PRONOSTIC DES AFFECTIONS CATARRHALES
Le fait de l’existence d’un catarrhe, dans un âge avancé, n’a aucune signification fâcheuse, puisque c’est une condition à peu près inévitable, et, dans une certaine mesure, presque normale à celte époque de la vie. Mais les conditions particulières dans lesquelles il se présente peuvent donner lieu à des inductions très-différentes.
La ténacité du catarrhe et la difficulté que l’on peut éprouver à en modérer les manifestations sont ordinairement en raison directe des trois conditions suivantes : la durée du catarrhe, le grand âge du malade, etsurtoutles conditions générales d’organisation que présente ce dernier, suivant que celle-ci se rapproche plus ou moins de l’organisation des adultes, ou qu’elle a revêtu à un degré plus ou moins prononcé les caractères de la sénilité. Sans doute, un vieillard encore bien constitué peut avoir un catarrhe considérable, mais il sera toujours plus facile d’agir sur ses manifestations au moyen de la thérapeutique.
Ce qu’il y a de plus fâcheux dans l’existence de ces catarrhes, c’est qu’ils entraînent une disposition formelle à la bronchite aiguë, à la pneumonie, puis des altérations d’un ordre tout à fait différent, la dilatation des bronches et l’emphysème.
Tant que le catarrhe ne s’annonce encore que par l’expectoration du matin, ou même du soir, il n’a aucune gravité, et se trouve compatible avec une excellente santé. Mais si la toux et l’expectoration se continuent, à des degrés divers, pendant toute la journée, il commence à constituer un état morbide sérieux, qui fatigue les malades, altère leur appétit et développe aussitôt les prédispositions que nous venons d’indiquer.
Le pronostic d’un état catarrhal donné dépend beaucoup de la na-
CATARRHE PULMONAIRE
ture de l’expectoration. Si celle-ci se compose habituellement de mucosités blanches, ou légèrement grises ou verdâtres, larges, modérément aérées, dépourvues de viscosité, l’incommodité résultant du catarrhe sera moindre. Mais les vieillards qui n ont qu une expectoration visqueuse, peu abondante, nullement ou très-aéiee, présentent, un état beaucoup plus pénible, et sont infiniment plus exposés à des complications ou à des suites fâcheuses.
Lorsque les crachats nagent dans un liquide séreux, très-abondant, ii bien que l’expectoration en soit facile, il faut craindre que le catarrhe K prenne la physionomie de ces bronchorrhées proprement dites que nous avons décrites. Celles-ci constituent toujours un état grave; outre l’incommodité considérablequ’elles occasionnent, elles finissent toujours par épuiser le malade, et, la nécessité d’une sécrétion abondante une fois établie par l’habitude, la santé générale est exposée à se ressentir de la moindre diminution qui survient dans l’excrétion bronchique.
Il faut établir, en effet, que la diminution d’un flux bronchique habituel est d’un pronostic fâcheux, hormis deux circonstances : que cette diminution soit due à un traitement bien indiqué, ou qu’elle survienne périodiquement dans des conditions particulières desaison ou de température. La diminution du flux bronchique doit toujours faire craindre : ou qu’elle résulte du développement, plus ou moins manifeste, d’une affection intercurrente (nous avons dit que c’était, entre autres, le prélude ordinaire d’une bronchite aiguë ou d’une pneumonie), ou bien que, si elle constitue un phénomène primitif, elle devienne elle-même la cause d’accidents morbides.
La diminution des autres sécrétions est également un signe fâcheux; chez les calarrheux, elle annonce, en général au moins, une exaspération dans les symptômes du catarrhe.
Les catarrhes séniles, consécutifs à une bronchite aiguë, sont plus susceptibles de céder au traitement que s’ils ont suivi une marche chronique dès leur origine. Mais une fois qu’ils ont duré un certain temps, il ne m’a pas semblé qu’il restât de différence entre eux sous ce rapport.
La dilatation des bronches, si elle n’existe qu’à un degré léger, et non reconnaissable pendant la vie, ne paraît rien ajouter à la gravité du catarrhe lui-même. Mais lorsque cette dilatation a produit de larges surfaces sécrétantes, ou des poches retenant la matière destinée à l’expectoration, alors la quantité des matières sécrétées, l’altération que ces dernières peuvent subir dans les dilatations en ampoules, la
suriacc étendue qui s’ollre aux inflammations bronchiques aiguës, ne sauraient manquer d’ajouter quelque chose à la gravité du catarrhe chronique.
Lorsqu’un emphysème existe, chez un vieillard catarrheux, à un degré suffisant pour déterminer des signes propres à le déceler, ainsi
dyspnée habituelle avec redoublements, sonorité considérable, affaiblissement notable du murmure respiratoire, il constitue alors une complication fâcheuse, car il tend sans cesse à augmenter, sans qu’il y ait à espérer de le faire rétrograder, et la gêne qu’il apporte à la respiration exerce une action fâcheuse sur les fonctions du cœur, sur l’hématose, et par suite, on le comprend, sur l’ensemble de l’économie.
Prus a avancé que l’emphysème pulmonaire pouvait déterminer une mort subite, ou presque subite, et il recommande ce fait à l’attention spéciale des médecins légistes. L’exemple le plus intéressant qu’il ait rapporté, à ce sujet, est celui d’un homme de 69 ans, affecté d’un ramollissement circonscrit du cerveau, avec hémiplégie et contracture. Cet homme mourut tout à coup, comme il arrive dans le cas de rupture du cœur, sous les yeux de l’interne de service, M. Pillore. Pour rendre compte de la mort subite et des sympômes d’asphyxie que le malade avait présentés dans les derniers moments, on ne vit qu’un emphysème intervésiculaire des bords antérieurs des deux poumons et un énorme emphysème sous-pleural, occupant la presque totalité du lobe inférieur du poumon gauche; la face concave de cet organe présentait plusieurs bosselures, dont le volume variait depuis celui d’un pois jusqu’à celui d’une petite orange; le reste des poumons était sain. Le larynx ne contenait aucun corps étranger. Le cœur et les gros vaisseaux n’offraient aucune lésion morbide. Le sang était noirâtre et plus liquide que de coutume. Rien à noter j dans l’abdomen (1).
Il se comprend parfaitement que, chez un individu dont une portion du poumon, raréfiée, ne sert pas à l’hématose et comprime encore, par sa dilatation, les parties voisines, une cause fugitive, une syncope, un arrêt momentané des mouvements du cœur, déterminent subitement la mort, qui, chez un autre individu, n’aurait pu survenir en un temps aussi court. Mais, dans les cas de ce genre, si l’emphysème peut se trouver la cause déterminante de la mort, fine l’est que secondairement, et il ne me paraît pas très-juste de dire que
(1) Prus, De’ l’emphysème considéré comme cause de mort subite. 18/13, p. bh.
CATARRHE PULMONAIRE
ces personnes meurent de leur emphysème, par asphyxie. La mort par asphyxie, résultant d’une altération organique des organes de la respiration ou de la circulation, est toujours lente 5 une mort soudaine suppose un autre élément que nous ne connaissons pas et qui en général ne trouve, à proprement parler, qu’un adjuvant dans cette altération organique. Aran paraissait aussi n’attacher qu’une importance secondaire à l’emphysème lui-même dans les cas de ce genre (1).
! L’existence d’une altération organique grave, ou seulement d’altérations partielles du cœur sans symptômes déterminés, et de l’hypertrophie qui en est souvent l’indice le plus manifeste, aggrave toujours ie pronostic du catarrhe simple ou compliqué d’emphysème.
Le pronostic de l’asthme des vieillards est ordinairement très-
Î grave, puisque cet asthme, à l’inverse de celui des adultes, est presque toujours consécutif à des altérations organiques considérables et parfaitement incurables. Lors même qu’il se rapprocherait le plus I possible du caractère purement nerveux qu’il offre si souvent chez l’adulte, il aurait toujours chez les vieillards une gravité plus grande. Alors que l’hématose s’accomplit moins parfaitement, que le cœur joue moins librement, que l’appareil bronchique est plus ou moins encombré de produits de sécrétion, de tels accès de dyspnée ne sauraient être supportés aussi impunément qu’aux autres époques de la vie: il en résultera des hypérémies passives, des épanchements ou des infiltrations séreuses, et l’emphysème, auquel tous les vieillards sont prédisposés, se développera plus rapidement.
ARTICLE VI