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ŒDÈME DE LA PIE-MÈRE

que la sérosité des méninges et des ventricules était, presque constamment au moins, l’effet d’une congestion sanguine (1). N’est-ce pas même là ce qu’entendent par inflammation du cerveau Abercrombie et Rostan, lorsqu’ils disent que l’apoplexie séreuse est le résultat d’un état inflammatoire? mais cette expression n’est pas exacte; il est évident qu’il ne se peut agir ici que d’une simple hvpérémie.

Que cet œdème aigu de la pie-mère résulte, comme on doit le penser, pour la plupart des cas, d’un embarras de la circulation veineuse, ou, comme le donne à entendre Cullen, d’une sécrétion séreuse active, l’étude des symptômes ne saurait guère laisser de doute sur ce point, que cet œdème est généralement consécutif à la congestion cérébrale.

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que les trois formes les plus communes delà congestion cérébrale sont la forme apoplectique, ou coup de sang; la forme subapoplectique, ou obtusion graduelle des facultés de l’intelligence et du mouvement; enfin le délire. Or nous retrouvons exactement ces trois mêmes groupes de symptômes dans l’œdème aigu de la pie-mère, comme on le verra dans un des articles suivants. Ce rapprochement remarquable, qui sert à prouver que la congestion cérébrale et l’œdème aigu de la pie-mère ne sont qu’une même maladie' n’avait pas entièrement échappé aux précédents observateurs : mais on ne s’en était guère occupé précisément que pour chercher à établir un diagnostic différentiel entre l’apoplexie séreuse et le coup de sang ou l’hémorrhagie cérébrale.

Cependant la congestion cérébrale ne détermine certainement pas toujours l’œdème de la pie-mère. On a quelquefois trouvé dans le cerveau les traces de la plus violente hypérémie active, sans aucune accumulation de sérosité. Mais nous ne connaissons pas assez les conditions particulières dans lesquelles s’opère la circulation cérébrale, pour nous rendre un compte exact de tous les phénomènes qui s’v rattachent. Peut-être les choses ne se passent-elles pas tout à fait de même quand l’hypérémie a porté surtout sur la substance encéphalique elle-même, ou principalement sur les méninges; peut-être le temps écoulé entre la congestion et la mort a-t-il quelque influence sur la production du phénomène spécial qui nous occupe; peut-être l’amoindrissement de l’élasticité vasculaire est-il cause que la 'circulation s’embarrasse et se ralentit davantage chez les vieillards, et

(I) Portai, Traité de l'apoplexie, 1811, p. 348.

DllUAND-PAllDEL. — 2e édit. A

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

donne lieu [tins souvent alors aux infiltrations séreuses, à la suite des congestions sanguines. Mais il .paraît difficile, sans entrer dans des explications purement spécieuses, d’aller au delà du rapport que nous avons établi entre cet œdème et l’hypérémie.

M. Louis a dit que la seule circonstance à laquelle il avait pu rattacher l’infiltration séreuse des méninges, si fréquente même chez les adultes, était relative à la durée de l’agonie (1). Je crois que celte observation cesserait d’être juste, si elle était trop généralisée, car on assiste souvent à de longues et pénibles agonies, sans rencontrer après la mort de la sérosité dans les méninges. Cependant on ne saurait nier que, dans certains genres de mort, l’embarras de la circulation veineuse ne puisse déterminer un œdème des méninges, comme un engouement séreux dans les poumons. Ceci rentre du reste parfaitement dans le mécanisme que j’ai assigné à la production de la plupart des œdèmes aigus de la pie-mère. Seulement je dois ajouter qu’il m’a été fort difficile, chez les vieillards, de reconnaître les cas de ce genre, et d’attribuer formellement à l’agonie ces infiltrations séreuses que l’on rencontre si fréquemment sur les cadavres.

L’infiltration séreuse de la pie-mère se développe souvent d’une manière lente et graduelle. Je crois pouvoir affirmer que, dans l’immense majorité des cas alors, elle n’existe que consécutivement à quelque altération survenue dans la forme des organes contenus dans la boîte crânienne.

Dans les premiers âges de la vie, le crâne, mobile et flexible encore, se prête facilement à toutes les déformations de l’encéphale. L’atrophie générale ou partielle du cerveau entraîne presque toujours alors un retrait correspondant de la boite osseuse, et se traduit au dehors par la conformation spéciale de la tête. Aussi les espèces d’œdème de la pie-mère que nous étudions maintenant ne se rencontrent-elles presque jamais chez les enfants.

Chez les vieillards , il en est autrement. Le premier effet de l’atrophie sénile des circonvolutions est d’éloigner la superficie du cerveau de la face interne du crâne sons laquelle elle repose et dont elle n’est séparée, dans l’état normal, que par l’épaisseur des méninges, et la couche simplement humide de sérosité qui lubrifie la grande cavité de l’arachnoïde, et celle du liquide céphalo-rachidien qui enveloppe de toutes parts le cerveau.

(1) Archives générales de médecine , 2e série, t. IV, p. 231.

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