‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 102 sur 123 · EMBARRAS GASTRIQUE · texte numérisé non relu

EMBARRAS GASTRIQUE

L’embarras gastrique est une affection aussi commune dans la vieillesse que dans l’âge adulte; mais peut-être ne se présente-t-il pas tout à fait sous la même forme, à ces deux époques de la vie. L'embarras gastrique des adultes est surtout caractérisé par un état saburral ou par un état bilieux, c'est-à-dire par un enduit blanc, épais et jaunâtre de la langue, un goût fade et pâteux, ou amer et bilieux, une haleine gastrique insupportable, un dégoût absolu pour les aliments, des vomissements ou des vomilurilions bilieuses ou muqueuses, de la constipation, ou au contraire de la diarrhée, de la céphalalgie, quelquefois de la fièvre, une grande lassitude.

L’embarras gastrique des vieillards, dans le plus grand nombre des cas au moins, présente à un bien moindre degré les caractères de l’état saburral ou de l'état bilieux ; il se ressent spécialement cle l’état atonique des voies digestives, que nous avons vu présider au développement si fréquent de la dyspepsie. Cet embarras gastrique des vieillards mérite l>ien le nom que lui donne le docteur Day, acute

MALADIES DE L’ABDOMEN

atonie dyspepsy , nom qui conviendrait, au contraire, fort peu à l’embarras gastrique des adultes.

Ce que l’on observe ordinairement alors, c’est une perte rapide de l’appétit, un enduit blanc peu épais sur la langue, une exsudation blanche et mince sur les gencives, une tendance à la sécheresse de la bouche, un goût fade, quelques vomituritions, surtout le matin, de la lourdeur de tète, de la tendance à l’assoupissement, de la morosité, rarement de la fièvre, plutôt de l’affaiblissement que de la courbature. Jene veux pas dire certainement que l’on n’observe jamais d’embarras gastrique franchement saburral ou bilieux, chez les vieillards. J’en ai maintes fois rencontré des exemples, surtout dans les grandes chaleurs, aux mois de juillet et d’août ; mais je devais insister sur ce que, loin d’être la règle, c’est le plus petit nombre des cas qui se comportent ainsi.

Beau a signalé la disposition des vieillards à l’embarras gastrique : c’est, dit-il, la plus fréquente de toutes les maladies, chez les vieillards comme chez les adultes. Il a également fait une remarque fort juste, c’est que l’embarras gastrique ne se montre guère à l’état simple que l’été ; l’hiver il se complique avec toutes les maladies, catarrhe bronchique, affections cérébrales. Cet auteur fait suivre celte remarque de quelques observations pratiques que leur justesse m’engage à reproduire, a Quelle que soit la forme qu’affecte l’embarras gastrique, il faut sans hésiter l’attaquer au moyen de l’ipécacuanha et surtout du tartre stibié. S’il est simple, il ne résiste guère aux évacuations gastriques et alvines provoquées par le moyen précédent. S’il n’est pas simple, la maladie qui le complique est souvent emportée avec lui; ou bien si elle persiste, elle est moins intense et elle résiste moins aux moyens particuliers qui sont dirigés contre elle. Si j’insiste sur ce traitement, le seul efficace de l’embarras gastrique, c’est que beaucoup de médecins, du reste fort recommandables, redoutent la provocation du vomissement chez les vieillards, soit à cause de la fatigue qui en résulte, soit à cause des congestions cérébrales qui peuvent survenir. Jusqu’à présent je n’ai observé aucunaccident produit par l’action des émétiques dans les maladies de la vieillesse (1). »

Il ne faudrait cependant pas se hâter de rattacher exclusivement à l’embarras gastrique l’indication des évacuants et des émétiques en particulier, dans un certain nombre des maladies des vieillards, et surtout dans les affections de l’appareil respiratoire. Il est certain que

(1) Beau, Études cliniques sur les maladies dey vieillards , p. 8.

MALADIES DE L’ESTOMAC. /Uj

l’ipécacuanha est, indépendamment de l’existence d’aucun embarras gastrique, le remède par excellence des catarrhes pulmonaires et des accidents asthmatiques. Cet auteur me paraît avoir un peu exagéré la part que cette complication peut prendre au développement des maladies aiguës des vieillards, et forcé l’interprétation que l’on peut faire des succès remarquables obtenus d’une certaine classe d’agents thérapeutiques.

ARTICLE IV

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