MALADIES DE LENCÉRHALE
tache aux altérations athéromateuses ou calcaires des artères encéphaliques, est assez commune chez les vieillards, l’embolie aurait été rencontrée rarement dans un âge avancé. En effet, sur trente-quatre observations rapportées par M. Gintrac, vingt-six appartenaient à des sujets au-dessous de hO ans, quatre de AO à 50, une de 50 à (50, et une a 05 ans (1). De sorte que, s’il n’était nécessaire de s’y arrêter au point de vue de la pathogénie des altérations de l’encéphale, on pourrait dire que l’embolie cérébrale n’appartient pas à notre . sujet.
ARTICLE 111
ALTÉRATIONS DES VAISSEAUX CAPILLAIRES ENCÉPHALIQUES
Lorsqu’on fait une coupe transversale d’un hémisphère, on voit quelquefois la substance blanche criblée d’un grand nombre de petits trous arrondis, à bords bien nettement dessinés, autour desquels la substance cérébrale est ordinairement bien saine et ne présente aucune modification de couleur ni de consistance.
Ces trous sont disposés trcs-irrégulièrement : tantôt jetés çà et là dans une assez grande étendue, tantôt arrangés en petits groupes où ils se trouvent en plus ou moins grand nombre.
Leur diamètre varie : la plupart semblent avoir été faits à l’aide d’une aiguille fine que l’on aurait enfoncée dans la pulpe cérébrale, et dont Lempreinle y serait demeurée; quelques autres contiendraient presque une petite tête d’épingle.
Un courant d’eau projeté sur ces criblures n’altère en rien leur forme; elles demeurent toujours béantes et nettement arrondies. Lorsqu’on les met sous l’eau ou qu’on fait couler sur elles une nappe d’eau continue, de chacune d’elles on voit sortir et flotter un petit vaisseau rompu. Ceci s’observe constamment, au moins sur le plus grand nombre de ces criblures, car il en est parfois quelques-unes desquelles on ne voit rien sortir. Cette double apparence tient a ce que, à la coupe du cerveau, les vaisseaux se sont déchirés sous 1 instrument, soit un peu au-dessus, soit un peu au-dessous, du niveau de la coupe elle-même.
Ces trous, qui se présentent ainsi à la coupe du cerveau, ne sont donc autre chose que les orifices de canaux creusés dans l’épaisseur de la pulpe nerveuse, et contenant chacun un vaisseau. J ai décrit l’apparence qu’ils présentent sous le nom r Y état cribla du cerveau.
(1) E. Gintrac, loc, cit., t. VI, p. 4GG.
ALTÉRATIONS DES VAISSEAUX ENCÉPHALIQUES. 1
11 est permis de regarder celte altération, évidemment liée à la di- 1 latalion générale des vaisseaux, comme le résultat de congestions I sanguines répétées. Les vaisseaux qui pénètrent l’intérieur du cer- I veau refoulent incessamment, parleur dilatation, la substance céréij braie environnante, et finissent par se former des canaux persistants,
I et dans lesquels ils se trouvent trop a 1 aise, lorsque, après la moit,
I ils viennent à se désemplir. A l’état normal, cela ne s’observe guère, chez les enfants et les adultes, qu’à la partie interne de la scissure de I Sylvius (lame criblée), sur le lobule du corps strié, ou sur la lame I triangulaire qu’embrassent les pédoncules du cerveau, parce que c’est "là seulement que les vaisseaux ont. un volume assez considé- I rable pour que les canaux ou les trous qu’ils se sont creusés dans la substance cérébrale demeurent visibles lorsqu’ils ont cessé d’être dis- I tendus par le sang. Partout ailleurs, en effet, on ne distingue guère | les vaisseaux que par la couleur du sang, qui tranche vivement sur I celle de la pulpe nerveuse, et l’on est même porté à regarder comme un étal maladif celui où une assez grande quantité de sang pénètre le cerveau, pour qu’un certain nombre de ces vaisseaux puissent être suivis de l’œil.
Lorsque l’on examine avec soin des cerveaux de vieillards, on peut aisément s’assurer que les vaisseaux qui les pénètrent sont beaucoup plus volumineux que dans les autres âges de la vie, ce qui se reconnaît au grand nombre de vaisseaux vides de sang que l’on distingue au centre des hémisphères, surtout si l’on pratique une section avec un mauvais instrument, qui tranche toujours plus aisément la substance du cerveau que les parois lâches et flasques des vaisseaux. Il n’est pas très rare, dans un âge avancé, de trouver quelques-uns de ces canaux vasculaires, qui, réunis en un certain nombre, constituent ce que j’ai appelé état criblé du cerveau ; mais alors ces criblures sont rares et surtout très-étroites, et le plus souvent ne s’observent qu’avec peine.
C’est dans les corps striés surtout qu’il est facile d’étudier les effets de l’âge sur la dilatation des vaisseaux, et les effets de cette dernière sur la substance cérébrale. Chez les vieillards, on trouve souvent les corps . striés creusés de canaux ayant jusqu’à 3 millimètres de diamètre, et contenant tous un vaisseau qui, vide de sang, paraît toujours d’une petitesse hors de proportion avec le canal qui le contient. Ces canaux suivent presque toujours une direction sinueuse, de sorte que, au premier abord, il semble, à la coupe du corps strié, voir de petites cavités à parois lisses et incolores; mais, avec un peu d’allen-
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
tion, on parvient à distinguer leur trajet oblique et le vaisseau qu’ils contiennent. Ges canaux vasculaires, qui s’observent du reste à tout âge, sont quelquefois si larges et si nombreux chez les vieillards, que le corps strié paraît, dans certains cas, avoir perdu plus de la moitié de sa substance : cet état, qui ne m’a jamais paru coïncider avec quelque altération particulière des fonctions cérébrales, s’accompagne ordinairement d’une apparence de dilatation générale des vaisseaux des hémisphères. Je recommande à l’attention des anatomo-pathologistes celte disposition des corps striés chez les vieillards; je suis convaincu que ces canaux vasculaires ont été plus d’une fois pris et décrits pour ces petites cavités anomales que Morgagni avait déjà signalées, et dont on paraît encore ignorer la nature.
Lorsqu’une congestion sanguine se fait dans le cerveau, elle-détermine nécessairement une certaine dilatation des vaisseaux, mais passagère, et, soit par suite de la déplétion naturelle, après la mort, du système vasculaire, soit par le retour de l’équilibre de la circulation, la substance cérébrale, momentanément refoulée, revient sur ellemême par sa propre élasticité, et reprend tout l’espace qu’elle occupait auparavant. Maintenant, on conçoit comment des congestions fréquentes, en renouvelant souvent le refoulement de la substance cérébrale à l’entour de chaque vaisseau, finissent par y laisser l’empreinte des dilatations répétées qu'elles leur ont fait subir, et y creuser ces canaux, que leur retrait laisse vides et béants après la mort.
L’état criblé du cerveau n’est donc autre chose, tout porte à le croire, que le résultat d’une congestion chronique ou de congestions réitérées de cet organe.
Tantôt l’état criblé du cerveau se trouve répandu dans une grande étendue des hémisphères, tantôt on ne l’observe que dans un espace circonscrit. Dans certains cas, et cette distinction est fort importante, on ne rencontre dans le cerveau aucune autre lésion que l’état criblé;’ dans d’autres cas, au contraire, on le trouve lié à des altérations différentes, mais dont il est curieux de le rapprocher: tels sont le ramollissement cérébral sous ses diverses formes, et, en particulier, ce ramollissement général de la couche corticale des circonvolutions, que l’on considère comme la lésion propre à la paralysie générale des aliénés ; l’induration de la substance cérébrale, etc.
M. Laborde a fait connaître le résultat d’observations intéressantes sur la constitution histologique des capillaires encéphaliques, chez les vieillards. Sur presque tous les cerveaux de vieillards, au nombre de soixante au moins, qu’il a examinés, il a trouvé des altérations
I ALTÉRATIONS DES VAISSEAUX ENCÉPHALIQUES
I « paraissant relever d'un processus progressivement envahissant des organes de la circulation capillaire, exprimé par une dégénéres- 1 cence de leurs parois, dégénérescence dont l 'élément histologique fondamental est le granule ou le globule adipeux ». Ces mêmes vais- I seaux présentent en outre des déformations diverses, et des dilata- } lions partielles, véritables dilatations anévrysmales, ou des dilatations I de tout' le calibre des vaisseaux, constituant une série d’ampoules I dont la répétition donne au vaisseau l’apparence d’un chapelet, ce que M. Laborde appelle état monili forme des capillaires. En outre, il s’est fait quelquefois, soit sur les parois des vaisseaux, soit dans leur intérieur, une accumulation d’éléments morbides suffisante pour qu’il paraisse en résulter une obstruction partielle et plus ou moins complète de leur lumière. Dans ces conditions, la gêne de la circulation locale se traduit souvent par la présence de lacis vasculaires circonvoisins sortant du type normal, et que l’on ne peut guère se défendre d’attribuer à des efforts de circulation supplémentaire.
C’est principalement dans les vaisseaux capillaires de premier ordre de la substance grise, soit de la couche corticale, soit des corps I striés et de la couche optique, que l’on observe les modifications lentes et progressives dont les manifestations coïncident encore avec l’état physiologique, ou tout au moins avec l’absence de phénomènes pathologiques saisissants (1).
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