‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 50 sur 123 · CAUSES · texte numérisé non relu

CAUSES

L’étude un peu attentive de tout ce qui a été écrit sur les causes de l’apoplexie conduit à cette conclusion, que l’hémorrhagie cérébrale est peut-être, de toutes les maladies, celle qui se développe le plus souvent en dehors de toute cause extérieure appréciable. L’excellente critique qu’à faite Rochoux (1) de toute l’histoire étiologique de l’apoplexie ne peut laisser aucun doute à cet égard.

Remarquons d’abord combien la plupart des assertions émises par les auteurs relativement aux causes de l’hémorrhagie cérébrale présentent peu de garanties sous le rapport du diagnostic. Jusqu’à Morgagni, le mot apoplexie était une expression vague qui se rapportait, non-seulement à toutes les affections du cerveau pouvant déterminer des accidents apoplectiformes, mais encore à la mort subite, etc. ; et depuis, combien de fois encore la congestion, l’hémorrhagie et le ramollissement cérébral n’ont-ils pas été confondus ensemble?

Les résultats de ma propre observation, et ceux que fournil l’imposante masse de faits rassemblés dans l’ouvrage de M. Gintrac, ne

(1) Rochoux, loc, cit., p. 414-437,

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permettent pas de constituer une étiologie proprement dite de l’hémorrhagie cérébrale. Les pathologistes qui, jusqu’à ces derniers temps, s’étaient montrés rarement très-sévères sur ce sujet, avaient l’habitude de ranger, parmi les causes de l’apoplexie, les circonstances qui avaient précédé l’attaque. C’est encore ainsi que l’on procède dans le monde. On voit quelquefois, en effet, l’apoplexie hémorrhagique survenir sous l’influence apparente de l’excitation vénérienne, ou d’un repas trop copieux, ou d’efforts musculaires, ou de secousses affectives. Il n’est même pas nécessaire d’observer de semblables circonstances suivant telle ou telle proportion, pour admettre qu’elles aient pu entrer pour quelque chose dans la détermination de l’accident lui-même. Il n’entrera dans l’esprit de personne qu’une perturbation quelconque apportée dans l’exercice des fonctions organiques puisse être indifférente pour les individus disposés aux accidents apoplectiques. Mais ce ne sont pas ces prédispositions elles-mêmes qui créent l’hémorrhagie cérébrale. Elles peuvent tout au plus en déterminer la réalisation, comme le vent d’aujourd’hui, ou celui de demain, déterminera la chute d’une feuille desséchée. Je me contenterai donc de présenter quelques données générales sur ce sujet.

L’hémorrhagie cérébrale est presque exclusivement une maladie de l’âge mûr eL surtout de la vieillesse. Les renseignements les plus précis que nous possédions sur ce sujet nous sont fournis par M. Gintrac. Voici comment se distribuent, suivant les âges, 601 cas d’hémorrhagie du cerveau, du cervelet et du bulbe rachidien.

Dp 1 A 1 ft ans ...

np 1 1 A 90 ans

91 A 30 ans

T1p 31 A hO ans

Dp /il à FiO ans . .

De 51 à 60 ans

Dp 61 à 70 ans

Dp 70 A 80 ans

Au-dessus de 91 ans

On voit combien la progression est régulière jusqu’à 70 ans, on peut dire jusqu’à 80 ans, si l’on tient compte de la diminution de la population à cet âge.

Ouant au sexe, nous trouvons que, sur 681 hémorrhagies encé-

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phaliques, 386 appartiennent au sexe masculin et 295 au sexe féminin. M. Gintrac fait remarquer que la supériorité du sexe masculin est très-prononcée, quant aux hémorrhagies des lobes moyens et postérieurs et des ventricules ; qu’il y a à peu près égalité des sexes pour celles des corps striés et des couches optiques, et que la prédominance se déclare en faveur du sexe féminin à l’égard des hémorrhagies de la substance corticale et des lobes antérieurs du cerveau (1).

L’apoplexie passe généralement pour héréditaire. M. Gintrac exprime la même opinion. Cependant, il reconnaît qu’il s’agit plutôt ici d’une notoriété que d’un fait positivement constaté. Il fait justement remarquer, à ce sujet, que la pratique des hôpitaux, qui a jusqu’ici à peu près exclusivement fourni les matériaux de l’histoire de l’hémorrhagie cérébrale, est peu favorable à ce point particulier d’observation (2).

On sait qu’il est une condition générale de l’économie dont les traits caractéristiques ont reçu le nom de constitution apoplectique, et à laquelle on a attribué une disposition particulière à l’apoplexie : embonpoint, cou court, face habituellemeut colorée, tête développée, apparence robuste, tempérament pléthorique, tels sont les traits principaux dont l’ensemble emprunté à la constitution, au tempérament, à la conformation extérieure, caractérise la constitution apoplectique. La plupart des auteurs ont reproduit ce tableau, sur lequel Morgagni avait surtout insisté, quand Roehoux, l’un des premiers, soumettant les observations antérieures et les siennes propres à une critique sévère, arriva à cette conclusion : qu’aucun signe extérieur appréciable n’indique la disposition à l’apoplexie (3).

Bien qu’il résulte évidemment des recherches de cet auteur que l’on avait considérablement exagéré les caractères extérieurs de la disposition à l’apoplexie, je ne suis pas absolument convaincu qu’il n’y ait aucune relation entre ceux qui viennent d’être énumérés et l’hémorrhagie cérébrale. Les résultats que j’ai obtenus de mon côté diffèrent assez de ceux de Roehoux pour que je les mette en regard, mais en attendant de nouvelles observations sur ce sujet, très-important sous le rapport pratique, et d’une observation fort difficile.

Voici le tableau qu’a dressé Roehoux, sur le tempérament considéré dans ses rapports avec le degré d’embonpoint.

(1) E. Gintrac, loc. cit ., t. VII, p. 430.

(2) E. Gintrac, loc. cit., t. VII, p. 429.

(3) Roehoux, loc. cit., p. 423.

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