ou des infirmités n’y fasse un obstacle absolu, que le vieillard ne cesse d’exercer ses membres (1). 11 faut pour lui, comme dans la première enfance, en même temps que l’on se lient en garde contre les vicissitudes atmosphériques excessives et dangereuses, tenir l’organisme aguerri contre les températures et les accidents variés des saisons. Si l’on voit un si grand nombre de vieillards acquérir une sensibilité périlleuse au froid, à l’humidité, c’est qu’ils s’y exposent à de trop rares intervalles, après de trop longs séjours dans une atmosphère enfermée et a cielle. Quand un vieillard a passé l’hiver dans sa chambre, il ne s’ex pose plus sans danger aux intempéries du printemps. Tout cela est compatible, sans doute, avec les plus grandes précautions contre le froid, l’humidité des pieds, la pluie, les courants d’air si funestes. Malheureusement, la salutaire conservation de ces habitudes d’exercice actif el journalier s’allie souvent, chez les personnes âgées, a certaines affectations de jeunesse et de témérité, dont elles ont alors à se repentir.

L’exercice en voiture, très-utile, ne saurait dispenser de l’exercice à pied. L’usage du cheval ne doit pas être abandonné trop tard. C’est surtout après le repas que l’exercice est avantageux, sans aller jusqu’à la fatigue cependant, dans l’appartement s’il le faut, pour prévenir, autant que possible, la somnolence habituelle du temps des digestions.

11 n’est pas nécessaire d’insister sur l’aération particulière des appartements des vieillards, d’autant plus importante qu’ils y demeu-

ü) Potest exercitatio [et tempérant in) etiam in seneetnte conservai r aliqnid pristina roboris (Cicero De senectute).

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