‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 35 sur 123 · RAMOLLISSEMENT CHRONIQUE · texte numérisé non relu

RAMOLLISSEMENT CHRONIQUE

L’élude des symptômes du ramollissement chronique doit être divisée en deux parties : dans la première, nous prendrons isolément chacun des symptômes, et nous les étudierons séparément, comme nous l’avons déjà fait pour le ramollissement aigu, mais avec moins de détails ; dans la seconde, ces symptômes seront réunis, groupés ensemble, et les diverses formes du ramollissement chronique présentées telles qu’on les observe dans les cas les plus ordinaires.

§ Ier. — Troubles «lu mouvement.

Dans la plupart des cas de ramollissement chronique, mais non dans tous, la motilité est soustraite plus ou moins complètement à l’empire de la volonté ; mais tantôt elle est simplement affaiblie ou abolie, tantôt elle éprouve des modifications diverses tout à fait opposées aux précédentes, c’est-à-dire qu’il y a tantôt résolution, tantôt contracture, tremblements, mouvements convulsifs, etc.

Sur â3 observations de ramollissement chronique recueillies par moi, 10 fois les mouvements sont demeurés tout à fait intacts.

6 fois il y avait affaiblissement générai du mouvement sans paralysie proprement dite.

I fois, des mouvements spasmodiques sans paralysie.

II fois, résolution simple sans aucune contracture : dans 5 de ces cas, les malades ont été observés soigneusement pendant tout le cours de leur maladie.

10 fois, enfin, j’ai trouvé de la contracture. Un de ces cas est un des 7 précédemment indiqués, où il y avait affaiblissement général sans véritable paralysie. Dans tous les autres, il y avait hémiplégie. Je dois faire remarquer que dans un de ces cas la contracture était à peine prononcée -, que dans un autre elle n’existait qu’aux doigts, il n’y en avait ni au coude ni au genou. Dans 5 cas, il a été constaté que la contracture avait apparu consécutivement à la résolution simple.

De ces faits on peut, il me semble, conclure : qu’à l’opposé de ce qui s’observe dans le ramollissement aigu, la contracture est plus commune dans le ramollissement chronique que la résolution simple, bien qu’elle manque encore assez souvent.

La contracture peut apparaître à des époques très-différentes delà maladie : tantôt au début, et pour faire place ensuite à la résolution ; tantôt, au contraire, consécutivement à une simple résolution. Quelquefois elle persiste pendant toute la durée de la maladie, ou bien elle apparaît par intervalles dans son cours. Elle peut offrir toutes sortes de degrés d’énergie, tantôt occupant toutes les jointures des membres paralysés, tantôt une ou deux seulement. 11 est rare qu’elle se montre dans les membres non paralysés; on l’observe moins rarement au muscle sterno-mastoïdien, d’où il résulte une déviation de la tête du côté opposé aux membres contracturés.

Il importe de ne pas confondre la roideur due à la contraction permanente des muscles avec celle qui dépend de la rigidité des articulations, qu’une longue immobilité rend souvent impropres à jouer.

11 arrive souvent, dans le ramollissement chronique, que les membres soient affectés de tremblements. Ces tremblements sont généraux ou limités à un côté du corps, aux membres paralysés ou contracturés; quelquefois liés plutôt à un certain affaiblissement de la motilité qu’à une véritable paralysie. J’ai vu un cas où il n’y eut guère, pendant longtemps, d’autre gêne du mouvement qu’un tremblement continuel des membres du côté gauche. Ces tremblements augmentent en général facilement sous l’influence des émotions, d’une souffrance quelconque, des mouvements de congestion vers la tète, etc.

Enfin on observe quelquefois, mais assez rarement, des mouvements convulsifs, intermittents, soit généraux, soit limités au côté paralysé ou au côté opposé ; quelquefois de véritables accès épileptiformes, comme nous en avons vu dans le ramollissement aigu. Ces derniers phénomènes peuvent se montrer tantôt comme symptôme ordinaire, tantôt comme accident passager, dans le cours de la maladie : dans ce dernier cas, ils annoncent qu’un travail de congestion se fait vers la tête ; s’ils se répètent, il est de toute probabilité que le ramollissement fait des progrès en étendue, car, lorsqu ils sont assez graves pour entraîner la mort, il arrive souvent de

tiouver un ramollissement aigu sur les limites de l’altération chronique.

UUUAND-FARDliL. — 2U édit.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

§ ■*- — Troubles «le lu seiiMiitilué.

Quand il existe une hémiplégie dans le ramollissement chronique, il s’y joint presque toujours un certain degré d’anesthésie, rarement complète.

Lorsqu’il n’y a point encore de paralysie, ou qu’il existe seulement de l’affaiblissement dans les membres, on observe le plus souvent des engourdissements, des fourmillements ou des picotements, parfois très-incommodes, soit dans tous les membres, soit plus souvent dans un côté du corps; la persistance de ces symptômes leur donne quelque chose d’assez caractéristique, surtout s’il s’y joint des crampes.

Un phénomène beaucoup plus caractéristique encore, ce sont des douleurs dans les membres, se montrant rarement au commencement, presque toujours à une époque un peu avancée, et coïncidant avec de la contracture. Elles ont leur siège dans les articulations ou dans la continuité des membres. Quelquefois, assez souvent même, elles se fixent opiniâtrement à une épaule, par exemple, et peuvent y causer, pendant des mois entiers, des douleurs fort vives. Le toucher ne les exaspère pas ordinairement; mais les mouvements que l’on imprime à ces jointures sont souvent très-douloureux. D’autres fois elles se fixent sur un point quelconque d’un muscle, ainsi à l’insertion inférieure du deltoïde.

Ces douleurs varient beaucoup de caractère, et il est difficile de les décrire. Beaucoup de malades disent qu’on leur déchire, qu’on leur tord la chair, laviande, suivant une expression populaire; une femme me disait qu’il lui semblait qu’on lui suçait les os. Us distinguent trèsbien celles qui sont profondes. Quelques-uns souffrent excessivement, et dans les paroxysmes elles sont parfois assez aiguës pour arracher de grands cris. On fera attention que, comme les douleurs rhumatismales, celles résultant d’anciennes blessures, etc., elles sont réveillées par l’impression du froid, par les changements de temps.

§ III. — Céphalalgie.

La céphalalgie est plus commune dans le ramollissement chronique que dans le ramollissement aigu. Sur 3/i observations où ce symptôme a pu être étudié avec soin, je l’ai constaté 15 fois; 9 fois dans 19 observations dues à Roslan et à M. Andral, où l’état de la tête a été noté ; en tout 2l\ fois sur 53.

La céphalalgie apparaît quelquefois dès le commencement de la

RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL. Ho

maladie, d’autres fois seulement aune époque éloignée du début. Elle varie beaucoup d’intensité; j’ai vu peu de malades se plaindre vivement de la tête. Comme beaucoup d’autres symptômes, elle augmente notablement pendant les paroxysmes. Il y a souvent simplement de la lourdeur, de l’embarras dans la tête. Les sensations que l’on y éprouve sont du reste très-variées. Plusieurs femmes, qui en souffraient beaucoup, me disaient qu’il leur semblait qu’il leur bouillait un pot-au-feu dans la tète.

La céphalalgie est presque toujours frontale, quelquefois générale, rarement limitée à un côté de la tête. L’expérience de Prus est, sous ce point de vue, semblable à la mienne.

Quant aux étourdissements, il y a quelques malades chez qui ils se montrent habituellement ; mais, la plupart du temps, ils ne s’observent qu’alors que surviennent des paroxysmes. Je ne décrirai pas leurs différents degrés, depuis un simple éblouissement jusqu’à une perte presque absolue de connaissance.

§ iv. — État de l'intelligence, de la parole et de» scn».

Le ramollissement cérébral peut parcourir ses diverses périodes sans que l’intelligence soit notablement altérée ; mais c’est assez rare. Les altérations de l’intelligence suivent, en général, une marche analogue à celle des autres symptômes. Ainsi, chez les individus chez qui la maladie se développe graduellement, on voit peu à peu les facultés s’affaisser, la mémoire s’affaiblir. Les idées deviennent plus rares, les malades sentent et disent très-bien que leur tête s’en va; enfin ils tombent en enfance .• Le ramollissement chronique peut encore donner lieu à une véritable démence ; la manie peut être le seul symptôme du ramollissement ; mais, en général, chez les vieillards, il y a plutôt affaiblissement que perversion de rintelligence. Le caractère des malades peut être diversement modifié. Quelquefois ils sont portés à la gaieté, ils chantent toute la journée ; plus souvent ils tournent à la mélancolie.

Lorsque le ramollissement a débuté par une attaque apoplectiforme ou que de semblables attaques se sont montrées dans son cours, l’intelligence en reçoit ordinairement une atteinte plus ou moins profonde. Les malades tombent souvenl à la longue dans une hébétude absolue. On remarque chez eux ces alternatives de pleurs et. de rires sans sujet, qui sontun des signes les plus certains d’une altération de texture du cerveau.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

Dans le ramollissement, comme flans les autres maladies cérébrales, il laul distinguer avec soin les altérations de laparole qui tiennentàla gêne des mouvements de la langue, de celles qui résultent de l’oubli des mots. Quand la marche de la maladie est graduelle, ce symptôme, quelle qu’en soit la cause, se développe aussi peu à peu. Lorsque surviennent, soit au début, soit plus tard, des accidents apoplectiformes, la parole s’en ressent presque toujours d’une manière trèsprononcée.

Elle offre à peu près constamment, dans le ramollissement, et même indépendamment de toute gêne appréciable, une sorte de monotonie qui lui donne un caractère tout particulier. Je ne saurais trop appeler l’attention sur ce phénomène, qui, à lui seul, m’a quelquefois mis sur la voie d’un ramollissement chronique encore mal caractérisé.

On rencontre également dans le ramollissement chronique toutes les variétés d’aphasie sur lesquelles l’attention a pu être appelée dans ces derniers temps.

Les sens paraissent en général assez peu affectés dans le ramollissement chronique. L’ouïe, le goût et l’odorat ne m’ont offert aucune modification à noter. Il y a quelquefois, mais très-rarement, du strabisme ; les pupilles sont ordinairement égales et contractiles. Seulement la vue s’affaiblit peut-être un peu plus vite que chez les vieillards placés dans d’autres conditions.

11 y a des personnes chez lesquelles le ramollissement peut arriver à un degré avancé sans que la santé générale paraisse s’en ressentir aucunement. 11 semble même que l’état d’apathie dans lequel elles végètent favorise la nutrition chez elles, et leur embonpoint, une certaine fraîcheur dans leur teint, montrent le peu d’influence que le cerveau peut exercer sur le reste de l’économie.

Chez d’autres, au contraire, la maigreur est extrême, la peau terreuse, les muqueuses pâles ou d’un rouge d’irritation; ce sont celles ordinairement chez lesquelles il existe de la contracture, des douleurs dans les membres, de la céphalalgie. Ces douleurs n’existent jamais pendant un temps un peu long sans qu’il survienne un certain degré de marasme.

L’évacuation involontaire des urines et des matières fécales est une des circonstances les plus ordinaires de la fin du ramollissement; elle se montre quelquefois dès le début, quand la maladie commence par une attaque apoplectiforme.

Les fondions digestives n’offrent en général rien de particulier chez

RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL

les individus affectés de ramollissement ; s’ils présentent assez souvent de la constipation, cela m’a paru tenir généralement plus à leur âge, à leur genre de vie, à un séjour habituel ou prolongé dans le lit, qu’à ia lésion du cerveau.

Marche et description du ramollissement chronique.

Les observations de ramollissement chronique que j’ai rassemblées peuvent être rangées dans les quatre formes suivantes :

Première forme. — Le ramollissement s’annonce, dès son principe, comme une maladie essentiellement chronique. Accompagné d’une réunion de symptômes plus ou moins complète, il marche lentement ou par secousses, mais toujours d’une manière progressive.

Deuxième forme. — Le ramollissement débute brusquement, comme l’hémorrhagie cérébrale, dont il suit quelquefois la marche subséquente avec une ressemblance frappante.

Troisième forme. — Le ramollissement se développe sans déterminer de symptômes prononcés ou au moins bien caractérisés; puis tout à coup il donne lieu à des accidents dont la marche rapide ne tarde pas à terminer l’existence.

Quatrième forme . — Le ramollissement ne détermine aucun symptôme appréciable; la mort arrive par une circonstance étrangère à lui, et avant que rien ait pu faire soupçonner son existence. ( Ramollissement latent.)

Nous allons passer successivement en revue ces différentes formes symptomatiques.

A. Première forme du ramollissement chronique. — Ramollissement marchant

par degrés successifs.

Rien n’est plus difficile que de tracer avec exactitude l’histoire de cette forme du ramollissement; car chaque cas presque se présente sous un aspect particulier, chacun des symptômes du ramollissement pouvant manquer à son tour, et son absence ou sa présence donner lieu à un grand nombre de combinaisons différentes. Nous aurions, si nous voulions ne rien passer sous silence, à faire connaître une foule de nuances, depuis les cas où tous les signes du ramollissement se trouvent réunis ensemble, jusqu’à ceux où la maladie n’est plus caractérisée que par l’hébétude, la paralysie de la langue.... Je me

contenterai de signaler les cas les plus tranchés, les mieux propres à servir de types.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

Commençons par ceux où les symptômes se montrent aussi complets que possible.

Des malades, ordinairement d’un âge assez avancé, commencent par se plaindre d’un malaise, d’engourdissement dans la tête, puis de céphalalgie, quelquefois générale, le plus souvent frontale, rarement limitée à un côté de la tête; elle s’accompagne de vertiges, d’étourdissements, quelquefois assez forts pour occasionner des chutes, même des pertes de connaissance. Cet état peut durer des années; quelquefois, au bout de plusieurs mois, de plusieurs jours seulement, surviennent de nouveaux symptômes et plus caractéristiques.

Les malades accusent des engourdissements à l’extrémité des membres, dans les doigts, des picotements à la peau, comme si des fourmis couraient à sa surface ; ces phénomènes ne se montrent ordinairement que d’un côté du corps. Ils peuvent précéder la céphalalgie ou se montrer en même temps qu’elle. On peut dire que presque toujours la céphalalgie et les engourdissements précèdent et annoncent le ramollissement, lorsque celui-ci débute graduellement ; mais ces deux ordres de symptômes manquent fort souvent, soit comme prodromes, soit surtout comme symptômes du début, lorsque la maladie détermine dès le commencement des accidents brusques et rapides.

Ce que je dis ici de cette forme de ramollissement, que l’on pourrait appeler primitivement chronique, nous l’avons déjà remarqué à propos du ramollissement aigu, où nous avons vu que la céphalalgie et les engourdissements manquaient très-habituellement dans la forme apoplectique. C’est encore au ramollissement graduel qu’est particulièrement applicable cette proposition, qu’il est généralement impossible de distinguer l’instant où le ramollissement de la pulpe nerveuse vient à succéder à la congestion qui l’a précédé. Ainsi cette céphalalgie, ces engourdissements dont je viens de parler, peuvent exister pendant longtemps, sans reconnaître d’autre cause qu’un état de congestion lente, habituelle, ou des congestions répétées du cerveau ; d’un autre côté, de tels symptômes peuvent exister comme unique manifestation de ramollissements déjà formés, et dont le développement graduel avait pu ne pas entraîner d’accidents plus graves.

Ceci bien entendu, continuons la description que nous avons commencée.

Aux engourdissements succède, à une époque variable, la faiblesse des membres; la jambe se traîne dans la marche; la main laisse

RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL

tomber par instant les objets même les plus légers. Une femme qui présentait, depuis un certain temps, des symptômes de ce genre, préludes d’accidents plus graves et mieux caractérisés, pouvait encore travailler; mais de temps en temps l’aiguille lui tombait des doigts, ceux-ci demeuraient plusieurs instants, un quart d heure, une demibeure au plus, immobiles, comme morts, puis ils reprenaient leui activité, et elle se remettait à l’ouvrage. Souvent, à cette époque, la main éprouve de la difficulté ou même de l’impossibilité à se fermer : il arrive souvent alors qu’elle ne parvienne à se fermer que lorsque sa face palmaire sent le contact d’un corps étranger autour duquel les doigts viennent se serrer, tandis qu’ils demeurent fixement immobiles dès que ce corps est retiré (action réflexe).

Dans certains cas, à cette faiblesse vient se joindre la contracture, se montrant tantôt aux doigts, tantôt au coude, s’étendant, au bout d’un certain temps, à tout un côté du corps; souvent intermittente avant d’être continue; n’attendant pas toujours, comme dans le ramollissement aigu, que la motilité soit profondément altérée.

En même temps, la face se dévie du côté opposé à la paralysie ou du côté correspondant., en participant à la contracture des membres. L’œil de ce côté perd quelquefois la faculté de se fermer; il demeure entrouvert, et la conjonctive oculaire, sans cesse en contact avec l’air, s’enflamme. Si l’on joint cà cela un air d’hébétude, d’étonnement et d’indifférence tout particulier, et, surtout à une époque avancée, des pleurs, des sanglots survenant sans motif, on aura une physionomie qui suffit généralement, à elle seule, pour caractériser le ramollissement.

Dès les premiers accidents, en général, la mémoire a commencé à s’altérer, le jugement à perdre de sa sûreté, les idées à se confondre dans l’esprit. Cet affaiblissement des facultés suit une marche graduelle, en rapport avec le développement des autres symptômes, favorisé encore par l’obtusion des sens; la vue se trouble, le toucher s’émousse. La parole s’embarrasse en même temps, soit par oubli des mots, soit par gêne de la langue; elle se ralentit et prend un caractère de monotonie tout particulier.

A une époque plus éloignée encore, la paralysie du mouvement devient complète et peut s’accompagner d’une anesthésie absolue. La contracture devient souvent extrême, et ce n’est qu’aux derniers jours de la vie qu elle lait place à la résolution. La céphalalgie diminue ordinairement alors, mais les membres peuvent rester le siège de douleurs vives, d’élancements insupportables.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

L'affaiblissement de l’intelligence amène quelquefois à une imbécillité complète, bien que, dans certains cas, on voie les facultés intellectuelles demeurer intactes au milieu de l’abolition générale des lonctions cérébrales. Les malades perdent la faculté de retenir l’urine et les matières fécales ; ils tombent dans le marasme et succombent ordinairement avec d’énormes escarres au siège et souvent une pneumonie, soit bypostatique, soit intercurrente.

Les symptômes du ramollissement ne se montrent pas toujours ainsi au complet.

Quelquefois les mouvements sont à peine altérés, ou l’intelligence ne subit aucune modification, ou la sensibilité demeure intacte. Chez quelques individus, les facultés intellectuelles sont seules lésées : tels sont certains aliénés dont les mouvements eL la parole n’ont jamais subi la moindre atteinte, des vieillards affectés de démence sénile, souvent considérés comme en enfance , et n’offrant avec cela qu’une faiblesse générale des membres que l’on attribue volontiers aux progrès de l’âge; les douleurs dans les membres et dans la tête manquent souvent; quelquefois les effets de la maladie semblent se circonscrire dans un ou deux membres qui s’engourdissent et s’affaiblissent peu à peu, sans qu’aucun autre point du corps participe à ce trouble fonctionnel...

B. Deuxième forme du ramollissement chronique. — Ramollissement débutant subitement. (Début apoplectiforme.)

Lorsque le ramollissement suit la marche qui a été décrite dans le chapitre précédent, il semble souvent qu’il soit, si je puis m’exprimer ainsi, chronique dès le principe, c’est-à-dire que ses progrès lents et graduels se confondent avec les prodromes ou les phénomènes qui ont pu précéder son développement, et il est alors impossible d’y saisir une période d’acuité.

11 n’en est plus de même dans la forme que nous éludions maintenant : ici les deux périodes du ramollissement sont bien nettement tranchées, période aiguë et période chronique. Nous n’avons pas à nous occuper actuellement des phénomènes qui se passent à l’cpoque du début lui-même : nous les avons suffisamment étudiés au chapitre du ramollissement aigu. Je vais seulement essayer de faire connaître ce qui se passe à une époque plus avancée, alors que le ramollissement est décidément passé à l’état chronique, de donner une idée de l’aspect sous lequel se présentent les individus affectés d’un ramollissement dont le début a été subit, apoplectiforme.

RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL. 1 - 1

Ici encore on peut observer les nuances les plus variées, les phénomènes les plus différents. Que l’on prenne en effet tous les symptômes dont la réunion forme en général le tableau de la maladie à son début, et l’on verra que presque tous peuvent indifféremment ou persister ou disparaître, ou subir telles ou telles modifications.

Un fait bien curieux et bien important à connaître, c’est que, tandis que, dans la forme précédente, les accidents suivent en général une marche successivement croissante, depuis le début jusqu a la fin, dans la forme que nous étudions maintenant, on voit, au contraire, les accidents suivre, après le début, une marche tout opposée, c’està-dire graduellement décroissante.

On regarde généralement la première marche comme caractéristique du ramollissement, et cette observation est parfaitement juste. Mais on considère la seconde comme propre à l’hémorrhagie, à tort, en ce sens, au moins, qu’elle appartient également au ramollissement. Si l’on y réfléchit, on verra du reste qu’il n’en saurait être autrement : car si, à la suite de ces attaques apoplectiformes intenses, par lesquelles commence si souvent le ramollissement, les accidents ne diminuaient pas, la mort surviendrait infailliblement. La première i condition pour que, dans les cas de ce genre, le ramollissement puisse passer à l’état chronique, c’est la diminution des symptômes; cette diminution s’opère nécessairement peu à peu, et l’on a alors la marche de l’hémorrhagie.

Dans certains cas, toutes les fonctions frappées au début de la maladie se ressentent indéfiniment des atteintes qu’elles ont subies : ainsi les membres restent paralysés, le retour de la connaissance ne fait retrouver que des facultés plus ou moins profondément altérées, la parole demeure embarrassée ou même tout à fait impossible, les excrétions continuent de se faire involontairement , enfin le malade végète misérablement sans que la plupart du temps sa vie se prolonge beaucoup, bien qu’il ne soit pas impossible de vivre encore plusieurs années dans un état de dégradation aussi profonde.

Dans un grand nombre de cas, l’intelligence, la parole reviennent plus ou moins complètement ; mais la paralysie persiste, au moins dans un membre, et rarement sans avoir subi quelque diminution. On croit alors avoir affaire à un foyer hémorrhagique. On le croira bien plus encore lorsque l’on verra, au bout d’un certain temps, à la

Î résolution simple du début, succéder la contracture du membre paralysé. On dira alors qu’à l’hémorrhagie s’est joint un ramollissement consécutif. Il est difficile, en effet, dans les cas de ce genre, d’éviter

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

l’erreur. Je puis affirmer cependant qu’ils sont loin d’être rares, et j’en ai cité ailleurs où il est incontestable qu’aucun foyer hémorrhagique n’a pu exister à aucune époque. Remarquons du reste que ce sont les faits de ce genre qui font tous les jours attribuer à des foyers hémorrhagiques des lésions qui appartiennent uniquement et certainement au ramollissement.

Les facultés de l’intelligence et des sens sont celles qui reparaissent le plus vite et le plus complètement, lorsque les accidents du début tendent à se dissiper. Il faut bien s’attendre cependant que la mémoire ne reprendra pas habituellement toute sa netteté, que le jugement, le caractère ne seront pas toujours ce qu’ils étaient auparavant.

Il est rare que la parole demeure à jamais abolie; mais il est plus rare encore, peut-être, qu’elle reprenne entièrement son caractère naturel. Lors même qu’elle n’est plus gênée, elle conserve toujours cette monotonie que nous avons déjà plusieurs fois indiquée, et qui est un signe si caractéristique d’une lésion du cerveau et surtout d’un ramollissement, ou présente une forme quelconque d’aphasie.

La contracture des membres paralysés peut se montrer dans les trois circonstances suivantes : tantôt elle existe dès le début et persiste jusqu’à la fin ; tantôt, après avoir existé au commencement, elle disparaît au bout d’un certain temps; tantôt enfin elle vient à se montrer à une époque plus ou moins éloignée du début , sans avoir paru de toute la première période de la maladie.

De toutes les fonctions lésées au début, le mouvement est celle qui conserve le plus inévitablement des traces de l’attaque; cependant il arrive souvent que le malade reprenne l’usage de ses membres, au moins en partie, et peut- être même que tout affaiblissement disparaisse. Je n’ai rien à ajouter de particulier aux détails dans lesquels je suis entré précédemment, relativement aux troubles divers de la sensibilité ; ils peuvent se montrer soit dès le début, soit à une époque plus avancée, avec toutes les variétés que j’ai indiquées : douleurs, engourdissements, fourmillements des membres, céphalalgie. Je ferai seulement remarquer que, lorsque lemouvetnent doit reparaître dans des membres paralysés, son retour est presque constamment annoncé et accompagné par des fourmillements prononcés, quelquefois même douloureux.

L’existence de ces douleurs, fourmillements, etc., est fort importante pour le diagnostic : elle annonce toujours un ramollissement, à moins que ces phénomènes ne soient très-peu prononcés. Lorsque le malade les accuse dès le début, ou au moins dès qu’il a recouvré

ramollissement cérébral. 1 20

, sa connaissance, on doit penser que l'on n'a affaire qu’à un ramollissement; mais lorsqu'ils ne se montrent que consécutivement, ils peuvent très-bien tenir au développement d un ramollissement autour d’un foyer hémorrhagique.

Cette forme du ramollissement paraît être la plus fréquente ; en

j efl*et> sur 138 cas de ramollissement où la maladie avait été suivie dès son principe , 80 avaient offert un début apoplectifoi me ,

• 58 avaient suivi à cette époque une marche différente. Il paiaît résulter de l’examen de ces faits que la première forme est surtout commune à un âge avancé. J’ajouterai que dans un grand nombre de faits, appartenant à moi ou à d’autres, et dont les détails n’étaient pas du reste assez explicites pour pouvoir les faire entrer dans ce

• relevé, j’ai trouvé mentionnées des attaques d’apoplexie qui, sans aucun doute, avaient, dans mainte occasion, joué un rôle important

^ dans leur début.

Troisième forme du ramollissement chronique. — ( La mort survient par des accidents aigus paraissant s’étre développés sous l’influence d’un ramollissement chronique.)

On voit quelquefois, chez les individus affectés de ramollissement chronique, la vie se terminer par des accidents cérébraux aigus, bien caractérisés, et pour l’explication desquels on ne trouve autre chose sur le cadavre qu’une altération évidemment ancienne, et rien que l’on puisse rapporter en aucune manière aux phénomènes observés à la fin de la vie. J’ai toujours vu ces accidents consister en des attaques apoplectiformes, simulant, parfaitement soit une hémorrhagie, soit un ramollissement aigu, et ces faits représentent ainsi précisément ceux que nous avons déjà rapportés, où un ramollissement aigu se développait enté sur un ramollissement chronique.

Parmi ces faits, on voit que tantôt le ramollissement chronique

I s’était déjà annoncé par des symptômes évidents et caractéristiques, tantôt, au contraire, par des phénomènes vagues et qui ne pouvaient que faire présumer ou à peine soupçonner son existence : enfin que, dans d’autres cas, son développement s’était, fait d’une façon tout à fait latente, de manière que ces accidents rapides de la fin de la vie se trouvaient précisément les premiers auxquels eût donné naissance une lésion chronique et datant d’une époque éloignée. On conçoit toute l’importance de ces faits : ces derniers, en particulier, se rapprochent beaucoup de ceux que nous avons rangés dans la quatrième forme, où le ramollissement demeure latent jusqu’à la fin de la vie;

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

peut-être même trouvera-t-on que nous avons eu tort de les en séparer, car il est permis, jusqu’à un certain point, de douter si c’est bien en eflet sous l'influence du ramollissement chronique que ces accidents se sont développés.

On peut rencontrer des ramollissements du cerveau chez des individus qui, à l’époque de leur mort, ne présentaient aucun trouble appréciable des fondions cérébrales. Chez quelques-uns, le ramollissement s’était développé sans avoir jamais donné lieu à aucun symptôme propre à déceler son existence; chez d’autres, il avait déterminé quelques accidents plus ou moins bien caractérisés à l'époque de sa formation, mais ces accidents s’étaient dissipés et les malades I ne s’en étaient plus ressentis.

Quelques-uns de ces individus avaient bien éprouvé, du côté de l’organe encéphalique, certaines souffrances plus ou moins prononcées, qu’après la mort on a pu rattacher au ramollissement, mais qui, pendant la vie, étaient tout à fait impropres à faire reconnaître ou même à laisser soupçonner la présence d’une lésion organique du cerveau. Mais le plus souvent, il faut le dire, il est seulement permis de constater qu’il n’y avait., depuis un temps plus ou moins éloigné, aucune lésion des facultés cérébrales; on est privé de renseignements assez complets pour acquérir la certitude de l’absence ou de l’existence des symptômes à une époque quelconque.

Il est probable qu’un ramollissement qui a pu marcher ainsi d’une façon latente s’est développé dès le principe avec lenteur, et n’a entraîné que peu à peu la désorganisation du point où il siège. Le ramollissement cérébral a cela de commun avec toutes les autres lésions chroniques et dans tous les organes. Ainsi on sait que, dans le cerveau lui-même, il arrive très-souvent de rencontrer, à tous les âges de la vie, des productions morbides qui n’avaient entraîné aucune modification dans ses fonctions. Dans les poumons, dans les organes abdominaux, rien de plus ordinaire que de trouver des lésions tout à fait imprévues, soit sur le cadavre d’individus qui n’en avaient jamais ressenti d’effet appréciable, soit chez des sujets chez lesquels leur présence ne détermine d’accidents que lorsqu’elles ont déjà acquis un certain développement. Mais ce sont surtout les personnes qui se sont adonnées à l’anatomie pathologique des vieillards et des enlants

D. Quatrième forme du ramollissement chronique (ramollissement latent).

RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL

qui peuvent se faire une idée du grand nombre de lésions organiques qui se développent ainsi sans symptômes (1).

ARTICLE III

Page 1