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(les
apoplectiques de chaque tempérament.
1° Tempérament sanguin, peau claire, visage coloré, cheveux châtains, foncés ou bruns
2° Tempérament sanguin bilieux , peau un peu lisse, teint médiocrement clair et coloré, cheveux bruns ou noirs
3° Tempérament sanguin lymphatique, peau blanche, claire, cheveux blonds ou châtain clair, yeux ordinairement bleus
lx° Tempérament bilieux , peau jaunâtre, visage peu coloré, yeux bruns, cheveux noirs
Nombre des apoplectiques suivant le degré d’embonpoint
Le mot et même l’idée de tempérament sont quelque chose de tellement vague, qu’il est assez difficile de faire sur ce sujet des observations très- précises. Cependant je ne puis m’empêcher de faire remarquer que les conclusions de Rochoux ne sont pas tout à fait en rapport avec les éléments que lui avait fournis ce tableau. « En comparant entre eux les apoplectiques de ce tableau, dit-il, on voit qu’ils sont à peu près également nombreux parmi les individus des tempéraments sanguin, sanguin bilieux et sanguin lymphatique, qui appartiennent aux constitutions généralement dominantes à Paris, sans que l’une d’elles l’emporte beaucoup sur l’autre ; tandis que les apoplectiques bilieux sont en bien plus petit nombre que ceux de chaque autre tempérament, parce que les individus d’un tempérament bilieux ne sont pas à beaucoup près aussi nombreux que ceux d’un des trois autres tempéraments (1). » Bien que ce passage ait toute l’approbation de Yalleix (2), on peut lui faire de sérieuses objections.
On trouve d’abord une différence assez notable entre le chiffre des sanguins et celui des lymphalico-sanguins, puisque ce dernier, 16, n’atteint qu’à peine les deux tiers du second,. 25. Mais ce qui rend cette différence beaucoup plus considérable, c’est que ce que Rochoux
(1) Rochoux, loc. cit., p. 422.
(2) Valleix, loc. cit., p. 462.
HÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE. 20
appelle tempérament sanguin lymphatique est beaucoup plus commun à Paris que le tempérament sanguin pur. Le tempérament lymphatique est ce qui domine à Paris, où le type sanguin pur ne se rencontre que rarement: si donc il était également disposé à l’apoplexie, il devrait offrir un chiffre sensiblement supérieur, au lieu de présenter une proportion très-sensiblement moindre. Les observations de Rochoux semblent donc, sous ce rapport, atténuer tout au plus, mais ne contredire en rien les observations des auteurs et les idées généralement répandues touchant la disposition, constituée par certain tempérament, à l’apoplexie.
Il n’en est pas de même de l’embonpoint. Rochoux a rencontré l’hémorrhagie cérébrale beaucoup plus souvent, plus du double de fois, chez des gens maigres que chez des gens doués d’embonpoint. Il ne se presse pas d’en conclure que la maigreur constitue une prédisposition à l’apoplexie, Yoici maintenant les résultats de mes propres recherches. Bien que je les présente plutôt à titre de documents que de conclusions, on verra cependant qu’elles ne sont pas dépourvues de signification, et ne tendent pas à appuyer ce que professait Rochoux sur ce sujet.
Je possède des renseignements sur la constitution, le degré d’embonpoint ou la santé antérieure de 69 individus ; je les présenterai dans un double tableau.
Individus d’un embonpoint considérable. . 19
— d’une forte constitution 17
— d’une bonne santé 17
Un cou court est noté 7 fois Individus maigres 8
— maigres et chétifs 2
— de faible constitution o
— de mauvaise santé 3
On voit dans quelle proportion considérable un grand embonpoint, une forte constitution et une bonne santé antérieure se sont rencontrés dans mes observations d’hémorrhagie cérébrale. 11 faut avouer que ces conditions se rapprochent beaucoup plus du type décrit par Morgagni et la plupart des auteurs, que les conditions opposées.
Quant au tempérament, je ne le trouve noté que 19 fois dans mes observations ; quelque laibie que soit ce nombre, j’en présenterai encore le tableau à litre de document :
D1JRAND-FARDEL. — 2° édit.
MALADIES DE l’eNCÉPÏÏALE.
Tempérament sanguin il
— bilioso-sanguin U
— sanguin nerveux 2
— lymphatico-sanguin. . . 1
— lymphatique 1
En résumé, l’excellente critique de Rochoux a prouvé que la plupart des auteurs avaient exagéré l’importance et chargé le tableau de la constitution apoplectique, mais elle n’a nullement prouvé qu’il n’y eût point des conditions générales et extérieurement appréciables de l’économie, dans lesquelles on fût, plus particulièrement que dans d’autres, disposé à l’hémorrhagie cérébrale.
Ceci nous amène à étudier les rapports qui peuvent exister entre les maladies du cœur, et en particulier l’hypertrophie et l’hémorrhagie cérébrale. Frappés de certains cas de coïncidence entre ces deux dernières affections, plusieurs médecins, Legallois, Bricheteau, Bouillaud, ont cru pouvoir considérer l’hypertrophie du cœur comme une cause d’apoplexie : mais Rochoux a fait justement remarquer que l’hypertrophie du cœur étant relativement très-fréquente chez les vieillards, il n’était pas étonnant qu’elle accompagnât souvent l’hémorrhagie cérébrale, et qu’avant d’y voir une cause déterminante ou seulement prédisposante de l’apoplexie, il fallait s’assurer si elle s’observait en effet plus souvent dans cette dernière que dans toute autre maladie chez les vieillards.
« Sur 30 individus de l’âge moyen de 70 ans 2/30, et qui, à l’ex ception d’un seul, mort de ramollissement du cerveau, ont succombé à des pneumonies ou à des pleurésies, 26 avaient une hypertrophie du cœur plus ou moins marquée, et souvent, en outre, d’autres lésions de cet organe ; chez h seulement le cœur était à l’état sain.
» Sur 30 sujets morts d’apoplexie à l’âge moyen de 72 ans 5/30, 2 h avaient le cœur plus ou moins hypertrophié ; sur les 6 autres, il s’est trouvé 1 fois d’un volume au-dessous du moyen, h fois à l’état normal, et 1 fois si près de cet étal, qu’aux yeux des uns il passait pour naturel, aux yeux des autres pour légèrement hypertrophié (1). »
On voit que, pour Rochoux, presque tous les cœurs de vieillards
(1) Rochoux, Sur l’hypertrophie du cœur considérée comme cause de t apoplexie mémoire lu à l’Académie de médecine, extrait des Archives de médecine, 1836.
IIÉMORRUAGIE CÉRÉBRALE.
sont hypertrophiés. Voyons cependant ce que donnent mes propres observations.
J’ai trouvé l’état du cœur noté dans 83 cas d’hémorrhagie cérébrale, ainsi qu’il suit :
Hypertrophie du cœur
Hypertrophie et dilatation générale
Sur ces 83 cas, 6 appartenaient à des individus âgés de moins de 50 ans ; ceux-ci avaient :
Cœur sain 3 fois
— hypertrophié 2
— hypertrophié et dilaté 1
Si l’on extrait du relevé précédent 27 cas d’hémorrhagie cérébrale que j’ai recueillis moi-même et dans lesquels j’ai consigné avec soin l’état du cœur, on trouve chez ces 27 malades, ayant de 50 à 8(5 ans, et présentant une moyenne de 72 ans :
Hypertrophie du cœur là
• État sain 13
La fréquence de l’hypertrophie du cœur dans l’hémorrhagie cérébrale n’est déjà pas si considérable dans ces relevés que dans ceux de Rochoux lui-même, bien que recueillis dans des conditions d’âge analogues. Nous verrons plus loin, au chapitre des Maladies du cœur chez les vieillards , si les conditions propres à un âge avancé ne réduisent pas encore l’importance que l’on avait attachée à la coïncidence d’une hémorrhagie cérébrale et d’une hypertrophie du cœur.
L’influence des saisons sur la production de l’hémorrhagie cérébrale paraît assez peu prononcée. Voici un relevé de 63 cas, dont 37 ont été observés par moi-même, et 26 par M. Andral et Rochoux, et de â39 faits observés par M. Gintrac.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
Décembre. . .
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin ........
Juillet
Août
Septembre. .
Octobre
Novembre. . .
On voit que la période qui présente le chiffre le plus élevé est précisément celle qui répond cà la saison la plus froide.
Le tableau suivant relatif aux heures où l’on a vu, dans 6/i cas, débuter l’hémorrhagie cérébrale, semble indiquer que c’est le matin et le soir qu’on observe le plus grand nombre d’attaques.
Matin 20
Journée 14
Soir 16
Nuit 1 4
Je ne pousserai pas plus loin celte étude de l’étiologie de l’hémorrhagie cérébrale. Il ne faut pas oublier qu’étudiant spécialement l’apoplexie chez les vieillards, nous n’avons pas à nous occuper des conditions étiologiques qui, comme la grossesse, les passions, les professions, concernent exclusivement ou plus spécialement d’autres époques de la vie. Je ne puis donc que répéter : que les causes déterminantes sont presque toujours impossibles à saisir dans l’apoplexie des vieillards, et que, pour la prophylaxie de l’apoplexie à cet âge, comme nous l’exposerons plus loin, il faut surtout avoir recours aux préceptes hygiéniques que commande d’une manière générale l’état particulier de l’organisme.
Il nous reste à parler maintenant de la cause prochaine de l’hémorrhagie cérébrale, ou du moins de cette question : l’hémorrhagie cérébrale peut-elle se rattacher à une altération locale préexistante? Le fait est que lorsqu’on examine ces vastes déperditions de la substance cérébrale, labourée par le sang épanché, on s’étonne que la compacité naturelle au tissu nerveux, que l’élasticité propre aux tissus
HÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE. 2bl
doués de vie, n’aient pas opposé une barrière plus efficace à l’effort du sang rejeté des voies de la circulation par la rupture des vaisseaux sanguins, soit que celle-ci se trouve due elle-même à une altération de leurs parois, ou à une résistance insuffisante de ces parois à l’impulsion du sang.
Rochoux a résolu cette question affirmativement. L’hémorrhagie cérébrale, dit-il, est due à un travail désorganisateur lent et insensible qui altère, à la longue, la cohésion du tissu de l’encéphale, à tel point qu’un instant arrive où il se laisse brusquement déchirer sous l’effort d’impulsion normale du sang (1). La cause prochaine de l’apoplexie, dit ailleurs le même auteur, consiste en un vice de nutrition, d’où naît cette altération, cette diminution de la cohésion normale du tissu encéphalique, laquelle, étant parvenue à un certain degré, se termine par une déchirure immédiatement suivie d’hémorrhagie (2). C’est là ce que Rochoux appelait ramollissement hémorrhagipare, et ce dont il montrait les traces dans cette apparence molle, raréfiée, blanche, qu’offre le voisinage des foyers hémorrhagiques récents, et dont j’ai présenté plus haut une description minutieuse. Rochoux appuyait celle pathogénie d’un autre ordre de preuves, tirées de l’inefficacité certaine de la plupart des causes efficientes ou prédisposantes que les auteurs avaient assignées à l’hémorrhagie cérébrale (3). Cette partie de l’ouvrage de Rochoux aurait même un caractère remarquable d’exactitude, comme d’originalité, s'il n’avait poussé trop loin la critique des opinions antérieurement reçues sur ce sujet. C’est ainsi que cet écrivain s’est certainement trompé, lorsqu’il a refusé de reconnaître à la congestion cérébrale aucune participation à la production des foyers hémorrhagiques. On doit encore remarquer que, dans beaucoup de circonstances, dans les ramollissements aigus du cerveau, dans les infiltrations sanguines surtout, qui ont été décrites précédemment, une quantité très-notable de sang peut s’infiltrer dansla substance cérébrale sans s’y rassembler en foyer, ce qui semb erail indiquer que cette dernière circonstance réclame une condition particulière préexistante.
Les idées de Rochoux relatives à la nécessité d’une altération préexistante de la substance cérébrale, pour que celle-ci vienne à céder à l’effort hémorrhagique, ont été reprises récemment ; mais
(1) Sur l' hypertrophie du cœur considérée comme cause d’apoplexie, mémoire lu à l’Académie royale de médecine, le 19 avril 1836, p. 14.
(2) Rochoux, Recherches sur l’apoplexie, p. 413.
(3) Recherches sur l’apoplexie , p. 418 à 437.
c’est à une altération des vaisseaux que des observations plus intimes ont permis de s’arrêter. La dégénérescence athéromateuse, la dilatation ampullaire, l’état moniliforme des vaisseaux ont été invoqués comme des causes prochaines de la déchirure hémorrhagique du cerveau. L’influence prédisposante ou déterminante de la congestion cérébrale, qui ne saurait être contestée, paraît tout à fait propre à se combiner avec de telles conditions organiques pour constituer une pathogénie effective de l’hémorrhagie cérébrale. C’est ainsi que peuvent se rattacher à cette pathogénie toutes les causes de congestion encéphalique, comme de transformation graisseuse des vaisseaux, ainsi que l’alcoolisme.
Dans ces derniers temps, MM. Charcot et Bouchard ont fait connaître une altération particulière des vaisseaux encéphaliques, artériosclérose, laquelle aboutit à la production d ' anévnysmes miliaires , qui joueraient, dans la pathogénie de l’hémorrhagie intra-encéphalique, un rôle vraiment spécial (1). J’ai reproduit plus haut les principaux traits de cette altération (2). Les faits observés et décrits par MM. Charcot et Bouchard ont une valeur incontestable. Cependant il serait peut-être prématuré d’attribuer aux anévrysmes miliaires une part exclusive à la production de l’hémorrhagie cérébrale.