ŒDÈME DE LA HE-MÈRE
M. Lélut croit que, pendant la vie, le tissu cellulaire sous-arachnoïdien présente ce degré de sécheresse et de quasi-agglutination à la superficie des circonvolutions que l’on y remarque, alors que le cerveau, comprimé de dedans en dehors par un épanchement, en a exprimé toute la sérosité qu’il pouvait contenir. Mais M. Lélut pourrait avoir été induit en erreur par la circonstance suivante. Lorsqu’on a enlevé un cerveau de l’intérieur du crâne, si on le place sur sa base, toute la sérosité qui était infiltrée dans la pie-mère s’écoule peu à peu, et bientôt celle-ci devient sèche, mince, presque collante, et difficile à séparer des circonvolutions. Or, c’est sur des têtes de suppliciés que M. Lélut a cherché à reconnaître les conditions de la pie-mère pendant la vie (1); il est à présumer que le liquide céphalorachidien avait dû s’en écouler par la section du canal vertébral, et. la pie-mère revêtir ainsi une apparence propre à donner une idée inexacte de ses conditions normales.
On comprend, d’après ce qui précède, rapproché surtout de ce que noussavons des modifications que le cerveau subit avec l’âge dans son volume, qu’il est absolument impossible d’assigner au liquide céphalo-rachidien infiltré dans la pie-mère, d’après sa seule présence et même d’après sa quantité appréciable, un caractère pathologique ou non. En effet, dans quelque proportion qu’il excède le degré auquel il existe à l’état normal, s’il n’est là que pour remplir le vide occasionné par le retrait du cerveau ou l’amincissement des os du crâne, il ne présente, à proprement parler, qu’un caractère physiologique, puisqu’il ne s’est amassé ainsi que pour s’accommoder aux conditions anatomiques nouvelles créées par l’âge. D’ailleurs, qu’ilse soit épanché rapidement ou graduellement, sous l’intluence d’une cause pathologique effective ou des changements organiques qui viennent d’être exposés, il offre toujours la même apparence : ce n’est toujours que le liquide céphalo-rachidien lui-même, c’est-à-dire le produit augmenté de la sécrétion physiologique propre à la face profonde de l’archnoïde peut-être, et plus certainement encore, d’après Magendie, au tissu cellulaire sous-arachnoïdien.
Les caractères communs à l’œdème de la pie-mère, quelle qu’en soit l’origine, sont la limpidité de la sérosité infiltrée, son infiltration dans le tissu cellulaire, qui prend souvent alors l’aspect d’une gelée transparente et d’une teinte légèrement citrine, l’absence de toute
(1) Lélut, h. r amen anatomique de l’encéphale des suppliciés , extrait du Journal hebdomadaire.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
adhérence de la pie-mère à la superficie du cerveau. Cette membrane s’en détache même avec une extrême facilité et la sérosité s’écoule sous les doigts. Lorsque le cerveau extrait, du crâne repose sur sa base, la sérosité, comme je l’ai déjà dit, s’en écoule peu à peu, et quelquefois au bout de peu de minutes il n’en reste guère de traces. La tension de la dure-mère varie, non en raison de la quantité du liquide infiltré, mais en raison d’autres circonstances que je vais exposer; la surface du cerveau est pâle, et les vaisseaux de la piemère plus ou moins injectés de sang. La cavité de l’arachnoïde renferme habituellement un peu plus de sérosité qu’à l’ordinaire, peutêtre introduite par imbibition après la mort.
Il résulte du reste de l’état d’infiltration proprement dite où se trouve la sérosité céphalo-rachidienne, que les circonvolutions ne baignentpas précisément dans cette sérosité comme les parties centrales du cerveau dans les épanchements ventriculaires. Aussi je ne pense pas pas, quel que soit le temps écoulé depuis la mort, que le cerveau puisse absorber une partie notable du liquide épanché, comme l’avait supposé Magendie (1). Ce que l’on trouve à l’autopsie doit être la représentation assez fidèle de ce qui existait, au moins dans les derniers temps de la vie.
Ce n’est point dans le liquide céphalo-rachidien lui-même qu’il faut chercher les éléments du diagnostic anatomique, c’est-à-dire la cause de l’œdème. C’est, d’une part, dans l’appréciation des phénomènes observés pendant la vie, et de l’autre dans celle des caractères présentés par le cerveau lui-même et l’ensemble de l’encéphale: nous nous occuperons surtout en ce moment de ce dernier ordre de considérations.
Si l’excès du liquide céphalo-rachidien épanché n’existe que pour remplir les vides occasionnés par l’atrophie du. cerveau, on ne trouve aucune trace de compression : la dure-mère ne présente pas cette tension et cette fluctuation plus ou moins prononcées qui décèlent habituellement les épanchements formés au-dessous d’elle. Les circonvolutions, revêtues ou non des caractères évidents d’atrophie que j’ai signalés, sont droites, écartées parla sérosité, amincies; les anfractuosités profondément élargies.
Lorsqu’au contraire l’œdème de la pie-mère résulte d’une accumulation morbide et surtout récente de sérosité, alors l’encéphale et ses enveloppes paraissent comprimés dans tous les sens. La dure-
(1) Magendie, Leçons sur les maladies du système nerveux , p. 04.