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GASTRITE CHRONIQUE

On rencontre souvent le cancer d’estomac chez les vieillards. Cancer du pylore ou du cardia, épaississement squirrheux ou champignons encéphaloïdes, ulcères fongueux, toutes ces variétés se rencontrent, mais sans rien offrir de caractéristique, et qui ait de rapport avec l’âge particulier des malades qui en sont affectés. Ce qui est seulement de nature à frapper dans l’observation du cancer d’estomac chez les vieillards, c’est ce fait : que lorsque, par son volume et son siège à l’un des orifices de l’estomac, il ne gêne pas mécaniquement le cours des matières alimentaires, il peut acquérir un volume considérable, il peut même se ramollir et s’ulcérer, sans déterminer de troubles fonctionnels ou de phénomènes diététiques qui puissent faire aucunement soupçonner sa présence. Le cancer peut être alors absolument latent.

Toutes les altérations delà gastrite chronique, indurations, ramollissements, végétations, ulcérations, se rencontrent dans l’estomac des vieillards; mais on ne saurait dire que les cas où ces altérations se trouvent prononcées soient très-fréquents.

Il est assez ordinaire de rencontrer des estomacs de vieillards ou très-élargis et amincis, ou, au contraire, et ceci est plus commun, rapetissés et revenus sur eux-mêmes; leur surface intérieure est souvent plissée, la muqueuse un peu épaissie vers la région pylorique, offrant une couleur ardoisée, plus ou moins étendue et uniforme, ou seulement au sommet des plicatures ; souvent encore des plaques rouges ou d’injection, ou comme d’infiltration sanguine, se montrent a la surlace de la muqueuse. Le plus souvent la muqueuse du grand cul-de-sac est ramollie et comme détruite. Mais ces diverses apparences, ou sont dues à des phénomènes cadavériques, ou ne sauraient être considérées comme des états pathologiques déterminés.

Quant aux lésions de la gastrite chronique elle-même, je puis en

DURAND-FARDEI,. — 2° édit. /. r.

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présenter plusieurs exemples, qui en comprennent à peu près tous les types, et comme les degrés successifs.

Induration de l'estomac. — Une femme âgée de soixante-treize ans d’un grand embonpoint, d’un teint très-frais, semblait d’une parfaite santé. Elle était active, intelligente, ne se plaignait jamais, si ce n’est de la goutte, qui, disait-elle, la tourmentait quelquefois aux poignets, à l’estomac et dans les reins. Celte femme ne faisait jamais d’excès, vivait sobrement, et n’était affectée d’aucune infirmité, si ce n’est une hernie de la ligne blanche qu’elle faisait remonter à sa dernière couche. Elle entra à l’infirmerie de la Salpêtrière dans les premiers jours du mois de juillet 1839, Elle se disait souffrante depuis trois semaines, ayant perdu l’appétit, avec des nausées, des douleurs à l’épigastre ; elle s’était depuis ce temps-là mise à la diète, et ne buvait que de l’eau.

La fraîcheur habituelle avait fait place à une teinte pale et un peu jaune de la face; l’épigastre était le siège d’un peu de sensibilité à la pression, et de quelques douleurs spontanées. Le ventre était volumineux et souple. Anorexie complète, enduit jaune sur la langue, nausées, soif, légère constipation. Apyrexie, céphalalgie et malaise général. {Ipéca, 1 rjr. 50 ; limonade). Vomissements et selles sans aucun soulagement.

L’état de la malade ne fit qu’empirer dans les jours qui suivirent.. Tout ce qu’elle prenait provoquait des nausées, quelquefois des vomissements, surtout le bouillon. L’épigastre était devenu le siège d’une sensibilité vive à la pression, et d’une sensation de malaise continue, sans être très-douloureuse. La langue se couvrit d’un enduit sec et jaunâtre. La teinte jaune de la face se prononça davantage, mais en prenant un aspect cancéreux plutôt qu’ictérique. Cependant on ne découvrait aucune tumeur à l’épigastre. Les vomissements se composaient de boissons ingérées et d’un peu de bile pure.

11 y avait toujours un peu de constipation. ( Calapt '. laudaniscs ; bains; eau de Vichy ; lait.)

Les vomissements se rapprochèrent, l’état douloureux de l’épigastre augmenta, ainsi que l’affaiblissement général. Des sangsues furent posées inutilement sur l’épigastre. L’estomac ne supportait même plus une cuillerée de tisane sans la rejeter. La malade succomba enfin, le 25 juillet; le pouls n’était devenu fébrile qu’à la fin de la vie.

Les replis du péritoine étaient chargés de graisse. L’estomac, peu

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volumineux, était plein de bile pure et verte. La muqueuse présentait, aux environs de la valvule pylorique, deux plaques, chacune de 10 centimètres de diamètre à peu près, au niveau desquelles elle offrait un grand nombre de mamelons irréguliers, aplatis, peu saillants, rapprochés les uns des autres, et d’une teinte grisâtre un peu ardoisée. Cette coloration paraissait due à un grand nombre de points noirs infiniment petits, et qui en recouvraient la surface. La muqueuse était notablement plus épaissie dans ces points que dans le reste de son étendue. De larges taches verdâtres ou d’un rouge livide se remarquaient dans le grand cul-de-sac. La muqueuse se laissait, par places, détacher en lambeaux assez larges; le tissu sous-muqueux offrait partout une injection sanguine fine et assez caractérisée.

Le foie était d’une couleur brune un peu foncée, sans aucune altération appréciable. La vésicule biliaire assez volumineuse était pleine d’une bile noire et épaisse, ayant déposé sur ses parois un grand nombre de petits points noirs formés de bile concrélée. Le canal cystique, oblitéré, était converti en un cordon fibreux blanc, assez dense et très-étroit. Le canal cholédoque et le canal hépatique avaient leurs dimensions normales, leurs parois peut-être un peu épaissies.

Le canal intestinal, et, en particulier, le duodénum, ne présentait aucune altération appréciable.

Infiltration séro-sanguinolente des poumons, surtout à leurs parties déclives, sans pneumonie. Le cœur était sjun, flasque, presque vide de sang.

La marche de la maladie a été assez remarquable. L’estomac offrait les caractères de la gastrite chronique, état mamelonné partiel, épaisissement, teinte ardoisée. Ces altérations, du reste, partielles et peu étendues, semblaient ne devoir constituer qu’une affection d'une gravité médiocre. Cependant les symptômes ont été remarquables précisément par leur intensité. Ils simulaient ceux du cancer d’estomac que, à part l’absence de tumeur de l’épigastre, la teinte jaunâtre de la face, l’augmentation graduelle et persistante des vomissements, l’affaiblissement rapide, semblaient caractériser. Il est permis de croire que c’est au siège des altérations de chaque côté de l’orifice pylorique qu’a été due au moins une partie de cette physionomie. La marche rapide des accidents n’a pas été moins remarquable. On remarquera, du reste, que le caractère et le mode de développement de ces accidents, ainsi que l’absence de toute autre altération qu'on en

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pût rapprocher sur le cadavre, ne permettent pas d’attribuer la maladie et la mort à autre chose qu’à celte gastrite chronique.

Une femme de soixante-dix ans présentait un état d’amaigrissement considérable ; elle se dégoûtait tout de suite de ses aliments, qu'elle changeait souvent; elle vomissait presque tout; elle présentait des alternatives de constipation et de diarrhée; on sentait à la palpation une tumeur dure à la région épigastrique.

Le pylore était sain, mais l’estomac présentait une induration générale, non squirrheuse; il était fortement revenu sur lui-même, de sorte que sa cavité était complètement effacée ; toutes les tuniques étaient dures et hypertrophiées, surtout au niveau de la grande courbure; la muqueuse était dans toute son étendue d’un rouge ardoisé, entremêlé par place d’un rouge vif (1).

Coloration et ramollissement delà muqueuse. — Un homme, âgé de soixante-six ans, mourut après avoir présenté les signes rationnels d’un cancer d’estomac, douleurs épigastriques, diarrhée abondante, etc.

Le pylore et le cardia offraient leurs dimensions normales. La muqueuse de l’estomac était généralement ramollie sans être amincie, friable au niveau du pylore, colorée d’une manière remarquable. Eile offrait une teinte violacée, brunâtre, ardoisée, générale. Cette coloration était uniforme au niveau du pylore et s’étendait jusque dans le duodénum; au niveau du cardia, c’était une rougeur assez vive, avec un pointillé fin de couleur violette (2).

Végétations sous-muqueuses. — Une femme, âgée de soixante-huit ans, accusait une vive douleur dans la région ombilicale; la palpation y faisait découvrir un corps dur, résistant, présentant des battements d'une grande force, isochrones à ceux du pouls, très-sensible à la pression. On entendait un bruit de souffle au-dessus et au-dessous de la tumeur, rien à son niveau. Il y avait un aspect cancéreux et une coloration jaunâtre de la face et de tout le corps. La malade s’affaiblit graduellement et mourut.

On ne trouva, en ouvrant l’abdomen, à la région ombilicale, aucune tumeur; seulement l’aorte était poussée en avant parla colonne

(1) Viallet, Bulletins de la Société anatomique , 1846, t. XXI, p. 365.

(2) De Beauvais, Bulletins de la Société anatomique, 1847, t. XXII, 269.

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vertébrale qui offrait une légère déviation à gauche, et une tiès-forte inflexion en avant. Examinée avec soin dans toute son étendue , l’aorte offrait des ulcérations de sa membrane interne, et de nombreuses concrétions calcaires. L’estomac présentait dans divers endroits, mais principalement à l’orifice pylorique, des prolongements noirs, sortes de végétations développées sous la muqueuse, dont quelques-unes avaient près de 1 centimètre de longueur. Ces végétations, vues au microscope, n’étaient ni des cancers, ni des tumeurs variqueuses formées par les vaisseaux de l’estomac. C’étaient des cellules accumulées, qui présentaient l’aspect d’excroissance ou des polypes sous-muqueux (1).

Perforation de l'estomac. — Une femme de quatre-vingt-un ans mourut à l’infirmerie de la Salpêtrière, dans un état d’affaiblissement général avec engorgement pulmonaire. On trouva une perforation de l’estomac occasionnée par un ulcère chronique, et bouchée par une adhérence de l’estomac à la partie inférieure du sternum. Cette perte de substance existait à la partie antérieure de l’organe, dans le voisinage de la grande courbure, à quatre travers de doigt de la valvule pylorique; la perforation avait au moins la grandeur d’une pièce de 5 francs; ses bords adhéraient immédiatement au sternum; ils élaient aplatis et peu épais (2).

Ulcération avec hémorrhagie.— Urne, femme, âgée de soixante-quatorze ans, n’accusait qu’un peu de toux, existant depuis plusieurs jours. Il survint des vomissements de sang très-abondants ; le sang noirâtre, coagulé en partie, présentait par place des morceaux de fibrine molle ; le deuxième jour, le vomissement sanguin reparut. La mort survint le quatrième jour. L’estomac ne contenait pas de sang; au niveau de sa petite courbure, à environ 3 centimètres du pylore, existait une ulcération à fond grisâtre, dense, les bords d’un blanc gri-âtre également, termes, non décollés. Le tissu constituant le fond, d’apparence fibreuse, offrait à son centre une saillie sur laquelle existaient deux orifices ouverts qui furent trouvés être dus à l’ulcération de l’artère coronaire. Aucune concrétion n’existait dans leur épaisseur. Non loin de cet ulcère, on rencontra deux taches d’un bleu grisâtre nullement rayonnées, un peu affaissées; la muqueuse à ce niveau n’était

(1) Blaio des Cormiers, Ibid., 1847, t. XXII, p. 398.

(2) Barth, Ibid., 1851, t. XXVI.'pi 69.

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pas mobile sur le lissu cellulaire sous-jacent. L’aorte, surtout à la crosse, était parsemée de nombreuses plaques calcaires, dont plusieurs avaient ulcéré la membrane interne (1).

Une femme de soixante-quatre ans se trouvait assez bien portante, sauf quelques accès de goutte, et des digestions passagèrement difficiles et quelques vomissementsbilieux, lorsqu’elle perdit l’appélitd’une manière absolue, se plaignit d’une constriclion habituelle à la région épigastrique, et d’une constipation opiniâtre; enfin elle maigrissait beaucoup. 11 y avait trois mois que ces symptômes s’étaient montrés, lorsqu’elle fut prise d’une douleur très-vive, qui s’étendait des seins à l’ombilic, et, quelques heures après, d’une hérnalémèse considérable. Ces vomissements se reproduisirent pendant cinq jo’urs consécutifs, ainsi que des selles sanglantes. La région sus-ombilicale était mate, très-douloureuse, la main qu’on y appliquait, soulevée par des battements isochrones à ceux du pouls, sans que l’on aperçut de tumeur. La malade succomba à cette hémorrhagie qu’aucun moyen ne put arrêter.

L’estomac, rempli de caillots sanguins et de sérosité sanguinolente, présentait à sa face postérieure une perforation à bords mous et arrondis, coupés à pic d’un côté, adhérente au pancréas qui en formait le fond. L’artère splénique qui, en entourant le bord supérieur du pancréas, s’était trouvée placée au-dessous de la perforation, avait été ulcérée elle-même, et se trouvait béante au fond de l’ulcération. Le reste de la surface interne de l’estomac paraissait à peu près sain ; une ulcération cicatrisée, de deux à quatre lignes de largeur, se remarquait à deux pouces de l’orifice cardiaque. Il parut certain que l’ulcération ne s’était développée que sur du tissu induré, sans aucune dégénérescence (2) .

(1) Sainet, Bulletms de la Société anatomique, 1851, t. XXVI, p. 161.

(2) Cazeaux, Ibid., 1836, t. XI, p. 259.

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