C. — Traitement du délire aigu
Le ti alternent du délire aigu ne diffère pas beaucoup de celui que nous venons d’exposer. Émissions sanguines générales, ou locales surtout, mesurées d’après les conditions générales du sujet, révulsifs cutanés sur lesquels on insistera un peu moins, de peur qu’ils n’augmentent l’excitation; applications froides prolongées sur la tête; lavements laxatifs au début, puis purgatifs. Les drastiques sont moins indiqués dans cette forme que dans la précédente; on prescrira plutôt des purgatifs huileux, de la manne, du séné.
Je me suis bien trouvé, dans cette forme de congestion cérébrale, de faire mettre un vésicatoire à la nuque, à la suite des sangsues, que l’on placera toujours au cou, à moins qu’il n’y aiL quelque raison spéciale de préférer l’anus. On entretiendra ce vésicatoire quelques jours.
Si le délire persiste malgré les émissions sanguines et les purgatifs, on emploiera basa fœtida et surtout le musc en lavements; et s’il v
a une agitation considérable avec insomnie complète, on pourra, chez les individus de bonne constitution et encore éloignés de la décrépitude, recourir à l’opium, de 5 à 10 centigr. d’extrait, le soir.
La forme convulsive de la congestion cérébrale ne présente pas d’indications spéciales, et ce que nous venons d’exposer s’y applique parfaitement.
Les observations de Rademacher relatives à l’emploi de l’acétate de zinc dans le délire, peuvent trouver leur place ici(l). L’acétate de zinc, qui en France n’est pas employé à l’intérieur, peut être regardé, dit Rademacher, comme de X opium minéral. En effet, il possède toutes les propriétés calmantes de l’opium, sans exciter, comme ce dernier, l’activité du système vasculaire sanguin.
On administre l’acétate de zinc à la dose de 6 grammes dans 250 gr. d’eau, avec addition de 32 gr. de gomme arabique, par cuillerées d’heure en heure. L’usage doit en être prolongé longtemps : aussi, comme les malades finissent par éprouver de la répugnance à le prendre, peut-on le prescrire sous forme de pilules : 0 gr. d’acétate de zinc, avec q. s. d’extrait pour 50 pilules; une ou deux, suivant les circonstances.
L’acétate de zinc ne doit être usité que dans les affections primi-
/'!) Rademacher, Rechtfertigung (1er Erfahrungsheillehre der allen Scheidekünstigen Geheimürzie, u. s. w,,dritle Ausgabe, Berlin, 1848, t. 11, p. 595.
TRAITEMENT DES MALADIES DE L* ENCÉPHALE
tives du cerveau. Employé dans le début, il procure généralement un sommeil tranquille; il faut néanmoins le continuer d’heure en heure et réveiller le malade à cet effet. On n’en cessera l’usage que lorsque le malade, s’éveillant de lui-même, n’aura plus de délire. Cependant on fera très-bien d’en continuer encore l’emploi à faibles doses et à intervalles éloignés.
Le choix des boissons à prescrire aux malades atteints de congestion cérébrale est loin d’être indifférent.
J’ai parlé de l’administration de l’eau froide pendant les accidents les plus graves du coup de sang. Aux malades sanguins, robustes, on prescrira l’eau de veau, le petit-lait, le petit-lait tamariné; aux malades débiles et cachectiques, l’infusion de tilleul, de mélisse, de lavande, de quassia, l’eau rougie; dans le délire aigu avec soif vive, bouche sèche, la limonade, le sirop de groseille ou de cerise, quelquefois légèrement acidulé avec du vinaigre. Valleix reproduit la formule suivante, comme fort appréciée par quelques médecins :
Nitrate de potasse de 1,25 à 2 grammes.
Légère décoction de chiendent 500 —
A prendre par grands verres suffisamment édulcorés (I).
Lorsque une fois tous ces accidents se seront dissipés, il s’agira d’en prévenir le retour. Le malade se trouvera alors dans le cas dont nous nous sommes occupés d’abord, celui de disposition à la congestion cérébrale. On suivra, pour sa direction, les préceptes qui ont été exposés plus haut.
ARTICLE II
§ ïei • — Traitement de l'hémorrhagie cérébrale.
Le traitement prophylactique de l’hémorrhagie cérébrale n’est autre que celui des congestions cérébrales chroniques, tel que je l’ai exposé précédemment. Ce n’est absolument que dans ce sens que l’imminence ou la perspective éloignée d’une hémorrhagie cérébrale pourra être combattue.
Cependant 1 attaque survient, et certaines précautions doivent être prises alors : débarrasser le malade de ses vêlements et de ce qui peut entraver la circulation; le tenir dans un endroit
(1) Valleix, /oc. cit., t. IV, p. 559. DURAND-FAKDF.L. — 2° édit.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
frais et bien aéré, la tôle découverte, élevée ainsi que le tronc; réchauffer les extrémités; s’abstenir de frictions, d’inhalations ou de boissons le moins du monde excitantes; se contenter d’eau fraîche ou même glacée, si la déglutition est possible.
Qu’y a-t-il à faire de plus? L’observation d’un grand nombre de faits m’a convaincu qu’il faut être, à ce moment, très-sobre de moyens thérapeutiques, d’émissions sanguines eu particulier, et que la médecine expectante, dans les limites que je vais indiquer, est alors la plus convenable. Que l’on réfléchisse en effet à ce qui se passe : Une déchirure vient de s’opérer dans la substance cérébrale; du sang s’est épanché. Tout cela est accompli avant qu’aucun secours ait pu être apporté, et n’est susceptible à cette époque d’aucun retour. 11 est donc inutile de chercher à agir sur l’épanchement lui-même. Quelles indications restent alors à remplir? Combattre l’état d’hypérémie dont on suppose que l’encéphale est le siège : 1° de peur qu’un second effort hémorrhagique ne vienne se surajouter au premier; 2° pour se hâter de dégorger les vaisseaux de la tête, dont la plénitude vient s’ajouter à la compression exercée par le sang épanché.
Mais il ne faut pas oublier qu’un redoublement de l’effort hémorrhagique ne s’observe que dans des cas très-rares, et que le fait de l’hémorrhagie elle-même a dû opérer sur les vaisseaux hypérémiés de l’encéphale un dégorgement notable. Maintenant, si l’on considère que l’épanchement, une fois produit, présente, comme on l’a vu plus haut, une tendance manifeste et continue vers la guérison; que s’il est très-considérable, avec rupture du foyer au dehors, il est audessus des ressources de l’art comme delà nature elle-même; que s’il est de petite dimension, il ne constitue qu’une affection légère, au point de vue du péril direct qu’elle entraîne pour la vie, on devra se demander si, dans les cas difficiles, douteux, périlleux, mais avec chances de salut encore, les émissions sanguines ne peuvent pas entraîner de sérieux inconvénients.
La nature a besoin de toutes ses forces pour réparer d’aussi graves désordres, pour surmonter l’ébranlement causé par une telle blessure du cerveau, pour suppléer à la quantité d’action nerveuse soudainement soustraite par la lésion même du cerveau et par la compression du reste de l’encéphale. Chez les vieillards, les notions que nous possédons sur la pneumonie hypostatique, cause la plus commune de mort à la suite de l’apoplexie, nous enseignent les graves inconvénients qui peuvenL résulter d’un affaiblissement rapide et considérable de l’organisme. En outre, il n’est pas seulement nécessaire de respec-
TRAITEMENT DES MALADIES DE L’ENCÉPHALE. 291
ter les forces de l’économie, pour que celle-ci puisse suppléer à 1 amoindrissement des centres nerveux déchirés et comprimés; il faut encore leur ménager les moyens de fournir au travail de réparation et de cicatrisation des foyers hémorrhagiques, travail qui commence
aussitôt l’hémorrhagie accomplie.
Ainsi, impossibilité d’agir sur l’épanchement hémorrhagique, nécessité de ménager les forces de l’économie, voilà les deux faits qui dominent à l’époque dont nous nous occupons. Reste l’indication de combattre ce qu’il peut demeurer, dans le cerveau, d’hypérémie. C’est uniquement pour y satisfaire que l’on doit tirer du sang à la suite d’une attaque d’apoplexie hémorrhagique ; mais il est évident qu’une fois réduit à cette unique indication, on devra se dispenser de ce luxe, c’est-à-dire de cét abus d’émissions sanguines dont on se croit en général obligé d’accompagner toute attaque d’apoplexie.
Remarquez qu’il est impossible de tracer à ce sujet des règles trèsprécises: lage du malade, sa force, le degré d’impulsion du cœur, l’état du pouls, seront des guides beaucoup plus sûrs que le degré de l’apoplexie elle-même: on devra encore avoir égard aux plus ou moins de dispositions connues du sujet aux hypérémies encéphaliques. Enfin tous les détails dans lesquels je suis entré plus haut retrouveront ici leur place.
Ces diverses considérations sur l’inutilité et sur l’inconvénient des émissions sanguines abondantes, à la suite des hémorrhagies cérébrales , sont basées sur ma propre expérience qui m’a appris que, dans les hémorrhagies graves, l’emploi des émissions sanguines ne paraît exercer aucune influence appréciable sur la marche des symptômes, non plus que sur l’issue de la maladie; que, dans les apoplexies accompagnées de chances de guérison, les premiers amendements que l’on saisit dans les symptômes, et que l’on attribue en général aux émissions sanguines, se montrent aussi souvent avant la saignée, surtout quand des circonstances particulières ont forcé de la retarder; enfin que si, d’une manière générale, la marche des symptômes propres à l’apoplexie nous a paru peu influencée par l’emploi des émissions sanguines, nous ne pouvons nous empêcher de croire, sans nous dissimuler la difficulté de telles appréciations, que le développement de pneumonies mortelles a été plus d’une fois favorisé sous nos yeux par ces mêmes émissions sanguines.
En même temps que nous cherchons à prévenir les praticiens contre l’abus des émissions sanguines, nous leur conseillons de s’abstenir, après une attaque d’apoplexie hémorrhagique, de toute théra-
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
peutique active, telle que vésicatoires, drastiques, etc., et parce que nous n en comprenons pas l’utilité, et parce que nous n’en avons jamais retiré aucun avantage appréciable. Maintenir sur les extrémités une révulsion douce et continue; débarrasser d’abord les voies digestives à l’aide de lavements purgatifs et de purgatifs huileux, recourir ensuite à l’aloès ou au calomel ; soutenir le malade à l’aide d’une alimentation légère, mais effective; surveiller l’état de la poitrine, et, tout en proscrivant d’une manière générale les vomitifs, employer l’ipéca au moins à dose fractionnée, si les bronches s’engouent, et surtout appliquer alors au devant de la poitrine un large vésicatoire; plus tard, si le malade s’affaiblit, s’il est d’un grand âge, si la langue se sèche, le soutenir à l’aide de vins généreux pris; en petite quantité, essayer d’agir plus directement sur le cerveau par un vésicatoire à la nuque: telle est, pour nous, la seule thérapeutique que réclame une attaque d’apoplexie.
Que faire plus tard ? Opposer au danger d’hypérémies nouvelles le traitement hygiénique et médical qu’avait déjà réclamé leur apparition première, et abandonner à la nature le soin d’achever la réparation définitive du foyer hémorrhagique, opération à chacune des périodes de laquelle l’art demeure complètement étranger.
§ II. — Traitement du ramollissement cérébral.
Je reproduirai sur ce sujet quelques considérations empruntées à un ouvrage récemment publié (1).
Les études de pathogénie ont généralement pour objet, et souvent pour résultat, de fixer sur les indications thérapeutiques, c’est-à-dire d’asseoir ces dernières sur des données formelles obtenues à l’aide de notions mieux définies sur l’origine et le caractère des altérations anatomiques. Je ne pense pas qu’il en soit ainsi des recherches les plus récentes dont le ramollissement cérébral a été le siège. L’idée d’inflammation a été remplacée par celle de nécrobiose. L’existence d’une altération particulière et nutritive des vaisseaux encéphaliques a été démontrée. La congestion du début n’est plus considérée que comme une congestion passive.
Bien plus, les phénomènes qui précèdent, on ne doit plus dire qui préparent, mais qui annoncent l’imminence d’un ramollissement,
(1) Durand-Fardcl, Traité pratique des maladies chroniques. 18G8, t. II, p. 541.
TRAITEMENT DES MALADIES DE L’ENCÉPHALE
apparliennent-ils à la congestion sanguine? ou doit-on les rapporter à un état contraire, l’ischémie?
Voilà différents ordres d’idées qui me paraissent très-propres à embarrasser, mais non point à éclairer les praticiens, près d’un individu menacé ou frappé de ramollissement cérébral. Il faut que ceux-ci consentent à faire abstraction de toutes ces considérations pathogéniques jusqu’à ce qu’elles aient abouti à des données plus formelles, et qu’ils s’en tiennent à l’indication clinique, c’est-à-dire basée sur l’observation antérieure, sur l’expérience des faits analogues, sur l’apparence des symptômes, et sur des considérations étrangères à l’appareil sémiologique cérébral lui-même. En somme, encéphalite ou nécrobiose, les faits sont toujours les mêmes, et Ton va voir jusqu’à quel point l’interprétation des faits cliniques est indépendante des vicissitudes de la pathologie.
M. Laborde est assurément un des auteurs qui ont le plus vivement combattu la doctrine du ramollissement inflammatoire, et attribué avec le plus de conviction un caractère nécrobiotique à cette altération. Voici comment il expose le traitement du ramollissement cérébral :
« La maladie une fois déclarée, il importe de subordonner les indications à deux de ses phases distinctes. A la première période, ou période initiale, le rôle du processus congestif dans les déterminations de l’affection est, on le sait, capital : c’est ce processus qui doit, en conséquence, commander et gouverner, en quelque sorte, les indications. Mais, qu’on ne l’oublie pas, les phénomènes dont il s’agit sont essentiellement constitués par des stases pauvres, régies par les altérations vasculaires primitives; s’ils appellent et s’ils exigent, ce qui n’est pas douteux, les émissions sanguines , ce n’est qu’à titre de moyen de déplétion locale destiné à favoriser, autant que possible, la circulation capillaire cérébrale, en atténuant les obstacles partiels qui s’opposent à sa répartition et à son cours normal; ce sont donc les émissions locales qui conviennent presque exclusivement à ce but, et il n’est pas de moyen qui soit plus de nature à le remplir que les ventouses scarifiées appliquées à la nuque.
» On en peut, effectivement, régler l’action à volonté, et il permet une évaluation exacte de la quantité de sang extrait; ce n’est pas là une chose indifférente, car, si ces déplétions doivent être fréquemment réitérées, en raison des faciles récidives des phénomènes congestifs, il importe quelles soient modérées dans leur quantité ; les larges spoliations, que rien n’autorise dans ces conditions, ne sauraient d’ailleurs, le plus souvent, être permises par l’état des forces;
29/î MALADIES DE L’eNCÉHIALE.
ce qui le prouve, c’est la facilité avec laquelle une émission sanguine, même très-modérée, provoque la syncope chez certains malades. D’après nos recherches, la quantité du sang extrait ne doit guère dépasser 300 grammes, et la moyenne de 230 grammes est presque toujours suffisante pour le but à réaliser. Ainsi envisagé et réglementé, l’emploi des émissions sanguines constitue assurément un moyen d’une efficacité réelle, capable non-seulement d’enrayer rapidement les préludes actuels de la maladie, mais même d’ajourner indéfiniment l’explosion des accidents plus graves par lesquels elle se confirme.
» A la période confirmée du ramollissement les conditions d’affaiblissement des forces et souvent de cachexie imposent le choix de moyens d’une autre nature : <t les agents toniques et légèrement reconstituants ont alors une importance capitale (1). »
En vérité, alors que j’attribuais au ramollissement, cérébral un caractère précisément inflammatoire, et cfue je considérais cette affection comme propre à tous les âges, bien que très-spécialement dévolue à la vieillesse, je n’avais pas cru pouvoir formuler l’indication des émissions sanguines, ainsi que le fait M. Laborde, qui soutienL le caractère primitivement nécrobiotique de cette altération, et la proclame exclusivement sénile. Il semble que, si les conseils thérapeutiques qui viennent d’être formulés sont exacts, et que si les émissions sanguines « sont capables d’ajourner indéfiniment l’explosion des accidents graves caractéristiques du ramollissement », il semble que la congestion sanguine ne doit pas être aussi exclusivement passive qu’elle est supposée, et que le processus pathologique dont elle fait partie n’est pas aussi simple que le comporte l’unique conception d’une oblitération des vaisseaux consécutifs à l’altération de leurs parois, ou bien à la présence d'une embolie. Je me borne à signaler ce problème, sans m’arrêter davantage à cette question de pathogénie qui a été exposée plus haut.
Quel que soit le processus qu’ait suivi dans son développement le ramollissement cérébral, il est certain qu’une fois l’altération constituée, nous sommes dépourvus de tout moyen de la traiter médicalement. Nous ne pouvons qu’assister à son évolution, en tenant les malades dans les conditions les plus favorables possibles à la limitation et à la réparation de l’altération anatomique. J’ai fait ressortir suffî-
(1) Laborde, Le ramollissement et la congestion du cerveau, principalement considérés chez le vieillard. 1806, p. 197.
TRAITEMENT DES MALADIES DE l’ENCÉPIIALE.
samment l’analogie, qu’il ne convient pas de forcer, mais qu’on ne peut méconnaître, entre l’évolution régressive d’un ramollissement et d’une hémorrhagie cérébrale. Le rôle du médecin est à peu près le même dans les deux cas.
Le seul point de vue où nous puissions nous attribuer une part d’intervention active envers le ramollissement, est le point de vue prophylactique; et ce n’est en réalité que la congestion cérébrale, autant que je puisse le comprendre, qu’il nous soit permis de prendre pour objectif de l’indication thérapeutique.
Ici deux ordres de moyens s’offrent à nous : les uns purement hygiéniques, les autres directement thérapeutiques.
Il n’y a pas grand’chose à attendre de l’hygiène, dans la pratique des hospices, là où s’est à peu près exclusivement constituée la pathologie du ramollissement cérébral ; quelques mauvaises habitudes à réfréner, et sans doute encore sans succès. Dans la pratique civile il n'en est pas de même. Les vieillards, et c’est toujours eux qu’il faut avoir spécialement en vue quand il s’agit du ramollissement cérébral, commettent beaucoup de fautes hygiéniques dont il n’est pas impossible de les corriger. Les abus diététiques, la persistance des habitudes érotiques, l’excès des travaux intellectuels et des passions affectives, prennent une grande part aux maladies chez les vieillards et aux maladies du cerveau en particulier. 11 y a donc là tout un ordre de direction hygiénique auquel il est légitime de faire une part importante dans la prophylaxie du ramollissement cérébral, bien que les résultats se prêtent peu aux constatations immédiates.
Mais l'imminence prodromique ou l’invasion du ramollissement réclament une intervention plus active et plus directement thérapeutique. Je reproduirai quelques considérations que j’ai déjà présentées sur ce sujet, et qui sont ici d’une importance particulière.
Il est un certain nombre de vieillards dont la constitution se rapproche beaucoup de celle des adultes, par le développement du système musculaire, par l’intégrité de la conformation du thorax et celle de la muqueuse bronchique, par la vivacité des allures et du caractère, et surtout peut-être par la conservation des fonctions delà peau. Chez ces individus, la nutrition et l’hématose se font presque aussi complètement que dans les âges précédents, et des indications à peu près semblables se présentent pour prévenir et pour combattre le développement des affections aiguës et inflammatoires.
Mais il est d’autres vieillards qui offrent des conditions toutes différentes, des chairs flasques ou environnées seulement d’un tissu
MALADIES DE L’ ENCÉPHALE
adipeux mou, la poitrine déformée, le rachis affaissé, l’intelligence affaiblie, les mouvements lents, et les membres habitués comme l’esprit à l’engourdissement du repos, les bronches catarrhales, la peau enfin amincie, sèche et inhabile à remplir ses fonctions. Chez ces individus qui portent, en définitive, les caractères spéciaux de la sénilité, la vie s’est pour ainsi dire séparée de la périphérie; elle n’existe plus en quelque sorte que dans les deux régions d’où son départ sera le signal de la mort générale, la poitrine et la tête; aussi ces individus meurent presque uniquement de pneumonies ou de maladies cérébrales, et de ces dernières au moins aussi souvent que ceux à col court, à embonpoint considérable, à physionomie animée, et qui passent pour avoir éminemment la constitution apoplectique.
Il résulte de tout ceci que les préceptes énoncés par M. Laborde, au sujet des émissions sanguines dans la congestion cérébrale qui précède ou accompagne le ramollissement cérébral, fort bien appropriés à quelques individus, sont tout à fait inacceptables comme application générale, puisqu’il est beaucoup de vieillards à qui ne peut s’adresser en aucune façon l’indication banale des émissions sanguines, sous quelque forme que ce soit, dans la congestion cérébrale.
.Je ne puis donc que renvoyer aux considérations que j’ai présentées au sujet du traitement direct ou prophylactique de la congestion cérébrale, et qui trouvent ici une application immédiate. J’y ajouterai seulement quelques remarques.
Dans la forme graduellement croissante, et plus spécialement caractéristique du ramollissement, les saignées générales ne sont presque jamais indiquées. Quant aux saignées locales, la manière dont elles m’ont le mieux réussi est la suivante : poser du côté du cou opposé aux symptômes de paralysie un petit nombre de sangsues, cinq ou six, et en renouveler l’application tous les jours ou tous les deux jours, pendant plusieurs jours de suite, une semaine, enfin, suivant les conditions générales du malade ou la marche des symptômes. Lorsque ceux-ci offriront certaines oscillations, chaque exacerbation, attentivement épiée, sera combattue par une application nouvelle de sangsues. Avec les sangsues seront combinés les sinapismes, les purgatifs par l’estomac ou en lavements, et enfin les indications spéciales auxquelles l’état de la peau, l’existence d’hémorrhoïdes, etc., pourront donner lieu. Mais on aura soin de soutenir le malade par un régime convenable, afin (pie ces applications réitérées de sangsues n’exercent par une action trop débilitante.
TRAITEMENT DES MALADIES DE L’ENCÉPHALE
C’est surtout dans cette forme de ramollissement que 1 établissement d’exutoires prolongés sera utile : vésicatoire, ou mémo séton à la nuque, plus tard vésicatoire au bras. A ce sujet, même recommandation qu’au sujet des sangsues-, et d’ailleurs on peut établir ce qui suit comme règle générale : que chez tous les vieillards soumis à quelque traitement débilitant, comme applications réitérées de sangsues, ou exutoires, le régime doit être dirigé de manière à combattre cette action débilitante et a empêcher qu elle n ait par elle-même des conséquences fâcheuses.
Une fois les premières périodes de la maladie traversées, que reste-t-il à faire? Le malade a conservé une altération plus ou moins prononcée des fonctions cérébrales, de la parole, du mouvement, du sentiment, de l’intelligence.
C’est ici qu’il faut s'efforcer de distinguer l’hémorrhagie du ramollissement.
Si l’on a affaire à une suite d’hémorrhagie cérébrale, il n’y a rien à tenter pour aider la nature à hâter ou compléter la réparation du foyer hémorrhagique. Un régime convenable , quelques frictions excitantes sur les membres paralysés, voilà tout ce qui peut être utilement conseillé. Le rôle du médecin est ici exactement le même que celui du chirurgien vis-à-vis d’un os fracturé, une fois le membre contenu dans un appareil convenable.
S’il existe un ramollissement, au contraire, il faut admettre que le cerveau se trouve le siège d’une altération qui, avant de toucher directement à un travail de réparation analogue à celui des foyers hémorrhagiques, se développe, s’étend, se transforme, et par conséquent demande à être retardée ou enrayée dans sa marche. Nous ne possédons malheureusement aucun moyen d’agir directement sur une telle altération. Il ne faut pas songer à sortir du cercle des résolutifs, soit sur la peau, soit sur le canal intestinal. C’est ainsi que l’entretien de sétons, de vésicatoires, l’usage fréquent de drastiques, se trouveront formellement indiqués. On aura soin cependant, quant à ce dernier ordre de médicaments, de se méfier de la tendance de quelques vieillards, surtout dans certaines saisons, l’automne en particulier, à contracter des diarrhées qui deviendraient dangereuses par leur durée. La moindre imminence de symptômes hypérémiques sera combattue par des sangsues.
Dans aucune de ces paralysies, suites d’hémorrhagies ou de ramollissements, chez les vieillards, nous ne conseillerons l’usage de traitements directement adressés à la paralysie, comme la strychnine,
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
le galvanisme. De tous les essais de ce genre auxquels nous avons assisté, nous n avons vu obtenir encore que de fâcheux résultats, ou tout au plus une apparence éphémère d’amélioration. Nous ne saurions conseiller que des frictions excitantes le long de la colonne vertébrale et des membres paralysés. On pourra choisir entre les formules suivantes :
Camphre Zt grammes.
Phosphore 50 centigrammes.
Axonge 30 grammes (1).
Cette formule est anglaise, La suivante est en usage dans les hôpitaux d’Italie (2) :
Savon médicinal râpé 30 grammes.
Faire dissoudre dans :
Esprit de serpolet 2 kilogrammes.
Huile essentielle de térébenthine 500 grammes.
Puis ajouter :
Ammoniaque liquide de 8 à 30 grammes.
Uniment ammoniacal 90 —
Camphre en poudre, 12 —
Teinture de cantharides 30 —
Il est utile, du reste, de varier souvent ces frictions auxquelles le malade s’habitue très-facilement.
J’ai déjà exposé quel régime me semblait devoir être prescrit à ces sortes de malades. Le régime doux et peu substantiel, recommandé par M. Cruveilhier, ne me paraît généralement pas applicable aux vieillards (3). Ce qu’il importe surtout, c’est que ceux-ci mangent peu à la fois. Il n’est pas nécessaire d’insister sur la manière dont les facultés intellectuelles et affectives doivent être ménagées. L’exercice actif, s’il est possible, ou au moins passif, sera expressément recommandé. Le séjour au lit le moins prolongé possible, pour éviter la formation d’eschares, ou la tendance aux engouements ou pneumonies hypostatiques. Les conditions de séjour, d’aération, soni très-importantes, llochoux a reproduit le conseil, donné autrefois par Paul d’Egine, d’habiter le bord de la mer. Je ne pense
(1) Cruveilhier, article cité , p. 260.
(2) Foy , Formulaire des médecins praticiens, 4° édit., 1844, 1 vol. in-18.
(3) Article cité, p. 260.
TRAITEMENT DES MALADIES DE L’ENCÉPHALE. 299
pas que ce soit sans inconvénients que ces sortes de malades se trouvent exposés à un air aussi vif. Ce qu’il faut rechercher surtout pour ces individus paralytiques, ou au moins portant quelque lésion organique dans le cerveau, ce sont des conditions tempérées de climat et d’étal atmosphérique; tout ce qui est excessif sous le rapport de la température, de l’état hygrométrique, de la mobilité de l’air, ne peut que leur être nuisible.