‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 25 sur 123 · ŒDÈME DE LA IME-MÈRE · texte numérisé non relu

ŒDÈME DE LA IME-MÈRE

éloignée : si l’on doit lui assigner un caractère pathologique, ou si elle reconnaît pour origine des conditions jusqu’à un certain point physiologiques.

Nous étudierons d’abord les causes sous l’iniluence desquelles la quantité normale de sérosité infiltrée dans la pie-mère peut augmenter d’une manière notable. Nous exposerons ensuite 1 anatomie pathologique des infiltrations séreuses de la pie-mère, et enhn les symptômes qui peuvent leur appartenir.

§ — Causes «1e ruMlème «le la pie-mère.

Nous n’étudierons ici que les causes organiques sous l’influence desquelles peut s’opérer cet œdème, car de causes extérieures, accidentelles, nous ne rencontrons rien qui puisse s’y rapporter dans les faits que nous connaissons.

Parmi ces causes, les unes sont générales et les autres locales.

Les causes générales de l’infiltration séreuse de la pie-mère sont les mêmes que pour l’anasarque. Dans les maladies du cœur, l’albuminurie, alors que le tissu cellulaire est partout infiltré de sérosité, on en rencontre aussi dans l’encéphale, mais plutôt à la base du crâne qu’autour de la convexité des hémisphères ; les ventricules et même la cavité de l’arachnoïde renferment également alors une quantité notable de sérosité. Mais il est rare que ces épanchements acquièrent des proportions considérables, et qu’ils déterminent des symptômes particuliers. Quelquefois, cependant, les hydropiques qui se présentent dans de semblables conditions avaient offert, dans les derniers temps de leur vie, une tendance particulière à l’assoupissement, une obtusion générale des facultés intellectuelles qui permettent de reconnaître alors d’avance qu’il s’amasse de la sérosité à l’entour du cerveau.

Mais ce qui nous intéresse surtout, c’est d’étudier les conditions locales sous l’influence desquelles se produisent ces infiltrations séreuses. Distinguons d’abord les épanchements séreux aigus ou rapides des épanchements chroniques ou qui se sont formés graduellement.

On voit quelquefois se développer des accidents apoplectiformes promptement suivis de mort, après lesquels on trouve le cerveau envoloppé d’une quantité inusitée de sérosité limpide. Depuis Morgagni, on désigne ces faits sous le nom d 'apoplexie séreuse (1). Cette

(1) Morgagni, De sedibus et causis morborum , ep. IV.

Ad MALADIES DE L’ENCÉPHALE.

apoplexie séreuse a toujours paru quelque chose d’assez particulier et dont on ne s’esl pas bien rendu compte. M. Moulin avait proposé de 1 remplacer le nom d’apoplexie séreuse par celui ü hydrocéphale aiguë '• apoplectiforme (1), et Martin-Solon par celui d’ hydrorrhayie cérébrale (2).

MM. Guersant et Blache, après avoir établi que la plupart des épanchements séreux aigus dans les ventricules et la pie-mère sont l’efl'et secondaire d’une méningite aiguë, admettent, comme très- ' rare il est vrai, une hydrocéphale aiguë essentielle (3). Delaberge et Monneret disent que les apoplexies séreuses forment une classeàpart des hydrocéphales, que l’absence de toute altération inflammatoire des méninges doit éloigner toute idée d’inflammation, et qu’ils restreindront le sens de ce mot à la simple exhalation de sérosité indépendante de tout travail phlegmasique appréciable (h).

Cependant M. Andral, après avoir distingué des cas « où l’épanchement s’effectue en quelques heures, d’où résulte la maladie trèsréelle, mais beaucoup plus rare qu’on ne l’avait pensé, qui est connue sous le nom d’apoplexie séreuse, de ceux où il se forme en un petit nombre de jours et présente l’ensemble de symptômes décrits sous le nom d’hydrocéphale aiguë », ajoute, qu’il ne semble pas que l’essence même de la maladie réside dans un épanchement qui n’en est qu’un des caractères anatomiques (5).

Cette distinction relative à la durée plus ou moins courte de la maladie, du moment que cette dernière a suivi une marche aiguë, ne me semble pas très-importante au point de vue pathogénique qui nous occupe. Mais il est bien évident, comme le dit M. Andral, que la sérosité infiltrée dans la pie-mère ne constitue pas la maladie ellemême ; nous verrons tout à l’heure quelle n’est à proprement parler qu’un résultat.

L’idée d’inflammation ne peut en aucune façon être rapprochée de ces épanchements de sérosité limpide, sans aucune altération appréciable des tissus environnants, bien que Rostan ait dit que l’apoplexie séreuse résultait toujours d’une inflammation de l’encéphale. Au moins telle est l’opinion que lui attribue la Gazette des hôpi-

(1) Moulin, Traité dp l'apoplexie et des hydrocéphales , 1819.

(2) Martin-Solon, Journal hebdomadaire, t. IV, p. 358.

(3) Dictionn. de médecine , 2e édit., t. XV, p. 500-503.

(4) Compendium de médecine pratique , t. 1, p. 293.

(5) Andral, Précis d’anatomie pathologique, 1829, t. II, P- 326.

ŒDÈME DE LA PIE-MÈRE. à"7

ta.ux{\). Mais lorsque ce professeur ajoute qu’il n’y a, clans aucun cas, de suffusion séreuse primitive et idiopathique du cerveau, il se rapproche beaucoup plus de la vérité.

Peut-être faut-il faire cependant une exception pour ces épanchements subits qui semblent revêtir le caractère de métastases. M. Andrala vu un homme de cinquante ans, hydropique, tomber tout à coup dans un état apoplectique, avec résolution et insensibilité générales, et mourir quelques heures après. On trouva à 1 autopsie une quantité médiocre de sérosité infiltrée dans la pie-mère : mais les ventricules latéraux étaient conlondus avec le troisième en une vaste cavité d’où coulèrent au moins deux verres de sérosité limpide. A la place du septum lucidum et de la voûte, un peu de pulpe blanche nageait dans la sérosité. Rien au cœur; affection organique du foie, peut-être de la rate. M. Andral compare cet épanchement à ces épanchements séreux dans les plèvres que l’on voit quelquefois se former tout à coup chez les hydropiques, et amener une mort rapide par suffocation (2). Morgagni rapporte, comme un exemple de répercussion d’ulcères chez un vieillard, l’histoire d’un homme affecté depuis longtemps d’ulcères aux jambes, lequel vit ces ulcères se dessécher rapidement, puis fut pris d’apoplexie avec hébétude et engourdissement des membres, et mourut le jour suivant ; on trouva de la sérosité entre les méninges, dans le canal vertébral et dans les ventricules (3).

Mais les cas de ce genre sont peu nombreux, et en général assez peu probants. « L’épanchement séreux dans les autres parties du corps, dit Abercrombie, est rarement une affection primitive : il arrive, soit comme résultat de l’inflammation, soit comme suite d’obstacles à la circulation ; il survient lentement; l’accumulation de la sérosité ne se fait pointa la fois en quantité assez considérable pour déterminer de graves accidents. Il n’est, par conséquent, pas vraisemblable que l’épanchement puisse s’opérer dans le cerveau comme maladie primitive, et que le liquide s'y accumule avec une rapidité suffisante pour déterminer les symptômes brusques de l’attaque d’apoplexie (A). »

Ce n’est guère qu’autour du cerveau, cependant, que l’on rencontre de ces épanchements séreux, rapidement formés et à symptômes soudains, surtout chez les vieillards. Il faut donc admettre dans

(1) Gazette des hôpitaux ilu 5 septembre 1846.

(2) Andral, Clinique médicale , t. V, p. 94.

(3) Morgagni, loc. cil. , ep. IV, § 7.

(4) Abercrombie, Des maladies de l'encéphale, p. 318,

MALADIES DE l/ ENCÉPHALE.

les organes encéphaliques des conditions spéciales qui nous rendent compte de phénomènes aussi particuliers, et ces conditions, nous les trouvons dans Indisposition du système vasculaire.

Les vaisseaux de l’intérieur du crâne ne communiquent avec ceux de l’extérieur qu’en passant par des canaux osseux, c’est-à-dire qui ne peuvent se prêter en rien aux variations de volume que les premiers sont susceptibles d’éprouver. Lorsque, par suite d’une congestion active, les artères auront déterminé un afflux de sang dans le cerveau, les veines, pour débarrasser cet organe dans un temps donné d’une quantité de sang plus grande que celle qu’il reçoit à l’état normal, éprouveront naturellement un gonflement, au développement duquel s’opposeront les canaux osseux qu’elles ont à traverser, d’où un ralentissement notable de la circulation veineuse, d’où une stase du sang veineux dans le cerveau et ses membranes, d’où enfin l’infiltration séreuse, l’œdème de la pie-mère.

Il est donc infiniment probable que les infiltrations séreuses aiguës de la pie-mère ne sont, en général au moins, autre chose que la conséquence anatomique d’une congestion cérébrale. Sans doute les sinus veineux de la dure-mère ne présentent la disposition si spéciale qui caractérise le système veineux intercrânien que pour prévenir un tel résultat. Sans eux, en effet, la circulation veineuse cérébrale serait à chaque instant entravée et, pour ainsi dire, impossible. Mais il est permis de croire que là, comme ailleurs, les précautions prises par la nature se trouvent insuffisantes, jusqu’à un certain point, et permettent le développement de phénomènes morbides auxquels elles étaient destinées à s’opposer.

Nul doute que ces infiltrations séreuses ne résultent souvent de ces hypérémies passives, de ces stases du sang veineux auxquelles la prédominance du système nerveux, l’affaiblissement des tissus, les altérations du système circulatoire, exposent spécialement les vieillards, et dont nous avons parlé à propos de l’étiologie de la congestion

cérébrale elle-même.

Cullen avait déjà émis une pareille opinion. Il dit qu’une augmentation de l’afflux du sang dans les vaisseaux du cerveau peut occasionner une rupture de leurs extrémités et un épanchement de sang, mais que ce même afflux peut déterminer une augmentation de 1 exhalation de sérosité par leurs extrémités, qui, si elle n’est promptement résorbée, peut produire une compression (1).. • Portai avait dit aussi

(1) Cooke, A treaiise on nervons diseases, London, 1820, t. I, On opoplejy.

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