‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 69 sur 123 · MALADIES DH · texte numérisé non relu

MALADIES DH

l’aI'I'AUEIL RESPIRATOIRE.

ou deux îopiises, dans le cours de la maladie, une leinle légèrement jaune, 2 lois il y eut des crachats blancs offrant quelques stries de sang. Bien que peu caractéristiques, l’inspection de la plupart de ces ci achats était encore sia 1 li sa nie à différents degrés pour faire diagnosliquci une pneumonie. Mais plusieurs, fois celte apparence ne s’est montrée qu’au bout de plusieurs jours de maladie ou bien d’une manière assez fugace pour échapper facilement à l’observation.

MM. Hourmann et Dechambre ont donc pu.dire avec raison : « Los caractères de l’expectoration, tels qu’on les observe dans la pneumonie chez 1 adulte, s’observent très-rarement chez les vieillards ; souvent elle manque absolument, etsouvent encore quand elle existe, ce n'est que pour de courts instants ; sa suppression est rapide et même brus- « que dans beaucoup de cas (1). » Sur 61 cas de pneumonie, ces auteurs ont rencontré 17 fois seulement les matières expectorées sanguinolentes. J’ai trouvé une proportion un peu plus élevée, 18 cas sur ôO, pour ne parler que de ceux où l’ expectoration pneumonique fut franche et manifeste.

§ VBM. — Auscultfttioii.

Les signes que fournit l’auscultation, dans la pneumonie des vieillards, sont au fond les mêmes que c'.ez l’adulte; cependant ils se présentent avec quelques modifications importantes à connaître.

«Le râle crépitant, tel qu’il s’entend chez l’adulte, est extrêmement rare, disent MM. Hourmann et Dechambre. Les bulles qui le composent sont presque toujours plus grosses, plus larges et surtout plus humides. Il acquiert parfois un timbre grave; alors il est plus sec et se rapproche davantage du bruit de parchemin froissé entre les doigts (‘2). »

La proposition qui est en tête de ce passage, et qui est reproduite par Sestier (3) , me paraît un peu exagérée, il est très-vrai que l’on voit souvent, chez les vieillards, le premier degré de la pneumonie s’annoncer par du râle sous-crépitant, comme l’a remarqué Grisolle chez des malades âgés de plus de 70 ans, mais comme il l’a rencontré aussi chez des malades de tous les âges (li). Cependant je trouve dans mes observations que, dans la moitié au moins des pneumonies

(1) Hourmann et Dechambre, loc. cil., t. XII, p. h'2.

(2; Hourmann et Dechambre, loc. cil., I. XII, p. hb.

(3) Sestier, Leçons de clinique de M. Chôme!, t. III, p. 158.

(4) Grisolle, loc. cit., p. 232.

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de vieillards que j’ai pu étudier à leur premier degré, il y avait un véritable râle crépitant. Dans tous les cas, la signiücation que l’on peut attribuer, chez les vieillards, au îale sous-crepitant, est tiesimportante à signaler, et nous nous y arrêterons au chapitre du diagnostic.

Quelquefois ce n’est même pas du râle sous-crépitant, mais seulement du râle muqueux qui annonce le développement d’une pneumonie.

Beau, dans son intéressant travail sur les maladies des vieillards, parle de pneumonies où le souffle bronchique apparaît sans avoir été précédé de râle crépitant. Ce sont toujours, suivant lui, des pneumonies latentes, c’est-à-dire dans lesquelles manquent les signes caractéristiques de la pneumonie : crachats pneumoniques, toux, douleur pleurétique, etc. J’ai vu aussi plusieurs fois, dans l’intervalle de vingt-quatre heures, apparaître un souffle bronchique dans des points où aucun râle caractéristique n’avait été antérieurement constaté, souffle qu’aucun râle n’accompagnait ni ne remplaçait. J’ai vu cette circonstance se produire dans des pneumonies apparentes , comme les appelle Beau, c’est-à-dire caractérisées par des crachats rouillés, un point de côté, etc., aussi bien que dans les pneumonies latentes ; et il est possible que le râle crépitant ait existé, mais ait échappé à l’observation par sa prompte disparition (1).

Gillette a également constaté plusieurs fois l’absence, soit réelle, soit apparente, du râle crépitant au début de la pneumonie des vieillards. « Il arrive assez souvent, dit-il, soit qu’on ait été appelé trop tard, soit que le râle crépitant n’ait apparu que très- peu de temps ou ait même manqué, que le souffle, mêlé de râle muqueux, est le premier signe de pneumonie qui puisse êLre perçu. Cela arrivera surtout s’il existait précédemment une bronchite intense dont les bruits peuvent avoir complètement masqué le râle crépitant. Le souffle ne nous a jamais paru manquer dans la vraie pneumonie ; mais, pour y arriver, il faut ausculter la poitrine dans toute son étendue et à plusieurs reprises ; car, en raison des râles bruyants qui peuvent compliquer, il échapperait à une investigation trop rapide (2)...»

Un des caractères de la pneumonie des vieillards est la rapidité

(1) Beau, Études cliniques sur les maladies des vieillards , p. 22. (Extrait du Journal $ de médecine .)

(2) Gillette, Supplément au dictionnaire des Dictionnaires de médecine, 1851, art. Vieillesse (maladies de la), p. 88.

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avec laquelle elle peut parcourir ses périodes, et arriver à un degré de suppuration dont la pneumonie des adultes n’offre que de rares exemples. Cette rapidité rend compte d’une circonstance sur laquelle Beau paraît avoir justement appelé l’attention, bien que Gillette semble mettre en doute de pareilles observations (1) ; je veux parler des oscillations que peuvent présenter, sous l’influence d’un traitement actif, les symptômes les plus caractéristiques delà maladie, <t Ainsi, dit cet auteur, un vieillard est atteint d’une pneumonie bien caractérisée ; il y a chez lui une douleur pleurétique, des crachats sanguinolents, du souffle tubaire, de la matité dans un point du thorax, etc.; on lui fait une saignée, et le lendemain il n’y a plus ni douleur pleurétique ni crachats sanguinolents; le souffle et la matité sont remplacés par le murmure vésiculaire et par la sonorité. On croit la pneumonie jugulée, et le troisième jour on constate la réapparition de tous les symptômes précités. Cette disparition momentanée de la pneumonie peut ainsi s’observer deux fois et même trois fois dans le cours de la maladie (2). » M. Moutard-Martin a vu, en quelques heures, la pneumonie, le souffle se transporter de la base au sommet, même d’un côté à l’autre (3). C’est là ce que M. Cruveilhier a appelé pneumonies envahissantes , parce qu’elles affectent successivement plusieurs parties du poumon (à).

C'est sans doute dans des cas de ce genre que l’on a cru voir manquer les signes ordinaires de l’hépatisation, tandis que cette dernière avait reparu et marché rapidement, après que l’on avaii constaté l’existence de la sonorité et de la respiration vésiculaire. Ainsi la rapidité avec laquelle se forme et disparaît l’hépatisalion est, ainsi que la rapidité avec laquelle le tissu pulmonaire s’infiltre de pus, un des caractères de la pneumonie des vieillards. Ajoutons, et nous reviendrons sur ce sujet, que cette dernière circonstance ne semble exister que pour la pneumonie primitive. Dans la pneumonie secondaire, en effet, le passage de l’engouement à l’hépatisation rouge se fait en général très-lentement, et l’on ne rencontre qu’assez rarement de l’hépatisation grise. Quant à la mobilité des signes directs de la pneumonie, c’est surtout dans la broncho-pneumonie qu’elle a été remarquée.

(1) Gillette, iOC. cit., p. 887.

(2) Beau, loc. cit., p. 20.

(3) Moutard-Martin, De la pneumonie des vieillards. ( Revue mécticale, février 18 Uli,

(4) Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain, xxixe livraison, pl. V, p. 4.

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Le souffle bronchique n’offre, chez les vieillards, ni la constance ni le développementqui lui appartiennent dans la pneumonie des adultes. La faiblesse de la respiration, la présence de mucosités visqueuses dont celle-ci ne parvient pas à surmonter l’obstacle, l’empêchent souvent de se produire. Il est important alors de faire tousser le malade, seul moyen, dans bien des cas, d’obtenir un léger souffle, que l’on n’arrive encore à saisir qu’avec une grande attention.

La bronchophonie se perçoit, par la même raison, bien plus difficilement encore, et la voix incertaine et chevrotante d’un grand nombre de vieillards ne saurait fournir aucun élément au diagnostic, ou simule l’égophonie d’une manière très-propre à induire en erreur.

Les données fournies par la percussion sont naturellement en rapport avec le degré d’imperméabilité du poumon, et peuvent devenir très-importantes, lorsque les signes delà pneumonie, et en particulier les résultats de l’auscultation, ne se présentent pas avec leurs caractères ordinaires. Une très-légère diminution du son dans l’un des côtés de la poitrine, sans modification appréciable du bruit respiratoire, est souvent l’avant-coureur d’une pneumonie.

MM. Hourmann et Dechambre ont signalé l’exagération de sonorité que, par suite de la raréfaction du tissu pulmonaire, présente ordinairement la poitrine des vieillards. On doit souvent considérer chez les vieillards, comme obscur, disent-ils, un son thoracique qui serait clair chez l’adulte. Gillette, de son côté, fait remarquer que, par suite de la fréquente dilatation des cellules superficielles du poumon, en même temps que les premiers bruits pneumoniques peuvent être masqués par le murmure respiratoire qui continue encore faiblement dans cette couche emphysémateuse, une certaine sonorité peut persister malgré l’existence d’un degré avancé de pneumonie. En pratiquant la percussion avec force, on ne manquerait pas alors d’obtenir une diminution notable de sonorité, que ne permettrait pas d’apprécier une percussion légère.

§ VIII. — (irculutio*.

Nous avons vu que, dans 32 cas sur 50, le frisson, ou la fièvre sans frisson, avait été l’un des phénomènes de début de la pneumonie. Dans la plupart des autres, la fièvre s’est développée dans les 24 premières heures.

Dans quelques observations cependant, nous ne la voyons apparaître que tardivement. Ainsi, 1 fois le troisième jour seulement ; 2 fois le

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MALADIES DE l/APPARElL RESPIRATOIRE.

quatrième , l lois le septième. Dans un cas elle se montrait le soir seulement, et ne devint continue que le sixième jour; une autre fois encore, très-légère jusque-là, elle ne devint forte que le cinquième jour.

On voit que, dans tous ces cas, la maladie avait marché avec une lenteur assez remarquable. Le point de côté, la dyspnée, quelquefois un frisson au début, non suivi de fièvre, le râle crépitant borné à un point du poumon, qui plus tard devenait le siège d’altérations plus profondes, indiquaient nettement l’existence d’une pneumonie ; mais ce premier degré, que nous voyons souvent marcher avec une telle rapidité qu’on a même de la peine à le saisir, se prolongeait ici plusieurs jours, jusqu’à ce qu’avec l’apparition de la fièvre on vît la pneumonie marcher vers des périodes plus avancées.

Les malades dont il est ici question avaient de soixante-dix à quatre-vingt-six ans; trois d’entre eux étaient pâles, maigres, trèsaffaiblis ; un autre, bien que maigre, était d’une bonne santé habituelle. Chez tous, la maladie s’est terminée par la mort le sixième, le septième, le huitième; deux fois le neuvième, enfin le onzième jour.

Dans trois de nos pneumonies, il n’y eut de fièvre à aucune époque de la maladie, si ce n’est au dernier jour.

Les faits de ce genre sont importants à connaître, car il est toujours difficile d’allier l’idée d’une pneumonie aiguë et parcourant ses périodes, à l’absence de fièvre.

D'autres fois, la fièvre existant au commencement de la maladie cesse le deuxième, le troisième; le quatrième jour, et, tandis que chez l’adulte, disent MM. Hourmann et Dechambre, ce retour à une régularité apparente de la circulation dans le cours de l’inflammation pulmonaire atteste le plus souvent l’affaissement des forces, et marque les derniers moments de la vie, chez les vieillards, au contraire, nous l’avons observé à toutes les époques de la maladie et à tous les degrés (1).

Le pouls varie beaucoup sous le rapport de la force. On sait que le type du pouls de la pneumonie chez l’adulte est un pouls plein, développé, plus ou moins dur, offrant en général une exacerbation le soir. Chez les vieillards, rien de plus irrégulier que les qualités du pouls : plein et dur chez les uns, chez beaucoup d’autres petit et plus fréquent, il prend presque toujours cette dernière apparence lorsque

(1) Hourmann et Dechambre, loc. cit. t. XII, p. 167.

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la maladie doit avoir une issue funeste. D un jour a 1 au 1 1 e on remarque les contrastes les plus prononcés, et même, dans des cas suivis de guérison, on peut le voir devenir tout à coup petit et filiforme, après avoir offert beaucoup de force et de développement.

L’exacerbation du soir manque rarement. Elle est souvent hors de proportion avec le faible degré de la fièvre trouvée le matin ; quelquefois même, au milieu ou pendant tout le cours de la maladie, il n’y a de fièvre que le soir et la nuit.

M. Charcot s’est assuré que, dans la pneumonie des vieillards, l’élévation et l’abaissement de la température suivent les vicissitudes de la fièvre, comme chez l’adulte (1).

Le pouls est souvent inégal et surtout intermittent. J’ai noté l'intermittence du pouls 13 fois dans mes observations. On l’a observée 6 fois pendant toute la durée de la maladie, 3 fois le deuxième jour, 1 fois le troisième jour, 1 fois le quatrième et 2 fois la veille seulement, ou le jour de la mort. On verra plus loin que cette circonstance est importante à considérer, à propos du traitement.

L’intermittence du pouls n’a pas la même valeur chez les vieillards qu’aux autres âges de la vie. Quelquefois elle est liée à quelqu’une de ces altérations du cœur et des gros vaisseaux que l’on rencontre si souvent chez les vieillards sans qu’elles aient précisément le caractère de maladie. Mais, d’autres fois aussi, elle existe sans aucune modification organique apparente des organes de la circulation, soit d’une manière habituelle, soit seulement dans l’état de fièvre, ou encore quand la circulation vient à s’affaiblir.

Sur ces 13 cas de pouls intermittent, 3 fois l’état du cœur n’a pas été noté, h fois le cœur et les gros vaisseaux furent trouvés à l’autopsie à l’état normal ; l’intermittence s’était montrée, dans ces quatre derniers cas, 1 fois dès le début de la maladie, 1 fois le troisième jour de la maladie, cinquième avant la mort; 1 fois le quatrième jour de la maladie, quatrième avant la mort; 1 fois enfin le jour de la mort seulement. Le cœur fut trouvé simplement hypertrophié 1 fois ; l’intermittence n’était survenue que la veille de la mort. 1 fois il y avait un peu d épaississement de la valvule mitrale; une autre fois enfin il y avait hypertrophie du cœur, rétrécissement de la valvule mitrale, adhérence du péricarde au cœur; dans ces deux derniers cas, l’intermittence avait été constatée dès le début dala maladie.

(1) Charcot, Leçons cliniques sut' les maladies des vieillards et sur les maladies cnro- ■niques, 1866, lor fascicule.

45/i maladies de l’appareil respiratoire.

La peau n’oflre pas aussi habituellement que chez l’adulte cette chaleur considérable, souvent moite, qui accompagne la fièvre de la pneumonie. Cependant, dans presque toutes les observations où je trouve noté le pouls fort et fréquent, on voit également que la peau était très-chaude, brûlante, ordinairement sèche; la moiteur n’est consignée que quatre fois. J’ai rencontré deux fois seulement une sueur abondante : chez une femme qui mourut, et chez une femme de quatre-vingt-quatre ans qui guérit. Cette sueur n’a point eu de caractère critique chez cette dernière; elle s’était montrée le troisième jour de la maladie, et il était survenu ensuite des accidents trèsgraves auxquels elle avait échappé.

Quand le pouls est petit et en même temps très-fréquent, la chaleur de la peau est le plus souvent à peine plus élevée qu’à l’état normal, ou naturelle ; elle est rarement abaissée au-dessous. Ce n’est guère, en général, qu’à la fin de la vie qu’on voit les extrémités ou la face se refroidir.

§ IX. — Appareil digestif.

Des vomissements ont été notés 12 fois au début de la pneumonie, accompagnés h fois de diarrhée; h fois des nausées, accompagnées 1 fois de diarrhée. Ces vomissements étaient tantôt alimentaires, tantôt composés de mucosités, quelquefois bilieux.

On a rencontré :

Vomissements. Nausées.

Dans une pneumonie droite 8 fois. 3 fois.

— — gauche 2 1

— — double 2 »

La pneumonie avait son siège :

r Vomissements. Nausées.

Dans le lobe supérieur 6 fois. 2 fois.

Dans les lobes supérieur et moyen 1 "

Dans la partie postérieure 1 »

Dans le lobe inférieur 1 2

Dans tout le poumon 3 »

La langue présente chez les vieillards des modifications importantes à constater.

J’ai omis d’en noter l’état dans dix observations.

Dans vingt-deux cas, elle a offert une sécheresse prononcée :

10 fois dès le début ;

6 fois le troisième jour ;

6 fois à une époque mal déterminée du cours de la maladie.

PNEUMONIE

Cette sécheresse, qui commençait ordinairement par la base de la langue, ne tardait pas en général à l’occuper tout entière: la langue était dure, râpeuse, hérissée de villosités sèches et dures; rarement était-elle noirâtre et profondément fendillée. Sa teinte la plus ordinaire était jaune.

Trois fois la langue était visqueuse.

Enfin elle n’a conservé, pendant tout son cours, un certain degré d’humidité que quinze fois : il faut faire abstraction de l’agonie, où elle se sèche presque constamment. Elle était alors presque toujours blanche, moins souvent d’un jaune ou d’un gris sale, rarement rouge, à sa surface surtout.

La sécheresse de la langue, avec une simple coloration jaune ou légèrement rougeâtre, offre peu d’importance pour le pronostic; mais lorsqu’elle est noirâtre, fendillée, elle annonce toujours un grand danger. La*viscosité de la langue, beaucoup plus rare, paraît en même temps un signe beaucoup plus important et plus grave que la simple sécheresse.

Cette sécheresse de la langue, si commune dans la pneumonie des vieillards, est infiniment plus rare aux autres âges de la vie, car, sur deux cents malades, Grisolle ne l’a constatée que dans le dix-neuvième des cas (1).

§ X. — Parotides.

On voit quelquefois survenir, dans le cours des affections aiguës ou chroniques des vieillards, des engorgements de la parotide. C’est généralement un mauvais signe, et en outre un accident grave, car presque toujours ces parotides suppurent. J’ai vu une vieille femme succomber, après la guérison d’une pneumonie, à une parotide développée pendant le cours de la maladie du poumon, et devenue gangréneuse.

Un interne distingué des hôpitaux, M. Isambert, a bien voulu me communiquer des observations faites par lui, sur ce sujet, à l’hospice de Bicêtre ; j’emprunterai quelques remarques à son travail (2). C’est souvent au déclin des pneumonies, quelquefois dans le cours d’un catarrhe, peu grave en apparence, que surviennent ces parotides. Leur apparition, dit Rochoux, est presque toujours l’indice d’un

(1) Grisolle, loc. ci(.,p. 267.

(2) Isambert, Mémoire (inédit) pour le concours des prix de l’internat , 1852.

grand danger, ainsi que les avait très-bien Hippocrate (1) . M. Pelletan, médecin à l’hospice de Bicêtre pendant dix ans, avait toujours vu un pronostic assez grave s’attacher à cette complication.

Ces parotides apparaissent en général sans prodromes; leur développement se fait avec une grande rapidité; du matin au soir elles acquièrent un volume considérable. L’état du malade s’aggrave en même temps ; la respiration s’embarrasse, et des symptômes nerveux surviennent, délire, ou plus souvent assoupissement, insensibilité, sécheresse extrême de la langue, enfin appareil d’adynamie si la vie se prolonge un peu. La mort arrive ainsi quelquefois peu d’heures après la première apparition de la parotide; plus souvent cependant quelques jours plus lard.

Ce n’est pas dans les cas de ce genre, on le comprend, que la suppuration survient dans ces parotides, et surtout peut exercer quelque influence sur leur marche. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi. 11 peut arriver que le développement de la parotide n’entraîne d’abord aucune modification apparente dans la marche de la maladie ; puis elle suppure ; on voit s’écouler du pus par l’oreille, quelquefois il s’en écoule également par des ouvertures spontanées survenues sur la tumeur elle-même, et le malade succombe plus tard à peu près avec les mêmes symptômes que je viens d’exposer.

§ XI. — Symptômes cérébraux.

On voit la pneumonie des vieillards, plus souvent que celle des adultes, s’accompagner de phénomènes cérébraux. Je ne décrirai pas ces derniers à titre de complications, bien que, dans quelquesuns de ces cas, l’encéphale m’aitoffert quelques altérations analorrliques. Comme ces altérations étaient généralement peu importantes par elles-mêmes, et que les symptômes qu’on pourrait en rapprocher étaient fort semblables à ceux que n’accompagnait aucune lésion appréciable, j’ai cru préférable de les étudier ici. Ils méritent pourtant une attention très-particulière, car dans quelques cas ils dominent les symptômes de la pneumonie, les masquent, et 1 on peut dire que l’on a affaire à des pneumonies de forme cérébrale.

Sur cinquante cas de pneumonie, j’ai vu des symptômes cérébraux consistant en du délire, ou de l’assoupissement, ou des accidents apoplectiformes, se montrer dix-huit fois; c’est à peu près

(I) Rochoux, Dictionnaire de médecine , 2° édit., t. XXIII , p. 271.

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le tiers des cas. Chez les adultes, au contraire, Grisolle n a vu le délire, forme à peu près unique des complications cérébrales de la pneumonie, se montrer que dans le onzième des cas, cest-â-diie chez 27 malades sur 290(1), Sestier dans le huitième des cas, c’està-dire 29 fois sur 2à0 malades (2). Grisolle n’a observé le coma que sur cinq sujets, dont quatre avaient dépassé soixante ans (3).

Cependant MM. Hourmann et Dechambre ont certainement exagéré lorsqu’ils ont dit qu’il était très-rare que la pneumonie des vieillards parcourût ses périodes sans dérangement des facultés intellectuelles (à). Il est vrai que ces auteurs entendent parler des cas où « sans déraison dans les paroles, ni extravagance dans les actes, il y a un état d’hébétude remarquable; les malades comprennent à peine les questions les plus simples... » Il n’est pas étonnant que ces intelligences affaiblies et qui ne s’exercent plus que dans des limites trèsrestreintes tombent, sous l’influence de la fièvre, de la maladie, du traitement même, dans cette inertie, passagère ou permanente, qui est effectivement un des caractères de toutes les maladies des vieillards, et non pas seulement de la pneumonie ; mais on ne saurait voir là un dérangement des facultés intellectuelles, un désordre sympathique.

Les phénomènes que je vais décrire se sont montrés huit fois au début de la maladie, et dix fois durant son cours.

Chez une femme de soixante-dix-neuf ans, on a constaté un délire loquace, assez tranquille, le soir et la nuit de son arrivée à l’infirmerie; le lendemain l’intelligence était rétablie et elle resta intacte jusqu’à la mort, qui survint le sixième jour.

Dans deux cas, il y eut seulement, au début, de la loquacité, de l’agitation, qui firent place, dans un cas à de l’assoupissement, dans l’autre à un état de calme et de lucidité complète. Chez une autre femme de soixante-sept ans, un délire bruyant, accompagné de peu de fièvre, fit soupçonner à Prus une pneumonie commençante, que l’auscultation n’avait pas encore révélée, et que la suite de la maladie et l’autopsie firent reconnaître.

Dans trois cas, la malade tomba, dès le soir de son arrivée à l’infirmerie, dans un assoupissement, léger et passager dans un cas, plus

(1) Grisolle, loc. cit., p. 386.

(2) Leçons de clinique deM. Chomel, t. III, p. 210.

(3) Grisolle, loc. cit., p. 393.

(4) Hourmann et Dechambre, loc. cit., t. XII, p. 164.

profond dans les autres, et dont elle ne sortait les jours suivants que pour délirer, avec ou sans hallucinations de la vue.

Enfin, dans un autre cas, on avait cru avoir affaire à une congestion cérébrale.

On voit d’autres fois des accidents cérébraux intervenir dans le cours de la pneumonie. .J’ai vu ainsi, dans sept cas, du délire apparaître, deux fois le troisième jour, une fois le quatrième, le cinquième, le sixième, enfin deux fois le septième jour de la pneumonie, durant ordinairement de un à trois jours, se montrant surtout le soir et la nuit, délire loquace, rarement accompagné d’hallucinations, n’ayant jamais nécessité de maintenir le malade par des liens; ce symptôme se prolongea dans deux cas seulement jusqu’à la fin de la vie.

J’ai vu deux fois, le troisième et le quatrième jour de la pneumonie, survenir un assoupissement profond, dont on tirait assez facilement le malade, mais où il retombait aussitôt, et qui dura jusqu’à la fin de la vie, survenue le troisième et le huitième jour.

Voici quelles étaient les diverses conditions de siège de la pneumonie, dans ces 18 cas, dont 11 de délire ou simple égarement, 5 d’assoupissement, et 2 d’accidents apoplectiformes.

Poumon gauche

— droit

Pneumonie double . . .

Assoupis- Accidents Délire. sernent. apoplectiformes.

Lobe supérieur 5

Lobes supérieur et inférieur 1

Lobe moyen 1

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