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HÉMORRHAGIE DE LA PIE-MÈRE

HÉMORRHAGIE DES MÉNINGES

que, lorsqu’ils viennent à se déchirer, par suite d’une dégénérescence de leurs parois ou d’une dilatation anévrysmale, le sang qui s’en échappe ne saurait franchir cet espace celluleux où ils se distribuent. On peut donc poser la proposition suivante : que c’est dans la pie-mère que se font les hémorrhagies par rupture des vaisseaux intra-crâniens.

Il ne saurait y avoir d’exception que pour ces vaisseaux qui traversent l’arachnoïde près du rebord de la convexité des hémisphères, au niveau et quelquefois à une certaine distance de ces adhérences qu’établissent, entre les deux feuillets de la séreuse, les corpuscules de Pacchioni. Nous ne connaissons, du reste, aucun exemple d’épanchement fourni par ces vaisseaux.

Nous signalerons encore une exception au sujet de la rupture des sinus, qui paraît s’opérer dans la cavité même de l’arachnoïde (1).

L’hémorrhagie de la pie-mère paraît beaucoup plus rare encore que celle de l’arachnoïde, et les symptômes qu’on peut lui rapporter, beaucoup moins précis. J’en ai rassemblé 15 observations, comprenant douze hommes et trois femmes, dont :

1 avait quarante-cinq ans.

G de cinquante à soixante ans,

2 de soixante à soixante-dix ans,

2 de soixante-dix à quatre-vingts ans,

k plus de quatre-vingts ans.

Il y avait :

5 cas de rupture vasculaire,

1 cas de rupture douteuse,

9 cas sans rupture.

M. Gintrac a cependant pu reproduire 3/i observations d’hémorrhagies sous-arachnoïdiennes, parmi lesquelles 10 seulement appartenaient a des sujets de plus de soixante ans.

§ Ier* — Anatomie pathologique.

Sur les 5 observations de rupture vasculaire que j’ai sous les yeux, 1 Y avait 3 anévrysmes; l’un de l’artère basilaire, au-dessus de la protubérance ; la dilatation anévrysmale pouvait acquérir par l’insuf-

(1) Bibliothèque médicale , t. LVI, p. 125, observations de

dinal

supérieur

rupture du sinus longitu-

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

ilalion le diamètre d’un œuf de poule (1) ; un autre de l’artère communicante antérieure, offrant le diamètre d’une balle de fusil (2) ; enfin, le troisième occupait la carotide un peu avant qu’elle fournît les artères cérébrales antérieure et moyenne (3). Les deux autres déchirures avaient leur siège, l’une à la carotide interne, au niveau de sa division entre les lobes antérieur et moyen (h) ; l’autre, sur une des branches de l’artère cérébrale antérieure (Magendie).

Dans tous ces cas, le sang noir, coagulé, se moulant quelquefois sur les inégalités du cerveau, toujours épanché en quantité considérable, évaluée une fois à 500 grammes (Serres), occupait la base du cerveau et des deux côtés de la ligne médiane ; dans deux cas, il enveloppait en outre les hémisphères dans tous les sens. Il avait toujours pénétré dans les ventricules en suivant les plexus (une fois sous forme de sérosité rouge), et deux fois s’était introduit jusqu’à une certaine distance dans la cavité rachidienne.

Dans 10 cas on n’a pu trouver de rupture vasculaire, ou loutaui plus dans un seul (5) en a-t-on soupçonné une que l’on n’a pu constater.

L’épanchement était circonscrit 3 fois, dans le lobe postérieur droit (Prus) , sous la corne sphénoïdale (Durand-Fardel), ou au tiers moyen; de l’hémisphère gauche (Prus). Une autre fois il occupait surtout la convexité, peut-être aussi la base (Morgagni). Dans un cinquième cas, il y avait çà et là de petits caillots isolés sur la convexité des deux hémisphères (Prus). Dans les 5 autres observations, on voit que l’épanchement occupait toute la hase du crâne (2 fois), toute la périphérie des hémisphères (3 fois), pénétrant alors dans les ventricules, et une fois dans le canal rachidien.

Ce sang était entièrement en caillots 7 fois -, 2 fois en pallie seulement coagulé, une fois liquide. La mort était survenue dans ce dernier cas au bout de quelques heures (Wepfer); mais dans un autre cas où elle avait eu lieu au bout d’un quart d’heure seulement, le sang était déjà coagulé (Morgagni). Le sang épanché recouvrait quelquefois simplement les circonvolutions; quelquefois il pénétrait i profondément les anfractuosités.

(1) Serres, Annuaire des hôpitaux, p. 304.

(2) Id. , Archives générales de médecine, lro série, t. X, p. 419.

(3) E. Boudet, Mémoire cité, p. 55.

(4) Serres, Annuaire des hôpitaux , p. 308.

(5) Prus, Mémoire cité, p. 26,

HÉMORRHAGIE DES MÉNINGES

§ il. — Symptômes.

Il est difficile de trouver un tableau un peu caractéristique de la marche et de la symptomatologie de l’hémorrhagie de la pie-mère ; dans un certain nombre de cas surtout, rien de plus vague que les symptômes observés.

Dans 7 observations cependant, nous retrouvons cette marche apoplectiforme qui appartient à toutes les affections congestives ou hémorrhagiques de l’encéphale. Dans 3 cas, l’invasion de la maladie a paru très-rapide, sans avoir été marquée cependant par une perle subite de connaissance. Trois fois on a noté un affaiblissement graduel, avec des signes plus ou moins évidents de congestion cérébrale. Une lois de l’assoupissement et du corna ont été seulement remarqués chez un individu qui se mourait d’une maladie de cœur (1). Une fois enfin la mort a été subite (2).

Cinq malades étaient sujets depuis un temps plus ou moins éloigné à de la céphalalgie, de la pesanteur de tête, des étourdissements : aucun antécédent de ce genre n’a été noté chez les autres.

Je n’ai trouvé de paralysie formellement indiquée que dans 6 observations. Dans plusieurs autres, les malades présentaient bien une sorte de résolution générale, mais il y avait encore quelques mouvements automatiques, ou quand on venait à les exciter, de sorte que ce n’était point là de la paralysie proprement dite. C’est à propos des faits de ce genre que Serres avait établi que les épanchements ou toutes les causes de compression du cerveau qui n’agissaient sur cet organe qu’en le comprimant, sans que sa substance fût altérée, ne déterminaient pas de paralysie, proposition erronée, comme l’a trèsbien démontré E. Boudet, et comme tout le monde le reconnaît aujourd’hui.

Dans un cas observé par moi-même, il y a eu au début delà faiblesse et des engourdissements dans les membres du côté droit; dans une observation d’E. Boudet, une hémiplégie droite; dans tous les autres faits, la résolution était générale.

On a noté plusieurs fois la conservation de la sensibilité.

On voit, dans une observation de Magendie, qu’un homme perdit tout à coup connaissance, et fut agité de mouvements irréguliers,

(1) Prus, Mémoire cité , p. 23.

(2) Ibid. , p. 37.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

violents et convulsifs (1). C’est le seul cas d’hémorrhagie de la piemère où il soit fait mention de mouvements convulsifs.

La contracture n’a été notée que deux fois, par E. Boudet, et une fois sans paralysie (2).

Le délire n’a été noté que dans une observation d’E. Boudet (3), et aussi dans une observation de Brus, où, après quelques jours passés avec du malaise, rougeur de la face, chaleur des téguments du tronc, facultés intellectuelles obtuses, le malade tomba rapidement dans un état de prostration et d’aggravation générale, avec une double bronchite, et mourut sans qu’on eût pu saisir autre chose, et encore dans les deux derniers jours de son existence, qu’un délire tranquille et passager, lequel fut suivi d’un état comateux et de la mort. On trouvâtes hémisphères cérébraux enveloppés d’une couche de sang coagulé et pénétrant jusqu’au fond des anfractuosités. C’est dans ce cas que Ton a pu conserver des doutes s’il existait un anévrysme et une déchirure vasculaire (h).

En résumé, le seul symptôme un peu constant de l’hémorrhagie de la pie-mère, c’est le coma ou au moins la somnolence; maison voit que ni la marche de la maladie ni les troubles du mouvement ou de la sensibilité ne peuvent nous fournir de données un peu précises pour le diagnostic.

Dans tous les cas de rupture vasculaire, le débuta été subit, apoplectiforme; mais quant au reste des symptômes, il a offert les plus grandes variétés : mouvements convulsifs (Magendie), hémiplégie et contracture (E. Boudet), résolution générale surtout prononcée d’un côté du corps (Serres), conservation des mouvements, bien que rares et obtus (Serres), tout cela a été observé.

Hormis deux cas, où la mort n’est survenue qu’au bout d’un mois, la durée de la maladie a ete loi t coui te.

Mort subite 1 cas.

Un quart d’heure 1

Deux heures i

Quelques heures 2

Un jour. 3

Deux jours . . 4

Quelques jours 1

Un mois 2

(1) Magendie, Rech. physiol. et clin, sur le liquide céphalo-rachidien, 1S42, p. 115.

(2) E. Boudet, Mémoire cité, p. 46.

(3 Ibid., p. 55.

(4) Brus, Mémoire cité, y. 26.

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