‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 61 sur 123 · C. — Bronchorrhée aiguë ou asphyxie par écume bronchique · texte numérisé non relu

C. — Bronchorrhée aiguë ou asphyxie par écume bronchique

Il peut arriver que, sous une influence fort difficile à définir, il se fasse tout à coup, sur toute la surface de la muqueuse bronchique, une supersécrétion de mucosités telle, qu’impuissants à s’en débarrasser, les canaux bronchiques se trouvent en un instant remplis, obstrués, et qu’une asphyxie complète et une mort prompte s’ensuivent. C’est ce que M. Piorry a désigné sous le nom à' asphyxie par écume bronchique. Par quelle raison se fait cette sécrétion soudaine dont on ne retrouve guère d’exemples dans d’autres parties de l’économie? Yoilà ce que nous ignorons complètement. Ces cas sont rares du reste; mais ils constituent une cause de mort subite, chez les vieillards en particulier, dont il est utile de connaître la possibilité. L’exemple suivant peut être présenté comme un type de ce genre de mort subite.

Une dame âgée de soixante-quatre ans, d’un embonpoint assez considérable et d’une bonne santé, vint à Vichy en 1850 accompagner sa fille. Je n’ai pu avoir sur son compte que des renseignements peu détaillés, l’ayant vue pour la première fois à l’instant de sa mort. Cependant j’ai su qu’elle avait eu, un nombre indéterminé d’années auparavant, une attaque de dyspnée isolée, et qu’elle se plaignait de douleurs vagues, rhumatismales ou goutteuses, dans quelques jointures et dans la région lombaire. On n’avait pas remarqué qu’elle toussât ni qu’elle crachât habituellement.

Cette dame obtint l’autorisation de prendre des bains minéraux, et elle alla prendre un troisième bain, très-gaie et paraissant tout à fait dans son état normal. Elle était depuis quelques instants enfermée dans son cabinet de bain, quand on l’entendit sonner; on accourut aussitôt, on la trouva assise au bord de sa baignoire, les jambes seules trempant encore dans l’eau, suffoquant et perdant connaissance; elle montrait encore son cou et sa poitrine, en disant: « J’étouffe », puis elle se laissa tout à fait aller. Un médecin qui passait près de là fut appelé et lui ouvrit une veine du bras; un peu de sang sortit à peine en bavant. De sept à huit minutes ne s’étaient pas écoulées depuis le début des accidents, quand j’arrivai moi-même auprès d’elle. Elle était morte, assise sur une chaise, soutenue par ceux qui l’entouraient, la face très-pâle, les lèvres bleuâtres, la tête vacillante ; une mousse blanche, égale et très-fine, semblable à de la mousse de savon à barbe, remplissait la bouche et les narines et s’en écoulait.

CATARRHE PULMONAIRE

Si l’on introduisait le doigt au fond de la bouche pour la débarrasser en ramassant la mousse qui l’obstruait, elle se remplissait aussitôt de nouveau, et des pressions exercées sur les parois de la poitrine faisaient refluer la matière spumeuse entre les lèvres.

L’autopsie lut pratiquée trente-six heures après.

Les poumons étaient volumineux, de couleur naturelle. Incisés, on voyait s’écouler de tous les rameaux bronchiques une mousse spumeuse semblable à celle qui remplissait la bouche à la fin de la vie. La trachée et le larynx n’en contenaient qu’une faible quantité. La muqueuse bronchique paraissait saine, non injectée, mais violacée par places. Le tissu pulmonaire était très-légèrement engoué à ses parties déclives, d’une apparence tout à fait normale d’ailleurs. Les parois du cœur étaient d’une assez grande épaisseur, sans hypertrophie proprement dite. Les cavités droites renfermaient du sang noir et liquide ; le ventricule gauche en très-petite quantité. Les orifices du cœur et de l’aorte étaient sains. Le svstème veineux abdominal et les organes parenchymateux de l’abdomen étaient gorgés de sang; ces derniers, du reste, n’offraient aucune altération notable. Les vaisseaux des méninges étaient médiocrement injectés, les sinus de la dure-mère contenaient peu de sang, le cerveau lui-même n’offrait aucune trace d’hypérémie.

ARTICLE IV

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