DIVISIONS DU CATARRHE PULMONAIRE
Le catarrhe bronchique, ou pulmonaire, se présente sous des formes variées, et qui ont été l’objet de divisions multipliées de la part des auteurs qui l’ont étudié. Quel que soit le degré d’importance que l’on attache à ces divisions, elles ont cela d’intéressant, qu’elles représentent toutes quelque point de vue réel de l’histoire du catarrhe, et, sous ce rapport, elles méritent de nous arrêter.
Laennec a désigné sous le nom de catarrhe toutes les inflammations de la muqueuse des bronches, aiguës ou chroniques : « Il préfère, dit-il, ce mot à celui de bronchite, parce que les catarrhes forment la nuance qui réunit les inflammations aux congestions et aux flux
CATARRHE PULMONAIRE. ôUô
purement passifs, et parce que, clans certains cas de catarrhe chronique, il est au moins fort douteux que la maladie soit réellement de la nature des inflammations (1). » Si ces observations sont d’une incontestable justesse à propos des maladies chroniques des bronches, et j’ai précédemment exprimé les mêmes idées à leur sujet, je ne pense pas qu’il en soit de même pour les maladies aiguës. Ici la bronchite se présente avec des caractères assez nettement inflammatoires pour qu’il n’v ait aucune nécessité de la désigner autrement, et peut-être même y aurait-il avantage à réserver le nom de bronchite catarrhale pour une de ses formes, alors que la sécrétion morbide domine les éléments inflammatoires de la maladie. C’est ainsi que le catarrhe suffocant se distingue par sa marche, ainsi que par ses symptômes, de la bronchite ordinaire. Mais s’il était des états aigus auxquels l’idée de catarrhe essentiel pût s’appliquer, ils se distingueraient trop facilement de la bronchite aiguë pour qu’il y eût quelque raison de les réunir sous la même dénomination. Il n’en est pas de même pour les maladies chroniques des bronches.
Laennec décrit trois espèces de catarrhe chronique : le catarrhe muqueux, le catarrhe pituiteux et le catarrhe sec.
Le catarrhe muqueux et le catarrhe pituiteux ne se distinguent guère que par la nature de la sécrétion, opaque et puriforme, verdâtre dans le premier, incolore, transparente, et filante dans le second ; à celui-ci, se rapporterait plus spécialement le catarrhe essentiel des vieillards ; au précédent, la bronchite chronique. Le catarrhe sec représenterait surtout les cas d’emphysème ou d’asthme, qui viennent ajouter si souvent une physionomie toute particulière au catarrhe des vieillards. Cette division de Laennec représente donc effectivement les principaux éléments de la maladie que nous décrivons ; mais le3 deux premières formes, le catarrhe muqueux et le catarrhe pituiteux, se montrent si souvent chez les mêmes sujets, simultanément ou alternant l’une avec l’autre, et se confondant pour ainsi dire ensemble, qu’il est difficile d’en faire deux espèces distinctes, plutôt que deux étals différents d’une même maladie.
Canstatt, dans un excellent article sur le catarrhe pulmonaire, article sur lequel j’aurai occasion plusieurs fois de revenir, admet une blennorrhée pulmonaire chronique , et des variétés qui s’v rattachent intimement, ainsi: Y asthme humide , qui n’est qu’une variété du catarrhe chronique, basée sur la disposition des nerfs de la poi-
(1) Laennec, Traité de l’auscultation médiate , 3° édit., 1831, t. I, p. 125.
Irine, chez les vieillards, à un étal de subparalysie; la phthisie pituiteuse, qui n’est que la dernière période de la blennorrhée bronchique. La dilatation des bronches et l’emphysème pulmonaire spontané ne sont, d’après le même auteur, que des manifestations particulières du catarrhe pulmonaire chronique (1).
Beau ne regardait aussi le catarrhe bronchique, l’asthme et l’emphysème, que comme constituant le catarrhe clés vieillards. Cependant il ne semblait pas différencier suffisamment ces diverses conditions pathologiques. « Le catarrhe bronchique, dit-il, c’est-à-dire X asthme, X emphysème... (2). » L’asthme et l’emphysème ne sont pas le catarrhe, quels que soient les liens intimes qui les en rapprochent.
Le même auteur admettait aussi une phthisie catarrhale {Z), phthisie pituiteuse de Canstatt, dans laquelle le catarrhe peut, comme la tuberculisation pulmonaire, amener la consomption et la mort.
Requin (4) et Grisolle (5) étudient dans des chapitres différents et très-éloignés les uns des autres, la bronchite chronique avec les inflammations , et la bronchorrhée avec les flux ou sécrétions morbides ; ceci prouve l’inconvénient des méthodes nosologiques qui forcent d’éLudier isolément des affections aussi semblables et aussi voisines sous le rapport pratique et aussi sous le rapport organique. La dilatation des bronches et l’emphysème pulmonaire sont également renvoyés à des parties tout à fait distinctes de ces ouvrages. Nonseulement les descriptions, mais l’idée que le lecteur peut se faire de la nature des maladies, ne sauraient manquer de souffrir de telles divisions.
Les médecins anglais séparent également la bronchique chronique et le catarrhe. Le docteur Williams propose de réserver le mot de catarrhe pulmonaire pour le cas où une sécrétion anomale est le seul phénomène constant et appréciable (6). Copland définit le catarrhe une irritation spécifique de la muqueuse, à laquelle il trouve une analogie avec le rhumatisme et l’érysipèle (7). II étudié le catarrhe dans son extension à loulela muqueuse, des sinus, des yeux, du nez, de la
(1) Canstatt, Die Krankheiten des lioheren Altcrs, etc. 2 vol. in-8°. Erlangen, 1839, t. II, p. 117, 118.
(2) Beau, Études cliniques sur les maladies des vieillards, p. 11.
(3) Beau, lac. cit., p. 13.
(U) Requin, Éléments de pathologie médicale, t. I, p. 761, et t. II, p. 574.
(5) Grisolle, Traité élémentaire de pathologie interne , t. I, p. 541 et 746.
(6) The Cyclopœdia cf practical medicine, 1833, t. I, p. 363.
(7) Diciionary of practical medicine, t. I, p. 294.
CATARRHE PULMONAIRE
gorge, etc., conditions qui rentrent dans la définition générale du catarrhe, mais ne peuvent que donner une idée très-fausse du catarrhe chronique des vieillards. C’est du reste à 1 article Bronchite chronique qu’il faut aller chercher l’histoire réelle du catarrhe simple.
Yalleix, rejetant les divisions de Laennec, comme n’exprimant guère que des variétés de symptômes, n admet que la bronchite chronique, et ne trouve même pas de raisons de décrire une bronchorrhée chronique, dont les exemples convaincants lui semblent faire défaut. Mais, d’un autre côté, il étudie cà part la dilatation des bronches et l’emphysème pulmonaire, comme des maladies particulières qui, ayant leurs signes propres et modifiant à leur manière le pronostic, méritent une place à part.
Gillette, dans un excellent article sur les maladies des vieillards , ne parle également que de la bronchite chronique (1).
Les auteurs du Compendium de médecine pratique n’emploient guère plus que Gillette la désignation de catarrhe pulmonaire ; mais ils étudient à part la bronchite chronique, à laquelle ils rattachent la dilatation des bronches (2) et la bronchorrhée (3) .
Ces citations suffisent pour donner une idée de la manière dont le , catarrhe pulmonaire a été considéré. Nous ne trouvons pas, avant Laennec, de données intéressantes sur les maladies des bronches, que l’on ne distinguait qu’imparfaitement de celles du parenchyme pulmonaire, soit sur le vivant, soit sur le cadavre où l’engouement pulmonaire, à peu près constant dans les poumons des catarrheux, à défaut de pneumonie, fixait beaucoup plus l’attention que l’état des bronches elles-mêmes. Les divisions multiples proposées par Sauvage, ayant plutôt en vue une pathogénie imaginaire qu’une appréciation fidèle des symptômes eux-mêmes, n’ont plus aucun intérêt pour nous. Cullen n’aperçoit guère chez les vieillards qu’une disposition particulièreà contracter le catarrhe, dont il reconnaît seulement deux causes générales, le froid et la contagion (/i), et sa description du catarrhe ne saurait du reste donner aucune idée de ce qui se passe chez les vieillards.
Nous ne trouvons donc pas, dans tout ce qui vient d’être exposé, de raison de nous départir de ce que nous avons entrepris : décrire le catarrhe pulmonaire comme une seule maladie, à laquelle se rat-
(1) (lillelte. Supplément au Dictionnaire des dictionnaires de médecine , p. 886.
(2) Compendium de médecine pratique, t. I, p. 667.
(3) Eocl. loc., p. 681.
(4) Cullen, Éléments de médecine pratique , trad. de Bosquillon, 1787, t. II, p. 160.
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tachent cependant des éléments divers et auxquels nous ferons la place qu’ils méritent.
Ces éléments, comme on le voit, peuvent être empruntés aux points de vue divers qui ont plus particulièrement frappé chacun des observateurs: tantôt la nature des sécrétions, catarrhe pituiteux ou muqueux ; tantôt l’élément anatomique, dilatation des bronches, emphysème; tantôt la pathogénie de la maladie, inflammation, flux, bronchite chronique, bronchorrhée ; d’autres fois enfin, les symptômes, phthisie pituiteuse ou catarrhale, asthme humide.
Tous ces points de vue considérés en eux-même sont vrais ; toutes ces conditions existent; mais comme elles peuvent indifféremment se combiner ensemble et même se rencontrera peu près toutes chez le même individu, comme il est alors fort difficile de leur assigner un ordre d’importance particulière et surtout de les rattacher à tel ou tel anneau de cette chaîne pathologique, nous persistons à les embrasser dans la description du catarrhe, le véritable lien qui les unit.
ARTICLE II