‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 65 sur 123 · TRAITEMENT DES AFFECTIONS CATARRHALES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES AFFECTIONS CATARRHALES

Si l’on veut se faire une juste idée des indications qui sont relatives au traitement du catarrhe pulmonaire chez les vieillards, il importe d’avoir présentes à l’esprit les considérations générales qui ont été exposées sur la nature de cette affection et des complications que nous y avons rattachées.

S’il est vrai que le catarrhe pulmonaire soit une condition à peu près universellement commune aux individus d’un âge avancé, et à laquelle il soit difficile d’attribuer, dans son essence et dans son premier développement, un caractère très-positivement pathologique, il en résulte que l’on ne doit pas précisément s’attacher à en débarrasser d’une manière absolue ceux qui en sont atteints. D’abord, on le tenterait vainement dans le plus grand nombre des cas ; ensuite, c’est une question de savoir s’il serait bon d’y parvenir. 11 n’en est pas du catarrhe pulmonaire comme du catarrhe vésical, par exemple. Celui-ci est une maladie qu’aucune raison ne porte à respecter, et que l’on doit à tout prix chercher à guérir, tandis que le catarrhe pulmonaire est une infirmité qu’il faut tolérer, mais qu’il faut surveiller et traiter avec grand soin, afin de préserver des conséquences fâcheuses que son développement excessif, ou bien les complications qui s’y rattachent, peuvent entraîner.

11 est permis, à condition toutefois que l’on ne pousse pas troploin ce rapprochement, de comparer cet état catarrhal des vieillards à certaines diathèses : ainsi la diathèse goutteuse, dont les manifestations demandent à être respectées, mais contenues et dirigées, de peur que leur exagération ou leur déviation n’amène des résultats fâcheux.

Tels sont les premiers principes qui nous ont toujours dirigé dans le traitement du catarrhe des vieillards, comme ils ont dominé l’idée que nous nous sommes faite de la nature de celle maladie. Et nous n’hésitons pas à déclarer, au commencement de cette étude, que si nous connaissions le moyen de supprimer l’état catarrhal des bron-

CATARRHE PULMONAIRE

clies chez les vieillards, même sans apparence de danger immédiat, nous n’oserions y avoir recours, au moins dans l’immense majorité des cas.

Ig Ier. — Kcs indications générales relatives au traitement du catarrhe

pulmonaire.

ILes indications générales que présente le traitement du catarrhe sont multiples et leur sources variées.

Une partie de ces indications se rattachent au fait même de l’expectoration, non pas que nous considérions les mucosités sécrétées comme toute la maladie, et qu’à l’instar de quelques pathologistes, nous rattachions à leur présence et à leur action mécanique toutes les conséquences anatomiques ou symptomatiques du catarrhe : mais, outre qu’il y a quelque chose de vrai dans ce point de vue, et qu’il faut bien les considérer souvent comme causes, il faut encore les considérer comme signes. Ainsi, que les mucosités deviennent soudain, d’abondantes et faciles, rares et collantes, non-seulement on redoutera les conséquences directes de ce changement, mais on tirera des inductions du fait de ce changement lui-même.

La première indication qui se présente est donc celle-ci:

Faciliter l' expectoration .

Mais il ne suffit pas que l’expectoration soit facile ; si elle est trèsabondante, elle devient une habitude, une nécessité, elle devient constitutionnelle; mais alors elle est une infirmité très-pénible et dégoûtante, elle ne peut s’amoindrir, spontanément ou accidentellement, sans danger pour l’économie ; enfin, elle épuise le malade et amène un véritable état de cachexie et de marasme.

La seconde indication sera donc la suivante :

Contenir la super sécrétion bronchique dans de certaines limites. Satisfaire à ces deux indications, c’est, faire la médecine prophylactique de la dilatation bronchique, de l’emphysème, de l’asthme (des vieillards), peut-être même de certaines altérations de volume du cœur, qui peuvent être rangées au nombre des conséquences des catarrhes exagérés.

Que Ion me permette encore un de ces rapprochements, que l’étude de la pathologie et la pratique reproduisent à chaque instant, car a quelques séries d’actes pathologiques que l’on s’adresse, ce sont

sans doute les mêmes lois qui les dominent et les mêmes phénomènes qui les composent.

DUKAND-FARDEÏ., — 2° édit.

J ai développé très-longuement, dans la première partie de cel ouvrage, cette idée de patliogénie, dont la portée pratique est surtout importante :

Que la plupart des lésions organiques de l’encéphale, familières à la vieillesse, reconnaissent un point de départ commun, la congestion cérébrale;

Que s’il lautbien reconnaître une disposition spéciale qui fasse dériver de ces congestions tantôt une hémorrhagie, tantôt un ramollissement, cependant on ne peut s’empêcher de croire qu’en prévenant la congestion, on fait au moins beaucoup pour prévenir le développement de ces altérations ;

Que la médecine, parfaitement impuissante vis-à-vis de ces altérations elles-mêmes, reprend son efficacité lorsqu’on s’adresse à la congestion cérébrale qui les précède et semble les préparer ;

Qu’en un mot, tout le traitement de l’hémorrhagie et du ramollissement du cerveau se réduit à un traitement prophylactique, celui de la congestion cérébrale.

Je peux reproduire ici une série de propositions correspondantes :

Les troubles divers de la respiration, et souvent même de la circulation, auxquels sont sujets les vieillards, reconnaissent un point de départ commun: le catarrhe pulmonaire.

Tout en admettant qu’il existe une disposition spéciale des tissus, qui détermine tantôt une dilatation des bronches, tantôt un emphysème pulmonaire, tantôt un anévrysme du cœur, tantôt enfin un véritable état spasmodique, cependant on ne saurait douter qu’en prévenant le catarrhe pulmonaire, on ne prévienne ou du moins on n’atténue singulièrement ces conditions morbides particulières.

La médecine, parfaitement impuissante vis-à-vis de bronches ou de cellules pulmonaires dilatées, de parois cardiaques dilatées ou épaissies, à peu près inactive vis-à-vis de phénomènes spasmodiques liés à ces altérations organiques, devient plus efficace lorsqu’on s’adresse au catarrhe, qui précède en général ces mêmes altérations et en favorise au moins le développement.

En un mot, nous ne pouvons adresser à la dilatation bronchique, h l’emphysème, à l’asthme même (des vieillards) qu’un traitement pro phylactique, etce traitement prophylactique n’est autre que celui du catarrhe pulmonaire.

Un dernier trait de ressemblance, c’est que ces diverses altérations, soit de l’encéphale, soit de l’appareil de la respiration, bien que particulièrement familières aux vieillards, n’offrent cependant pas de

CATARRHE PULMONAIRE. ÙQ/

spécificité proprement dite à cet âge, et qu’un individu peut atteindre la vieillesse, déjà porteur, depuis longtemps, d’un emphysème ou d un asthme, comme d’un ramollissement du cerveau ou d’une cicatrice hémorrhagique.

Aux deux indications que j’ai exprimées plus haut, et qui pourraient, jusqu’à un certain point, être rattachées, la première au traitement du catarrhe simple, la seconde au traitement de la bronchorrhée proprement dite, il faut en ajouter une troisième :

S'opposer aux accidents aigus qui peuvent venir troubler le catarrhe dans sa marche , l’exagérer, en changer le caractère.

On a vu que l’existence d’un catarrhe constituait une disposition au développement de bronchites aiguës; que l’invasion de ces dernières devait toujours faire craindre l’aggravation définitive du catarrhe ; enfin, que le catarrhe lui-même se terminait souvent par une bronchite aiguë, pouvant aboutir à une pneumonie [bronclio -pneumonie), ou revêtir un caractère particulièrement grave ( catarrhe suffocant). Le traitement des bronchites aiguës présente donc une importance trèsgrande chez les vieillards : d’ailleurs, elles sont souvent le point de départ du catarrhe chronique; et ces catarrhes chroniques ont un caractère plus franchement morbide que ceux qui se développent spontanément et graduellement, et en quelque sorte sous l’influence inévitable des progrès de l’àge.

Enfin, la prédominance d’accès spasmodiques (asthme des vieillards), l’existence d’un emphysème, d’une dilatation des bronches, d’une lésion organique du cœur, pourront modifier le traitement d’une manière notable, la forme spasmodique des symptômes surtout, la dilatation des bronches, au contraire, dans des limites à peine appréciables. Nous ajouterons donc celte dernière indication :

Accommoder le traitement à la considération spéciale delà forme asthmatique des symptômes, ou à l’existence cl’ un emphysème, d'une dilatation bronchique , cl'une lésion organique du cœur.

.le reprendrai successivement ces différentes sortes d’indication, mais en intervertissant un peu l’ordre dans lequel elles ont été exposées, et aussi l’ordre dans lequel les formes symptomatiques ont été étudiées plus haut ; l’exposition des méthodes thérapeutiques et l’étude des médicaments en seront plus faciles, sans que la coordina' lion des faits en puisse aucunement souffrir.

§ — Wc* Indications relative* nu traitement île In bronchite al^ui1,

primitive un compliquant le catarrhe.

Le traitement d’une bronchite venant compliquer un catarrhe est toujours plus pressant et doit être plus énergique, à égale intensité, que celui d’une bronchite primitive survenue avant aucune atteinte de catarrhe.

S'il s’agit d’une bronchite aiguë primitive ou légère, le traitement ne diffère pas sensiblement de celui d’une semblable affection chez un adulte.

Repos, boissons délayantes, précautions plus grandes contre le refroidissement et l’action de l’air extérieur, préparations calmantes contre la toux. Deux points seulement nous paraissent devoir être signalés : l’utilité des évacuants et celle des boissons amères.

Ces bronchites légères, ou simples rhumes, se dissipent le plus souvent, chez les adultes, sans traitement effectif; il peut en arriver autant chez les vieillards; seulement, chez ces derniers, il faut songer à la tendance de la moindre affection de ce genre à passer à l’état chronique. C’est dans le but de prévenir cette terminaison que nous insistons alors sur les évacuants, non pas les vomitifs, dans les cas légers, mais les purgatifs, et alors la manne unie à un sel neutre, ou les purgatifs huileux. Un ou deuxpurgatifs de ce genre, àunesemaine de distance, seront donc pris dans la période décroissante de celte légère affection.

En même temps, on opposera à la tendance de la muqueuse bronchique aux relâchements et aux sécrétions passives, des boissons amères, lichen, etc.

A cela se bornera, si nous y ajoutons, dès le début du rhume, le soin de débarrasser le gros intestin, pour peu que ce soit nécessaire, à l’aide de lavements laxatifs, le traitement de ces bronchites légères.

Mais si la bronchite est grave, avec fièvre, dyspnée, râles, on agira plus activement. Divers ordres de moyens seront successivement examinés : les émissions sanguines, les évacuants, les antimoniaux,

les opiacés, les vésicatoires.

Émissions sanguines . — Lorsqu’il y aura de la fièvre, que la lace sera un peu colorée, le pouls développé, la peau chaude parlout, si surtout il y a un peu de moiteur aux mains et aux aisselles, si la langue est humide ou sèche sans être collante, si surtout le malade se plaint de céphalalgie et de dyspnée, on n’hésitera pas a tirer du

sang.

CATARRHE PULMONAIRE. 389

Tl est certain que si le grand âge, et surtout la constitution débile du malade, paraissent contre-indiquer formellement les émissions sanguines, on devra s’en abstenir; mais nous ferons remarquer que la réunion des symptômes que nous venons d’énumérer ne se rencontre guère dans les cas où les conditions générales de 1 économie refusent de se prêter aux émissions sanguines.

La saignée générale sera toujours préférée alors. Nous ne voyons guère d’exception que dans le cas où un état hémorrhoïdaire développé indiquerait une saignée locale au siège. Et dans ce cas encore, les deux sortes .d’émissions sanguines peuvent quelquefois être combinées avec mesure.

Il est rare qu’une forte saignée soit nécessaire; deux, trois cents grammes suffiront souvent. Le sang sera habituellement couenneux. Cette circonstance justifiera la saignée faite, sans doute, mais on se gardera d’y voir une indication d’y revenir. Cependant, si les forces du sujet et l’insistance des symptômes inflammatoires portaient à pratiquer une seconde saignée, on ne pourait qu’y être encouragé par l’existence d’une couenne bien développée. Lorsqu’une première saignée a produit un soulagement marqué, il faut s’en tenir là. Canslatt a vu, plusieurs fois, une seconde saignée, pratiquée dans une circonstance de ce genre, produire les résultats les plus déplorables (1).

Dans le cas où la saignée ne paraîtra pas très-franchement indiquée, il vaudra mieux s’abstenir que de la pratiquer à tout risque. Le froid aux pieds, la pâleur de la face, l’état visqueux de la langue, de la rêvasserie la nuit, tous symptômes qui se dessinent quelquefois dès le début de la maladie, éloigneront de son emploi. On s’en abstiendra d autant plus facilement, que l’on aura à sa disposition un moyen très-actif et toujours indiqué, je veux parler du vomitif.

.1 ajouterai enfin que, toutes choses égales d’ailleurs, les émissions sanguines se trouvent plus indiquées dans les bronchites primitives que dans les bronchites entées sur un catarrhe chronique. Il suffit même qu un catarrhe existe depuis longtemps, avec expectoration abondante et complication d’emphysème, pour faire renoncer aux émissions sanguines. Leur usage intempestif est toujours alors trop dangereux pour que l’on n’hésite pas à résister même à des indications apparentes, mais qui trompent facilement (2).

(1) Canslatt, loc. cit., t. II, p. 44.

(2) Bulletin rtn théraprutirfue , 1844, t. XXVI, p. 333,

MALADIES DE l/ APPAREIL RESPIRATOIRE.

Vomitifs. — Si l’abus des émissions sanguines jette les vieillards et les enfants dans un même état de prostration, si dangereux pour la vie, et propre, dans tous les cas, à empêcher la solution des maladies aiguës, en favorisant leur passage à l’état chronique, il faut dire également qu’à ces deux époques de la vie, les vomitifs rendent d’immenses services, dans les maladies des organes de la respiration, et pour leur très-grande efficacité, et parce qu’ils remplacent parfaitement d’autres moyens énergiques dont l’âge adulte seul permet d’user largement.

Les vomitifs seront donc mis au premier rang dans le traitement de la bronchite aiguë, chez les vieillards.

Cependant, lorsque les symptômes inflammatoires dominent d’une manière très-nette, lorsque la langue n’offre pas d’enduit., que l’appétit est simplement perdu, sans goût amer et sans nausées, lorsque les émissions sanguines pourront être employées un peu largement et que leurs effets auront été favorables, on pourra se dispenser de recourir aux vomitifs. De simples laxatifs pourront suffire.

Mais dès qu’il s’agit d’un cas un peu grave, il sera très-rare qu’il en soit ainsi : ce sera rare surtout dans les bronchites aiguës compliquant un catarrhe chronique.

Ces vomitifs, pour lesquels nous avons généralement recours à l’ipéca uni au tartre stihié, seront prescrits au début de la maladie, si l’on n’emploie pas les émissions sanguines; dans le cas contraire, quelques heures après la saignée ; si même la bronchite tend à se généraliser, que la dyspnée soit considérable, on pourra faire vomir une ou deux heures après la saignée. Il faut souvent revenir aux vomitifs le lendemain ou le surlendemain. Quelquefois nous avons été obligé de le réitérer à trois reprises consécutives.

Les vieillards supportent en général parfaitement les vomitifs, l’ipécacuanha surtout. Le vomissement est toujours fatigant, quelquefois très-pénible; mais le sommeil suit presque toujours les effets du médicament, et le malade se remet promptement des efforts auxquels il a eu à se livrer. Je n’ai jamais vu d’accidents locaux en résulter vers les voies digestives, et l’on trouvera rarement une contre-indication dans l’état cérébral. Les efforts du vomissement sont encore bien moins à craindre, pour un cerveau disposé à se congestionner, que l’embarras de la respiration et de la circulation pulmonaire. J’en dirai autant de l’état d’hypertrophie ou de dilatation du cœur. On voit quelquefois, chez de plus jeunes sujets, le vomissement augmenter les palpitations d’une manière inquiétante. Mais il ne m’a

CATARRHE PULMONAIRE. °VL

pas semblé que cet effet fût aussi marqué chez les vieillards. J’insisterai du reste encore sur la convenance spéciale ,de débarrasser promptement la poitrine, chez les individus atteints d’aflection du cœur.

La diminution soudaine ou la suppression de l’expectoration indique ordinairement, sinon toujours, l’usage des vomitifs à dose un peu élevée.

L’utilité des vomitifs ne se montre pas seulement au début de la bronchite. Elle se retrouve à propos de rechutes, qui viennent souvent entraver la marche de la maladie vers la guérison. Il arrive encore assez souvent que la maladie traîne ; la fièvre cesse ou à peu près, le sommeil reparaît un peu, la dyspnée diminue, mais la toux et l’expectoration continuent à fatiguer le malade à un haut degré, l’appétit ne revient pas, les forces tardent à renaître. J’ai vu dans de semblables cas, alors que la maladie durait déjà depuis dix, douze et meme quinze jours, un vomitif, pris de nouveau, et quand les opiacés, les antimoniaux, les purgatifs étaient restés sans effet, amener une rapide solution de ces accidents.

Dans les cas graves, alors que l’inflammation occupe une grande étendue de l’arbre bronchique, lorsque surtout on n’est pas assuré de n’avoir pas cà craindre une broncho-pneumonie, il faut prescrire le tartre slibié à haute dose. Nous étudierons au chapitre delà Pneumonie faction spéciale de ce médicament.

Canstatt préfère le sulfate de cuivre au tartre stibié comme vomitif, ce dernier pouvant déterminer des diarrhées graves. Après une bonne dose de sulfate de cuivre, dit-il, on administre une infusion d’ipéca ou du miel de scille, ou du kermès (1). Nous n’avons jamais employé nous-même le sulfate de cuivre, peu usité en France comme vomitif, et dont l’usage n’est peut-être pas exempt de danger.

Purgatifs. 11 est rare que, dans les bronchites un peu graves, les vomitifs puissent dispenser de l’emploi des purgatifs. En général, l’ipéca, même uni au tartre stibié, ne détermine pas de selles chez les vieillards. Il faut donc dès le début de ces bronchites prescrire des lavements laxatifs. Il laut également recourir assez promptement aux purgatifs après les vomitifs. Ainsi, le jour suivant, prescrire ou une mcaecinc de manne etde séné, ou de 1 huile de ricin. Ces purgatifs m’ont toujours paru préférables aux sels neutres dans les affections thoraciques. Ils déterminent des selles peut-être moins nom-

(1) Canstatt, /oc. cit p. 115.

breuses, mais plutôt bilieuses et muqueuses que simplement séreuses. Si la maladie se prolonge, on reviendra également à l’administration de ces purgatifs, que je n’ai jamais vu déterminer d’irritations intestinales ni de diarrhées persistantes.

Antimoniaux. — Au commencement de ces bronchites, surtout lorsqu’elles ont une apparence inflammatoire, on se contentera de boissons délayantes, infusions pectorales, eau panée, de loochs simples pour la nuit. Mais dès que la période des émissions sanguines et des vomitifs est passée, on pourra recourir aux antimoniaux.

Le kermès seul semble pouvoir être utilement employé dans ces bronchites. Il faudra généralement attendre, pour le prescrire, que la fièvre ait disparu, surtout quand il s’agira de bronchites primitives. Il pourra être usité plus tôt danslesbronchites entées sur un catarrhe chronique. S’il existe encore un état inflammatoire, on ne le donnera qu’à petites doses, 5 centigrammes, 10 au plus, dans 90 grammes. Je l’unis alors presque toujours au sirop diacode. Plus tard, on pourra en augmenter la dose, mais je n’ai jamais reconnu, dans de simples bronchites, l’utilité de dépasser de 15 à 20 centigrammes dans un julep de 100 grammes. Il n’en est pas de même dans la pneumonie. Nous en reparlerons ailleurs.

L’effet ordinaire de ce médicament est de faciliter l’expectoration et d’aider à la solution de la maladie. Cependant je dois dire qu’il m’est arrivé plus d’une fois de n’en rien obtenir, d’apparent au moins (1). Il ne faut pas dans ce cas insister sur son emploi. C’est surtout quand il n’agit pas d’une manière favorable sur la muqueuse bronchique, que l’estomac paraît le tolérer moins facilement. Alors il peut déterminer des douleurs épigastriques avec ou sans nausées, des coliques et une diarrhée douloureuse.

Lorsque la bronchite tend à passer à l’état chronique, l’union de l’oxymel, et même s’il y a plutôt un état passif qu’un reste d’inflammation, de l’oxymel scill i tique au kermès, est avantageuse.

Opiacés et antispasmodiques. — Les opiacés doivent être pris avec beaucoup de modération dans la bronchite aiguë. 11 peut arriver qu’ils diminuent ou même arrêtent l’expectoration. Aussi ne les prescrivons-nous en général que concurremment avec le kermès et sous forme de potion. Cependant si la toux est douloureuse, fréquente

(1) Le kermès est un des médicaments qui sont le plus souvent sophistiqués.

CATARRHE PULMONAIRE

et sèche, l’extrait aqueux d’opium, à la dose de 3 à 5 centigrammes, peut aider à calmer l’irritation bronchique. Des cataplasmes tièschauds et arrosés d’une assez forte dose de laudanum soulagent quelquefois beaucoup les douleurs sternales. Les opiacés sont du reste surtout utiles, toujours à faible dose, quand 1 expectoration a de la peine à s’établir.

La dyspnée qui existe quelquefois à un haut degré au début de la bronchite aiguë, surtout chez les catarrheux emphysémateux, réclame un traitement spécial. Lorsqu’elle n’a cédé ni aux émissions sanguines, ni aux vomitifs, on lui opposera la belladone à la dose de 5 centigrammes dans une potion gommeuse (Récamier), ou bien des inhalations éthérées qui paraissent réussir quelquefois parfaitement à dissiper ce symptôme pénible et toujours un peu inquiétant (1).

Vésicatoires. — Les vésicatoires peuvent rendre des services dans la bronchite aiguë, mais il faut ne les prescrire que lorsqu’on est bien assuré de leur utilité, et l’indication n’en est pas très-commune.

Nous signalerons d’abord les bronchites graves, doubles, profondes, avec forte dyspnée, expectoration embarrassée. Si les vomitifs n’ont pas réussi à amener une détente marquée dans cet état de la poitrine, un vésicatoire très-large sera placé au devant du thorax. Nous en avons obtenu d’excellents effets. On se contentera d’en détacher l’épiderme, et il est rare qu’il y ait à chercher à l’entretenir. Mais bientôt il vient à sécher, et pour peu qu’il ait suppuré abondamment et pendant quelques jours, il faut en placer un au bras et l’activer le plus possible. Celle pratique trouvera surtout son application chez les vieux catarrheux atteints de bronchite aiguë.

Quelquefois encore, dans la seconde période des bronchites aiguës, quand elles tendent à passer à l’état chronique, on peut utilement placer un vésicatoire au bras et l’entretenir quelque temps.

Tisanes et régime . — Nous n’avons pas besoin d’insister sur futilité de lavements fréquents chez les vieillards atteints de ces bronchites, et presque toujours constipés. Des sinapismes seront placés aux extrémités si la dyspnée est prononcée, rarement sur la poitrine, à moins qu’il ne s’agisse de vieillards très- affaiblis et phlegmaliques.

On prescrira des boissons abondantes, délayantes d’abord et mucilagineuses, plus tard amères et même légèrement toniques et vineuses.

(1) Bulletin de thérapeutique , 1844, t, XXVI. p. 330,

J’ai vu quelquefois, dans de simples rhumes, l’eau froide réussir parfaitement pour unique boisson. Mais les boissons chaudes sont généralement préférables chez les vieillards. L’inhalation de vapeurs émollientes pourra être conseillée si l’expectoration est épaisse et difficile.

On se gardera d’insister sur la diète dans ces bronchites aiguës, surtout lorsqu’elles sont survenues chez des vieillards calarrheux déjà. Sans doute, si les symptômes présentent une marche très-aiguë et franchement inflammatoire, une diète absolue pourra être nécessaire, mais on la prolongera le moins possible. On n’attendra même pas toujours que la lièvre ait complètement disparu pour faire prendre du bouillon de poulet ou même de bœuf. Dès que la fièvre aura cessé, quelques aliments, très-légers, seront généralement nécessaires; on ne tardera pas à y joindre de l’eau rougie. On n’oubliera pas que, chez les vieillards comme chez les enfants, les symptômes des affections thoraciques surtout sont souvent entretenus par une diète trop rigoureuse, et ne cèdent qu’alors qu’on a recours à un régime convenablement substantiel.

§ in. — pea indications relatives au traitement du catarrhe simple.

L’indication dominante dans le traitement du catarrhe lui-même est de faciliter l’expectoration en même temps que de la modérer. Je ne séparerai pas ici, pour éviter des redites inutiles, le catarrhe simple, de la bronchorrhée. Cependant nous trouvons sur ce sujet \ des distinctions importantes à faire.

Il y a des calarrheux, comme on l’a vu plus haut, qui ne le sont que l’hiver. On en voit qui, dès les premiers froids, les froids humides de l’automne surtout, s’enrhument; les accidents débutent chez eux d’une manière aiguë, puis la toux se prolonge tout 1 hivci,

pour cesser au retour de la chaleur.

Chez d’autres, ce n’est pas par un rhume que débute ce catarrhe périodique, mais par un peu de toux et d’expectoration au malin, qui se développent peu à peu et tiennent ces vieillards, durant tout 1 hiver ] et à un degré variable, exposés cà tous les inconvénients et à toutes les

conséquences des catarrhes prononcés.

Chez les premiers, surtout lorsqu’ils ne sont pas très-dgéi?, ce qui est le cas le plus ordinaire, il faut s’efforcer d empêcher ces îetouis d’affections catarrhales, qui ont presque toujours un caractère plus grave que chez les autres, et les tiennent fort exposés au développe-

CATARRHE PULMONAIRE

nient de pneumonies. Ce qui m’a le mieux réussi, dans ce cas, c est l’usage d’eaux sulfureuses, non pas lorsque la toux commence à se montrer, mais avant l’époque à laquelle on peut 1 attendre : ainsi au mois de septembre. Je prescris en général l Eau Bonne, que 1 on prend de la manière suivante deux verres, le matin a jeun, d abord coupée avec du lait, puis pure, en en continuant 1 usage pendant un mois; il est même bon de faire ce traitement à deux époques de l’année, au printemps et à la lin de l’été. J ai vu ainsi des habitudes de catarrhe, après s’être reproduites avec une certaine gravité d’année en année, cesser entièrement depuis qu on faisait usage d eaux sulfureuses de la manière que j’ai indiquée.

Lorsqu’on a affaire à un catarrhe qui se développe très-graduellement à l'automne, il faut se comporter comme lorsqu’il dure toute l’année, le soigner, le tempérer, le surveiller, mais non s’efforcer de le supprimer entièrement.

Nous aurons à étudier successivement ici le régime qui convient aux ea (arrheux, et plusieurs médications ou médicaments qui trouvent leurs indications dans les conditions si variées où ces sortes de malades peuvent se présenter, ou simplement dans certaines idiosyncrasies individuelles que la pratique seule révèle.

Régime. — Dans une maladie du genre de celle que nous éludions» le régime doit être placé en tète du traitement.

Nous savons que les influences atmosphériques, le froid et l’humidité surtout, ont une action très-prononcée sur le développement ou la marche du catarrhe. Cela suffit pour indiquer les précautions nécessaires aux vieillards atteints ou menacés de catarrhe. Cependant il ne faut pas oublier qu’à cet âge, comme à tout autre, l’usage peut seul aguerrir contre ces influences nuisibles. Les individus qui passent la majeure partie de leur temps enfermés dans des appartements très-chauds ne peuvent, sans grand risque, subir le contact de l’air froid ou humide. Une vie trop débilitante finit même par éteindre complètement, chez les gens âgés, la faculté de réaction qui peut seule combattre les effets d’une température un peu rigou- ; reuse.

Il est donc utile que les vieillards gardent le plus longtemps posisible l’habitude de sortir journellement, et par des temps variables. Il ne faut 1 aire d’exception que pour des vieillards d’un très-grand ' âge, très-impressionnables, n’ayant plus grande faculté de calorifi- 1 cation, et trop apathiques pour se livrer au mouvement actif. 11 faut quelquefois se résoudre à les tenir, pendant une saison tout entière,

comme dans une serre chaude, et l’on a vu se prolonger ainsi, dans une sorte de vie artificielle, et pendant des années entières, de frêles existences qu’un souffle semblait devoir éteindre, et pour lesquelles il faut créer en quelque sorte une atmosphère à part.

Mais enfin, en principe, l’exercice est une des conditions les plus nécessaires aux catarrheux; l’exercice actif ou passif; l’habitude du cheval est bonne â conserver le plus longtemps possible.

L’usage de la flanelle sur la peau est nécessaire. Il n’est pas nécessaire d’insister sur le soin que l’on aura de se vêtir chaudement et suivant les saisons, de veiller surtout à ce que les pieds subissent le moins possible de froid ou d’humidité. Des chaussettes de toile cirée par-dessus les bas seront souvent très-utiles.

Les affusions froides, convenables, dans des conditions analogues, à d’autres âges, ne sauraient être conseillées aux vieillards, dans la crainte qu’une réaction suffisante ne répondît pas à leur appel. Mais on y suppléera par des frictions, frictions sèches surtout, au moyen de brosses appropriées. Ces frictions auront encore l’avantage de suppléer aux bains qui, l’hiver surtout, devront souvent être complètement défendus. Il faudra même les défendre toute l’année, quand il existera une toux habituellement fréquente, une expectoration trèsabondante, une grande disposition à s’enrhumer. Mais l’été, et lorsqu’il n’y aura pas de contre-indication, quelques bains un peu chauds, salés et gélatineux, seront utiles aux vieillards affectés de catarrhe ; on conseillera des bains alcalins à ceux dont la peau est terreuse et dont l’épiderme s’exfolie difficilement.

L’habitation dans un climat sec et chaud, le voisinage des sapins, l’orientation des appariements au midi, le séjour à la campagne, sont des conditions toujours utiles à ces sortes de malades. Dans les temps de brouillard et de dégel, on pourra essayer de modifier l’atmosphère des appartements au moyen de muriale de chaux ou d’acide sulfurique anhydre, cari! est de ces malades qui présentent une susceptibilité extraordinaire, relativement à l’état hygrométrique de l’atmosphère.

L’alimentation sera soigneusement surveillée. On devra manger peu à la fois, surtout le soir; faire un usage modéré de pain, des farineux en général; les aliments froids seront recherchés. Les viandes blanches, mais nourrissantes, et en évitant avec grand soin qu’elles proviennent d’animaux trop jeunes; les viandes noires et saignantes, mais en proportion modérée; le poisson, les légumes verts, les fruits crus ou cuits, le raisin en quantité dans la saison,

CATARRHE PULMONAIRE. ^9

tel est le régime qui convient aux catarrheux. Chez ceux à qui leur grand âge, ou la perle absolue des dents, ou le degré de l’affection catarrhale, ou l’état d’atonie des voies digestives ne permet plus de suivre un régime un peu varié, les gelées de viande seront recommandées. J’ai vu plusieurs fois qu’en prenant une demi-glace avant ou après le repas, ces malades évitaient les inconvénients attachés à des digestions languissantes et le redoublement de la toux catarrhale qui les accompagne quelquefois. Les mets excitants, tels que truffes, gibier très-faisandé, viandes ou hors-d’œuvre fumés, ne peuvent qu’être nuisibles.

Les vins de Bordeaux, rouges et blancs, seront préférés. Cependant le madère, le malaga, le collioure, lelunel, seront tolérés volontiers. Chez les vieillards phlegmatiques , à sécrétions passives et abondantes, les vins d’Espagne peuvent même être utiles, en petite quantité toutefois. Les habitudes antérieures seront consultées à ce sujet. Aux vieux ivrognes, ou seulement à ceux qui ont fait un grand usage de liqueurs ou de vins très-alcooliques, on se gardera d’imposer sur ce point des privations trop absolues, et l’usage modéré de liqueurs alcooliques pourra entrer utilement dans leur régime.

Résineux et balsamiques ; goudron. — On ne saurait trop recommander l’usage des préparations résineuses aux individus affectés de 1 catarrhe, et, pour nous, le goudron résume ces préparations de la manière la plus satisfaisante.

Les préparations de goudron, recommandées par Laennec dans le traitement du catarrhe (1), mais peu usitées aujourd’hui, ont été proposées contre la phthisie pulmonaire, dans une vue de spécificité à laquelle, malgré les assertions des médecins anglais, nous ne saurions ajouter aucune foi. Mais il faut admettre quelles exercent une action formelle sur les sécrétions catarrhales delà muqueuse pulmonaire, et c’est, ou en modifiant ce phénomène qui domine quelquefois tous les autres, chez les phthisiques, ou en agissant sur de simples catarrhes, par suite d’erreurs de diagnostic, que cette apparence de spécificité a pu tenter de s’accréditer. Ce qu’il y a de certain, c’est que, par une tradition antique et vulgaire qui s’est perpétuée , soit dans la science, soit en dehors d’elle, les préparations balsamiques, les arbres de la famille des conifères, le goudron tel qu’il s’emploie dans les usages industriels ou dans l’art nautique, ont toujours été recherchés pour les individus affectés de toux et d’expectoration catarrhale,

(1) Laennec, toc. cit t. I, p. 149.

SOS

simple ou non. M. le docteur Saies-Girons a publié des recherches très-curieuses et très-érudites sur ce sujet, outre des observations intéressantes sur l’emploi thérapeutique du goudron, dans un livre qui eût pu gagner à avoir une forme un peu plus scientifique et un peu moins excentrique (1).

Le goudron peut être employé sous forme d’inhalations ou de préparations pour l’usage interne.

Son action sur la muqueuse pulmonaire est la suivante : les sécrétions excessives diminuent; elles prennent un peu plus de consistance; elles sont rejetées avec plus de facilité, et cessent de s’arrêter dans les rameaux bronchiques qu’elles obstruent , avec production de dyspnée, imminence, à un certain degré, d’asphyxie, et nécessité d’une toux pénible pour les expulser.

Lorsqu’au contraire la muqueuse est le siège d’une irritation de longue durée, avec sécrétion rare, visqueuse, difficile à détacher, celle-ci devient plus abondante, plus fluide, l'expectoration plus facile, et les signes d’irritation disparaissent. C’est en définitive sur la muqueuse bronchique, considérée comme organe de sécrétion, qu’agissent les préparations résineuses, et, comme c’est autour du phénomène sécrétion que se groupent tous les symptômes propres au catarrhe, il en résulte également que tous ces symptômes se trouvent modifiés par cette médication.

Voici quelques détails sur le mode de préparation et d’emploi du goudron, détails empruntés par le docteur Saies-Girons au docteur Crichton (médecin de l’empereur de Russie), qui a, il y a une quarantaine d’années, vulgarisé cette médication en Russie et en Allemagne (2) :

« Le meilleur goudron pour fumigations est celui qu’on utilise dans la marine et les corderies; il vient ordinairement de la Norvège. Les expériences de M. Crichton l’ont mis à même de marquer d’une certaine préférence celui qu’on extrairait des racines du pin blanc; mais le premier suffit. Cependant le goudron du commerce étant chargé d’impuretés, il est bon de le passer au tamis à une douce température. 11 contient aussi un acide pyroligneux qui, par sa volatilité, s’évapore bien avant le degré d’ébullition, irrite la muqueuse bronchique et provoque la toux. Pour neutraliser cet élément nuisible, il

(1) Saies-Girons, La phthisie et les autres maladies de poitrine traitées par le médicinal naphtha et les fumigations balsamiques, 1847.

(2) Practical observations on the cffects of the vapour of boilrng tar in pulmonary consiimplion, 1823.

CATARRHE PULMONAIRE

faut ajouter de 60 à 90 grammes de sous-carbonate de potasse pai kilogramme de goudron. C’est faute d’avoir pris cette précaution que bon nombre de médecins ont rejeté cette médication, dont ils n avaient point obtenu de bons résultats. Ce carbonate de potasse doit être intimement mêlé; pour cela, il convient de remuer en ajoutant peu à peu la quantité requise de ce sel dans le goudron, qui doit être

choisi le plus liquide possible (1). »

On remplit de goudron une capsule, que l’on expose à une flamme légère. Je le fais placer habituellement sur la cheminée d’une veilleuse ordinaire, à la place de la théière; au-dessous est une pelite bougie, ou une petite lampe à esprit-de-vin, ou une simple veilleuse. La chaleur peut n’êlre portée qu’en deçà, mais jamais au delà d’une légère ébullition. Celle-ci est continuée jusqu’à ce que l’atmosphère de la chambre présente partout une odeur très-prononcée de goudron. Le même goudron peut servir plusieurs lois; mais M. Saies-Girons recommande de débarrasser soigneusement la capsule des croûtes qui auraient pu se former durant l’ébullition précédente.

Ces fumigations peuvent être réitérées plusieurs fois dans la journée. Mais, en général, il suffît de les pratiquer deux fois, le malin dès le réveil et avant d’avoir rien pris, et le soir au moment de s’endormir. •

L’inspiration de ces vapeurs de goudron provoque quelquefois la toux; mais il est présumable que cela tient à la présence d’un peu de matière empyreuraatique volatilisée et due, soit à l’impureté du goudron, soit à la manière dont l’évaporation aura été dirigée. Mais en général, au contraire, l’influence de ces vapeurs est salutaire à quelque degré. J’ai rencontré plusieurs personnes extraordinairement sensibles à leur action bienfaisante : une ou deux fumigations suffisaient pour changer entièrement le caractère de la toux. La dyspnée est encore un symptôme qui cède quelquefois avec une grande rapidité à l’inhalation des vapeurs du goudron.

J’ai toujours employé ces fumigations sous la forme que je viens d’indiquer. Mais Cayol, qui faisait un grand usage de celte médication, regardait comme préférable de s’en tenir à l’évaporation spontanée du goudron, placé sur de larges surfaces: ainsi des assiettes disséminées sur plusieurs point de la chambre. Tout au plus devraiton choisir le voisinage du foyer, ou le contact des rayons solaires.

(1) Sales-Cirons, La phthisie , etc., p. 496.

M. Saies-Girons taisait etendre une couche de goudron sur le marbre d un poêle, chez un vieillard atteint d’une de ces bronchorrhées excessives dans lesquelles, plusieurs fois par jour, une énorme quantité de mucosité est expulsée de la poitrine comme par une vomique. Cet homme. ne parvenait à expectorer et à respirer que dans cette atmosphère goudronnée.

Le goudron peut encore être employé à l’intérieur avec avantage. L’eau de goudron est une préparation bien connue. On la fait souvent en laissant macérer du goudron dans de l’eau, que l’on puise et renouvelle à mesure. M. Saies-Girons reproduit ainsi la formule primitive de l’eau de Berkeley, bien préférable, à cause de son égalité de composition : « Versez quatre pintes d’eau froide sur une de goudron, remuez durant cinq minutes avec une palette de bois, couvrez le vase et laissez reposer quarante-huit heures, afin que le goudron se précipite au fond; écumez légèrement à la surface la pellicule huileuse, et passez à travers un linge ou un filtre; mettez en bouteille que vous bouchez exactement (I). »

L’eau de goudron ainsi préparée peut être obtenue beaucoup plus étendue, si on la trouve trop concentrée. Outre son action sur l’appareil respiratoire, cette préparation paraît agir comme un tonique et un léger stimulant sur la muqueuse de l’estomac. On se trouve fort bien d’en faire un usage habituel aux repas, mais plus étendue que dans la formule précédente.

Cayol a fait préparer en outre un sirop de goudron décoloré, que l’on prend par cuillerées à café, pur, ou dans un peu d’eau, quand la toux se montre par quintes. Malgré la faible quantité de goudron que ce sirop peut contenir, suffisante encore cependant pour lui communiquer une odeur et une saveur assez prononcées, je l’ai vu agir d’une manière remarquable dans des toux opiniâtres avec faible expectoration.

Cependant Cayol a observé que l’usage du goudron était surtout indiqué en fumigations dans le cas de faible expectoration, et à l’intérieur dans ceux d’expectoration abondante. Il m’a paru que l’usage interne de l’eau de goudron réussissait surtout dans le cas d’atonie, d’anorexie, de digestions lentes. Canstatt dit que l’eau de goudron détermine souvent des indigestions chez les vieillards très-âgés (2). Je ne l’ai jamais observé.

^1) Saies-Girons, Lu phthisie, etc., p. 464. (2) Canstatt, loc. cit., p. 129.

CATARRHE PULMONAIRE

MM. Trousseau et Pidoux paraissent préférer les fumigations balsamiques, surtout de benjoin et de Tolu, aux fumigations de goudron, dont ils ne contestent du reste nullement les avantages (1). Mais le prix élevé de ces substances permet rarement de les employer sous cette forme. Le baume de Tolu ne se prescrit guère que sous forme de sirop ou de tablettes. On voit des malades se tiouvei tiès-bien de son emploi comme expectorant ; mais il ne faut pas comptei toujours sur des effets très-prononcés. Il m’a quelquefois paru avantageux de l’unir au sirop diacode.

Tous les résineux ont pu être employés dans le traitement du catarrhe pulmonaire. Je ne dois pas passer sous silence le copahu lui-même, que Bretonneau administrait sous forme de lavement. Le docteur Laroche a rapporté dans un recueil américain (2) sept observations de catarrhe chronique de la poitrine, où le copahu aurait produit des guérisons certaines. Ce praticien prescrivait vingt-cinq gouttes de copahu dans une boisson aromatique (3).

Voici le traitement, par le copahu, de M. Armstrong, tel que le reproduit Vallcix :

D’abord on administre ce médicament dans de l’eau ou dans un r mucilage, à la dose de trente à quarante gouttes, trois fois par jour. Les jours suivants, on augmente la dose de cinq à dix gouttes, jusqu’à ce que Ton soit parvenu à soixante ou quatre-vingts.

Quand, dès le premier jour, l’expectoration et la toux diminuent, il est inutile de porter la dose aussi haut; dans le cas contraire, on peut la dépasser sans inconvénient. Si le malade n’éprouve que quelques nausées ou un seul vomissement, il ne faut pas suspendre l’administration du remède, car ses effets sont plutôt utiles que nuisibles; mais, dans quelques cas, le copahu agit comme un violent cathartique : on doit alors l’administrer dans une petite quantité d’eau de menthe, avec quelques gouttes d’alcool ou de vin aromatique camphré, ce qui suffît pour prévenir l’accident (à).

Sulfureux. — L’action spécifique des préparations sulfureuses sur les sécrétions catarrhales de la muqueuse bronchique est un des faits les mieux avérés de la thérapeutique, et Bordeu trouvait une réelle analogie, sous ce rapport, entre les eaux sulfureuses et les prépara-

it) Trousseau et Pidoux, loc. cit., t. II, p. 579.

(2) North-America medical and surgical Journal, 1826.

(3) Trousseau et Pidoux, loc. cit., t. II, p. 609.

(h) Valleix, loc. cit., t. I, p. 351.

DURAND- FARDEL, — 2e édit.

tions balsamiques et résineuses (1). Les pastilles soufrées peuvent être rapprochées des pastilles de tolu, comme remède expectorant. Mais ce sont surtout les eaux minérales sulfureuses qui rendent des services dans les catarrhes des vieillards.

Je puis surtout parler, d’après ma propre observation, des eaux transportées. J’ai souvent prescrit les Eaux-Bonnes, et j’ai vu M. Moissenet faire, à la Salpêtrière, un grand usage des eaux d’Enghien. Il m’a semblé que ces dernières devaient être préférées chez les individus très-irritables, et chez qui l’on redoute les Eaux-Bonnes comme trop stimulantes. On remarquera du reste que ces eaux, tout en conservant une efficacité notable, perdent par la transportation une grande partie de leurs propriétés excitantes : ceci est surtout applicable aux Eaux-Bonnes.

J’ai parlé déjà de ces eaux pour prévenir les retours périodiques des affections catarrhales à l’automne. On a vu qu’il fallait choisir, pour en faire usage, la saison la plus favorable à la santé, et les prescrire après la cessation du catarrhe, et un peu avant l’époque où l’on en prévoit le retour. Lorsque les eaux sulfureuses seront prescrites pendant la durée du catarrhe, on aura soin également de choisir les périodes où celui-ci régnera avec le moins d’activité : c’est d’ailleurs une règle généralement applicable à cette sorte de médicaments. On administre ces eaux, pures ou coupées avec du lait, pendant trois ou quatre semaines de suite, pour y revenir plus tard. Ce n’est en général qu’un simple palliatif ; aussi, lorsqu’il paraît influencer heureusement la marche du catarrhe, faut-il le faire entrer dans le régime habituel du malade. Mais dès qu’il survient quelque apparence inflammatoire, on doit en supprimer aussitôt l’usage.

Beau employait les bains sulfureux comme base du traitement du catarrhe pulmonaire, de l’asthme, de l’emphysème, c’est-à-dire dans ces cas complexes qui se rencontrent si souvent dans la pratique. Le bain suit immédiatement l’administration d’un vomitif, dans les cas où l’on observe des symptôrties aigus. L’existence même d’un œdème des membres inférieurs n’y constitue pas une contre-indication. Beau a généralement observé un soulagement presque instantané, sous l’influence de ces bains ; l’expectoration devient plus facile et la respiration plus libre, ce que cet observateur paraît attribuer surtout à l’atmosphère sulfureuse où le malade se trouve plongé pendant la

(1) Astrié, De la médication thermale sulfureuse appliquée au traitement des maladies chroniques (Thèses de Paris, 1852, p. 194).

CATARRHE PULMONAIRE

durée du bain. Il conseille donc à ces sortes de malades de faire un usage suivi de bains sulfureux, d’en prendre, par exemple, un par semaine (1).

On ne fait du reste en général un usage suffisant, ni des eaux sulfureuses prises à l’intérieur, ni des traitements thermaux suivis sur les lieux, dans ces sortes d’affections.

L’éloignement des Pyrénées, ce magnifique et unique bassin d’eaux thermales sulfureuses, et la fatigue d’un voyage prolongé, ne permettent pas sans doute d’avoir recours à ces traitements locaux, dans beaucoup de circonstances. Cependant on ne saurait trop conseiller d’v envoyer les vieillards atteints de catarrhe, lorsqu’il n’existe pas de contre-indications formelles, comme une disposition prononcée aux congestions cérébrales, ou l’existence d’une affection organique avancée du cœur. D’abord, le changement de milieu est toujours une condition favorable dans ces affections chroniques, accoutumées et en quelque sorte diathésiques. Ensuite, l’air pur, stimulant, des Pyrénées, le voisinage des sapins et les promenades parmi les émanations résineuses, ne peuvent qu’exercer une influence bienfaisante sur l’état catarrhal des poumons. 11 est vrai que, dans ces contrées d’un accès difficile, l’exercice n’est pas toujours à la portée des gens très-âgés. Il est vrai qu’il est encore des personnes d’un grand âge, d’une constitution débile et encore vivement impressionnable, qui supportent difficilement le mouvement, le changement d’habitude, et chez qui la santé relative ne paraît se maintenir qu’au moyen d’un état de calme et de quiétude parfaite. Ce n’est pas évidemment à ces sortes de malades que de semblables traitements peuvent être appropriés.

La source de la Raillère, à Caulerets, les Eaux-Bonnes, les Eaux- Chaudes sur tout, seront particulièrement recommandées aux vieillards catarrheux. Astrié, dans son intéressant travail sur les eaux sulfureuses (2), recommande, pour les asthmes secs et les toux dites nerveuses sèches, les inspirations hydrosulfurées, telles qu’on les pratique dans les chambres sulfuraires du Vernet, d’Amélie, d’Aix en Savoie.

Les eaux d’Enghien peuvent être certainement utilisées par ceux à qui la distance rend les eaux des Pyrénées inabordables. Mais celles-ci doivent, entre autres choses, à la contrée qui les possède, une supériorité qui ne saurait être contestée.

(1) Beau, Gazette des hôpitaux, 1847, p. 146 et 238.

(2) Astrié, Thèse citée, p 197.

40/i MALADIES DE L’ArPAREIL RESPIRATOIRE.

Purgatifs. — Du moment qu’il existe dans l’économie une dyscrasie,

devenue constitutionnelle, ainsi qu’il arrive pour le catarrhe des vieillards, il faut bien se figurer que toutes les sécrétions, physiologiques ou artificielles, deviennent solidaires avec elle. Si nous avons dû insister, en nous occupant du traitement de la congestion cérébrale, sur un fait analogue, considéré surtout au point de vue vital, nous retrouvons ici le même ordre de considérations, mais bien plus frappant encore et plus matérialisé, pour ainsi dire. La sécrétion anomale des bronches se montre à nous dans un état continuel de rapport, nous pourrions dire d’échange, avec les autres sécrétions de l’économie. Il dépend donc de nous, jusqu’à un certain point, d’agir sur les sécrétions bronchiques par une voie indirecte, en stimulant ou en développant d’autres sécrétions, normales ou artificielles.

La surface cutanée, si active à d’autres époques de la vie, et d’une si importante ressource par son étendue, n’offre plus chez le vieillard qu’une superficie inerte. Nous verrons tout à l’heure le parti qu’on en peut tirer pour l’établissement d’exutoires, émonctoires artificiels, dont l’opportunité est discutable. Mais, d’un autre côté, la surface gastro-intestinale s’ofïfe comme un champ doué encore d’une activité, amoindrie sans doute, mais facile à stimuler.

Il est certain en effet que l’amoindrissement des sécrétions intestinales, d’où résulte en grande partie la constipation des vieillards, et cette constipation elle-même, sont au nombre des circonstances qui favorisent l’établissement et la durée de la dyscrasie bronchique.

C’est donc un point capital, dans le traitement du catarrhe des vieillards, que de chercher à soutenir, autant que possible, la vitalité et l’activité sécrétante de l’appareil digestif. C’est dans ce sens que l’usage interne de l’eau de goudron paraît non moins important que l’administration externe, ou par inhalation, du même agent médicamenteux. C’est dans ce sens que les eaux minérales sulfureuses paraissent agir, non moins que par leur action spécifique sur la muqueuse pulmonaire. C’est cette considération qui doit faire rechercher la réunion de principes sulfureux et alcalins, dans une eau minérale, pour l’adapter au traitement des catarrhes où l’atonie domine, alors que l’on ne craint pas de stimuler trop vivement l’appareil respiratoire, en agissant sur l’appareil digestif.

C’est enfin à cause de leur action directe dans ce sens que les Allemands, à peu près dépourvus d’eaux sulfureuses, emploient les eaux alcalines dans le traitement du catarrhe pulmonaire. Les eaux miné-

CATARRHE PULMONAIRE. ^uo

I raies que Canstatt conseille aux vieillards catarrheux sont celles de Selters, Ems, Nenndorf, Œger(en Bohême), Rippoldsau etCarlsbad; ces dernières surtout, dans le cas de stagnations abdominales (1).

Voici donc un ordre très-formel d’indications : restituer à 1 appareil digestif l’activité qu’il a perdue. Les habitudes hygiéniques, l’exercice, l’alimentation, concourront, à leur manière, à ce but important.

Mais cela ne suffit pas ; il faut souvent encore apporter, sur ce même appareil, une stimulation qui, dépassant le degré propre à l’état normal, en fasse un instrument de révulsion.

Cette dernière indication se rencontre dans deux cas : ou un développement considérable de la sécrétion bronchique, ainsi dans ces bronchorrhées dont nous avons parlé, où il faut bien s’efforcer de modérer l’action dyscrasique fixée sur l’organe pulmonaire ; ou bien le péril spécial qui peut résulter de quelque perturbation, en plus ou en moins, survenue dans ces phénomènes de sécrétion dont les bronches sont le siège.

Nous avons déjà étudié le rôle que doit jouer cette médication dans les accidents aigus qui peuvent se relier au catarrhe. Il nous reste à parler ici du traitement de la maladie envisagée dans sa continuité, et indépendamment des accidents qui peuvent s’y joindre.

J’établirai d’abord d’une manière générale que l’usage, convenable- I ment institué, des purgatifs, doit prendre une place méthodique dans le traitement du catarrhe chronique.

Une des indications relatives à l’emploi de ces purgatifs est la suivante : combattre la constipation dont les vieillards sont toujours atteints à un degré quelconque. Une autre indication consiste à déterminer un surcroît de sécrétion sur la muqueuse intestinale.

11 ne faut pas oublier que tous les vieillards, même ceux dont les garderobes sont les plus régulières, conservent toujours, dans les intestins, des manières dures et anciennes qui, peu à peu, s’amassent et se dessèchent; chez la plupart, les selles sont notoirement insuffisantes. Les lavements ne sauraient que très-imparfaitement remédier a cette circonstance, particulièrement nuisible à des individus affectés de catarrhe. C’est dans le but de corriger cet inconvénient que beaucoup de vieillards font usage de grains de santé, de pilules à formules diverses, mais dont l’aloès fait presque toujours la base. Il y a des sujets pour qui cette pratique est effectivement utile. 11 y en a chez qui l’habitude qu’ils en ont en fait une nécessité. Mais chez ces per-

(1) Canstatt, toc. cit., p. 127.

sonnes même, l’action de ces préparations est insuffisante pour débarrasser entièrement le canal intestinal.

L’usage périodique de purgatifs doux a donc son utilité. Aux vieillards les plus vigoureux, on prescrira des sels neutres ; au plus grand nombre de la manne, du séné, du jalap, de l’huile de ricin, du sirop de nerprun. Et ces purgations annuelles, qui entraient dans les mœurs de nos pères, et que la génération actuelle a bannies de ses habitudes, avaient certainement, dans les circonstances qui nous occupent, leur raison d’être et leur utilité.

Les époques de ces purgations pourront varier suivant une infinité de circonstances. L’important était d’en fixer l’indication générale. On les réitérera, suivant les cas, deux, trois ou quatre fois par an. On choisira de préférence des époques de température moyenne. Les vieillards sont assez sujets à des embarras gastriques, légers et passagers, avec diminution de l’appétit, amertume de la bouche, malaise général ; on choisira le retour de cet état, souvent à peine pathologique par lui-même, pour administrer un purgatif.

L’usage de ces purgatifs sera surtout important et rapproché dans les bronchorrhées considérables, où l'abondance du flux bronchique est une cause d’épuisement, et devient un danger sérieux dès que la sécrétion ou l’excrétion ne s’en opère plus librement. Les purgatifs viennent seconder les autres moyens que j’ai indiqués ou que j’indiquerai, et qui paraissent propres à tempérer, sans inconvénient, cet excès de sécrétion, firicheteau recommande le sulfate de magnésie, dont l’action sur les excrétions muqueuses est, dit-il, fort accréditée (J). Mais il faut faire attention à l’action débilitante des sels neutres chez de tels sujets. Dans les circonstances pressantes, c’est au vomitif qu’il faudra recourir, au moins avant de prescrire les purgatifs. Les drastiques pourront également être utiles alors; mais ils se trouvent rarement indiqués dans le catarrhe chronique. On a cependant vanté particulièrement la gomme-gutte dans le traitement de cette maladie.

Vomitifs. — L’usage des vomitifs, dans le traitement du catarrhe, se rapporte surtout aux accidents aigus qui peuvent survenir pendant sa durée, bronchite aiguë, broncho -pneumonie, catarrhe suffocant. Je parlerai, à propos du traitement de l’asthme et de l’emphysème, des indications spéciales que la dyspnée peut offrir à ce sujet.

(1) Bricheleau, Traité sur les maladies chroniques qui ont leur siège dans les organes de l'appareil respiratoire , 1852, p. A76.

CATARRHE PULMONAIRE

Cependant l’indication des vomitifs peut encore se rencontrer dans le catarrhe chronique lui-même. Ce sera spécialement dans les bronchorrhées avec sécrétion excessive. Les malades affectés de celte forme de catarrhe sont sujets, sous des influences atmosphériques ou autres, à voir l’expectoration se ralentir, devenir plus pénible, et il se fait une sorte de stase de la matière sécrétée dans les bronches, qui entraîne une dyspnée considérable, et peut même les menacer de suffocation. 11 n’y a pas à hésiter alors à recourir à un vomitif; l’ipéca uni au tartre stibié m’a toujours paru préférable à l’émétique seul. Cette médication a ordinairement le double effet de débarrasser les bronches et de rétablir la sécrétion bronchique dans ses conditions antécédentes.

Les vomitifs et l’ipéca en particulier peuvent encore être employés avec avantage contre l’excès même des sécrétions bronchiques : il faut alors en rapprocher l’administration, et surtout les combiner avec les autres moyens que j’ai indiqués. La méthode de Laennec consistait à répéter les vomitifs aussi souvent que le permettaient la force du sujet et la manière dont il les supportait. « J’ai fait prendre dans l’espace d’un mois, dit-il, avec un succès I complet, quinze vomitifs à une dame de quatre-vingt-cinq ans, maigre, mais qui d’ailleurs ne ressentait aucune des infirmités de la vieillesse, si ce n’est un catarrhe muqueux qui durait depuis dix-huit mois, et qui était tellement abondant qu’elle rendait chaque jour environ deux livres de crachats ; elle a vécut huit ans après sa guérison (1). » L’emploi des toniques suivra toujours alors celui des vomitifs.

Antimoniaux . Le tartre stibie à haute dose a été employé par

M. IL Gintrac (de Bordeaux), dans le traitement de la bronchite chronique. Les faits observés par ce médecin distingué, dans un mémoire couronné par l’Académie de médecine, sont relatifs à des adultes et a des vieillards. Chez tous, la maladie, durant depuis plusieurs mois ou depuis plusieurs années, offrait plutôt les caractères dune véritable inflammation chronique des bronches que d’un simple catarrhe. La toux était fréquente, opiniâtre, s’exaspérait souvent la nuit, et déterminait par son intensité des vomissements, des douleurs thoraciques ou abdominales. Les crachats, d’abord aqueux et muqueux, étaient devenus jaunâtres, épais, d’un aspect pu-

(1) Laennec, toc. cit t. I, p. 148.

rulent; la quantité d’expectoration était considérable et fournissait des crachats abondants, semblant provenir de vastes cavernes pulmonaires. L’oppression était peu prononcée. Il y avait eu un état lébrile du pouls, mais sans régularité et sans exacerbation régulière le soir. Toutes sortes de moyens avaient été employés inutilement: saignées, vésicatoires, emplâtres stibiés, kermès, oxyde blanc d’antimoine, opium, oxymel scillilique, etc. Le tartre stibié fut donné aux doses de 30, AO, 50 et 60 centigrammes, dans une potion avec 3, A et 5 centigrammes d’opium. La dose totale s’éleva de 1 à 40 grammes, et la durée du traitement varia de cinq à trente jours. Les effets de ce traitement furent assez prompts, et dans presque tous les cas très-satisfaisants ; il ne paraît pas que l’âge ait influé sur les résultats définitifs. Les symptômes améliorés d’abord furent la toux et la quantité de l’expectoration ; le caractère purulent des crachats disparut quelques jours après. La tolérance s’est manifestée chez presque tous ces malades, et l’usage du tartre stibié n’a pas altéré sensiblement les fonctions digestives, car il ne s’opposait pas à une certaine alimentation (1).

Ces faits autorisent à prendre le tartre stibié à haute dose lorsque le catarrhe conserve indéfiniment une apparence inflammatoire, et que la gravité des symptômes et la marche de la maladie donnent à penser que la muqueuse des bronches est atteinte dans son organisation.

Mais dans les catarrhes simples et compatibles avec un état de santé relative, il est évident qu’il n’y a pas à songer à une semblable médication. Celle-ci ne me semble pas davantage indiquée dans les bronchorrhées considérables, mais ataxiques et avec apparence de relâchement plutôt que de phlogose de la muqueuse.

Le kermès m’a seul paru de quelque utilité dans le traitement de ces catarrhes. Bricheteau est parvenu à dissiper entièrement d’anciennes bronchites à l’aide de doses successivement augmentées de ce médicament, à l’exclusion de tout autre, et alors que plusieursremèdes énergiques avaient été impuissants (2). Cependant, je ne lui ai pas reconnu, par moi-même, une grande action sur la marche de la maladie. Lorsque l’expectoration est rare, visqueuse, difficile, il paraît la faciliter; uni à l’opium, il rend la toux moins fréquente

(1) H. Ginlrac, Études sur les effets thérapeutiques du tartre stibié à haute dose.

Bordeaux, 1851, p. 92.

(2) Bricheteau, loc. cil., p. 513.

CATARRHE PULMONAIRE

et moins pénible. On se trouve bien aussi de le combiner avec le si-

Irop de Tolu. Du reste, je ne l’ai jamais employé moi-même à dose élevée dans le catarrhe. Il détermine quelquefois des nausées, quelquefois aussi des selles diarrhéiques ; mais ce dernier effet ne se produit que très-irrégulièrement.

Expectorants. Antispasmodiques. — A peu près toutes les médications dont nous nous sommes occupé jusqu’ici rentrent dans la classe des expectorants ; car, nous l'avons dit, il n’y a guère que deux indications à remplir dans le traitement du catarrhe chronique: faciliter l’expectoration, si elle est difficile ; la tempérer, si elle est trop considérable.

Mais il est encore un grand nombre de médicaments qui, sous forme de tisanes, de potions ou de pilules, ont été conseillés également dans le but de favoriser l’expectoration, et dont il suffira de mentionner ici les principaux types. Le choix n’est pas, du reste, très-facile parmi ce nombre considérable de substances, car leur valeur doit être beaucoup moins considérée d’une manière absolue, que d’une manière relative aux cas où on les emploie. Ceci se rencontre surtout dans la thérapeutique de toutes ces maladies chroniques dont la guérison ne peut s’atteindre, et dont la palliation est H même souvent difficile à obtenir. On rencontre de temps en temps des remèdes qui réussissent dans un ou plusieurs cas particuliers; mais, dès qu’on veut en généraliser l’application, le remède tombe dans le discrédit, et non sans avoir encombré la thérapeutique de la maladie.

On ne doit jamais, dans le catarrhe chronique, sauf exception, avoir recours aux tisanes délayantes, pectorales. Le principe amer ou les propriétés stimulantes doivent dominer dans le choix des substances qui fourniront les boissons.

Nous rencontrons d’abord le groupe des labiées que MM. Trousseau et Pidoux désignent sous le nom de labiées amères , Thysope,le marrube, le lierre terrestre ; le lichen d’Islande, plante amère et amylacée; la douce-amère, recommandée par Boerhaave; la serpentaire de Virginie ; le polygala, que MM. Trousseau et Pidoux rangent parmi les vomitifs (1), mais qu’il n’y a aucune raison d’employer à ce titre ; Bretonneau a remarqué qu’immédiatement après l’administration du polygala, donné à doses fractionnées, l’expectoration mu-

(1) Trousseau et Pidoux, loc. cit., t. I, p. ICO.

coso-puriforme propre au catarrhe chronique devenait plus fluide e h

plus abondante; le phellandrium aquaticum. Cette dernière plante ; || • été vivement recommandée dans le traitement du catarrhe chronique. Elle convient surtout, suivant Sandras qui l’a particulière- j '■ ment expérimentée, dans ces bronchites de vieillards qui viennent

avec les froids humides. Son action sur la toux et l’expectoration est généralement rapide et prononcée. Sandras la préfère sous beaucoup de rapports aux eaux sulfureuses et au baume de Tolu (1). M. Michéa a remarqué en outre une action sur la dyspnée (2) que le précédent observateur ne parait pas avoir aussi nettement constatée. Onadministre les semences de phellandrium, encore entourées de leur enveloppe (Sandras), et réduites en poudre, à la dose de 1 à 2 grammes par jour, en deux fois, mêlées avec du sucre,, ou dans du miel, ou du sirop. Bricheteau, a vu chez un malade affecté d’une bronchorrhée considérable, l’abondante expectoration qui l’épuisait diminuer d’une manière notable, en prenant chaque jour , pendant deux mois , un gramme de poudre de phellandrium (3).

Canstalt recommande avec raison, si l’on veut recourir aux toniques proprement dits, de préférer les végétaux aux minéraux; le quinquina, le quassia, la bardane, le houblon, etc., devront être usités dans les cas surtout d’atonie gastrique. Il faudra généralement éviter les astringents. Cependant, c’est à ce titre que l’acétate de plomb a été employé par Heuderme, dans des pilules qui portent son nom, et dont j’emprunte la formule à Yalleix:

Acétate de plomb \

Scille [ ââ 2 grammes.

Extrait de jusquiame )

Pour ZiO pilules dont on prend 3 ou 4 par jour.. .

L’ipéca a été recommandé par doses fractionnées et non vomitives, dans les catarrhes avec sécrétion abondante et dyspnée habituelle. M. Bodin conseille dans l’asthme et le catarrhe bronchique, après avoir fait vomir, d’administrer l’ipéca h la dose de 10 centigrammes tous les matins pendant dix-huit jours ( h ). J’ai employé plusieurs fois

(1) Sandras, Union médicale , novembre 1848.

(2) Michéa, Bulletin de thérapeutique , 1847, t. XXXIII, p. 43G.

(3) Bricheteau, loc. cit., p. 512.

(4) Journal de médecine et de chirurgie pratiques , 1831, t. II, p. 172.

CATARRHE PULMONAIRE

Ml

I cette médication, sans avoir à m’en louer ; cependant, je ne 1 ai pas essayée assez souvent pour la juger définitivement.

IJ’ai également employé la poudre de scille en pilules, sans en obtenir d’effets bien marqués. Mais le miel et l’oxymel scillitiques sont ] des préparations réellement actives, et qui, chez quelques malades, j facilitent l’expectoration d’une manière très-manifeste.

On ne méconnaîtra pas les indications spéciales qui pourront ré- | sulter d’une sécrétion imparfaite ou insuffisante des reins. Lorsque Iles urines seront rares, boueuses, la région lombaire douloureuse, il I faudra s’attendre à voir s’aggraver le catarrhe. Les diurétiques se- | ront alors employés, les térébenthinés, et si l’on n’arrive pas à augmenter la quantité des urines, on tâchera, lorsqu’on supposera, aux J caractères que j’ai déjà indiqués, que l’on puisse y parvenir, de déter- | miner un état de diaphorèse. Les sels ammoniacaux réussissent quelquefois. J. Frank conseille de faire prendre au malade, lorsqu’il est P au lit, en une seule fois, 30 grammes d’acétate d’ammoniaque liquide, I avec égale quantité de rob de sureau, dans une tasse d’une infusion à théiforme quelconque (1).

La gomme ammoniaque, fort recommandée par MM. Trousseau j, et Pidoux (2), peut être considérée comme un expectorant et un antispasmodique qui, sous forme de pilules ou suspendu dans une potion, convient très-bien dans le catarrhe simple, et, comme nous le verrons plus loin, trouve aussi une application utile dans l’asthme proprement dit. Laënnec unissait, dans des pilules, la gomme ami moniaqueau savon amygdalin, dans le cas d’emphysème accompagné de phénomènes spasmodiques (3).

Des phénomènes nerveux dyspnéiques peuvent se joindre au catarrhe, sans qu’il y ait, à proprement parler, d’asthme. On pourra employer alors, outre les substances précédemment indiquées, la belladone en pilules ou en cigarettes, l’asa fœtida en lavements, etc.

Je parlerai plus loin, à propos des catarrhes accompagnés d’une dyspnée considérable (asthme des vieillards), des cigarettes de tussilage, de jusquiame et de belladone. L’emploi de ces cigarettes est quelquefois fort utile, dans les catarrhes simples, pour faciliter l’expectoration. J’ai même vu le tabac rendre de grands services dans ce sens : ainsi des personnes, non habituées à fumer jusque-là, et chez

(1) J. Frank, Pathologie interne , édition de YEncyclop. méd., t. IV, p. 353.

(2) Trousseau et Pidoux, loc. cit., t. II, p. 172.

(3) Laennec, loc. cit., t. I, p. 169.

qui l’expectoration du matin ne s’opérait sans beaucoup de peine que lorsqu’elles avaient fumé une pipe de tabac en se levant. Les circonstances où une telle pratique serait bonne à conseiller ne sont peutêtre pas rares.

Narcotiques. — Les opiacés ne peuvent pas rendre de grands services dans le catarrhe bronchique. Dans quelques circonstances, cependant, où la toux sèche et d’un caractère un peu nerveux se montrait la nuit avec insistance, j’ai vu l’extrait aqueux d’opium en pilules ou en potion calmer ce symptôme et amener un sommeil bienfaisant. La belladone et la jusquiame peuvent être employées dans le même objet; je recommande surtout l’eau distillée de laurier-cerise. On peut en général combiner avec avantage le sirop diacode au kermès ou au sirop de Tolu.

Mais l’opium a l’inconvénient de tendre à diminuer l’expectoration, non par une action curative ou palliative sur l’élément catarrhal luimême, mais en déterminant une disposition passive de l’appareil pulmonaire, qui ne paraît rien moins que favorable. Cette propriété de l’opium a même été utilisée (à doses fractionnées) dans les bronchorrhées considérables, pour diminuer la respiration bronchique, et Canstatt en a particulièrement conseillé l’usage chez les vieux ivrognes. Du reste, les qualités stupéfiantes de l’opiurn ne s’approprient pas en général convenablement à l’organisation des vieillards atteints de catarrhes considérables. Il faut donc se méfier du soulagement même que l’on en pourrait obtenir, dans le cas de toux et d’expectoration exagérées.

Un médecin belge, M. V. Utterhœven, médecin de l’hospice des vieillards, à Bruxelles, a imaginé d’employer le chloroforme pour combattre l’insomnie qui complique la plupart des maladies des vieillards (1). Cette substance, administrée à la dose de h à 15 gouttes dans un mucilage de J 20 à 180 grammes, lui a paru jouir d’une propriété narcotique manifeste. L’elTet lui a paru plus marqué en faisant prendre 10 gouttes, par exemple, dans un mucilage de salep, par cuillerées de deux en deux heures, qu’en administrant la même dose en deux fois, vers le soir, dans l’intervalle d’une heure. Après deux ou trois jours d’usage, faction du médicament paraissait s’affaiblir ; mais, en augmentant la dose précédemment prescrite, le résultat redevenait complet.

(1) Bulletin de thérapeutique, 1848, t. XXIV, p. 2G4.

CATARRHE PULMONAIRE. Ai 3

Le sommeil provoqué par ce médicament était calme, et sans être c. accompagné ou suivi d’aucun signe de congestion cérébrale, ni de i fatigue d’estomac. Le réveil était paisible, sans lourdeur de tête et 3 sans lassitude. La fréquence du pouls a paru quelquefois diminuée, r Chez les malades affectés de catarrhe, les sécrétions bronchiques ont j été favorisées chez les uns, supprimées ou diminuées chez les autres; i mais les quintes de toux ont toujours été avantageusement combat- ; tues. Les évacuations alvines, loin d’être entravées, ont paru se faire plus régulièrement.

M. Marotte a obtenu de bons résultats d’inhalations de chloroforme dans plusieurs cas d’asthme et de dyspnée, symptomatiques de bronchites chroniques (1).

Vésicatoires et révulsifs cutanés. — La question des exutoires se ) présente ici sous un aspect double. Elle comprend les exutoires à demeure, opposés aux accidents chroniques ou permanents, et les exutoires passagers, opposés aux accidents de courte durée.

Ce que j’ai dit plus haut, au sujet des vésicatoires ou des cautères ; établis aux bras ou aux membres inférieurs, et des inconvénients

Iqui en peuvent résulter, retrouve ici parfaitement son application. Causes d’affaiblissement, s’ils suppurent, chez des individus qui ont surtout besoin d’être tonifiés; causes d’irritations locales, de plaies difficiles à guérir, chez des sujets dont les téguments sont dépourvus de vitalité, il est rare que les vésicatoires produisent les effets favorables qu’on en attend, et il arrive souvent qu’ils entraînent des conséquences fâcheuses, et qu’on n’avait pas prévues; il arrive souvent, enfin, comme le dit Laennec, qu’ils ne sont qu’un mal ajouté à d’autres maux (2).

Cependant on ne peut nier que l’établissement d’une suppuration artificielle, dans quelque point de l’économie, ne soit propre à détourner en une certaine proportion le stimulus dyscrasique qui se porte vers la poitrine. Cet échange entre deux surfaces sécrétantes est tout à fait conforme aux règles de la physiologie et h. l’observation pratique. Un vésicatoire au bras serait donc propre à ralentir le développement de ces bronchorrhées que l’on verra disposées à s établir, et qu il est si difficile même d’atténuer, quand une fois elles ont pris droit de domicile dans l’appareil respiratoire. Mais je ne saurais conseiller d avoir recours à ce moyen que chez les individus

(1) Marotte, Union médicale, 1855, p. 96.

(2) Laennec, toc. cit ., t. I, p. 150.

hlll MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE.

offrant un certain embonpoint, et dont les téguments sont encore doués de quelque consistance et de quelque vitalité. Autrement, ce serait en pure perte que l’on chercherait à établir un exutoire, dans des conditions où une suppuration effective ne saurait à proprement parler s’établir.

L’établissement d’un cautère ou d’un vésicatoire à demeure sera surtout utile, lorsqu’il s’agira de suppléer à quelque suppuration ou à quelque irritation pathologique d’une certaine durée : ainsi un ulcère, une affection cutanée. Il faudra encore avoir égard aux habitudes passées. L’existence d’exutoires, à des époques antérieures de la vie, et supprimés depuis, sera souvent une raison d’en établir de nouveaux dans la vieillesse.

Telles sont les indications principales des exutoires à demeure chez les vieillards atteints de catarrhe. Mais encore une fois, il ne faudra y avoir recours que lorsqu’on sera convaincu de leur nécessité, et ne pas les conseiller ou les tolérer inutilement et sans indication formelle.

Quant aux vésicatoires dans les cas d’accidents aigus, nous en avons déjà parlé à propos de la bronchite. Mais il peut arriver que, sans avoir affaire à une bronchite aiguë, des indications pressantes viennent à survenir, dans les bronchorrhées considérables surtout, soit que l’expectoration augmente tout à coup d’une manière immodérée, soit au contraire qu’elle vienne à se ralentir, et qu’il y ait menace d’engouement des extrémités bronchiques, par suite de la rétention des mucosités. Nous savons maintenant que le vomitif est le premier moyen dont l’indication se présente. Mais il est souvent utile, dans le cas surtout de rétention des mucosités, de le faire suivre de l’application d’un large vésicatoire au devant de la poitrine. C’est là certainement un moyen énergique, et indiqué dans tous les cas d’engouement actuel ou imminent du tissu pulmonaire lui-même ou de l’extrémité des bronches.

Je préfère généralement placer ces vésicatoires à la partie antérieure de la poitrine qu’à la partie postérieure, où les pansements sont rondus difficiles par la faiblesse du malade, où la pression exercée par le poids du corps les rend fort douloureux et détermine quelquefois la formation d’eschares et d’ulcérations de longue durée. M. René Vanoye a vu se développer dans de semblables cas des anthrax très graves et très-difficiles à guérir (1).

(1) Bulletin de thérapeutique , 1848, t. XXXIV, p. 507.

CATARRHE PULMONAIRE. aAt>

Bricheteau a recommandé justement dans le catarrhe pulmonaire l’emploi de la pommade stibiée, qu'il croit aussi efficace dans l’inflammation chronique des bronches que l’administration intérieure de l’émétique à haute dose dans les phlegmasies du parenchyme pulmonaire. Cet auteur parle de toux catarrhales opiniâtres qu’il est parvenu à faire disparaître au moyen de frictions stibiées continuées avec persévérance (1), mais il ne dit pas si c’est chez des vieillards qu’il a obtenu de semblables résultats.

J’ai employé la pommade stibiée avec succès à la suite de bronchites aiguës, lorsque la toux et l’expectoration paraissent disposées à passer à l’état chronique. On trouve souvent alors les râles de la bronchite limités à un côté de la poitrine, et même à une portion circonscrite d’un poumon. C’est sur ce point qu’il faut agir avec la pommade stibiée-, on emploira celle-ci de manière à obtenir une éruption rapide et prolongée, sans toutefois répéter pendant trop longtemps les frictions sur la même place, ce qui produit quelquefois de petites eschares.

Des emplâtres de poix de Bourgogne, ou même de diachylon, soulagent quelquefois beaucoup les catarrheux, pendant les recrudescences de la maladie, avec toux et dyspnée. Valleix conseille avec raison de ne pas négliger ces moyens, tout simples qu’ils soient.

§ IV. — Do« indications relatives au traitement <le l'asthme.

Dans les cas assez rares où l’asthme existe chez les vieillards, à l’état essentiel, purement spasmodique, et à longues intermittences, son traitement ne diffère pas de celui que l’on emploie chez les adultes atteints de cette affection. Il présente cette stérile profusion d’agents thérapeutiques conseillés contre l’asthme, et se résume en définitive dans le plus sûr moyen que l’on connaisse d’agir sur les accès, c’est-à-dire l’observation et l’éloignement des causes qui ont l’habitude de favoriser ces derniers.

Mais nous avons vu que, chez les vieillards, l’asthme se trouvait presque toujours en rapport avec des lésions organiques, l’emphysème, souvent des affections du cœur, et en dernier ressort un état catarrhal le plus souvent très-développé, et avec les vicissitudes duquel ses manifestations paraissent avoir les relations les plus étroites.

(1) Bricheteau, loc. cit., p. 512.

Al 0 MALADIES DE L APPAREIL RESPIRATOIRE.

C’est donc surtout en traitant le catarrhe que l’on traitera utilement l’asthme des vieillards, c’est-à-dire qu’on réussira à en éloigner et à en amoindrir le plus possible les accès. Nous n’avons sur ce sujet qu’à renvoyer au paragraphe précédent, relatif au traitement du catarrhe. Cependant il est certain que les accidents spasmodiques qui accompagnent le catarrhe, qu’ils représentent ou non la physionomie propre de l’asthme, indiquent, à côté du traitement ordinaire du catarrhe, l’usage de médicaments particuliers; c’est une médecine purement symptomatique qu’il faut faire dans le but de soulager les malades, car il ne paraît pas que l’on puisse arriver à corriger, à proprement parler, cette forme du catarrhe. Elle va généralement en croissant. Quelquefois elle s’affaiblit au contraire avec l’âge; mais nous n’osons attribuer aucune part à la thérapeutique elle-même dans cette dernière circonstance.

Canstatt fait justement remarquer qu’il faut avoir égard, dans la thérapeutique de l’asthme chez les vieillards, à la prédominance soit de ce qu’il appelle les phénomènes de paralysie de l’appareil pulmonaire, soit des phénomènes de spasme (1).

Il y a en effet des vieillards qui, dès qu’ils ont de ces accès d’oppression, tombent dans un état voisin de la prostration; l’imminence de l’asphyxie se montre tout d’abord ; ils ne peuvent réagir contre la cause organique de la dyspnée; la face et les extrémités sont froides et cyanosées, le pouls petit; il y a toujours du danger.

Dans d’autres cas, au contraire, le développement même des phénomènes spasmodiques témoigne de la résistance de l’appareil respiratoire à la cause de la dyspnée ; les muscles respirateurs entrent en action avec énergie, l’organisme lutte, et, malgré l’apparence peutêtre plus violente de l’accès, le danger n’existe point au même degré, ou même le pronostic de l’accès n’offre aucune gravité.

Le traitement ne sera pas le même dans ces différents cas.

Dans le premier cas, les vomitifs seront d’abord employés, puis des révulsifs actifs sur la peau, puis des stimulants énergiques. Telles sont les trois phases du traitement rapide que réclament ces accidents. Nous devons insister surtout sur la rapidité du traitement, car, si une fois on a laissé le malade dépasser une certaine limite, soit d’atonie nerveuse, soit d’anhématosie, il ne faut plus espérer de pouvoir le relever.

L’ipéca sera donné à la dose de 1 gramme et demi à 2 grammes ;

(1) Canstatt, toc. cit., p. 155.

CATARRHE PULMONAIRE. ai/

le tartre stibié ne paraît pas convenir dans les cas de ce genre. Outre que son action vomitive tarde souvent à se faire jour, il réagit quelquefois d’une manière tout à fait fâcheuse sur le système nerveux.

Le kermès à dose un peu élevée, de 20 à AO centigrammes, succédera à l’ipéca. En même temps, des sinapismes seront appliqués au devant et sur les côtés de la poitrine, au niveau des attaches du diaphragme; d’autres seront promenés sur les extrémités inférieures. On pourra faire aussi des frictions de térébenthine chaude sur la poitrine.

Enfin, on fera prendre des infusions de camomille, de valériane, de tussilage, puis une infusion de café ou de thé vert. Ganstatt conseille encore l’huile de cajeput. En même temps, des antispasmodiques énergiques seront administrés.

Dans la forme spasmodique, c’est surtout à ces derniers qu’on aura recours. Cependant les émissions sanguines, les vomitifs et les narcotiques pourront aussi trouver leur place dans le traitement.

Si le malade est fort, sanguin, que les symptômes d’hypérémie soient développés, s’il est sujet à des pertes de sang hémorrhoïdaires, s’il s’agit d’une femme accoutumée autrefois à perdre beaucoup de sang par les règles, on se trouvera bien de tirer un peu de sang de la veine. Canstalt pense que c’est chez les goutteux surtout que l’on rencontrera une semblable indication.

Les vomitifs sont, en général, indiqués ainsi que dans la forme précédente. Cependant, comme ils ne réussissent pas également bien chez tous les sujets, il sera bon de s’enquérir des effets qu’ils auront déjà produits dans de précédentes occasions. On comprend qu’il soit inutile d’y recourir s’ils ont l’habitude d’être employés sans résultats.

Les narcotiques pourront être usités chez les individus qui semblent pourvus d’énergie et d’éléments de réaction. La chaleur de la peau, le développement du pouls, la moiteur, et en même temps un grand développement des phénomènes de spasme engageront à y recourir. Mais il serait certainement dangereux de le faire dans la forme dont nous avons parlé d’abord , ou dans les cas qui s’en rapprochent. On emploiera l’opium, la belladone, la jusquiame, le stramonium. Mais c’est encore l’opium qui fournit les résultats les plus certains; il faut, du reste, presque toujours l’employer à doses un peu élevées, l’habitude ne tardant pas à rendre les malades insensibles à ses effets.

Il y a des malades qui se soulagent beaucoup en fumant des feuilles

DURAND-FARUEL. — 2° édit. 07

AÏS MALADIES DE l’ APPAREIL RESPIRATOIRE.

de belladone ou de stramonium. L’expectoration, habituellement difficile dans ces sortes d’accès, devient plus aisée et l’angoisse en diminue d autant. Les anciens médecins faisaient fumer du tussilage (Canstalt), fort usité encore en Allemagne. Bricheteau préfère l’emploi de la pipe à celui de la cigarette. Enfin, on prescrira la valériane, l’asa-fœtida, le musc, en lavements ou en potions, l’éther, le lauriercerise, le castoréum, l’acide hydrocyanique étendu. 11 est difficile d’être guidé, dans le choix de ces diverses substances, par d’autres circonstances que par les résultats obtenus déjà.

J’ai rarement employé des purgatifs dans les cas de ce genre. Mais on ne manquera pas d’agir sur le gros intestin par des lavements propres à le débarrasser des matières qu’il renferme ; des lavements purgatifs énergiques peuvent même n’être pas sans action sur la durée de l’accès.

Il y a quelques années, la cautérisation pharyngienne par l’ammoniaque a été fort recommandée, et, par suite d’un auguste exemple, fort employée. J’en ai fait alors usage un certain nombre de fois, en particulier à l’hôpital de la Charité, dans le service de Fouquier. On observait effectivement, quelquefois, après une angoisse inexprimable, un certain degré de soulagement dû à l’expectoration considérable qui suivait la cautérisation, et peu-t-être à la perturbation nerveuse produite. Mais les accidents ne tardaient pas à reparaître, et, comme on n’obtenait qu’une palliation très-imparfaite et incertaine, ce moyen, assez douloureux, a été généralement abandonné depuis. Cependant, il ne doit peut-être pas être entièrement oublié, et l’on pourrait y recourir dans le cas de rétention des matières de l’expectoration par une sorte d’atonie de l’appareil bronchique, pourvu que le poumon lui-même ne parût aucunement altéré.

§ V. — Béüttuié.

A. — Traitement de la bronchite aiguë.

Bronchite légère et primitive.

Tisanes délayantes et pectorales, régime doux, lavements laxatifs au début, grandes précautions contre le refroidissement. Le quatrième ou cinquième jour, si la touxn’a pas entièrement disparu, on prescrira la médecine suivante:

follicules de séné

8 grammes.

CATARRHE PULMONAIRE

Faire infuser dans :

Eau bouillante 90

Ajouter:

Manne en larmes 30 —

Sulfate de soude 15 —

Sirop de nerprun 30 —

Si Ton veut rendre cette médecine plus active, on élèvera la dose

du séné ou du sulfate de soude.

Ou bien on fera prendre de 30 à 50 grammes d’huile de ricin.

En môme temps, tisanes amères, lichen d Islande, lierre terrestre ou hysope.

Bronchite grave.

Si le malade présente les conditions indiquées plus haut comme favorables aux émissions sanguines, on commencera par pratiquer une saignée de 2 à 300 grammes. Le lendemain matin, on prescrira :

Ipéca de 1 gramme à 150 centigrammes.

Tartre stibié 0,5 —

Dans un verre d’eau tiède, à prendre en trois fois, à dix minutes de distance.

Ce vomitif sera réitéré deux, et, s’il le faut, trois fois, à un ou deux jours d’intervalle.

Tisanes pectorales. Julep simple ou loocli blanc. Cataplasmes de farine de lin, très-chauds, arrosés de 15 à 20 gouttes de laudanum, au devant de la poitrine, si la toux et la douleur sternale sont considérables. Lavements laxatifs. Sinapismes s’il y a de la dyspnée. Diète absolue.

Un ou deux jours après le vomitif, on prescrira un purgatif semblable à ceux que nous avons indiqués.

Les émissions sanguines ne dépasseront jamais le début de la maladie. Il est rare qu’il faille revenir deux fois à la saignée. 11 n’y aura guère à employer les sangsues que dans le cas de disposition liémorrlioïdaire très-prononcée.

Si le malade est très-âgé et n’offre pas de grands éléments de résistance, si la bronchite tend à se généraliser, si surtout il existait en outre un catarrhe antérieur, on se dispensera de saigner ; on commencera par les vomitifs, réitérés autant qu’il le faudra.

Au bout du premier septénaire de la bronchite aiguë simple, mais

grave, si la toux et l’expectoration persistent, on prescrira un julep de 100 grammes, avec kermès 10 centigrammes, et sirop diacode 30 grammes; s’il y a de la dyspnée, eau distillée de laurier-cerise, de 8 à 12 grammes. Les tisanes amères, lichen, hysope, remplaceront les tisanes pectorales , on nourrira un peu le malade, et l’on ne tardera pas beaucoup à lui permettre l’eau rougie.

Au bout d’un, ou même deux septénaires, si la maladie traîne, on reviendra au vomitif. Si la toux se prolonge au delà du quinzième jour, un emplâtre stibié sera placé entre les deux épaules.

Si enfin la toux et l’expectoration se prolongent davantage encore, on aura recours aux moyens que commande le catarrhe chronique et que j’exposerai tout à l’heure.

Bronchite capillaire ou catarrhe suffocant.

Les cas où la saignée devra être pratiquée dans la bronchite capillaire des vieillards sont excessivement rares. Il faut être cent fois sûr de la nature franchement inflammatoire de la maladie, de la force de résistance du sujet, de l’intégrité de l’appareil de la circulation, pour se risquer alors à tirer du sang, d’autant plus que les apparences sont souvent trompeuses, et qu’une erreur en pareil cas est toujours irrémédiable.

Je n’admets donc que par exception l’opportunité d’une petite saignée au début. Dans tous les cas, cette saignée serait immédiatement suivie d'un vomitif.

Le vomitif est, à proprement parler, le remède de ces bronchites capillaires. On emploiera l’ipéca comme je l’ai indiqué tout à l’heure, en le réitérant plusieurs jours de suite, s’il le faut, peut-être même le premier jour, matin et soir.

Des sinapismes seront promenés sur les extrémités; des lavements purgatifs énergiques prescrits d’abord avec:

Sulfate de soude. . .

Miel de mercuriale

ââ 60 grammes.

Les boissons seront prises très-chaudes et très-fréquemment, sinon en grande quantité à la fois, simplement aqueuses et délayantes le premier jour, mais, dès le début, si le malade est faible, composées d’une infusion légère de fleurs de tilleul ou de camomille.

Dès le second jour, ou même dès le premier, suivant la marche des accidents, un vésicatoire très-large sera placé au devant de la poitrine.

CATARRHE PULMONAIRE

Si le malade est pâle et faible, le pouls peu développé, l’expectoration difficile, on prescrira le polygala en infusion, le café par petites tasses, à intervalles plus ou moins éloignés, un peu de kermès et du sirop de Tolu, oul’oxymel scillitique en potion.

Si un étal passif de l’appareil bronchique paraît menacer d’engouement et de suffocation, on pourra essayer delà cautérisation pharyngienne, en portant, sur la paroi postérieure du pharynx, un pinceau trempé dans de l’ammoniaque étendue dans une ou deux parties d’eau.

Lorsque les accidents paraîtront disposés à céder, on soutiendra soigneusement le malade par des stimulants, des toniques, et une alimentation très-surveillée, mais graduellement réparatrice.

B. — Traitement du catarrhe chronique.

Pour prévenir le retour annuel, à l’automne, de rhumes passant à l’état chronique :

Prendre, au mois de mai et de septembre, de l’Eau-Bonne ou de l’eau d’Enghien transportée, deux verres, le matin à jeun, coupée de lait, puis pure, pendant un mois de suite.

Dans les catarrhes très-légers, qui ne consistent qu’en une faible expectoration le matin, sans que la santé générale s’en ressente, il n’y a pas de traitement proprement dit à faire. C’est seulement une indication de la nécessité d’habitudes hygiéniques, régulières et salutaires; ainsi exercice, abstention de toutes sortes d’abus, régime choisi, etc. Cependant on veillera à ce que cette expectoration du matin soit toujours facile, en prenant au lever, soit une infusion chaude et aromatique, soit un peu de nourriture; de temps en temps quelques pastilles de Tolu ou d’ipéca ; du lait de chèvre ou d’ânesse, au moment de la traite ; entin, l’habitude de fumer dès le matin sera salutaire cà quelques personnes.

11 sera bon que ces individus se purgent de temps en temps, ne fûtce qu’une ou deux fois par an, à des époques accoutumées. On ne négligera pas l’usage des bains, additionnés, même comme bains domestiques, de 500 grammes de carbonate de soude ou de 1000 grammes de sel marin.

Dans les catarrhes plus considérables, durant toute l’année, les mêmes préoccupations de régime et de genre de vie se retrouveront, mais plus gia\es encore. L usage périodique de purgatifs sera tout à lait nécessaiie. Entin, on opposera à l’affection catarrhale un traite-

/l22 MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE.

ment général, par les résineux ou par les sulfureux. Il n’v a aucune contradiction entre ces deux médications, qui pourront trèsbien se combiner l’une avec l’autre. On sera guidé dans leur choix et dans leur direction par les résultats obtenus des premiers essais. Je résumerai rapidement les détails dans lesquels je suis entré déjà, relativement à l’emploi de ces diverses médications.

Médication par le goudron et les résineux.

On fera des fumigations de goudron dans la chambre à coucher, le matin dès le réveil et le soir au coucher, en dégageant les vapeurs résineuses lentement et sans qu’il s’y mêle de vapeur empyreumalique irritante. Dans les catarrhes considérables et avec expectoration abondante et continue, on pourra prolonger indéfiniment ces fumigations, très-étendues, mais de manière à vivre dans une atmosphère résineuse.

L’eau de goudron sera prise par verres, surtout si les digestions languissent, deux ou trois fois dans la journée On en fera surtout un usage habituel aux repas, et on pourra le continuer d’une manière persistante.

Dans les redoublements du catarrhe, on emploiera le sirop de goudron pur, ou mélangé à une petite quantité d’infusion aromatique.

On trouvera plus haut des indications suffisantes au sujet du traitement par le copahu.

Le goudron peut être remplacé, comme usage externe, par des fumigations de myrrhe ou de benjoin.

Médication sulfureuse.

Les vieillards affectés de catarrhe, qui peuvent se déplacer et qui ne présentent pas de contre-indications spéciales, devraientaller tous les ans passer une saison à quelqu’une des stations sulfureuses que j’ai mentionnées plus haut, soit Gauterets, Bonne, ou les Eaux- Chaudes, ou bien Enghien, Saint-Honoré, Pierrefonds. En fait d’eaux alcalines, mon expérience personnelle ne me permet de leur conseiller que les eaux d’Ems et celles du mont Dore, mais en choisissant la belle saison avec autant de soin que s’ils devaient aller gagner les sites élevés des Pyrénées.

A défaut de traitements thermaux, les eaux sulfureuses, Eaux- Bonnes, de Labassère ou d’Enghien, seront prises transportées, comme

CATARRHE PULMONAIRE

je l’ai indiqué plus haut, ou à des intervalles plus fréquents, si elles réussissent bien.

Beau conseillait aux individus affectés de catarrhe pulmonaire de prendre, d’une manière habituelle, un bain sulfureux par semaine. Je reviendrai tout à l’heure, à l’occasion du traitement spécial de certains accidents, sur l’usage que, d après ce médecin, on peut laire des bains sulfureux.

Le traitement habituel et continu du catarrhe rentre trop dans le régime pour que je puisse le résumer ici : je renverrai donc aux détails qui précèdent, et je poursuivrai seulement l’étude des formes et des accidents qui nécessitent un traitement spécial.

C. — Traitement du catarrhe chronique, succédant à une bronchite, et conservant

des caractères inflammatoires.

M. Ginlrac, de Bordeaux, conseille d’employer, dans ce cas, le tartre slibié à haute dose, comme dans le traitement de la pneumonie, et en cherchant à obtenir la tolérance, mais pendant un temps souvent plus prolongé qu’on ne peut le faire dans le cas d’inflammation du parenchyme pulmonaire. Nous étudieronsplus loin la médication par le tartre slibié. M. Gintrac donne le tartre slibié à la dose de 30 à 60 centigrammes, dans une potion, avec de 3 à 5 centigrammes d’opium, et paraît en avoir obtenu des résultats très-satisfaisants. Il a prolongé jusqu’à 30 jours la durée de ce traitement, ce qui rappelle l’emploi non moins prolongé de l’ipéca, par Laennec.

D. — Traitement de la bronchorrhée, phthisie catarrhale ou phthisie pituiteuse.

Lorsque les résineux et les sulfureux, secondés par un régime convenable, n’ont pas réussi à diminuer la bronchorrhée, il faut recourir à des moyens actifs, dont la nécessité se fait toujours sentir, du reste, lors des recrudescences du catarrhe, ou de l’aggravation des symptômes par l’accroissement soudain ou, au contraire, le ralentissement de l’expectoration.

Quelle que soit l’apparence ou la marche de ces accidents, les émissions sanguines doivent à peu près toujours être proscrites chez ces malades. Et dans les deux cas, quelque opposés qu’ils semblent être, d’accroissement ou de diminution de l’expectoration, les vomitifs et l’ipéca surtout, sont les meilleurs moyens à employer. Il faut réitérer ces vomitils autant qu il paraît nécessaire, sans craindre, en général au moins, de fatiguer les malades.

kïlx MALADIES DE L APPAREIL RESPIRATOIRE.

Il est certain que Ton chercherait en vain, dans les potions et les tisanes, un moyen d’agir sur ces bronchorrhées, autrement que d’une manière très-superficielle et très-palliative. Le kermès, le sirop de Tolu, l’oxymel scillitique, facilitant l’expectoration, soulagent passa* gèrement, mais ne changent rien à la maladie en elle-même.

Cependant il est certaines formules qui peuvent être utiles à connaître. Du reste, il faut, dans les traitements de ce genre, tâter son sujet: chacun reçoit à sa manière l’action du remède, et il est fort difficile de généraliser les prescriptions thérapeutiques.

Dans le cas de suppression de l’expectoration, J. Frank conseille de prendre par cuillerées à café, à intervalles rapprochés, un mélange égal d’oxymel scillitique et de mucilage de gomme arabique.

Le Bulletin de thérapeutique reproduit la formule suivante, empruntée à un médecin hollandais, et destinée au traitement de la polyblennie pulmonaire.

Gomme ammoniaque h grammes.

Extrait d’aunée k —

Soufre lavé k —

Extrait de marrube blanc Q. s.

Faire des pilules de 10 centigrammes. On commence par en prendre deux par jour, et l’on peut aller jusqu’à six ou huit.

J. Frank conseille la garance, sous la forme suivante:

Extrait de racine de garance k grammes.

Mucilage de gomme arabique 30 —

Sirop de coquelicot 30 —

Eau de fleurs de tilleul 180 —

Deux cuillerées toutes les deux heures.

Lorsque la sécrétion urinaire se fera imparfaitement, on pourra prescrire :

Tisane de bourgeons de sapins.

et potion avec :

Eau de goudron

Sirop de Tolu

A prendre dans la journée :

Lerminier, médecin de la Charité, faisait dans le catarrhe pulmonaire un grand usage de la préparation suivante, dont nous trouvons

. 120 grammes.

CATARRHE PULMONAIRE. azj

la formule dans le Compendium de médecine pratique, sous le nom

d’ hydromel composé :

Racine d’anis 30 grammes.

Sommités d’hysope, de lierre terrestre. 8 —

Faire infuser dans :

Eau commune 500 —

Ajouter :

Sirop de miel 60 —

On joignait à cela la myrrhe, le benjoin, le baume de Tolu en pilules.

Voici le traitement que Beau a employé avec succès dans la phthisie catarrhale.

Il commence par administrer un émétique qu’il donne, soit pour produire des évacuations saburrales, soit pour réveiller les Fibres et les fonctions de l’estomac. Il soumet ensuite le malade à l’usage continu de la décoction de polygala, de l’infusion amère de lichen, etc. Il ajoute à cela les pilules balsamiques de Morton, le vin de Bordeaux et de Bagnols, des loochs avec le sirop de Tolu, etc.

E. — Traitement du catarrhe avec phénomènes nerveux (asthme des vieillards).

Lorsque des accès de dyspnée se montrent dans le cours du catarrhe, on doit avoir recours d’abord aux vomitifs. L’ipéca est le premier médicament qu’indique la dyspnée, chez les vieillards. Quant aux émissions sanguines, on ne les emploiera que dans de rares cir* constances, et seulement chez des vieillards encore peu âgés, pléthoriques ou disposés aux hypérémies. Dans le cas d’hémorrhoïdes développées, l’application fréquente d’un petit nombre de sangsues à l’anus est un des moyens les plus propres à entretenir la liberté de la respiration. Du reste, les considérations que j’ai présentées précédemment au sujet du régime et du traitement du catarrhe, sous ses différentes formes, doivent s’appliquer aux malades dont nous nous occupons actuellement.

Mais nous retrouvons ici un élément particulier, l’élément spasmodique, toujours si difficile à modifier par lui-même, et bien plus disposé encore à se soustraire aux influences thérapeutiques, quand il se trouve enté sur des états organiques, souvent complexes, comme il arrive chez les vieillards.

L’état organique qui domine ici, c’est l 'emphysème. L’opium a été

A 26 MALADIES DE if APPAREIL RESPIRATOIRE.

indiqué par M. Louis comme le seul remède un peu efficace contre la dyspnée de l’emphysème, et comme très-préférable à tous les antispasmodiques. Mais les résultats les plus frappants qu’il ait obtenus de ce médicament ne paraissent pas l’avoir été chez des vieillards. D’un autre côté, Valleix, qui considère aussi la médication narcotique comme la plus efficace contre l’emphysème, déclare qu’il a vu, à la Salpêtrière, porter l’opium et le datura stramonium i\ des doses considérables, sans que la gêne de la respiration en parût aucunement influencée.

J’ai moi-même souvent employé ou vu employer l’opium dans les cas de ce genre. Son action sur la marche et sur le degré de la maladie m’a toujours paru parfaitement nulle. Cependant il faut convenir aussi que, chez un assez bon nombre d’individus, l’opium fournit le seul moyen d’apporter un peu de soulagement à la dyspnée habituelle, et de rendre l’existence jusqu’à un certain point supportable. Mais l’habitude émousse promptement toute sensibilité à ce médicament, et il faut successivement l’élever à des doses énormes, sans que du reste aucun effet physiologique prononcé s’en trouve ressenti. La tolérance devient parfaite, mais à peine peut-on dire que ce soit là un traitement méthodiquement appliqué. Le malade, une fois en possession de ce moyen de soulagement, en use à sa guise, et le mieux est souvent alors, quand on a affaire à des malades intelligents, de les laisser faire ainsi. Oserons-nous dire que, dans l’impuissance absolue à laquelle il est réduit, le médecin perd en quelque sorte le droit de diriger le malade à jamais condamné à celte triste existence?

C’est le laudanum qui m’a paru, dans les cas de ce genre, la forme d’administration de l’opium la plus efficace. Il arrive souvent que le laudanum de Sydenham perd toute vertu, il faut alors recourir au laudanum de Rousseau. Quelques gouttes qui s’élèvent successivement de JO à 12, à 30, /i0 ou davantage, seront prises dans un peu d’eau sucrée; quelques malades préfèrent avaler le laudanum pur. Il faut autant que possible restreindre l’usage de ce laudanum aux époques de recrudescence de la dyspnée ; mais, quand la respiration est genée à un certain degré d’une manière permanente, l’usage journalier du laudanum devient nécessaire. Grâce à ce médicament, la dyspnée est tolérable, tant que le malade garde un repos complet, et la ni.it, s’il ne survient pas de sommeil, au moins obtient-on un peu de calme.

Quand une fois l’opium est ainsi toléré, il ne faut pas trop se pu-

CATARRHE PULMONAIRE. /|Z

occuper des inconvénients d’une telle médication, et il vaut mieux en laisser augmenter les doses, suivant la nécessité, que de rendre son emploi stérile, en le tenant insuffisant. Seulement, j’ai remarqué que de très-petites saignées, pratiquées à de certains intervalles, marqués ordinairement par une augmentation sourde de la dyspnée habituelle, étaient souvent nécessaires à ces sortes de malades. Les conditions générales de la constitution servent sans doute de guide à ce sujet. Mais la disposition aux congestions sanguines qu’entraîne l’usage habituel et exagéré des narcotiques me paraît une raison particulière de l’utilité de ces saignées et du soulagement qu’elles procurent alors.

La constipation est ordinairement absolue dans les cas de ce genre. On la combat par l’usage de pilules aloétiques journalières.

Je n’entrerai pas ici dans des détails touchant l’emploi de la jusquiame, du stramonium, de la belladone, du laurier-cerise (surtout usité en Allemagne); on sait combien ces médicaments sont infidèles. Chez les vieillards surtout, il y a peu cà compter sur leur efficacité. J’en dirai autant des lavements avec le musc, l’asa fœtida, la valériane. Il faut essayer de tous ces moyens, et s’arrêter à celui qui paraît le mieux réussir; mais la plupart du temps on se fatigue de ces tentatives inutiles, et l’on en revient à l’opium.

Voici la potion que j’emploie habituellement :

Eau distillée de menthe poivrée 30 grammes.

— de fleurs d’oranger 30 —

— de laurier-cerise 15 —

Teinture de castoréum 2 —

— éthérée do digitale 30 —

Sirop d’œillet 30 grammes.

Voici une formule de cigarettes narcotiques, reproduite par MM. Trousseau et Pidoux :

h euilles sèches de belladone 30 centigrammes.

— — de jusquiame 15 —

— — de stramoine 15 —

— de phellandre aquatique 5 —

Extrait gommeux d’opium 13 milligrammes.

Eau de laurier-cerise O s

Les feuilles, séchées avec soin et mondées de leurs nervures, sont hachées et mélangées exactement. L’opium est dissous dans quantité suffisante d eau de laurier-cerise, et la solution répartie également dans

la masse. Il paiaît préférable de fumer ce mélange dans une pipe que sous forme de cigarettes.

Ces asthmatiques se trouvent quelquefois très-bien des vapeurs résineuses.

beau, dans les accès d asthme liés aux lésions organiques communes aux vieillards asthmatiques, administre d’abord une poudre vomitive composée de :

Ip^ca 1 gramme.

Iartre stibié 10 centigrammes.

Puis il fait placer le malade dans un bain sulfureux qui est répété le lendemain.

Ce traitement, qui du reste n’est guère applicable aux vieillards très-âgés, détermine un soulagement rapide et presque instantané; l expectoration devient plus rapide et la respiration plus libre

Page 1