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TRAITEMENT DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE

L’étude de la thérapeutique ne comprend pas seulement des formules : elle se compose surtout d’indications. Les sources d’indications sont elles-mêmes infinies. Je dois les supposer présentes à l’esprit. des praticiens, et il est impossible de songer à les prévoir et à les signaler dans tous leurs détails. Je rappellerai seulement, comme

(1) Charcot, Leçons sur les maladies des vieillards et les maladies chroniques, 1868, 2° série, p. 62.

(2) Voyez page 199.

TRAITEMENT DES MALADIES DE l’ENCÉHIALE.

particulièrement applicable au sujet actuel, quelles se rattachent en général à deux points de vue principaux :

La considération de la maladie spéciale, de l’altération particulière à laquelle on a affaire ;

La considération des conditions générales de l’organisme, dépendant de l’âge, du sexe, de la constitution, etc., des habitudes, des maladies antérieures, etc.

Or c’est ce dernier ordre de considérations qui domine la thérapeutique des vieillards. A l’âge adulte, le caractère inflammatoire ou hypérémique d’une affection comporte en général une série de moyens thérapeutiques bien déterminés, et possibles, jusqu’à un certain point, à formuler d’avance. C’est alors la nature de la maladie qui domine le traitement.

Chezles vieillards, il n’en est plus ainsi : les formes des maladies sont moins bien déterminées, leurs caractères moins saillants, et les indications se tirent moins de leur nature même que de la manière dont l’organisme se comporte vis-à-vis d’elles, et des conditions organiques ou fonctionnelles que les progrès de l’âge ont imprimées à l’économie, lesquelles apportent toutes un élément nouveau au problème à résoudre, la curation de la maladie.

Tout ceci s’applique surtout à la congestion cérébrale dont le traitement parait si simple et en quelque sorte si banal, dans l’âge adulte, tandis qu’il rencontre chez les vieillards un grand nombre de particularités dignes de toute l’attention des praticiens.

§ 1er- — Des indications relatives au traitement de la congestion

cérébrale.

Les principales indications que présente le traitement de la congestion cérébrale, chez les vieillards, peuvent se résumer ainsi : Recourir à des émissions sanguines, générales ou locales, combinées de manière, soit à combattre les accidents d’hypérémie, soit à en prévenir le retour; régulariser ou favoriser les hémorrhagies périodiques, physiologiques ou non ; rétablir les écoulements ou les flux supprimés ; exercer une révulsion active sur la peau et sur la muqueuse intestinale ; favoriser le libre exercice de toutes les fonctions de l’économie et en particulier des fonctions digestives, dont les deux termes, la digestion gastro-intestinale et l’expulsion des résidus excreinenliticls, sont si intimement liés dans leur accomplissement à 1 état de la circulation sanguine dans l’encéphale; tenir autantque pos-

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sible la partie supérieure du corps libre et découverte, les extrémités inférieures chaudes et à l’abri de l'humidité; régler l’alimentation de manière qu’elle ne communique ni au sang cet excès de plasticité qui dispose aux hypérémies et aux hémorrhagies, ni au système nerveux cette irritabilité qui retentit spécialement sur le cerveau; surveiller l’exercice des fonctions cérébrales, au point de vue des abus dont les facultés intellectuelles, affectives et passionnelles, peuvent devenir si facilement le sujet.

Je suivrai cet ordre d’indications, en m'arrêtant surtout sur celles qui se rattachent le plus directement au traitement de la congestion cérébrale.

Il faut encore établir ici une distinction importante.

Tantôt la congestion cérébrale n’existe qu’à l’état de prédisposition, d’imminence en quelque sorte, se révélant par des atteintes courtes et passagères qui constituent plutôt des menaces que de véritables accidents; tantôt elle se montre comme un accident actuel.et déterminé : ainsi coup de sang, délire aigu, etc.

Les considérations dans lesquelles je vais entrer comprendront ces différents cas d’une manière générale, en spécifiant ce qui concerne plus particulièrement les uns et les autres. J’essaierai ensuite de formuler, approximativement, les différents modes de traitement qui sont le plus souvent applicables à chacune de ces formes de la congestion cérébrale.

Recourir à des émissions sanguines générales ou locales.

Le chapitre des émissions sanguines tient avec -juste raison une grande place dans le traitement de la congestion cérébrale; cependant on se gardera bien de l’envisager ici au même point de vue qu’aux autres époques de la vie. Alors, le cercle de la circulation s’accomplit avec une entière liberté, sans obstacles, sans causes d’irrégularité, tous les points du système vasculaire sont solidaires les uns des autres, et le sang retiré des vaisseaux s’y trouve rapidement remplacé. Mais il ne faut pas oublier que, chez les vieillards, l’unité du système circulatoire, ou plutôt l’harmonie qu’une communication libre et permanente établit entre toutes ses parties, tend à s’effacer. L’oblitération sans cesse croissante d’une partie du système capillaire, les altérations des orifices du cœur, puis, intermédiaircment, les altérations des parois artérielles, l’élargissement du système veineux, la diminution de l’élasticité des parois vasculaires, tout cela fait, que les

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émissions sanguines n’ont pas toujours les mêmes résultats chez les vieillards que chez les adultes.

D’abord les émissions sanguines capillaires arriveront beaucoup plus lentement et plus difficilement à dégager le point malade. Il sera nécessaire de les rapprocher beaucoup plus de l’organe affecté. Enfin, quand on aura besoin d’une action rapide, il sera bien plus nécessaire encore que chez l’adulte de recourir à la saignee générale.

On voit donc quel sera l’écueil des émissions sanguines chez les vieillards. Les saignées révulsives auront moins d’efficacité chez eux, et les saignées déplétives ne pourront être employées avec autant d’énergie que chez l’adulte.

Arrêtons-nous sur ce dernier point. J’aurai, au chapitre du Traitement de la pneumonie, à porter une attention toute particulière sur l’emploi delà saignée chez les vieillards; cependant je dois, dès à présent, m’en occuper au point de vue spécial des affections cérébrales. Ces deux paragraphes se compléteront l’un l’autre.

Il est bien reconnu que la saignée ne peut pas être employée chez les vieillards avec la même facilité que chez les adultes. La proportion du sang amoindrie, sa réparation beaucoup plus lente ou imparfaite, l’affaiblissement du système nerveux, sont des raisons qui saisissent d’abord ; mais il en est une autre qui doit nous arrêter : c’est la diminution du degré de réaction dont l’organisme est susceptible.

Toutes les fois qu’un organe devient le siège d’une modification dans sa texture ou d’un état morbide local, il existe dans le reste de l’organisme une tendance à le débarrasser, soit par des voies matérielles, en rejetant au dehors l’élément morbide, ou en le répandant, par un retour à l’équilibre général, dans l’ensemble de l’économie, soit par des voies purement vitales et plus difficiles à définir. On appelle réaction cette œuvre de la nature ou de l'organisme. Mais pour que cette réaction se développe et agisse, il faut un certain degré de force et d’activité, que l’âge avancé tend à annihiler, que l’intervention médicale, par conséquent, doit favoriser et non paralyser.

Lors donc que l’on suppose, d’après les symptômes existants, que l’encéphale est gorgé par une fluxion sanguine, il ne faut pas seulement se préoccuper de le débarrasser de cet excès de sang, en désemplissant le système circulatoire, comme on pourrait avec moins d’inconvénients le faire chezl adulte, il faut songer à ménager à l’organisme une force suffisante pour que l’oquilibre se rétablisse dans la circulation générale, et que le cerveau puisse arriver à être ainsi délivré

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de la compression qu’il subissait. Cette préoccupation sera d’autant plus importante que c’est le système nerveux, c’est-à-dire sans doute l’élément le plus direct et le plus essentiel de la réaction, qui se trouve immédiatement compromis ici. Nous verrons plus loin quelle part doit prendre le même ordre d’idées dans la direction du traitement de l’hémorrhagie et du ramollissement cérébral.

Quel sera, au sujet de la congestion cérébrale elle-même, le résultat le plus fâcheux de cet amoindrissement de la force de réaction nécessaire pour le débarras du cerveau congestionné ? C’est que l'hypérémie active, quelque active qu’elle puisse être dans le principe, passera à l’état d’hypérémie passive, puis d’infiltration séreuse, par le mécanisme qui a été exposé ailleurs.

Il faut donc une grande réserve dans l’emploi des émissions sanguines, dans la congestion cérébrale des vieillards. Il faut surtout apprécier avec sagacité les circonstances qui peuvent guider dans leur emploi, et que nous allons passer en revue.

L’âge lui-même n’a pas, sous ce rapport, une très-grande importance. Tel sujet à quatre-vingt-cinq ans supporte mieux les émissions sanguines qu’un autre à soixante-dix. L’état de la constitution a une toute autre valeur. Nous avons vu précédement que les différences des tempéraments et des constitutions tendaient à s’effacer chez les vieillards, et qu’au delà d’un certain âge, on ne trouvait guère que des individus ayant conservé quelques-uns des caractères de l’âge adulte, ou des individus ayant revêtu les caractères les plus tranchés de la sénilité.

Aux premiers appartiennent un certain embonpoint, une peau épaisse encore et non dépourvue de toute transpiration, un teint légèrement coloré, et le plus souvent un caractère enjoué ou au moins une certaine activité dans les habitudes. Les autres offrent une maigreur prononcée, un amincissement extraordinaire delà peau, transformée en une membrane sèche et comme papyracée, avec décoloration complète de la face, et ordinairement un caractère sombre ou apathique. Nous avons développé précédemment ces deux types qui rassemblent autour d’eux presque tous les vieillards, avec des caractères plus ou moins bien déterminés.

Eh bien, l’embonpoint, la coloration des pommettes, l’expansion du caractère, la conservation surtout des fonctions perspiratoires de la peau, annoncent qu’il existe encore des éléments de réaction, et que les émissions sanguines seront supportées.

L’état, du pouls sera soigneusement exploré ; mais on se rappellera

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le précepte de Prus, que c’est au pouls qu’il faut tâter le cœur des vieillards (1).

Si l’auscultation ne laisse percevoir ni bruit anomal, ni intermittences ou irrégularités notables, il en résultera la présomption, sinon encore la certitude, qu’il n’existe dans le centre circulatoire aucune altération propre à entraver le cours du sang.

L’existence de quelqu’une de ces altérations matérielles du cœur et de l’aorte qui seront exposées avec détail dans un des chapitres suivants, et qui, sans déterminer de symptômes spéciaux, n’en entraînent pas moins un certain degré de gêne dans la circulation, si elle ne doit pas faire renoncer d’une manière absolue aux émissions sanguines, n’en commande pas moins de redoubler de réserve dans leur emploi. La présence de signes formels d’hypertrophie du cœur ne doit même engager que jusqu’à un certain point à insister sur les saignées, car cette hypertrophie est elle-même le plus souvent l’indice de quelque lésion matérielle faisant entrave au cours du sang, et ce n’est que par un redoublement d’énergie, et grâce à cet épaississement de ses parois, qualifié par Beau d altération providentielle (2), que cet organe parvient à surmonter d’une manière régulière ces causes d’embarras et de ralentissement de la circulation.

Si l’on vient, par des pertes de sang exagérées, ou à affaiblir l’organe central île la circulation, ou à altérer la constitution du sang, le cœur, impuissant à lutter contre des obstacles matériels et permanents, cède, l’enrayement delà circulation s’établit, et les organes de la poitrine, de l’abdomen ou de la tète deviennent le siège de congestions veineuses désormais impossibles à résoudre. Telle est la lin, souvent très-prompte, quelquefois plus languissante, des vieillards qu’on a trop saignés, alors qu’ils portaient de ces altérations organiques dont les signes matériels peuvent être à peine saisissables et qui ne semblent même entraîner d’abord que des troubles fonctionnels imperceptibles.

Ces réserves faites au sujet de la valeur que nous attribuons à l’absence d’intégrité matérielle de l’organe central de la circulation, il est évident que le degré de force, de résistance de l’appareil circulatoire lui-même, sera apprécié comme chez l’adulte, et qu’on en tirera, toute proportion gardée, de semblables déductions.

Vaut-il mieux recourir une première fois à une saignée plus forte,

(1) Prus, Mémoires de l'Académie royale de médecine, 1840, t. VIII, p. 7.

(2) Beau, Bulletin de i Académie de médecine , 1853, t. XVIII, p. 96.

mais qui puisse dispenser d’y revenir, ou bien pratiquer de petites saignées, au risque d’avoir à les répéter?

Si l’on a affaire à un vieillard placé dans les conditions favorables que nous avons exposées plus haut, et chez qui l’on n’ait aucune raison de supposer d’altérations matérielles notables des organes de la circulation, on peut pratiquer une saignée de 3 à 400 grammes, si les circonstances rendent nécessaire d’agir énergiquement et rapidement. Mais on peut établir en règle générale qu’il vaut mieux faire auxmaladesde petites saignées et les réitérer, que de procéder autrement.

Il ne faut pas,* chez les vieillards, et dans les accidents cérébraux surtout, s’attacher toujours à obtenir de l’emploi d’un moyen thérapeutique des résultats promptement décisifs. Tout se fait plus lentement à cet âge que dans les autres. Il faut savoir attendre avec une certaine patience l’etfet des médications, et ainsi ne pas se croire obligé de poursuivre les émissions sanguines jusqu’à la disparition d’accidents graves. J’ai souvent remarqué que les effets d’une petite saignée ne se faisaient sentir que plusieurs heures après, au lieu de suivre presque immédiatement l’opération, comme on le voit chez les adultes à la suite de larges émissions sanguines ; et l’on obtenait ainsi les mêmes résultats, tout en se tenant à l’abri des conséquences dangereuses que peuvent entraîner des émissions sanguines considérables.

Quant aux émissions sanguines locales, il résulte de l’oblitération du système capillaire et de l’altération des communications qui, dans les premières périodes de la vie, en unissent tous les points ensemble, qu’on doit les rapprocher le plus possible de l’organe malade. 11 ne faut donc pas, chez les vieillards, dans les affections encéphaliques, poser de sangsues aux malléoles, aux cuisses, aux aisselles, comme on peut le faire avec avantage à d’autres époques. C’est surtout à cet âge que les idées des anciens relatives à l’importance des saignées pratiquées au voisinage des parties malades trouvent une juste application. Nous ne ferons d’exception que pour les sangsues à l’anus.

L’application des sangsues à l’anus est très-souvent indiquée, chez les vieillards, par un état hémorrhoïdal, ou par un étal languissant, î.orpid , comme disent les Anglais, de la circulation abdominale, pléthore veineuse abdominale.

Mais si l’on veut, dans des accidents pressants, obtenir une action quelque peu déplétive d’une saignée capillaire, ce n’est pas à l’anus qu’il faut la pratiquer, mais derrière les oreilles.

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Dans le traitement des congestions lenles, menaçantes de l’encéphale, les sangsues à l’anus peuvent rendre de grands services en agissant dans le sens que nous venons d’indiquer. Mais dans les accidents actuels de congestion cérébrale, c’est risquer de perdre un temps précieux que d’y recourir. Il y a, peut-on dire, à cet âge, trop loin de là au cerveau. Par les sangsues posées derrière les oreilles, au contraire, on agit d’une manière plus directe, plus efficace, et sans avoir à craindre d’augmenter l’état fiuxionnaire, conséquence que l’on redoute souvent, en agissant ainsi chez de jeunes sujets (1). 11 faut presque toujours avoir soin d’appliquer ces sangsues en quantité un peu considérable, car chacune d’elles, en général, ne tire qu’une quantité médiocre de sang, et d’ailleurs on est, avec de la surveillance, maître jusqu’à un certain point de diriger la perte du sang. M. Cruveilhier, qui a également insisté sur l’utilité des émissions sanguines rapprochées, a vivement, recommandé la saignée de la pituitaire, à propos de laquelle il avait inventé un instrument particulier.

On devra toujours se méfier, chez les vieillards, des hémorrhagies consécutives aux applications de sangsues. La peau est tellement amincie que des vaisseaux un peu volumineux viennent souvent à être ouverts, comme chez les enfants; mais la fatigue, l’inertie, la somnolence, font que les malades ne s’aperçoivent pas de l’écoulement du sang, et, si celui-ci se fait la nuit surtout, et dans un endroit caché, il peut arriver qu’on s’en aperçoive trop tard. J’ai vu mourir ainsi deux vieillards, deux hommes de quatre-vingts et de quatrevingt-cinq ans, pour une piqûre de sangsue au bas-ventre chez l’un, à l’anus chez l’autre, qui avait coulé durant toute une nuit.

Régulariser ou favoriser les hémorrhagies périodiques.

Il y a là le sujet d’une préoccupation importante dans la médecine des vieillards, et surtout dans la question actuelle.

Les règles ont disparu chez les femmes de l’âge qui nous occupe, et, en général, une fois soixante ans dépassés, il n’y a plus guère à s’en occuper. 11 n’en est pas de même à une époque moins éloignée de l’âge de retour. On ne doit pas manquer, chez les femmes qui touchent à la soixantaine, de s’enquérir de l’âge auquel a eu lieu la

(1) \oycz, sur ce dernier point, Chauffard, De y avantages de la saignée révulsive dans presque toutes les affections de la tête {Archives générales de médecine , t. XXIX, p. 334).

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ménopause, de la quantité de sang qu’elles perdaient, du degré de régularité de l’époque menstruelle.

Lorsque la menstruation s’est prolongée longtemps, ainsi a dépassé cinquante ans, lorsqu’elle était très-régulière et abondante, il en résulte ordinairement une indication d’insister sur les émissions sanguines; on peut être assuré qu’alors elles seront particulièrement bien supportées. La saignée générale sera souvent employée avec avantage, et, lorsqu’on voudra recourir à une émission sanguine capillaire et dérivative, on posera des sangsues plutôt à l’anus qu’à la vulve, il faudra encore, chez ces malades, rechercher si la ménopause a été pénible, suivie d’accidents hypérémiques prononcés, si surtout la disposition aux congestions cérébrales paraît remonter à celte époque.

Mais il est une sorte d’hémorrhagie constitutionnelle qui, sans être propre aux vieillards, est cependant très-commune chez eux, ce sont les hémorrhoïdes. Les hémorrhoïdes même, si ce n’est sous le rapport de quelques souffrances qu’elles occasionnent, ne sauraient le plus souvent être considérées comme une maladie chez les vieillards. C’est un phénomène ordinairement salutaire, qu’il faut favoriser quand il existe une fois, et qui d’ailleurs, après une certaine durée, emprunte à l’habitude un caractère de nécessité qu’on se gardera de méconnaître.

La suppression d’un flux hémorrhoïdaire, l’existence d’hémorrhoïdes non tluentes, ou seulement les signes d’une disposition hémorrhoïdaire, indiquent formellement des sangsues à l’anus, souvent répétées d’une manière périodique. Chez ces sujets-là même, à moins d’urgence, on évitera les saignées générales, pour s’en tenir à ce que nous venons d’indiquer.

Rétablir les écoulements et les flux supprimés.

Cette indication est du même ordre que la précédente.

Les ulcères des vieillards ont été souvent considérés comme une voie d’élimination chimique et physiologique, destinée à suppléer à l’insuffisance des sécrétions et des excrétions dans un âge avancé. Nous n’avons à les envisager ici que comme fournissant une sécrétion morbide, mais empruntant à sa durée et à l’habitude acquise un caractère d’utilité analogue à celui des hémorrhoïdes. Or, ce n’est guère impunément que l’on voit, dans un âge avancé, des ulcères se fermer, soit spontanément, soit par suite d’un traitement.

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On peut en dire autant d’un exutoire habituel et supprimé.

On observe souvent encore chez les vieillards, ou des eczémas humides, ou plus souvent encore des états prurigineux de la peau, qui exigent beaucoup d’attention, alors qu’il se montre des phénomènes de congestion cérébrale.

Il faut alors s’attacher, ou à reproduire ces anciens foyers d’élimination, pour parler un langage auquel la chimie physiologique donnera peut-être un jour une sanction plus formelle, ou chercher à y suppléer par des moyens appropriés.

Ainsi, dans le cas de suppression d’ulcères, faire des applications rubéfiantes ou vésicanles sur la place qu’ils occupaient.

Faire, dans le cas d’éruption disparue, des frictions, générales ou partielles, avec des liniments stimulants, alcoolisés, cantharidés, avec de l’huile de crolon tiglium, ou avec une pommade préparée avec les soies épineuses du dolichos pruriens (herbe à gratter), incorporées, à la dose de 50 centigrammes, dans 30 grammes de graisse (Blatin). Cette pommade semble même devoir être particulièrement applicable au cas d’ulcères desséchés.

C’est surtout alors que l’établissement d’exutoires sera indiqué, soit d’exutoires à demeure, comme un ou deux cautères au bras, si Tonne reconnaît pas d’utilité de les rapprocher du siège antérieur du mal, soit, dans le cas d’accidents aigus et graves, de vésicatoires à la nuque ou aux extrémités.

La cessation d’un flux bronchorrhéique habituel rentre dans Tordre des phénomènes qui viennent d’être indiqués ; elle ne sera pas l’objet d’une moindre préoccupation. J’entrerai, en parlant du traitement du catarrhe pulmonaire, dans le détail des indications qui peuvent en résulter.

11 ne reste qu’à signaler l’existence ancienne ou habituelle de douleurs de goutte. Je ne parle pas ici du cas où des signes de congestion cérébrale viendraient à succéder à la suppression d’un accès de goutte aiguë, mais de la goutte considérée comme antécédent, ou bien de douleurs vagues, erratiques, habituelles de goutte.

C’est un sujet qu’il ne faut jamais négliger dans le traitement de la congestion cérébrale. Toutes les lois que Ton rencontre un pareil antécédent, que par exemple la goutte a cessé de se faire sentir depuis un certain temps, et que des accidents de congestion cérébrale ont apparu depuis, il faut s’efforcer, par les moyens convenables, de rappeler la goutte vers les articulations qui en étaient habituellement le siège. Des sinapismes répétés, des frictions irritantes ou vésicantes,

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des vésicatoires même autour de ces articulations, le cataplasme de Pradier, pourront être utilement employés, ün ne saurait trop conseiller la persévérance dans l’emploi de ces sortes de moyens : de simples cataplasmes chauds, enveloppés de toile gommée, renouvelés toutes les nuits, pendant plusieurs semaines consécutives s’il le faut, sont un excellent moyen; seulement on aura soin d’interposer alors une mousseline entre le cataplasme et la peau. Il m’est arrivé, par la seule insistance sur une semblable pratique, de voir se reproduire des accès de goutte franchement aiguë, au grand bénéfice d’individus qui n’en avaient subi aucune atteinte depuis plusieurs années, et dont la santé s’en trouvait gravement altérée.

MM. Trousseau et Pidoux recommandent fortement l’éther dans les cas de ce genre. « En sa double qualité de stimulant diffusible et d’antispasmodique, disent ces auteurs, l’éther peut rendre d’immenses services, conjurer une mort prochaine dans le cas de métastase goutteuse ou de localisation de ce principe sur le cœur, le cerveau et les centres nerveux splanchniques. On voit des syncopes menaçantes , des cardialgies atroces, des délires, des apoplexies inopinées dues à la cause que nous venons d’énoncer; on voit ces terribles accidents disparaître en peu d’instants par de hautes doses d’éther prises tout d’un coup (1). »

Exercer une action révulsive sur la peau et sur la muqueuse intestinale.

Les révulsifs sur la peau ont une grande importance dans le traitement de la congestion cérébrale. Dans les congestions lentes et chroniques, on fera des frictions stimulantes sur les extrémités, sur la région lombaire, en ayant soin de ne pas remonter au delà des dernières vertèbres dorsales. Mais, dans les congestions aiguës, on s’abstiendra de ce moyen qui peut déterminer une stimulation trop vive, et réagir ainsi sur le cerveau. On se contentera de sinapismes, avec la précaution toutefois de ne pas les laisser trop longtemps à la même place.

La facilité avec laquelle la peau des vieillards, pourvue d’une si faible vitalité, s’escarrifie, exige de grandes précautions à ce sujet. J’ai vu souvent succéder à ces bulles, que soulève le contact de sinapismes trop actifs, des plaies douloureuses, suppurantes, et qui ne m’ont pas toujours paru étrangères à l’issue fatale de quelques

(1) Trousseau et Pidoux, Traité du thérapeutique et de matière médicale, 4e édit., 1852, t. II, P- 264.

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maladies cérébrales. On évitera que la moutarde ne se trouve en contact avec les orteils eux -mêmes, dont la peau amincie et tendue sur les articulations phalangiennes laisse, avec une extrême facilité, son épiderme se détacher. On se gardera surtout de placer les sinapismes sur la plante des pieds. C’est surtout aux talons que j’ai vu se former de ces eschares interminables, dont la pression incessante du lit empêche la cicatrisation, et qui arrivent à constituer ainsi une complication fort grave. Ce qu’il faut surtout, c’est prolonger l’action des sinapismes, en les promenant de place en place et en y revenant à de fréquentes reprises.

La difficulté avec laquelle ces sortes de plaies guérissent fait que nous ne saurions conseiller les applications de linges ou de marteaux trempés dans l’eau bouillante, moyen énergique de révulsion qui, dans d’autres circonstances, peut rendre de grands services.

Sans que l’on doive précisément y renoncer d’une manière absolue, les pédiluves sinapisés ou aiguisés avec de l’eau de lessive, de l’acide bydrochlorique, etc., me paraissent devoir être presque toujours remplacés par des sinapismes, chez les vieillards. Outre qu’ils m’ont paru n’avoir pas en général une action considérable chez les individus d’un âge avancé, ils ont souvent l’inconvénient de favoriser la dilatation variqueuse des veines, la disposition à l'oedème, que présentent si communément les membres inférieurs des vieillards.

On voit souvent prescrire l’établissement de vésicatoires ou de cautères à demeure, chez des vieillards sujets aux congestions cérébrales. Je ne saurais approuver celle pratique en dehors des cas spécifiés plus haut, où il s’agit de suppléer à une suppuration ou à une irritation habituelle et supprimée. Si ces exutoires suppurent faiblement, ils 11e font qu’entretenir une irritation douloureuse, plutôt excitante pour l’ensemble du système que salutaire; s’ils suppurent abondamment, ils affaiblissent des individus qui ne réparent pas aisément, et lorsque, par une cause quelconque, ils viennent à se tarir, ils engendrent par cela seul une condition essentiellement nuisible. Que de fois n’a-t-on pas vu appliquer un second, un troisième vésicatoire ou cautère, aussi stérile que le précédent, uniquement pour suppléer à la suppuration tarie d’un premier exutoire !

On emploie encore les vésicatoires dans les cas aigus, et, si ce n’est dans les coups de sang rapides, dans lesquels la partie active du traitement n’a guère à dépasser la courte durée des accidents, du moins dans les congestions qui se prolongent, ou à celte période de

DURAND-FARDEL. — 2e édit, ju

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début des apoplexies, où le diagnostic Hotte indécis à peu près entre toutes les altérations que nous avons précédemment étudiées. Sans les proscrire d’une manière absolue, comme l’ont fait Baglivi et Stoll, je ne suis pas partisan des vésicatoires, dans les cas de ce genre. Ici il faut rappeler la tendance du derme des vieillards à se mortifier, et la difficulté avec laquelle il se cicatrise, lorsqu’une fois il est entamé ou seulement dénudé par une plaie. Ces suites fâcheuses seront d’autant plus à craindre que le vésicatoire se trouvera dans des conditions de siège plus défavorables elles-mêmes ; ainsi aux cuisses, où l’écoulement des urines, peut-être même des matières fécales, dû soit à l’état cérébral, soit au grand âge, peut venir, quelques précautions que l’on prenne, souiller les linges; aux jambes, où le frottement des deux membres l’un contre l’autre, la pression du lit, ne peuvent être évités entièrement. On évitera de placer ces exutoires en plein sur le mollet, mais bien à la partie interne des jambes.

A la nuque, ce sont des difficultés d’un autre genre, relatives au pansement d’individus privés de connaissance ou au moins de l’intégrité des mouvements, à la nécessité d’entourer le cou d’un bandage qui, pour servir à quelque chose, gênera quelque peu la circulation, sinon la respiration.

Enfin, l’emploi des cantharides doit toujours être évité ou atténué autant que possible, par les moyens connus, chez des individus disposés, par leur âge ou leur maladie, aux affections catarrhales des voies urinaires, à la stagnation de l’urine dans ses réservoirs.

Voici un exposé des inconvénients des vésicatoires. Il signifie au moins qu’il ne faut pas en faire abus chez les vieillards. Ont-ils d’un autre côté une efficacité réelle et qui soif de nature à compenser ces inconvénients? Je n’en suis pas assuré, et dans le plus grand nombre des cas où je les ai employés ou vu employer, je n’oserais affirmer qu’ils aient eu une part dans les résultats obtenus. Les vésicatoires à la nuque, dans le cas de congestion simple, ne me paraissent pas indiqués au début. Théoriquement, ils semblent plutôt propres à entretenir l’hypérémie; en fait, je ne leur ai reconnu aucun avantage. De larges vésicatoires aux cuisses, laissés pendant dix ou douze heures seulement, de manière à ne produire qu’une vésication incomplète, mais une action plus profonde et plus prolongée que des sinapismes, m’ont paru plus réellement efficaces. Cependant, si la congestion semblait tendre à passer à l’état séreux, on n’hésiterait pas à recourir au vésicatoire à la nuque; mais il y a bien peu de chances alors de réussir par un moyen quelconque.

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Les révulsifs sur le canal intestinal peuvent être mis au nombre des moyens thérapeutiques les plus actifs et le plus à recommander dans le traitement des congestions cérébrales chez les vieillards. Ce sont alors les plus propres ou à remplacer les émissions sanguines, ou à suppléer à l’extrême réserve que leur emploi commande. Il s’agit des vomitifs, des purgatifs et des lavements purgatifs.

Les vomitifs ne sont, guère indiqués dans la congestion cérébrale que si l’état de la poitrine est de nature à en solliciter l’emploi. Ainsi il peut arriver qua la suite d’une attaque apoplectique, et par le fait de l’inertie dont sont frappés une partie des muscles respiratoires et de l’obtusion dont se trouve atteinte la sensation du besoin de tousser et d’expectorer, les bronches se remplissent rapidement chez les individus atteints de bronchorrhée. Alors on voit la respiration devenir haletante, stertoreuse, une écume blanche et très-aérée se montrer à chaque expiration aux lèvres et aux narines, et menacer les malades d’asphyxie. Il ne faut pas hésiter, dans une telle circonstance, à recourir au vomitif. Hors cela ou l’apparition de symptômes d’embarras gastrique dans le cours de congestions chroniques, ce dont je reparlerai tout à l’heure, je ne vois pas de raison d’employer les vomitifs dans la congestion cérébrale.

Une question pratique des plus délicates est celle-ci : Lorsqu’un individu est frappé d’une attaque d’apoplexie, aussitôt après avoir mangé, convient-il de le faire vomir? Sous un point de vue purement physiologique, il semble qu’il ne puisse y avoir que de l’avantage à débarrasser l’estomac des aliments qui le remplissent, et l’économie du travail de la digestion, dont le retentissement sur le système nerveux ne saurait être sans danger. Quelques médecins ont en effet donné ce conseil (1) , que l’on trouve aussi dans Gelse : « Post cœnam , ulilis vomitus est( 2). » Bosquillon trouve les vomitifs préférables aux purgatifs, pour la rapidité de leur action, et il affirme qu’il ne leur a jamais reconnu d’inconvénients. « Dans toutes les apoplexies que j’ai eu occasion de traiter, dit-il, j’ai uni les vomitifs à grandes doses aux purgatifs, et les malades ont communément guéri toutes les fois (sic) qu’il s’en est suivi une évacuation abondante, par haut et par bas (3). »

Mais n’est-il pas à craindre que le fait du vomissement n’augmente

(1) Szerlecki, Dictionnaire abrégé clc thérapeutique , t. 1, p. 32.

(2) Celse, De medicina, édit, citée, t. 111, c. xxvti, p. 1.

(3) Élément $• de mêd. prat. de Cullen , traduits par Bosquillon, 1787, t. II, p. 217.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

immédiatement la fluxion vers la tête? Morgagni, tout préoccupé du fait de la déchirure de la substance cérébrale, dans l’hémorrhagie, proscrit absolument celle pratique (1). D’un autre côté, un certain nombre de faits observés par Laënnec, Magendie et Rayer, montrent que, à la suite des apoplexies, l’estomac présente souvent une tolérance paralytique qui ne permet d’obtenir le vomissement d’aucune dose de tartre stibié (2). Je crois prudent, en effet, de s’abstenir de toute tentative de ce genre, hormis un cas, celui où surviennent des vomissements alimentaires. Il semble alors qu’il ne peut y avoir que de l’avantage à aider à la tendance expultrice de l’estomac, et à la compléter en faisant prendre une faible dose de tartre stibié, 5 centigrammes, dans un verre d’eau.

Il n’en est pas de même des purgatifs. On peut établir, en règle générale, que les vieillards atteints d’affections congestives cérébrales tolèrent avec une facilité toute particulière les drastiques les plus énergiques.

Une des premières indications à remplir, dans le traitement de la congestion cérébrale, est d’obtenir des selles, tant pour débarrasser le canal intestinal, que l’on doit toujours présumer plus ou moins atteint de constipation chez les vieillards, que pour stimuler la muqueuse intestinale et y déterminer une supersécrétion révulsive et déplétive.

Dans les congestions chroniques, on aura recours, suivant les circonstances, tantôt aux purgatifs salins répétés, lesquels, par les sécrétions séreuses qu’ils déterminent , se rapprochent des émissions sanguines ; tantôt aux aloéliques qui agissent sur l’extrémité inférieure du canal digestif, et tendent à y développer les vaisseaux hémorrhoïdaux ; tantôt aux drastiques qui agissent surtout comme irritants sur la muqueuse, et déterminent des supersécrétions bilieuses et muqueuses. Yan Swieten recommande les purgatifs énergiques : Valida autem laudantur purgantia, ut certain effectuai prœstent , et copiant magnam évacuent (3).

Le mode d’emploi de ces médicaments ne saurait être le même dans tous les cas. Si l’on préfère les purgatifs salins, on pourra y revenir à des époques périodiques, ainsi une bouteille d’eau de Sedlitz ou du larlrate de soude dans du bouillon aux herbes, tous les uuinze jours, chez les individus disposés aux congestions cérébrales.

(1) Morgagni, De sedibus et cauris morborum , epist. ni, § 12.

(2) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. III, p. 96.

(3) Van Swieten, Cummentaria , t. III, p. 299.

TRAITEMENT DES MALADIES DE l’eNCÉNIALE. 277

L’aloès peut être pris d’une manière continue, à la dose de 5 ou 10 centigrammes par jour, dans la soupe, à dîner, ou bien en se couchant, combiné, dans des pilules, à des drastiques à petites doses.

Quant aux drastiques eux-mêmes, on ne peut guère y avoir recours que dans des occasions éloignées, ou bien lorsqu’il s’agit de combattre des accidents graves et déterminés.

Les lavements purgatifs sont surtout importants pour débarrasser le gros intestin, avant que les purgatifs aient eu le temps d’agir, et pour y attirer une irritation révulsive. Ils peuvent être employés même chez un individu privé de connaissance. Dans ce cas, il ne faut pas craindre de les rendre très-énergiques ; il n’y a pas à se préoccuper alors de la crainte qu’ils déterminent des coliques.

Favoriser le libre exercice de toutes les fonctions, et en particulier des fonctions

digestives.

Nous avons parlé déjà de l’application de sangsues à l’anus, de l’emploi des lavements purgatifs et des purgatifs; nous en avons parlé comme rentrant dans la médication révulsive ou déplétive. Il y a lieu d’y revenir ici sous un autre point de vue.

Des moyens identiques peuvent, satisfaire à des indications différentes. Il est indispensable de les envisager sous tous ces rapports, car si l’on ne reconnaît pas une raison donnée de les employer, on en pourra découvrir une autre.

Les purgatifs employés, en lavements ou par l’estomac, n’ont pas seulement pour objet de stimuler la muqueuse intestinale et d’y accroître la somme des produits sécrétés; ils ont d’abord pour résultat de débarrasser le canal intestinal des matières qui peuvent l’obstruer. Les intestins des vieillards contiennent presque toujours de ces matières que 1 on rencontre à l’autopsie, ou bien dans les garderobes, sous forme de fragments durs, secs, bruns, dont le séjour dans le cæcum pourrait, suivant M. Osborne, se mesurer jusqu’à un certain point au degré de leur teinte foncée (1).

La présence de ces matières dans l’intestin paraît se lier d’une façon très-directe avec la manière dont se fait la circulation abdominale, et par suite la circulation générale, et celle de la tête en particulier. Les médecins allemands insistent beaucoup sur la pléthore veineuse «abdominale, chez les vieillards. Cela se rattache à un ordre de phénomènes physiologiques et pathologiques dont on retrouve

(1) Gazette des hôpitaux, 1853, p. 105.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

peu d’indications dans les auteurs français, parce qu’ils ne revêtent guère de ces apparences claires et déterminées que ces auteurs exigent en général pour donner place à une description dans leurs ouvrages. Mais il n’y en, a pas moins là quelque chose de vrai et dont il faut se préoccuper dans la pratique.

Beaucoup de vieillards offrent de soi-disant symptômes d’obstruction, sans aucune lésion organique réelle des organes abdominaux. Mais il y a un état torpide des fonctions abdominales en général, et de la circulation en particulier. L’amoindrissement des sécrétions intestinales, de la sécrétion biliaire, l’affaiblissement du mouvement péristaltique des intestins, les engorgements hémorrhoïdaux, le ralentissement de la circulation veineuse que doit occasionner la dilatation veineuse, ordinaire, des membres abdominaux, la stase veineuse abdominale que les autopsies de vieillards révèlent bien plus constamment et à un plus haut degré que celles d’adultes; enfin, le bien-être, le sentiment de liberté, l’amendement dans les symptômes cérébraux que détermine souvent la seule issue de ces matières amassées : tout cela est en rapport avec l’idée de la pléthore veineuse abdominale.

C’est donc pour satisfaire aux indications qui en résultent, que souvent les sangsues à l’anus, les lavements purgatifs et même les purgatifs seront prescrits dans la congestion cérébrale.

Les vieillards présentent souvent un état d’embarras gastrique, caractérisé par l’anorexie, un enduit limoneux, épais de la bouche, la pâleur de toute la muqueuse buccale, le redoublement de la constipation, et l’apathie. Nous trouverons plus loin cet état d’embarras gastrique fréquemment uni aux affections thoraciques, catarrhales. On se gardera de le négliger chez les individus menacés de congestion cérébrale.

C’est alors qu’il ne faudra pas craindre de prescrire l’ipéca uni au tartre stibié, ou bien des purgatifs salins, suivis de quelques toniques amers, quinquina, Colombo, vins généreux.

L’étaL d’atonie de l’appareil digestif, si commun chez les vieillards, est particulièrement à craindre, s’il existe une disposition aux congestions cérébrales : rien n’est plus propre à rendre mortelles les atteintes de la congestion elle-même, lorsqu’elle vient à éclater, ou ses suites. On traitera cette atonie de l’appareil digestif parles moyens appropriés et dont nous ferons l’énumération ailleurs.

Les fonctions des reins seront surveillées avec soin ; c’est une mauvaise condition quand, chez un vieillard menacé de congestion céré-

TRAITEMENT DES MALADIES DE L’ENCÉPHALE. 279

braie, on voit, tout à coup la sécrétion urinaire s’amoindrir. Il faut alors recourir aux stimulants spéciaux de cette fonction, les tisanes diurétiques, le nitre, les résineux. Lorsque des accidents apoplectiques ou autres ont apparu, il est d’une grande importance de s’assurer si l’urine ne s’accumule pas dans la vessie paralysée. L écoulement incessant de l’urine, par regorgement, peut simuler une simple incontinence ; Morgagni a cité plusieurs exemples de semblables méprisés commises chez des femmes, comme chez des hommes (1). La percussion de l’hypogastre tient facilement au courant du degré de réplélion de la vessie. Du moment que l’on n’a pas la certitude qu’elle se vide complètement, il faut pratiquer le cathétérisme. L’écoulement de l’urine par regorgement se reconnaît du reste à ce qu’il est à peu près incessant, tandis que, dans la simple incontinence, il n’a lieu que par moments. Le docteur Van den Broeck dit avoir réussi à remplacer le cathétérisme par l’application de grandes ventouses à la partie supérieure et interne des cuisses (2).

Mais c’est surtout des fonctions de la peau qu’on devra se préoccuper. Il est certain qu’il est de ces vieillards très-âgés ou très-décrépits sans être fort âgés, chez qui la peau est atrophiée et présente un abaissement extrême de sa vitalité. Il est fort difficile, si l’on veut nous permettre une expression un peu triviale, de faire quelque chose de la peau de ces vieillards. Mais chez ceux dont la peau fonctionne encore, on devra surtout s’en occuper dans ce sens. On s’cnquerra avec soin si la nuit ils conservent un peu de moiteur aux aisselles, aux aines. On reconnaîtra si au moins elle offre, à la chaleur du lit, un peu de cette souplesse qui annonce que la transpiration insensible s’elfeclue.

La dessiccation de la peau chez ces vieillards s’accompagne presque toujours d’un refroidissement particulier. On recourra alors aux frictions stimulantes dont nous avons déjà parlé, comme révulsives. La sécheresse de la peau tient souvent à la facilité avec laquelle elle s’encrasse chez les vieillards : on la trouve alors rugueuse, grisâtre; les soins de la toilette ne suffisent pas, quelque minutieux qu’ils puissent être (et ils tendent toujours à se simplifier avec l’âge), pour combattre cette disposition particulière : les frictions ne peuvent être assez généralisées. C’est alors que des bains tièdes pourront être très-utilement employés; on les fera prendre un peu chauds, de

(1) Morgagni, De sedibus, rtc., epist. v, § 8 ; epist. LVI, § 12.

(2) Bulletin de thérapeutique, 1848, t. XXXIV, p. 78.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

courte durée, eu même temps, s’il le faut, que des applications fraîches sur la tête, et aussi prés que possible du lit, où le malade sera immédiatement replacé et soigneusement recouvert. L’addition de sels alcalins et des frictions savonneuses pendant la durée du bain en compléteront l’effet. On n’a pas assez souvent recours, chez les vieillards, à ces simples pratiques, hygiéniques autant que thérapeutiques.

J’ai signalé plus haut le danger qui paraît résulter de la suppression de flux bronchiques considérables. Nous devons y revenir ici, en considérant jusqu’à un certain point le flux catarrhal comme une fonction constituée par l’habitude au moins. Je ne parle plus ici de ces flux abondants, bronchorrhéiques, mais de la simple expectoration familière aux vieillards ; aussi ne saurait-on trop recommander aux médecins qui donnent des conseils aux vieillards, de répéter souvent cette question : Crachez-vous toujours? Si cette expectoration se ralentit, les antimoniaux, les vapeurs stimulantes, les inhalations de goudron, les boissons chaudes seront recommandés.

Tenir la partie supérieure du corps libre et découverte, les extrémités chaudes, etc.

Il suffit d’indiquer de telles précautions. Il n’y a pas à entrer dans de grands détails à ce sujet. Lors des accidents de congestion cérébrale, la tête sera tenue élevée et découverte, l’air circulant librement autour du malade. Morgagni a insisté sur la nécessité d’avoir égard à l’influence de la pesanteur dans les maladies congestives de l’encéphale (1), et Rochoux a reproduit les mêmes recommandations (2).

Il importe que des préceptes analogues soient suivis par les individus disposés aux congestions cérébrales, et que le médecin entre à ce sujet dans de grands détails sur leur manière de vivre. Le dégarnissement naturel de la tête ne permet guère aux vieillards de demeurer habituellement la tête découverte ; mais au moins éviterontils les coiffures lourdes et épaisses ; point de surcharge de coiffure, la nuit surtout.

Il est dans l’habitude des gens âgés, même de ceux qui sont dans l’aisance, de vivre dans la chambre où ils couchent. La viciation de J’air, la difficulté de le renouveler l’hiver, la chaleur occasionnée par

(1) Morgagni, De seclibus et causis morboruni, epist. m, n° 13.

(2) Rochoux, Recherches sur l'apoplexie, p. A<32,

TRAITEMENT DES MALADIES DE L’ENCÉPHALE. ^1

un foyer incessamment entretenu, font qu’autant que possible il faut obtenir des vieillards menacés de congestion cérébrale de ne pas habiter pendant le jour la chambre où ils couchent. Les alcôves, les rideaux épais, tout ce qui peut empêcher l’air de circuler librement, sera nuisible.

Rapprochons de ces préceptes hygiéniques la nécessité de faire le plus d’exercice possible, à pied ou en voiture, la vie enfermée, 1 immobilité dans un fauteuil ne pouvant que favoriser toute disposition aux affections congestives de l’encéphale.

Régler l’alimentation.

Chez les adultes pléthoriques, excitables, disposés aux congestions cérébrales, il est le plus souvent indiqué de recourir à un régime doux, délayant, d’éviter soigneusement tous les stimulants et même les toniques; je crois qu’il y aurait des inconvénients sérieux à suivre les mêmes errements, même chez les vieillards qui se présentent dans des conditions analogues.

Il faudra sans doute exclure de leur régime tout ce qui pourrait porter vers le cerveau une stimulation directe ; mais il importe de ménager à l’organisme un degré de tonicité sans lequel toutes les fonctions sont frappées de langueur, la circulation s’énerve, et les hypérémies, dont la disposition n’en est pas écartée pour cela, tendent seulement à devenir passives, c’est-à-dire beaucoup plus graves ou inévitables.

Il faudra donc continuer à ces vieillards un régime substantiel et l’usage du vin, que l’on défendrait à des adultes ; le café même, ordinairement- indispensable quand il en existe une ancienne habitude, pourra être conseillé aux vieillards pâles, faibles, paresseux. Cependant les spiritueux, les vins d’Espagne et même de Bourgogne seront proscrits. Les vins de Bordeaux d’un certain âge sont les meilleurs pour les vieillards disposés aux congestions cérébrales. Il y a d’autres conditions dans lesquelles les vins chauds du Midi conviennent davantage. Il faut pourtant faire attention que les personnes très-adonnées à l’usage des spiritueux, que les vieux ivrognes surtout, ne peuvent pas impunément renoncer d’une manière absolue à leurs anciennes habitudes. Il y a ici une conduite fort délicate à tenir, et il faut savoir tolérer à ces individus, même menacés de congestion cérébrale, une certaine habitude des spiritueux ou de vins alcooliques, sans quoi

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

l’on courrait le risque de les voir, au premier accident, tomber dans l’atonie la plus complète et la plus irrémédiable.

Ce qu il faut craindre par-dessus tout, c’est la gourmandise des vieillards : je me sers de ce mot à dessein. On voit beaucoup de vieillards manger, comme les enfants, au delà de leur appétit, comme s’ils n’avaient pas conscience des inconvénients qui en peuvent résulter. Ce n’est plus alors l’intempérance sensuelle et recherchée d’autres époques. Ils mangent sans réflexion, sans appétit, mais aussi sans satiété. Ces vieillards gourmands s’endorment toujours après leur dîner. Il faut surveiller ce sommeil, si habituel même aux vieillards tempérants; pris au coin du feu, dans une chambre à température élevée, dont l’atmosphère est peu renouvelée, il n’est jamais sans inconvénients, et ces inconvénients seront en raison directe de la quantité non de la qualité des aliments pris.

Surveiller l’exercice des fonctions cérébrales.

Ceci rentre dans l’hygiène philosophique des vieillards, dont l’excellent Reveillé- Parise a tracé les préceptes avec tant de complaisance. Ce n’est pas ici le lieu de nous étendre sur ce sujet. Signalons seulement le danger particulier des émotions tristes, ou même heureuses, chez les vieillards, pendant le travail de la digestion. Signalons surtout le péril qu’entraînent toutes les distractions érotiques chez les vieillards disposés aux congestions cérébrales. Nous ne parlons pas ici seulement des dangers sans nombre que l’accomplissement du coït entraîne, pour les individus arrivés à un âge où cette fonction exige, pour s’accomplir, non plus une excitation naturelle, mais des sollicitations artificielles formellement repoussées par l’hygiène, sans parler de considérations d’un autre genre (1).

On voit beaucoup de vieillards, se fiant en quelque sorte à leur impuissance même, se livrer, avec des personnes d’un sexe différent, à des simulacres de jeux que leur imagination complaisante cherche à revêtir des apparences regrettées. Ces simples ressouvenirs d’habitudes auxquelles on a tant de peine (à ce qu’il parait) à renoncer, ne sont pas aussi indifférents qu’on se l’imagine. Ces ombres d’émotions agissent proportionnellement sur ces organisations débiles et qui ne sont plus faites pour les ressentir, et c’est le système nerveux qui en

(1) On trouve dans Ploucquet, Litterdtura medica digesta, les deux indications suivantes, sur ce grave sujet : Dmertatio de nuptiis semw secundis, Alberti, Hal. 1743; et Pomment, de nuptiis senum , Pittman, Hal. 1782,

TRAITEMENT DES MALADIES DE L’ENCÉPHALE

subit d’abord l’atteinte. Il suffit de signaler ce sujet à l’attention et à la surveillance des praticiens, qui ne doivent pas craindre au besoin de pénétrer le plus avant possible dans les habitudes de leurs clients et de les éclairer sur les dangers qu’ils courent. Ces habitudes sont trop artificielles pour ne pas céder à de salutaires conseils et surtout à des menaces légitimes.

§ II. — Résumé.

Je dois maintenant résumer le tableau que je viens d’esquisser des indications relatives au traitement de la congestion cérébrale, en lui donnant une forme, c’est-à-dire en exprimant par des formules les préceptes qui viennent d’être exposés.

Cependant il ne faut pas se méprendre sur la valeur de ces formules. Elles reproduisent ce qui, d’après ma propre expérience et d’après celle des praticiens les plus autorisés, a paru le mieux réussir dans les circonstances que nous supposerons. Mais enfin ce ne seront que des exemples propres à fournir un guide, plutôt qu’à prescrire des règles aux praticiens.

Je suivrai un ordre relatif aux différentes formes de la congestion cérébrale.

A. — Traitement de la disposition à la congestion cérébrale, et de la congestion

chronique habituelle.

Je réunis ici ces différents ordres de faits, parce qu’ils n’expriment que des degrés d’un même état pathologique. Ainsi, la disposition à la congestion cérébrale ne se révèle que par des signes de congestion, mais légers et fugaces, comme ce qu’on peut appeler congestion chronique ne consiste qu’en des retours fréquents et habituels des signes de congestion.

Nous supposons un vieillard sujet aux étourdissements, à la céphalalgie, aux bourdonnements d’oreilles, etc. Nous supposons ces accidents assez rapides et assez prononcés pour faire craindre l’imminence plus ou moins éloignée d’un coup de sang ou de quelque chose de plus grave encore.

Si ce vieillard présente celte physionomie que nous avons désignée comme se rattachant encore aux conditions d’organisation de l’âge adulte, on prescrira le Lraitement suivant :

12 ou 15 sangsues à l’anus, répétées, s’il est nécessaire, tous les

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deux ou trois mois, en choisissant les moments où les symptômes congestifs seront le plus prononcés.

Pendant que ces sangsues couleront, promener des sinapismes sur les extrémités inférieures.

Une bouteille d’eau de Sedlitz à ZI5 grammes, réitérée d’époque en époque, tous les quinze jours, par exemple, ou tous les mois.

Dans les intervalles des émissions sanguines et de l’eau de Sedlitz, les phénomènes congestifs qui surviendront seront combattus par des sinapismes et des lavements purgatifs. Je recommande les formules suivantes :

Faire infuser follicules de séné 15 grammes.

— dans eau bouillante 150 —

Ajoutez : sulfate de soude 60 —

— miel de mercuriale 60 —

Décoction de Calamus aromaticus 360 —

— de séné en infusion 8 —

— de sulfate de magnésie 15 —

Electuaire catholicum 30 —

La présence du calamus aromaticus dans un lavement purgatif paraît avoir pour effet de prévenir les coliques que ce mode d’administration des purgatifs détermine souvent.

Des frictions journalières seront faites sur la région lombaire et les extrémités inférieures, avec :

Alcool camphré 60 grammes.

Teinture alcoolique de quinquina 30 —

— — de cantharides 30 —

Si la peau tend à se sécher, à devenir squameuse ou terreuse, on prendra quelques grands bains additionnés de :

Gélatine 500 grammes.

Sous-carbonate de soude 150 —

S’il existe des hémorrhoïdes, on en surveillera attentivement l’écoulement ; si elles ne fluent pas, on n’appliquera qu’un petit nombre de sangsues à la fois, 5 ou G, mais les applications en seront plus rapprochées, ainsi périodiques et mensuelles, ou même plus fréquentes.

Si la constipation est habituelle, on prescrira 10 ou 15 centigrammes d’aloès, tous les jours, entre deux soupes. MM. Trousseau et Pidoux recommandent d’envelopper l’aloès d’une feuille d’argent,

TRAITEMENT DES MALADIES DE l’eNCÉPIIALE.

de peur qu’il n’occasionne d’indigestion (1), précaution qui me paraît inutile. On pourra conseiller encore l’usage habituel de pilules purgatives dont l’aloès, l’extrait de rhubarbe, la gomme-gutte, quelquefois le calomel, la coloquinte formeront la base. La formule de ces pilules doit varier suivant les individus. On n’arrive souvent qu’après plusieurs essais à trouver celle qui convient le mieux.

S’il survient des phénomènes d'embarras gastrique, on se hâtera de les combattre, et Ton ne craindra pas de recourir à un vomitif, par exemple :

Ipéca en poudre 150 centigrammes.

Tartre stibié 5 —

A prendre dans un verre d’eau tiède.

Si l’on a affaire à un vieillard affaibli, maigre, sans perspiration cutanée, offrant enfin à un haut degré les caractères de la sénilité, on tâchera de se dispenser de recourir aux émissions sanguines. Quelques sangsues au cou, en pelit nombre, pourront être seulement prescrites, si la nature des symptômes locaux paraît l’exiger.

On insistera surtout sur le reste du traitement qui vient d’être indiqué.

Les purgatifs huileux, et surtout les drastiques, usités avec précaution, toutefois, seront préférés aux sels neutres, toujours un peu débilitants, et qui, d’après Scbœnlein, ne tendraient pas moins que les émissions sanguines à favoriser le développement du marasme sénile.

Malgré l’existence de symptômes congestifs, on aura soin que le régime soit substantiel et même un peu stimulant, si les malades se montrent trop disposés à l’apathie. Je recommanderai alors l'usage de l'eau de Sellz pendant le repas, et surtout de glaces (à la vanille plutôt qu’aux fruits rouges), après le repas.

B. — Traitement du coup de sang.

Lorsqu’on est appelé près d’un vieillard offrant les symptômes du coup de sang, symptômes toujours graves et laissant presque toujours craindre qu’il n’existe quelque chose de plus qu’une congestion, c’està-dire une hémorrhagie ou un ramollissement, il faut avoir présentes à l’esprit les considérations suivantes :

Que, dans l’hypothèse d’une simple congestion, le phénomène

(1) Traité de thérapeutique et de matière médicale , 4° édit., 1851, t. I, p. 638.

anatomique de l’hypérémie cérébrale tend essentiellement à se dissiper de lui-même ;

Que, dans l’hypothèse d’une hémorrhagie, on ne peut avoir la prétention de corriger, par un traitement quelconque, l’altération anatomique dont la formation a dû être instantanée, comme l’apparition des accidents ;

Que, dans l’hypothèse seule d’un ramollissement, il s’agit d’une altération à développement continu et persistant, mais que, dans ce cas encore, la plus grande partie de l’appareil symptomatique est due à une hypérémie générale, destinée à se dissiper en partie d’ellemême, comme dans le coup de sang, et que l’altération anatomique, si elle se trouve plus susceptible d’être modifiée dans sa marche que celle de l’hémorrhagie, n’en contre-indique pas moins l’emploi des débilitants.

Ces principes étaient utiles à rappeler, car ils enseignent qu’il faut se garder d’opposer aux accidents du coup de sang, quelque formidables qu’ils apparaissent, un traitement trop énergique, traitement au moins inutile et le plus souvent nuisible. Il convient d’autant plus d’insister sur ce sujet, que la plupart des praticiens, soit par la propre crainte que leur inspire un tel appareil de symptômes, soit pour satisfaire aux frayeurs exigeantes de l’entourage, multiplient presque toujours avec excès les moyens thérapeutiques dont l’usage se trouve indiqué du reste, mais avec mesure, en pareille circonstance.

Si l’on est appelé près d’un vieillard, dans de bonnes conditions d’organisation, atteint de coup de sang :

On le placera d’abord dans une position presque assise, la tête découverte et l’air frais circulant librement autour de lui; les assistants inutiles seront soigneusement écartés.

On fera une saignée du bras de 250 à A 00 grammes. Je ne connais aucune raison de tenter la saignée de la jugulaire ou de l’artère temporale. La saignée du pied ne sera jamais pratiquée.

Des sinapismes actifs seront promenés sur les extrémités inférieures.

Des applications froides seront faites sur la tête. L’eau, à la température de 10 à 15 degrés, est préférable à l’eau glacée. On proscrira certaines pratiques vulgaires qui consistent à introduire du sel dans la bouche, ou à faire respirer des odeurs fortes et pénétrantes.

Si la déglutition n’est pas impossible, on fera prendre, de dix en dix minutes, quelques cuillerées d’eau Irês-froide : il est en général

TRAITEMENT DES MALADIES DE l’ENCÉPIIALE.

possible, en portant la cuiller au fond de la bouche, de manièie à meltre directement en action la contractilité du pharynx, d obtenir des mouvements de déglutition, même dans les cas les plus graves.

On administrera en même temps un lavement purgatif, avec le séné, etc., suivant la formule ci-dessus.

S’il s’agit d’un vieillard très-vigoureux et à circulation énergique, on pourra faire suivre immédiatement la saignee d une application de sangsues derrière les oreilles. Mais, en général, il vaudra mieux attendre. Si de trois à quatre heures après l’attaque se sont écoulées sans amendement dans les symptômes, des sangsues, de 15 à 25, seront posées derrière les oreilles, et, pendant leur écoulement, on reviendra aux sinapismes et au lavement purgatif.

Si les symptômes persistent, on prescrira une potion purgative :

Gomme-gutte 30 centigrammes.

Racine de jalap pulvérisée 1 gramme.

Scammonée 30 centigrammes.

Émulsion 120 grammes.

M. Andral a employé avec avantage l’huile de croton tiglium, à la

dose de 2 gouttes, répétée à plusieurs reprises (1).

Chez les vieillards robustes, la saignée du bras peut être répétée deux fois dans les vingt-quatre heures; l’indication s’en rencontrera rarement.

Si les phénomènes du coup de sang se montrent chez un vieillard affaibli et cachectique, on n’aura pas recours à la saignée générale. Quelques sangsues au cou pourront tout au plus être prescrites. Mais on insistera sur les sinapismes, que l’on placera non-seulement sur les extrémités, mais à la nuque et au dos, en forme d’un cataplasme allongé, le long de la colonne vertébrale.

On fera avaler au malade quelques gouttes d elher dans de l’eau, ou d’eau de mélisse, de menthe. On recourra promptement aux drastiques; et si les bronches contiennent des mucosités spumeuses que l’absence d’expectoration menace de laisser accumuler, on n’hésitera pas à recourir à un vomitif, 15 centigrammes de tartre stibié dans un verre d’eau ; une cuillerée à bouche toutes les dix minutes.

L’usage de lavements fortement antispasmodiques, avec valériane, asa fœtida, pourra être très-utile dans les cas de ce genre*

(1) Andral, Clinique médicale, t. V, p. 295.

MALADIES DE L’ ENCÉPHALE

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