CHAPITRE II
PNEUMONIE
On peut dire que l’histoire de la pneumonie résume une grande partie de la pathologie de la vieillesse. Non-seulement la pneumonie se montre très-communément à cet âge, surtoutdans certaines saisons, comme maladie primitive, mais elle constitue encore la complication la plus fréquente de la plupart des maladies aiguës et surtout des maladies fébriles. C’est elle encore qui termine la vie dans un grand nombre d’affections chroniques, et même dans beaucoup d’infirmités qui ne sauraient être considérées elles-mêmes comme des maladies.
Laënnec avait déjà reconnu que la pneumonie était beaucoup plus commune et plus grave chez les vieillards que chez les adultes. La pneumonie est le fléau le plus redoutable de la vieillesse, dit i\I. Cruveilhier. Il est difficile cependant de préciser quel est au juste le degré relatif de fréquence de cette maladie aux différents âges de la vie. L’inégale répartition des âges, dans les hôpitaux et hospices de Paris et de la plupart des grandes villes, ne permet guère de faire des relevés comparatifs dont un des éléments, il ne faut pas 1 oublier, serait encore la proportion de la population générale aux différents âges de la vie. Nous trouvons Cependant, dans l’ouvrage justement estimé de Grisolle sur la pneumonie, un rapprochement qui ne manque
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pas d’intérêt. En effet, tandis que les pneumonies ont fourni, dans le service de Prus, à Bicêtre, d’après un relevé statistique comprenant trois années consécutives, près du neuvième des malades et du sixième des décès, un relevé fait par Grisolle lui-même, sur une même période de temps, dans des hôpitaux d’adultes, lui a montré que la proportion des pneumonies, par rapport aux autres maladies, varie entre un quatorzième et un dix-septième, et qu’un dixième seulement des individus qui succombaient étaient victimes d’une inflammation des poumons (1).
Quoi qu’il en soit, il nous suffit de savoir que la pneumonie est très-fréquente, comme maladie primitive, chez les vieillards; qu’elle s’observe encore très-souvent chez eux, dans le cours d’autres maladies aiguës ou chroniques, qu’elle a une liaison très-intime et facile à comprendre avec les affections chroniques des bronches, si communes cà cet âge qu’on y a vu une condition presque physiologique de la vieillesse.
L’histoire des pneumonies comprend plusieurs divisions importantes pour la pratique, et dont la distinction pathologique ellemême paraît parfaitement naturelle.
La première de ces divisions est celle des pneumonies primitives et des pneumonies secondaires , ou consécutives , que nous subdiviserons elles-mêmes en broncho-pneumonies (bronchite capillaire, pneumonie catarrhale), et en pneumonies hypostatiques. Ces pneumonies sont consécutives, les unes à une bronchite aiguë et capillaire, les autres à une stase passive du sang dans les parties déclives du poumon : mais elles sont secondaires, surtout parce qu’elles se développent au sein d’un état congestif du poumon, splénisation dans un cas, engouement dans l’autre, lequel domine à proprement parler la pneumonie secondaire.
Ces pneumonies secondaires, sans être primitivement spéciales aâix vieillards, n’en offrent pas moins une importance toute particulière, dans la pathologie de cet âge, car elles rencontrent à celte époque de la vie des conditions particulières qui les favorisent et les rendent très-communes.
Quant à la pneumonie aiguë, nous y trouverons le type des maladies aiguës, dans la vieillesse, aussi bien sous le rapport des manifestations symptomatiques et de la marche, que du traitement.
Enfin, nous aurons à nous occuper aussi delà pneumonie chronique, dont on rencontre des exemples assez fréquents chez les vieillards.
(1) Grisolle, Traité pratique de la pneumonie aux différents dyes, 1841, p. 102,