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CANCER DE LA VÉSICULE ET DES CANAUX BILIAIRES

Les auteurs qui ont traité du cancer du foie ont parlé de l’extension du cancer à la vésicule biliaire; mais avant mes propres observations, personne n’avait mentionné le cancer propre de la vésicule, indépendant de toute altération du foie.

J’ai publié, en 1840, dans les Archives de médecine (4), plusieurs observations de cancer de la vésicule, recueillies par moi chez de vieilles femmes, à l’hospice de la Salpêtrière. Depuis, un petit nombre de cas de ce genre, rencontrés dans le même hospice, ont été consignés dans les Bulletins de la Société anatomique. Je ne prétends pas que celte altération soit précisément propre à la vieillesse. Cependant, il n’en a encore été question qu’à propos de sujets avancés en

(1) Union médicale du 12 mars 1870.

(2) E. Boudet, Bulletins de la Société anatomique , 1853, t. XXVIII, p. 73.

(3) Durand-Fardel, Traité pratique des maladies chroniques, 1868, t. II, p. 272.

(4) Durand-Fardel, Recherches anatomico-pathologiques sur la vésicule et les canaux biliaires, fans Archives générale de médecine, 1840, 3e série, t. VIII, p. 107, et t. X,

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âge. Voici une analyse succincte de ces observations, dont l’intérêt, consiste dans la détermination particulière d’une altération parfaitement irrémédiable sans doute, mais dont il n’en faut pas moins connaître l’existence possible et étudier les caractères.

Ces observations sont au nombre de six, dont quatre recueillies par moi-même. J’y ajouterai un septième fait également observé par moi, de cancer propre du canal cholédoque.

Ces six observations de cancer de la vésicule ont été recueillies chez cinq femmes âgées de 71 à 75 ans et une de 81.

Dans tous les cas le foie était sain. Dans trois cas, la portion voisine du côlon, intimement adhérente à la vésicule, participait à la dégénérescence, d’une manière consécutive sans doute, car le développement de l’altération cystique ne permettait guère de douter que cet organe n’en eût été le point de départ. Dans un de ces cas, le cancer de la vésicule (cancer colloïde), ramolli et largement ulcéré, s’ouvrait dans l’intestin; dans les deux autres, celui-ci présentait simplement un épaississement squirrheux confondu avec celui de la vésicule.

On a trouvé trois fois du tissu encéphaloïde, une fois de la matière colloïde (cancer gélaliniforme), deux fois du tissu squirrheux.

Dans trois de ces cas, la cavité de la vésicule n’existait plus. D’un volume considérable et qui pouvait dépasser celui d’un œuf, cette poche était absolument remplie par la matière cancéreuse, ramollie et mêlée de «aïeuls. Dans les trois autres cas, le tissu cancéreux ne remplissait pas la cavité cystique tout entière; dans un seul, le canal cystique intact laissait encore pénétrer la bile qui se mêlait à la matière encéphaloïde ramollie, implantée sur le fond de la poche cystique. Dans un autre cas, une matière épaisse, onctueuse, d’un jaune grisâtre, peu considérable, emplissait la vésicule squirrheuse; dans un autre enfin, un champignon cancéreux, dont le sommet adhérait au fond de la vésicule, flottait librement au milieu d’un liquide noirâtre et fétide.

Des calculs ont été rencontrés dans quatre cas. Formés par l’agrégation des parties essentiellement constituantes de la bile, matière colorante et cholestérine, on ne saurait voir en eux que le résultat ordinaire de la stagnation de la bile dans une vésicule inerte ou isolée du reste des voies biliaires. Dans une de mes observations, le nombre de ces calculs dépassait celui de 10, la plupart du volume d’un grain d’orge à un grain de café. Dans une observation de

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M. Icery (1), il ne paraît pas que l’on ait trouvé de calculs. Dans une des miennes, il n’y avait qu'une petite concrétion pierreuse logée I: dans les parois mêmes de la vésicule.

J’ai dit que dans aucun de ces cas, et c’est précisément ce qui î sert à les caractériser, il n'y avait de dégénérescence du foie. Mais dans trois d’entre eux, on a trouvé du tissu cancéreux dans quelque

! autre point de l’abdomen. C’était une fois une tumeur encéphaloïde enkystée, placée au-devant du pancréas et n’offrant de rapports immédiats avec aucun des organes environnants. Une autre fois, la face inférieure du diaphragme, l’épiploon et le mésentère étaient parsemés d’un nombre infini de petites productions squirrheuses,

I légèrement convexes, irrégulièrement arrondies sur leurs bords, dont le diamètre variait entre celui d’un centime et celui d’une lentille. On en trouva aussi sur les parois du gros intestin. Dans un dernier cas, enfin, il y avait une véritable diathèse cancéreuse, une tumeur squirrheuse de l’intestin grêle, plusieurs petites tumeurs dans les parois de l’estomac, et un cancer de la langue.

Si l’altération anatomique que je viens de décrire présente un ensemble de caractères bien déterminés, on n’en saurait dire autant des symptômes. Un seul, cependant, s’est présenté d’une manière à peu prés constante, et mérite une grande attention : je veux parler d’une tumeur de la région cystique, tumeur dure, bosselée, ordinairement difficile à circonscrire, unique, généralement douloureuse à la pression. Dans le seul cas où l’on n’ait pas constaté de tumeur pendant la vie, le foie, augmenté de volume, dépassait le rebord des côtes et masquait le développement de la vésicule elle-même.

Les symptômes hépatiques proprement dits ne tiennent qu’une faible place dans la plupart de ces faits. On observa une seule fois un ictère prononcé dans le dernier mois de la vie; dans un autre cas, une légère teinte ictérique apparut à la suite d’une chute qui eut lieu quelques jours avant la mort. Dans tous les autres cas, on ne remarqua d’autre coloration de la peau que la teinte jaune-paille propre aux dégénérescences cancéreuses.

Pour ce qui est de symptômes mieux déterminés, on trouve rarement quelque chose de caractéristique à ajouter au fait de la tumeur cystique. Dans trois cas, on n’a pas relaté d’autres symptômes que quelques troubles gastriques assez vagues. Dans un cas, il y eut pendant un an des vomissements et de la diarrhée ; le cancer cystique

(1) Icery, Bulletins de la Société anatomique, 1853, t. XXVIII, p. 73.

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s était ouveit dans le colon. Dans deux autres cas, cependant, il se produisit des phénomènes plus remarquables.

Dans le piemier, des douleurs tres-vives, mais passagères, existaient depuis trois mois dans l’hypochondre droit, parlant de la tumeur cyslique. Pendant les dernières semaines de la vie, ces douleurs devinrent continues, lancinantes, prenant de temps en temps le caractère de coliques excessivement aiguës, et qui ne cessèrent de s’accroître jusqu’à la fin de la vie, sans vomissements du reste et sans fièvre, et même sans trouble apparent de la digestion. Dans 1 autre cas, il y avait depuis quinze mois des démangeaisons générales, des frissons vagues, de la gêne et de la pesanteur dans l’hypochondre droit, des douleurs vives et passagères, des digestions pénibles, de l’œdème dans les membres inférieurs, et un peu d’épanchement séreux dans le péritoine.

Dans la plupart des cas, je trouve notés l’amaigrissement et les signes ordinaires de la cachexie cancéreuse.

La plupart de ces malades ont succombé dans le marasme, ainsi qu’il arrive habituellement dans les lésions organiques de ce genre. Dans un cas, à la suite d’une chute légère, la malade, qui jusque-là n’avait présenté aucun symptôme remarquable, si ce n’est un certain degré d’affaiblissement sénile et récemment un peu de diarrhée, tomba dans une prostration profonde, avec léger ictère, et succomba au bout de peu de jours tranquillement, sans agonie, et sans troubles fonctionnels notables. Dans un dernier cas, enfin, la mort survint par le fait d’une pleurésie, que n’avait précédée aucun symptôme caractéristique (1).

On voit que la seule circonstance qui puisse servir à établir le diagnostic dans les faits de ce genre est l’existence, dans la région cystique, d’une tumeur dure, bosselée, douloureuse, n’appartenant pas au foie lui-même, coïncidant avec des phénomènes de cachexie cancéreuse, lesquels, toutefois, ne se montrent souvent qu’à une époque peu distante de la mort.

• Le cancer peut se développer non pas seulement dans la poche cystique, mais dans les canaux biliaires eux-mêmes, d’une manière primitive, et sans que l’on rencontre ailleurs aucune trace de dégénérescence cancéreuse.

Une femme âgée de 81 ans était depuis longtemps à l’hospice de

(1) Lacase, Bulletins de la Société anatomique , 1847, t. XXII, p. 335.

: la Salpêtrière, ayant souvent présenté des étouffements, quelquetois g des douleurs abdominales, ayant habituellement le teint jaune, mais i sans que l’on eût remarqué d’ictère, ni que l’on pût assigner de ‘ caractère particulier aux accidents précédemment observés. Elle | était parvenue à un âge fort avancé, mais très-faible et très-cassée.

Le 31 janvier 1838, elle entra à l’infirmerie pour des accidents que je n'ai point observés moi-même, mais sur lesquels M. Cruveilï hier a bien voulu me donner quelques renseignements. Ces acciî dents semblaient caractériser un étranglement interne; tel fut le i diagnostic porté. Il y avait une tension, une tuméfaction assez forte i du côté droit de l’abdomen, des douleurs excessives survenues pres- ; que subitement, des vomissements et une constipation opiniâtres. Je ne sais au juste quel traitement fut employé; mais ces accidents se dissipèrent assez promptement, et ne se reproduisirent pas. Il n’y jj a pas eu d’ictère.

Je retrouvai celte femme dans les salles de l’infirmerie, au mois de mars, et nous l’observâmes jusqu’au mois de juin, où elle mourut. Elle était dans un état de maigreur extraordinaire ; sa taille natui Tellement petite, ses membres ratatinés, lui donnaient dans le lit i l’apparence d’un enfant. Elle demeurait toujours couchée, immobile, ne parlant pas d’elle-même, répondant à voix basse aux question qu’on lui faisait. Sa peau desséchée, de la teinte terreuse des anciennes altérations organiques, ne se couvrait jamais de sueur. Dans les deux derniers mois de sa vie, elle laissait aller sous elle ; elle mangeait peu et ne vomissait jamais. La circulation était d’une lenteur et d’une faiblesse remarquables, et les extrémités toujours très-froides. Elle mourut doucement, sans agonie, et n’ayant jamais présenté, depuis les accidents pour lesquels elle était entrée à l’infirmerie, rien autre chose que l’état de prostration dans lequel elle était plongée. On s’attendait à trouver quelques lésions organiques profondes de l’abdomen, mais on n’en soupçonnait ni le siège ni la nature.

Le cerveau et la poitrine, examinés avec soin, ne présentèrent rien qui puisse offrir ici quelque intérêt.

On ne trouva rien non plus à noter dans le péritoine, ni dans le canal gastro-intestinal qui fut ouvert d’un bout à l’autre, ni dans les organes du bassin. On remarqua seulement une énorme dilatation des canaux biliaires. Cette dilatation, qui avait plus que triplé leur diamètre, s’étendait également à toutes les parties dont se composent les voies biliaires, et jusqu’aux ramifications du canal hépatique dans

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l’intérieur du loie. La vésicule était remplie d’une grande quantité de bile jaune, que l’on rencontrait aussi dans les canaux biliaires, et dans laquelle nageaient quelques calculs jaunâtres et mollasses, fort petits et irréguliers.

Le canal cholédoque étant incisé de haut en bas, on vit son extrémité duodénale bouchée par un champignon cancéreux, du volume d’une petite noix. C’était une masse rougeâtre, assez molle à sa surface, semblant du squirrhe ramolli, car à sa base il y avait quelques points blancs, fermes, criant sous le scalpel, évidemment squirrheux. Elle était adhérente à tout le pourtour de ce conduit, et en occupait à peu près le quart inférieur, pénétrant même dans la partie qui traverse obliquement la paroi du duodénum. Un stylet introduit par l’orifice duodénal traversait facilement la tumeur cancéreuse, dont la partie centrale surtout était trop molle pour exercer aucune résistance. A la partie supérieure de cette tumeur se trouvait comme arrêté un petit calcul, semblable à ceux de la vésicule. Du côté de la cavité duodénale, il n’y avait rien de remarquable, si ce n’est une saillie plus prononcée qu’à l’ordinaire de l’espèce de tubercule placé à l’orilice du canal chodéloque.

Le foie était très-sain, à part la dilatation des canaux hépatiques, dont j’ai déjà parlé ; aucun organe ne présentait de vestiges de la dégénérescence cancéreuse.

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