‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 23 sur 123 · CAUSES DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE

La congestion cérébrale, considérée comme lésion primitive, est fort rare dans l’enfance (1). Chez les adultes, où l’on commence a l’observer assez fréquemment, elle reconnaît le plus souvent une cause occasionnelle ou purement matérielle et venant du dehors, en se rapportant àquelqu’unede ces conditions passionnelles ouaffectives dont le cerveau est l’agent le plus direct.

Mais chez les vieillards, chez qui surtout, on observe la congestion cérébrale, on ne peut presque jamais reconnaître à cette altération de causes occasionnelles déterminées. Aussi range-t-on communément la vieillesse elle-même parmi ses causes prédisposantes. Je ne veux pas dire, cependant, que les causes occasionnelles remarquées chez les sujets plus jeunes ne sauraient avoir aucune action chez les vieillards, et que ceux-ci ne puissent trouver dans des conditions hygiéniques particulières le moyen de se garantir, dans de certaines limites, du danger des congestions cérébrales. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que, chez les vieillards, la congestion cérébrale se développe presque toujours en vertu des conditions organiques qui

(I) Rillict et Barthez, Traité des maladies des enfants, 1853, 2° édit., t. I, p, 141

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en constituent précisément la prédisposition, et que nous n’avons guère trouvé, dans les nombreux exemples qui nous en ont passé sous les yeux, ou que les autres ont rapportés, de circonstances extérieures et déterminantes auxquelles on pût rattacher les accidents observés. Ce que je dis de la congestion cérébrale est également applicable au ramollissement et à l’hémorrhagie qui, dans la jeunesse et à l’âge moyen de la vie, reconnaissent souvent une cause déterminante appréciable, et dans la vieillesse, au contraire, n’offrent ordinairement rien de semblable à l’observation.

Mais cette prédisposition de la vieillesse aux congestions cérébrales, cet âge la doit aux conditions organiques nouvelles qui le caractérisent et qui ont été exposées avec détail dans l’introduction à cet ouvrage. On a vu comment l’imperméabilité progressive du système vasculaire, l’insensibilité croissante du système nerveux de la périphérie, l’obtusion des sens, refoulant en quelque sorte la vie de la périphérie vers le centre, ramenaient en définitive aux poumons, au cœur, au cerveau, toute l’activité morbide comme l’activité physiologique, et, par suite, concentraient vers ces organes à peu près toute la pathologie effective de la vieillesse. Aussi la vieillesse estelle l’âge des hypérémies pulmonaire et cérébrale. Mais ces hypérémies n’ont pas toujours le caractère d’activité qui peut résulter de l’excès, tout relatif du reste, de vitalité que l’obtusion graduelle des organes de la périphérie concentre dans les organes qui en sont le

siège. Tout concourt également à y déterminer des hypérémies passives, analogues souvent aux précédentes dans leur expression symptomatique, pour le cerveau surfout, bien que différentes par leur mode deformation. Si le défaut d’énergie du système artériel, agent essentiel des hypérémies actives, semble préserver de ces raptus sanguins, brusques et primitifs qui, dans l’âge de la force, se montrent souvent dans les mêmes organes, le défaut d’énergie du système veineux menace incessamment l’âge de la faiblesse de ces stases sanguines moins rapides, mais plus dangereuses encore, parce que ce ressort naturel qui tend sans cesse à équilibrer les dérangements survenus dans la distribution des agents nécessaires à la vie manque alors à l’organisme. Ces stases sanguines, hypérémies passives, non seulement l’affaiblissement des organes de la circulation, la prédominance du système veineux, y disposent incessamment, mais les modifications survenues dans la forme et la texture des organes concourent encore à les favoriser : ainsi, l’induration, l’épaississement des gros vaisseaux, les altérations particulières du système vasculaire

CONGESTION CÉRÉBRALE

encéphalique, les déformations, la rigidité des orifices du cœur, qui, jsans constituer des maladies par elles-mêmes, ne sauraient manquer cependant de ralentir, d’entraver en quelque chose le cours du sang et dans le cœur lui-même, et par suite dans tous les organes.

C’est ainsi, et sous ce point de vue d’ensemble, que nous paraît devoir être envisagée l’étiologie de la congestion cérébrale dans la

i. vieillesse. Difficiles souvent à démontrer dans un cas donné, les i.j influences organiques auxquelles nous attribuons d’une manière générale la prédisposition des vieillards à la congestion cérébrale ne nous - paraissent pas pouvoir être contestées. Il faut bien se figurer qu’en e réalité la pathologie, que nous morcelons dans nos études et dans nos O points de vue, est surtout constituée par cette réaction mutuelle et o solidaire des organes les uns sur les autres, des organes dans leurs e conditions, soit d’intégrité, presque toujours relative, soit d’altérae tion organique ou fonctionnelle. Les considérations qui ont été présentées au début de ce chapitre, et celles qui trouveront place plus . loin au paragraphe des causes de l’œdème de la pie-mère, compléte- . ront ce que nous avons à dire de l’étiologie de la congestion cérébrale. Quant à certaines influences spéciales, celles de l’état du cœur,

. du tempérament, des saisons,' etc., on les trouvera traitées aux chapitres spéciaux de l’hémorrhagie et du ramollissement cérébral.

La congestion cérébrale est fréquente chez les vieillards. Ceci ne , semble pas résulter cependant de l’observation de M. Gintrac. Cet auteur a recueilli 252 cas de congestion cérébrale qui se distribuent ainsi, suivant les âges :

De 10 à 50 ans 210

De 51 à 68 ans 19

De 61 à 89 ans 15

« Si les congestions cérébrales, dit cet éminent pathologiste, sont, comme on l’a cru, plus fréquentes chez les vieillards, c’est qu’elles sont alors liées à des lésions plus graves, et surtout aux hémorrhagies cérébrales qui, à cet âge, sont leur terminaison à peu près constante; mais je n’ai recueilli sous le titre d’hypérémie ou de congestion cérébrale que des cas exempts de complication (1). »

Je pense qu’il faut tenir compte ici des milieux où ont été puisées les observations de M. Gintrac. La congestion cérébrale simple, et suivie de résolution complète, se rencontre très-souvent dans les hos-

(1) E, Gintrac, lue, cit.} [. VI, p. 561.

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pices de vieillards. Les conséquences qu’elles peuvent avoir n’en changent pas le caractère, et les remarques que je viens de reproduire ne sauraient s’appliquer qu’aux congestions qui servent de prodromes immédiats à l’hémorrhagie, et aussi au ramollissement cérébral.

ARTICLE VL

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