ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE
II est difficile de poser avec quelque précision les caractères anatomiques delà congestion cérébrale, et souvent même d’établir avec certitude son existence. Certainement le degré d’activité de la circulation encéphalique, et par suite de plénitude des vaisseaux de l’encéphale, varie beaucoup, sans revêtir pour cela des caractères pathologiques. Le trouble qu’apportent nécessairement à la circulation générale, et à celle de l’encéphale en particulier, les phénomènes des derniers instants de la vie, vient ajouter de nouvelles difficultés à l’appréciation des circonstances anatomiques. En outre, les congestions les plus considérables se dissipent en général avec une extrême facilité, soit spontanément, soit sous l'influence des moyens thérapeutiques employés, soit en raison des phénomènes variés dont l’organisme peut être le siège, de telle sorte qu’après la mort on cherche en vain, quelquefois, à quoi rapporter des désordres fonctionnels considérables, observés pendant la vie. Et il n’est guère permis d’espérer que l’on arrive à une précision plus grande à ce sujet. A quels éléments s’adresser, pour juger de la quantité exacte de sang enfermée dans les vaisseaux du cerveau, de la date de son accumulation, de la raison physiologique de sa présence, etc. ? Aussi attachons-nous beaucoup plus d’importance à la détermination des formes symptomatiques, qu’il paraît raisonnable d’attribuer à la congestion cérébrale, qu’à une description anatomique à laquelle il paraît impossible d’attacher aucun caractère de précision.
Ce qui caractérise anatomiquement la congestion cérébrale, c’est la présence exagérée du sang dans les vaisseaux eux-mêmes et l’intégrité apparente des caractères physiques de la pulpe cérébrale.
La rougeur est le premier indice de la congestion cérébrale; elle se montre dans la substance médullaire par une injection vasculaire, dans la substance corticale par une coloration rose uniforme.
L’injection de la substance blanche est précisément, de tous les signes anatomiques de la congestion cérébrale, celui dont la valeur paraît la plus douteuse, Le pointillé rouge à la coupe du cerveau, l’exsudation de gouttelettes sanguines, existent sans qu’il y ait à proprement parlerai ypérémie active, et il est rare, chez les vieillards, de rencontrer ces caractères avec un degré de développement qui ne laisse pas de doutes sur leur importance et leur signification. Il faut savoir que
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les vaisseaux du cerveau sont généralement plus développés chez les. vieillards que chez les adultes : rien n’est plus ordinaire, lorsqu’on vient à couper par tranches un cerveau, même peu congestionné, avec un instrument mal aiguisé, de voir ce dernier s’arrêter sur des vaisseaux consistants, ou les déchirer inégalement, et alors on aperçoit un grand nombre de vaisseaux, les uns rosés, les autres bleuâtres, d’autres même vides de sang et incolores, qui auraient échappé à une inspection superficielle, et que des coupes très -nettes et très-précises auraient surtout empêché d’apercevoir. C’est dans les corps striés surtout et leur voisinage, que l’on trouve des vaisseaux quelquefois énormément dilatés. J’ai signalé plus haut, sous le nom d 'état criblé du cerveau , ce développement exagéré des vaisseaux du cerveau, lequel me paraît particulier aux vieillards, et m’a semblé, à ce degré, devoir être reporté à des congestions sanguines anciennes ou habituelles.
On aperçoit quelquefois, sur les coupes de la substance médullaire des hémisphères, des plaques rosées, comme jetées par un coup de pinceau, et d’une teinte en apparence uniforme. Si on les examine à la loupe, on voit que cette teinte rose est le résultat de l’agglomération d’un grand nombre de petits vaisseaux déliés, partiellement injectés.
Dans la substance grise, la coloration rose produite par l’hypérémie est également uniforme, par suite de la grande vascularité de cette portion de la substance cérébrale. Cette rougeur uniforme a beaucoup plus de signification, en faveur d’une hypérémie morbide, que le pointillé le plus prononcé de la substance blanche. Les congestions accidentelles ou passives de l’agonie ne paraissent s’élever jamais à ce degré.
A la rougeur ajoutons la tuméfaction. Cette dernière, lorsqu’elle existe, est le signe le plus certain d’hypérémie. Lorsque celle-ci est très-étendue et considérable, la tuméfaction peut aller jusqu’à aplatir les circonvolutions contre la voûte du crâne, et donner aux méninges celte apparence sèche et visqueuse qui résulte d’une forte compression de la superficie du cerveau. Il est généralement facile de constater l’épaississement de la couche corticale des circonvolutions isolées, dans les hypérémies partielles.
D’après M. Bouillaud, la congestion cérébrale s’accompagnerait habituellement d’une augmentation de consistance de la pulpe nerveuse: « La première période de la cérébrite, dit-il, est caractérisée par la congestion, la lluxion sanguine, sans lésion notable de structure
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
•de lu substance cerobrale. La substance cérébrale est comme injectée de sang rouge, tuméfiée et sensiblement plus ferme qu’à l’état normal (1). » Cette augmentation de consistance dans la congestion est du reste loin d’être constante : si nous l’avons trouvée notée dans plusieurs des observations de M. Bouillaud (2), de M. Gendrin (3), et dans d’autres publiées isolément, elle n’existait dans aucune des observations de M. Amiral, ni dans les faits que j’ai observés moi-même, ou d’autres plus nombreux recueillis dans les auteurs. Bien plus, j’ai constaté plusieurs fois une très-légère diminution dans la consistance de ces couches de substance corticale rose et épaissie.
L’hypérémie encéphalique ne se remarque pas seulement dans les hémisphères eux-mêmes : on en retrouve encore les traces dans les méninges , spécialement dans la pie-mère, sous forme d’injection sanguine ou d’infiltration séreuse.
On peut rencontrer une vive injection sanguine, occupant la totalité du système vasculaire qui se répand dans le tissu cellulaire sousarachnoïdien; mais souvent cette injection se trouve limitée, soit aux troncs les plus volumineux, soit à leurs ramifications. De ces deux circonstances, la première paraît se rapporter à ces engorgements passifs qui ne sont, sans doute, qu’un des effets de l’agonie, et la seconde, appartenir spécialement à l’hypérémie active.
L’extravasation sanguine qui marque quelquefois sur la pie-mère des plaques rougeâtres ou violacées uniformes, et se montre surtout aux parties déclives, paraît être, en général, un phénomène purement cadavérique. Quelle que puisse être l’inlluence de la déclivité, si sensible dans les congestions ou les extravasations passives, l’injection sanguine active est toujours plus prononcée à la convexité du cerveau qu’à la base, peut-être à cause de la pression exercée dans ce dernier sens par la masse encéphalique.
L’augmentation de l’exhalation séreuse des méninges indique ordinairement, lorsqu’elle se fait en peu de temps, cpi’une congestion sanguine a eu lieu. Cette conséquence de l’hypérérnie, spéciale jusqu’à un certain point à l’appareil encéphalique, parait tenir surtout à l’inextensibililé des parois du crâne, à l’étroitesse des trous qui donnent issue aux vaisseaux, et qui, ne pouvant se prêtera la disten-
(1) Bouillaud, Dictionn. de méd. et de chir. prat., t. VII, p. 272. — Bien que présentée à propos de la cérébrite, cette description n’en appartient pas moins évidemment à la congestion elle-même.
(2) Bouillaud, Traité de V encéphalite. 1825, 1 vol. in— 8.
(3) Gendrin, Hist. anat. des inflammations. 1820, 2 vol. in-8.
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sion qu’opère dans ces vaisseaux 1 alflux d une quantité de sang inusitée, y ralentissent nécessairement la circulation et déterminent ainsi, d’une manière passive, une exhalation de sérosité aux dépens du sang qui s’y était amassé d’une manière active.
Ces épanchements de sérosité ne se font jamais, chez les vieillards, dans la cavité de l’arachnoïde, où l’on rencontre quelquefois tout au plus une légère augmentation de la sérosité normale. C’est dans le tissu cellulaire que s’infiltre la sérosité, et seulement autour de la convexité des hémisphères. On trouvera du reste, dans l’article suivant, sur V œdème de la pie-mère , des détails plus étendus sur-ce sujet. On verra que, bien que j’aie cru devoir scinder cette étude, l’œdème aigu de la pie-mère et la congestion cérébrale ne sont qu’un même état morbide.
ARTICLE II