ŒDÈME DE LA P1E-MÈBE
Si le volume du cerveau vient à diminuer, par suite du ramollissement, d’une atrophie partielle, ou d’un retrait général de la substance nerveuse, le liquide céphalo-rachidien vient aussitôt en prendre la place ; c’est là évidemment une de ses fonctions. La sérosité arachnoïdienne augmente bien aussi quelque peu, mais elle ne contribue que pour une proportion imperceptible à remplir le vide fait dans le crâne.
Magendie reconnaît trois causes d’augmentation du liquide céphalo-rachidien : accumulation par gêne ou empêchement du cours du sang veineux ; par suite du moindre volume de l’encéphale ; par congestion habituelle du sang vers le cerveau (1).
On a publié des observations où l’oedème de la pie-mère accompagnait des tumeurs oblitérant les veines qui sortent du crâne ; mais ces cas sont assez rares, et, quant aux ossifications des vaisseaux du crâne, elles sont trop exclusivement bornées aux artères pour qu’on leur attribue une grande part dans la production de l’oedème de la pie-mère. Cependant il n’est pas impossible que des ossifications larges et épaisses des principales artères qui portent le sang dans le crâne ne gênent la circulation dans les veines voisines. J’ai longuement insisté sur la part que la congestion cérébrale pouvait prendre à la production de l’œdème du cerveau, mais en la rattachant exclusivement aux œdèmes aigus, ceux qui déterminent la mort en peu de temps, et à d’autres œdèmes passagers, sans doute, et qui se résorbent à la suite des congestions cérébrales qui leur avaient donné naissance. Quant à des œdèmes chroniques paraissant tenir à une congestion habituelle du sang vers le cerveau, je n’en connais pas d’exemples authentiques, et Magendie n’en a pas rapporté.
Reste donc cette cause générale, la diminution du volume du cerveau. 11 ne faut pas oublier ici que le cerveau n’échappe en aucune de ses parties à la tendance générale que présentent les organes des vieillards à l’atrophie. Il ne faudrait donc pas s’attacher toujours à rencontrer dans les circonvolutions les caractères tranchés de l’atrophie sénile. La substance médullaire elle-même, contenant une moindre quantité d’eau, devient plus dure, plus dense, revient en masse sur elle-même, et souvent sans déformation appréciable occupe un moindre volume. C'est surtout chez les vieillards très-amaigris, condition où l’atrophie et l’amincissement des organes se généralisent le plus possible dans l’économie, que l’on trouve ces cerveaux râpe-
(1) Magendie, Recherches physiologiques et cliniques, etc., 1842.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
tissés dans leur ensemble, et surtout dans leurs circonvolutions. Magendie avait déjà remarqué très-justement que, plus les vieillards sont maigres, plus l’espace intercrânien est considérable (1). Ajoutons encore à cela l’amincissement des os du crâne si prononcé surlout chez les vieillards décharnés, où le diploé peut disparaître entièrement sans plus laisser aucun vestige de l’existence des deux lames ou des deux tables séparées. Cet amincissement du crâne ne doit sans doute pas être étranger à l’agrandissement de la cavité crânienne, et par suite à l’augmentation du liquide céphalo-rachidien.
§ ■■. — Anatomie pntlioIoKi«|(ie île ruMlèinc de la pie-mère.
L’anatomie pathologique de l’œdème de la pie-mère est Tort simple. L’altération ne consiste que dans l’augmentation du liquide céphalo-rachidien. Cependant il me paraît utile d’entrer dans quelques détails.
A l’état normal, la pie-mère se trouve imbibée par le fluide céphalo-rachidien qui ne se rencontre en quantité un peu plus considérable qu’à la base du crâne, là où les prolongements du cerveau et les nerfs qui s’en détachent laissent des espaces vides à remplir. 11 est permis de croire, d’après les autopsies faites sur des individus morts par accident, et chez qui l’encéphale se présente dans des conditions d’intégrité les plus complètes possible, que la pie-mère, comme la cavité de l’arachnoïde elle-même, est maintenue simplement dans un état permanent d’humidité. Il est vrai que la substance cérébrale possède la faculté d’absorber en assez grande proportion les liquides avec lesquels elle est en contact, et qu’elle pourrait ainsi faire disparaître, après la mort, une partie de la sérosité qui l’environne. Natalis Guillot (2) et le docteur Paterson(3) ont fait des expériences qui ne laissent pas de doute sur celte propriété de la substance encéphalique. Magendie pense que, par suite de celte imbibition, la quantité de liquide céphalo-rachidien trouvée à l’autopsie doit être d’autant moindre qu’il s’est écoulé plus de temps depuis la mort (ù). Il est vrai que Portai avait annoncé précisément le contraire (5) .
(1) Magendie, Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux , 1841, t, I, p. 94.
(2) A. Becquerel, Recherches cliniques sur la méningite des enfants , 1838.
(3) Paterson, On the pseudo-morbid appearances of tlie brain, etc. ( Edinburgh med, and surcj. Journal , janvier 1842). (Extrait des Archiv. gén. de médecine , mars 1842.)
(4) Magendie, Leçons sur les maladies du système nerveux, p. 64.
(5) Portai, Traité de l'apoplexie, p. 346.