DIAGNOSTIC DES AFFECTIONS CATARRHALES
Le diagnostic du catarrhe bronchique ne saurait en général présenter de difficultés sérieuses.
J ai dit qu il fallait quelquefois interroger les malades avec soin pour reconnaître l’existence de catarrhes commençants et très-légers encore. L expectoration du matin peut être assez peu considérable pour fixer à peine l’attention du malade, bien qu’elle ne doive pas être négligée du médecin.
Il est bon de chercher à faire la part de l’origine inflammatoire, ou purement catarrhale, des affections chroniques des bronches dont piesque tous les vieillards sont affectés. On a vu que, d’une manière générale, cette distinction ne pouvait guère être dogmatisée. Catarrhe ou bronchite chronique, ces dénominations sont plus souvent usitées d’après l’idée préconçue que l’on se fait de la nature de la maladie, que d après ses propres caractères. Cependant, il est des cas qui
paraissent mériter plus spécialement le nom de bronchite chronique, et dont l’appréciation n’est pas inutile au point de vue du traitement.
Je rappellerai ici que le début, par une bronchite aiguë, que l’habitude antérieure de rhumes, que les douleurs thoraciques, que la toux nocturne, que l’absence de rapport exact entre la toux et l’expectoration, que l’amaigrissement, sans que la proportion de l’expectoration en rende compte, sont autant de circonstances qui permettent d’attribuer à la maladie un caractère d’inflammation chronique.
Au contraire, un début très-graduel, l’intégrité de la santé générale, la toux entièrement soumise au fait de l’expectoration, ne permettent de voir dans la maladie qu’un catarrhe réduit à sa plus simple expression.
Il est utile encore de ne pas confondre l’apparition d’une bronchite aiguë avec quelqu’une de ces recrudescences qui surviennent souvent dans le cours d’un catarrhe chronique, surtout dans la forme bronchorrhéique. La circonstance suivante suffira le plus souvent pour établir cette distinction : c'est que, s’il se développe une bronchite aiguë, l’expectoration diminue et la toux augmente, pour ramener, au bout de peu de temps, une expectoration nouvelle, mais dont les caractères ne sont plus les mêmes ; tandis que, s’il s’agit d’une simple recrudescence du catarrhe, c’est l’expectoration qui augmente, mais qui, par 1’accroissenient même et peut-être par l’extension de la sécrétion muqueuse à une plus grande surface de l’arbre bronchique, détermine ordinairement une toux plus fréquente et plus pénible. ' ’ >
Le diagnostic de la bronchite aiguë et du catarrhe chronique, avec la pneumonie aiguë et la pneumonie chronique, est bien simple: l’absence de matité, de souffle, de bronchophonie, l’existence des phénomènes stéthoscopiques des deux côtés de la poitrine, sont des circonstances faciles à constater. Quant au diagnostic spécial de la broncho- pneumonie, je renverrai au chapitre qui lui est consacré.
Beau a parfaitement exposé le diagnostic différentiel de la phthisie tuberculeuse et de la phthisie catarrhale, ou bronchorrhée accompagnée de consomption : « Dans les deux maladies, il y a une ressemblance parfaite sous le rapport de la pâleur et de l’altération de la face, du dépérissement, de la toux, des matières expectorées et de la dyspnée. Dans la phthisie catarrhale, il y a rarement de la
CATARRHE PULMONAIRE
fièvre, et, quand il y en a, elle est très-légère. Dans la phthisie tuberculeuse, la fièvre existe le plus souvent, continue ou intermittente ; quand elle est intermittente, elle est caractérisée par des frissonnements, du froid, et de la chaleur qui ne se termine jamais par une sueur notable. La dyspnée est presque nulle dans la phthisie tuberculeuse, quand celle-ci n’est pas compliquée de catarrhe : elle est souvent très-marquée dans la phthisie catarrhale, quand le catarrhe est fixé sur les divisions des bronches, et qu’il en occupe la presque totalité. Mais les différences vraiment caractéristiques de ces deux maladies se tirent de leurs signes physiques. Ainsi, la sonorité n’est nullement altérée dans aucun point du thorax, si l’on a affaire à une phthisie catarrhale ; tandis que, s’il s’agit d’une phthisie tuberculeuse, il y a une matité circonscrite à l’endroit affecté. Dans la phthisie tuberculeuse, l’endroit où existe la matité est le siège des bruits propres aux excavations tuberculeuses. Dans la phthisie catarrhale, on ne perçoit aucun bruit si le flux vient de la trachée; s’il est fixé sur les rameaux bronchiques, on trouve le plus souvent des râles bifilaires (sous-crépitants, muqueux, etc.), quelquefois des râles vibrants (sibilants, sonores, etc.), avec diminution ou suppression du murmure vésiculaire; ces râles se produisent dans les deux côtés du thorax, et ne sont pas limités à un point fixe, comme les bruits fournis par les cavernes grandes ou petites (1). »
L’existence de dilatations bronchiques est propre à apporter une difficulté de plus au diagnostic, puisqu’elle peut donner lieu à des phénomènes d’auscultation tout à fait semblables à ceux qui servent à caractériser des cavernes tuberculeuses, et en particulier de gros râles humides tout à fait propres à induire en erreur, surtout lorsqu’ils existent au sommet du poumon (2). On remarquera cependant que la dilatation des bronches peut avoir son siège aussi bien à la partie postérieure, moyenne et inférieure, de la poitrine, qu’au sommet des poumons, tandis qu’il est excessivement rare que la phthisie pulmonaire se montre ailleurs que sur ce dernier point. Mais la marche de la maladie, l’absence d’amaigrissement, de points de côté, d’hémoptysie, de sueurs nocturnes, de diarrhée, enfin la plupart des considérations exposées plus haut, et qui retrouvent ici leur application, serviront surtout à éclairer le diagnostic.
L’emphysème se reconnaîtra aisément à l’affaiblissement du mur-
(1) Beau, Etudes cliniques sur les maladies des vieillards , p. 17.
(2) Bulletins de la Société anatoriiique , 1849, t. XXIV, p. 352.
mure respiratoire, à la sonorité exagérée, souvent à la forme bombée de la poitiine, enfin à la dyspnée habituelle, s’unissant aux signes du catarrhe.
(Juant à l’asthme, très-rare chez les vieillards, comme affection primitive, son degré d’essentialité ou de dépendance de quelque condition organique sera déduit de l’appréciation des symptômes de maladie du cœur ou de l’aorte, de catarrhe, d’emphysème, qui pourront l’accompagner.
ARTICLE V