CHAPITRE PREMIER
CATARRHE PULMONAIRE
Considération» générales sur le catarrhe des vieillards.
Le catarrhe pulmonaire, affection si commune chez les vieillards qu’elle se désigne ordinairement par la dénomination générique de catarrhe, est essentiellement chez eux une maladie locale.
CATARRHE PULMONAIRE. ^U1
Cette acception du mot catarrhe qui, plus généralisée, s’applique à une prédisposition générale de l’économie, idiosyncrasique ou empruntée aux constitutions extérieures, d’où résultent des irritations dyscrasiques des muqueuses, souvent fébriles, ordinairement tenaces et occupant souvent des points multiples de l’économie ; cette acception, difficile à définir, et considérée aujourd’hui comme plus pratique que scientifique, ne saurait s’appliquer à la maladie que nous avons en vue. D’un autre côté, le nom de bronchite chronique , sous lequel elle est souvent décrite, ne s’applique qu’à un nombre restreint des faits que comprend le catarrhe ; car, en général, ni l’origine du catarrhe, ni sa marche, ni ses conditions organiques appréciables, n’offrent de rapport avec l’idée qui s’attache aux inflammations. Le nom de bronchorrhée serait certainement mieux applicable, nosologiquement parlant. Cependantnous préférons la dénomination vulgaire et un peu vague de catarrhe , parce qu’elle s’applique plus facilement aux variétés nombreuses que présentent les maladies chroniques des bronches chez les vieillards, maladies qu’il ne convient pas de séparer les unes des autres.
Le catarrhe pulmonaire est en quelque sorte «la maladie obligée des vieillards (1) ». Est-ce même toujours une maladie? Dans un grand nombre de cas, c’est à peine une légère incommodité dont on doit respecter l’existence, plutôt qu’il ne faudrait chercher à l’éloigner. C’est une lésion de sécrétion, une dyscrasie, que l’on ne peut rattacher à aucune lésion organique déterminée de la muqueuse bronchique, et à laquelle on a même attribué un caractère en quelque sorte physiologique, en la considérant comme une sécrétion supplétive de la transpiration cutanée, très-affaiblie ou même à peu près éteinte chez les vieillards, « les membranes muqueuses faisant à cette époque ce que faisait autrefois la peau (2) ».
Mais cette sécrétion exagérée, ce flux, ne se montre pas toujours chez les vieillards dans un étal de simplicité absolue. C’est ainsi qu’on la voit se développer chez des individus dont l’appareil pulmonaire n’était pas dans un état complet d’intégrité : traces d’anciennes affections tuberculeuses; bronchites fréquentes ; suites de pneumonies ou de pleurésies guéries, mais ayant laissé ou des traces matérielles ou des désordres tonctionnels ; bronchites intercurrentes dont l’existence d une sécrétion catarrhale habituelle pourra naturellement se trouver
(1) Nacquart, Dictionnaire des sciences médicales , art. Vieillesse, t. XLVI1I, p. 27.
(2) Nacquart, eod. loc .
lacause à la fois prédisposante el occasionnelle; dilatation des bronches, emphysème pulmonaire, consécutifs soit à d’anciennes altérations des organes pulmonaires, soit au catarrhe lui-même, aux sécrétions qu’il développe, à la toux qu’il occasionne ; névroses, d’où résulte un asthme plus ou moins caractérisé; altérations organiques du cœur, entraînant des troubles variés dans la circulation pulmonaire comme dans la circulation générale, telles sont les circonstances nombreuses qui peuvent, réunies ou isolées, compliquer le catarrhe d’altérations organiques ou fonctionnelles propres à en modifier singulièrement le caractère.
Cependant il me paraît utile, et conforme à l’objet de ce livre, de rapprocher le plus possible ces diverses circonstances qui, toutes en définitive, se groupent autour du catarrhe, et n’en font, dans la pratique, que des variétés. L’existence d’une dilatation des bronches, d’un certain degré d’emphysème pulmonaire, ne change pas précisément le caractère du catarrhe, bien qu’elle donne lieu à quelques phénomènes reconnaissables, au moins à un examen un peu attentif.
La dilatation des bronches, Y emphysème, Y asthme, ne seront donc pas décrits comme des maladies distinctes : leur histoire sera tracée concurremment avec celle du catarrhe. Les cas particuliers où ces altérations dominent au point qu’elles semblent constituer la maladie elle-même n’en trouveront pas moins leur place, et, si l’on considère l’ensemble des malades auxquels cette étude s’applique, il semble que nous serons plus dans le vrai en procédant ainsi, qu’en morcelant nos descriptions.
ARTICLE PREMIER