ÉTIOLOGIE DES AFFECTIONS CATARRHALES
Pourquoi le catarrhe pulmonaire s’observe-t-il d’une manière si générale, ou, pour mieux dire, à peu près constante, chez les vieillards?
L idée généralement admise qu’à cet âge, où la constitution anatomique de la peau profondément altérée, et les fonctions de cette membrane, devenues, tout à fait insuffisantes, en ont frappé d’inertie les propriétés éliminatrices et les facultés perspiratoires, alors que toutes les sécrétions physiologiques sont amoindries et languissantes,
(1) Aran, Des morts subites {Thèse pour l’agrégation), 1853, p. 41.
maladies de l appareil respiratoire.
l’idée que la supersécrétion bronchique a pour objet de suppléer à 1 imperfection d un élément indispensable de l’équilibre nécessaire à l’entretien de la vie est fort acceptable. Il est certain que, chez les vieillards, dès qu’une sécrétion, môme morbide, s’établit quelque part, elle devient, par le fait de son existence, et avant même d’avoir acquis l’empire d’une longue habitude, une condition nécessaire et inhérente à l’organisme: il en est ainsi des ulcères des membres inférieurs. L’élimination incessante de principes organiques et chimiques est la conséquence nécessaire du travail de la nutrition, et de 1 introduction continuelle d’aliments nouveaux, pénétrant par les voies respiratoires ou digestives. Alors que les voies naturelles d élimination se ferment, d’autres doivent s’ouvrir, c’est une loi de l’existence. Admettons donc, comme une forte présomption du moins, qu’il y a quelque chose de physiologique dans cette supersécrétion des bronches, si commune dans la période décroissante de la vie.
Maintenant, pourquoi la muqueuse bronchique se trouve-t-elle le siège d’élection de cette sécrétion supplémentaire? Il nous paraît inutile de chercher, par de pures hypothèses, à expliquer ce que nous ne savons pas.
Peut-être même devrions-nous nous contenter, sans autre explication, d’émettre celte proposition, que la vieillesse est une cause prédisposante et déterminante du catarrhe pulmonaire.
Les constitutions phlegmatiques, humides, sont surtout exposées au catarrhe, les femmes plus que les hommes. La suppression du flux menstruel en est-elle la cause? On a dit que les gros mangeurs, que les ivrognes surtout étaient affectés de' catarrhe ; mais ce dernier s’observe si souvent dans des conditions opposées, qu’il est difficile d’attribuer quelque importance à ces causes prédisposantes. La vie sédentaire a peut-être une influence plus réelle sur le développement de cette maladie ; mais il est difficile d’acquérir des données un peu précises sur la valeur propre à ces diverses circonstances, quand il s’agit d’une affection universellement répandue, comme celle-ci. Ce qu’il y a de certain, cependant, c’est que les bronchites aiguës, les rhumes accidentels, exercent une grande influence sur le développement du catarrhe sénile. Tel est même le véritable point de départ des catarrhes que l’on voit apparaître et se fixer, à un âge un peu prématuré.
C’est en général de cinquante-cinq à soixante-cinq ans que le catarrhe commence à apparaître, plutôt chez les femmes que chez les
CATARRHE PULMONAIRE
^hommes, plutôt chez les individus de mauvaise constitution, suivant i un régime insuffisant, des habitudes hygiéniques vicieuses, que chez ceux qui présentent des conditions opposées.
Quant aux circonstances qui peuvent influer sur la marche du catarrhe, en favoriser le développement, en rappeler les atteintes, elles se réduisent presque toutes à des conditions atmosphériques.
J Le froid et l’humidité, telles sont les deux grandes causes occa- Jsionnelles du catarrhe. Le froid elles alternatives de température, . dit Broussais, exaspèrent le catarrhe chronique, tandis que l’été, fi pendant les chaleurs, le malade se trouve tellement soulagé, qu’il t jouit d’un calme complet ; mais à peine la saison froide et humide ? s’est-elle montrée, les symptômes ordinaires de la bronchite se manif festent de nouveau (1). 11 paraît que dans les parties humides etsujetf tes aux brouillards de l’Allemagne, dans la Hollande, en Angleterre, r les affections catarrhales des vieillards sont encore beaucoup plus r: communes et plus considérables que dans nos contrées. Chez nous, f l’influence des saisons est on ne peut plus frappante. Dès que les ) premiers brouillards et les premiers froids de l’automne commencent î à se faire sentir, aussitôt les symptômes du catarrhe reparaissent, Il s’ils s’étaient éloignés durant l’été, ou au moins s’exaspèrent. Toules t les sortes de manifestations du catarrhe subissent également cette inr fluence, l’expectoration, la toux, la dyspnée chez les empli ysémai teux. Ce développement du catarrhe se prolonge pendant tout l’hiver, soit d’une manière continue, soit en suivant dans ses exacerbations : les vicissitudes de la saison et les imprudences du malade. Il y a i habituellement au printemps une exaspération nouvelle du cai tarrhe, puis celui-ci s’amende ou disparaît entièrement pendant ; l’été.
Telle est la marche ordinaire, on pourrait dire régulière, du catarrhe dans nos climats. Il y a là deux points à considérer: d’abord, l’influence delà saison, à laquelle il n’est pas possible de se soustraire , ensuite l’influence des vicissitudes atmosphériques ellesmêmes contre laquelle on peut trouver à se garantir par le genre de vie, des précautions habituelles, l’aisance et les conditions favorables qu’elle permet de réunir. Cette double considération est importante au point de vue du traitement prophylactique du catarrhe.
Hormis les conditions que je viens de mentionner, et les circon-
(1) Rroussais, Histoire des jihlcgmasies chroniques, t. I, p. 168.
stances qui s’y rattachent et qui se résument toutes en des impressions de refroidissement ou d’humidité, nous ne trouvons rien à ajouter à l’étiologie du catarrhe. Sans doute, chez un vieillard affecté de catarrhe, tout ce qui viendra troubler la santé pourra réagir sur l’alïection bronchique elle-même ; mais cela ne constitue pas des causes spéciales et directes, telles que l’étude puisse nous 'en intéresser. Les causes du catarrhe sont au fond essentiellement des causes physiologiques. Nous avons déjà vu que des causes pathologiques pouvaient s’y joindre : ainsi, l’existence d’une diathèse goutteuse, à manifestations irrégulières, la suppression d’hémorrhagies ou de suppurations accidentelles. Quant à la dilatation des bronches, à l’emphysème, à l’asthme même, leur palhogénie n’a également trait qu’à un ordre particulier de causes, des causes pathologiques ; j’ai exposé longuement cette partie de leur histoire dans les paragraphes précédents, je n’ai pas à y revenir ici.
Cependant, je dirai quelques mots des causes déterminantes de l’accès d’asthme, et de quelques causes prédisposantes individuelles, dont l’importance ne me paraît pas du reste très-certaine.
La vieillesse est certainement l’âge où la respiration est le plus communément gênée, mais ce n’est pas l’âge où l’asthme proprement dit, l’asthme, considéré comme une névrose primitive, est le plus fréquent. Nous avons vu, dans les pages qui précèdent, que l’asthme des vieillards ne consiste souvent qu’en des accidents semblables à ceux de l’asthme, asthmif ormes , comme des symptômes épileptiformes, qui ne constituent pas l’épilepsie. Bree avait déjà parfaitement exprimé que la vieillesse est l’âge où les névroses proprement dites, les violents mouvements convulsifs qui peuvent survenir dans les autres temps de la vie, se montrent le moins ; ce qui j . ne veut pas dire que les contractions des muscles de la respiration ne 1
puissent devenir convulsives, quand il survient de la dyspnée (1).
Les hommes sont plus sujets à l’asthme que les femmes. Canstatt prétend que cette influence des sexes disparaît avec l’âge, ce qui tient sans doute, bien que cette remarque soit généralement juste, à ce que l’asthme tend lui-même, avec l’âge, à s’effacer derrière les altérations organiques. L’influence de l’hérédité, si formellement constatée par M. Jackson et M. Louis (2), doit probablement aussi cesser d’être appréciable pour les asthmes qui surviennent dans la
(1) Recherches pratiques sur les désordres de la respiration, traduit de 1 anglais de Robert Bree, par Ducamp, 1819, p. 14 3.
(2) Louis, Mémoires de la Société médicale d’observation, t. I, p. 255.
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CATARRHE PULMONAIRE. ô 00
c: période de retour de la vie. Deux types de constitution, qui sem- ; blent disposer à l’asthme, se retrouvent cependant encore chez les 5 vieillards : une grande taille, de l’embonpoint, le développement de la poitrine, les excès de table, ou bien une constitution maigre, nerveuse, épuisée par les émotions morales ou la contention d’esprit.
On peut distinguer les causes prédisposantes ou déterminantes de . l’accès d’asthme lui-même, en celles qui agissent sur l’appareil resi piratoire par l’entremise de la muqueuse pulmonaire, et celles qui agissent sur le système nerveux.
Les premières sont les mêmes que celles qui agissent sur le catarrhe, le rappellent, le développent, l’exaspèrent. Les secondes ont infiniment moins d’importance chez les vieillards que chez les adultes. On sait que, dans l’asthme proprement dit, les circonstances les plus insignifiantes peuvent rappeler les accès: l’influence des odeurs, longuement étudiée par Floyer (1), est une des plus remarquables; les conditions de localité n’échappent pas moins souvent à toute interprétation. M. Lefèvre, qui a particulièrement étudié sur lui-même toutes les circonstances qui paraissent favoriser le retour des accès, n’en avait jamais eu à Bordeaux, où il faisait de fréquents séjours, mais il en avait à quelques .lieues de là (2). M. Trousseau rapporte plusieurs exemples semblables (3). Telle pièce, dans'une maison, ne pourra être habitée par un asthmatique à cause de sa dimension, de son exposition, ou de toute autre cause appréciable ou non. Souvent on ne peut se rendre aucunement compte des raisons qui feront préférer ou redouter à un asthmatique le retour d’une circonstance donnée. Les affections morales ont peut-être moins de prise sur cette névrose que sur la plupart des autres.
Les vieillards asthmatiques sont d’autant moins soumis à ces sortes d’influences, si caractéristiques de l’asthme des adultes, qu’ils présentent à un plus haut degré l’ensemble des lésions organiques que nous avons signalées plus haut. Lorsque ces dernières sont peu développées, l’asthme a un caractère plus franchement spamodique, il se rapproche davantage de l’asthme des adultes, et ressent plus vivement les influences qui s adressent le plus directement au système nerveux.
Mais en généial les vieillards asthmatiques subissent surtout les
(1) Floyer, Traité de l'asthme, traduit de l'anglais. Paris, 1785, p. 75.
(2) Lefèvre, De l'asthme , p. 24.
(3) Trousseau, Gazette des hôpitaux, 1853, p. 119.
influences atmosphériques, les mêmes du reste qui agissent sur le catarrhe, c est-a-dire 1 influence des changements atmosphériques, du froid, de l’humidité surtout. L’état électrique de l’atmosphère exerce une action très-particulière sur les asthmatiques, et aussi bien dans l’asthme symptomatique que dans l’asthme primitif.
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