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CONSIDÉRATIONS PATHOLOGIQUES

La pathologie des âges est soumise à des conditions de deux ordres différents : 1° les modifications organiques naturellement en-

INTRODUCTION

traînées par leur succession; 2° les conditions hygiéniques qui appartiennent spécialement à chaque âge et aux circonstances extérieures avec lesquelles chacun d’eux se trouve en rapport. C’est là qu’il faut chercher la double origine des prédispositions pathologiques particulières que l’on voit dominer aux différents âges de la vie, en regard de celles qui sont communes à toutes les époques de l’existence. L’étude que nous allons esquisser empruntera un plus grand intérêt au rapprochement que nous pourrons faire entre ces différentes époques, sous le rapport, des aptitudes morbides.

Je ferai remarquer d’abord que, sous le rapport de l’influence exercée sur la pathologie des âges par les conditions organiques qui leur appartiennent, l’enfance et la vieillesse méritent une attention à peu près exclusive. Ce n’est guère qu’à ces deux périodes de la vie, en effet, que l’on puisse reconnaître des conditions organiques particulières et en rapport avec telle ou telle aptitude morbide spéciale. La virilité, ou l’âge moyen de la vie, est surtout caractérisée par le développement égal, régulier de toutes les parties définitives de l’organisation : c’est alors, et alors seulement, que l'équilibre physiologique existe; et, pour ne rappeler ici que la condition la plus générale, nous trouvons alors un état moyen entre la prédominance de la vie périphérique, si nous pouvons nous exprimer ainsi, qui nous frappe dans l’enfance, et l’anéantissement graduel de celte vie dans la vieillesse. « Voyez l’homme qui s’éteint à la fin d’une longue vieillesse, dit Bichat, il meurt en détail ; ses fonctions extérieures finissent les unes après les autres (1). »

Il résulte de là que nous ne saurions guère trouver, pour l’âge moyen de la vie, d’explication à telle ou telle aptitude pathologique, dans telle ou telle condition physiologique ou organique, propre à cet âge lui-même : le développement de l’appareil reproducteur seul fournil matière à un ordre de maladies spéciales, mais purement locales chez 1 homme, bien qu’elles réagissent davantage, chez la iemrne, sur l’ensemble de l’organisme ; nous ne parlons pas ici de la giossesse et de 1 accouchement, ces deux états organiques auxquels participe 1 économie tout entière, mais d’une manière transitoire et en quelque sorte accidentelle.

Aussi l’âge moyen de la vie offre-t-il le privilège d’une aptitude à peu piès égale à toutes les maladies, sauf des différences tout individuelles ou purement fortuites. Mais c’est alors surtout que l’on voit

(1) Bichat, Recherches sur la vie et la mort, lrc partie, art. 10.

INTRODUCTION

régner l'influence des tempéraments, ces manières d’être de l’organisme, encore si imparfaitement déterminées, et qui consistent dans un ensemble de modalités et de prédispositions que l’on a distinguées et désignées plutôt d’après des apparences grossières que d’après une connaissance positive de leur nature. Dans l’enfance et la jeunesse, le tempérament lymphatique domine, là surtout où régnent des conditions hygiéniques vicieuses, telles qu’agglomération des enfants, séjour dans les grands centres de population, ou encore alimentation insuffisante ou grossière. C’est après la puberté que les tempéraments divers se dessinent, sanguin, bilieux, nerveux, etc.

Mais quelque idée que l’on se fasse de la nature des tempéraments et de la justesse de ces dénominations, il est certain que leurs caractères extérieurs et les dispositions morbides qui les accompagnent commencent à s’effacer à la lin de la virilité, pour disparaître entièrement dans la vieillesse, ou pour faire place à un ensemble de caractères que Canstatt désigne du nom de tempérament phlegmatique ou mélancolique. On observe encore, chez quelques vieillards, ce que M. Gendrin appelle cachexie sénile : « Lorsque la décrépitude arrive, dit-il, elle devient quelquefois l’origine d’une véritable cachexie, qui n’est autre chose que le dernier terme de la détérioration progressive des fonctions organiques : c’est la cachexie sénile. L’influence de l’àge est la cause principale de cette cachexie; ses caractères sont la dessiccation de tous les tissus, l’affaiblissement des forces musculaires qui s’étend jusqu’aux contractions du cœur, l’endurcissement des tuniques artérielles ossifiées, leur amincissement et l’atrophie de leurs fibres transversales dans les points non indurés, phénomène déjà indiqué par Haller : toutes ces conditions rendent, la circulation et la nutrition insuffisantes pour les besoins de la vie... (1) »

Ce que M. Gendrin appelle cachexie sénile n’eSt autre chose que l’assemblage de tous les caractères propres à la sénilité : or il est de fait que, parmi les vieillards, quel que soit l’àge auquel ils sont parvenus, il n’en est qu’un certain nombre qui présentent cet assemblage, cette cachexie, si l’on veut. C’est un des faits les plus frappants qui ressortent de l’observation des vieillards réunis à la Salpêtrière ou à Bicêtre, que cette distinction entre ceux qui présentent la cachexie sénile à un degré prononcé, et ceux qui conservent au contraire quelques caractères de l’àge moyen de la vie. lous

(1) Gendrin, Thèse citée, p. 65.

INTRODUCTION

portent du reste le cachet de cette altération profonde de la nutrition, qui est le résultat le plus direct des conditions organiques de la vieillesse, les premiers dans l’amaigrissement qui annonce l’amoindrissement simple des matériaux assimilables, les seconds dans 1 embonpoint qui annonce la prédominance de matériaux carbonés. Cette double distinction fait la base de la pratique chez les vieillards, et elle domine aussi bien chez eux la pathologie que la thérapeutique.

Quelles sont les conditions organiques que l’on voit prédominer dans l’enfance? D’abord le fait du développement général de l’économie; la nutrition, pour y fournir, plus active qu’à aucune autre époque de la vie; la circulation capillaire prédominante, et, par suite, l’afflux des forces vitales vers la périphérie; l’activité de la circulation générale destinée à fournir au travail de la nutrition; plus tard, le développement des dents, dont l’influence est journellement exagérée, mais dont il faut cependant faire la part; la croissance et ses irrégularités, lorsqu’elle se porte avec exagération sur quelque point de l’économie aux dépens des autres, etc.

Opposons immédiatement, par un rapprochement instructif, à ce tableau, celui des conditions organiques prédominantes dans la vieillesse. Nous les connaissons déjà : imperméabilité progressive du système capillaire , obtusion croissante du système nerveux et des sens, affaiblissement de la vitalité de la peau, ralentissement de la circulation centrale; en un mot, retrait de la vie de la périphérie vers le centre.

Que résulte-t-il de ces deux états organiques si opposés? C’est une détermination générale des états morbides vers la périphérie, chez les enfants, et vers le centre de l’économie chez les vieillards.

Quant à l’âge viril, il nous représente, répétons-le encore, le milieu entre ces deux prédominances, ou plutôt, comme rien sans doute n’est stationnaire dans l’organisme, il se ressent encore, dans une partie de son cours, des prédominances de la première moitié de la vie, et dans l’autre il tend à se rapprocher de celles qui appartiennent à la seconde moitié de l’existence.

Or, chez l’enfant, que voyons-nous? Les fièvres continues, affectant presque exclusivement la forme exanthématique ; tandis qu’à un âge plus avancé, les exanthèmes cutanés, de moins en moins fréquents, sont remplacés par la détermination vers le tégument interne, la dolhiénentérie ; les inflammations, simples ou spécifiques, des yeux, de la bouche, stomatite, muguet, diphthérite, les gonflements glandulaires; les mouvements fébriles fréquents, exagérés,

évidemment sous l’inlluence de l’extrême activité de la circulation générale; les infiltrations séreuses, si rapides et si communes; les albuminuries, dues non pas toujours à une modification primitive des reins, mais à l’interruption des fonctions de la peau, si impressionnable alors : tout est en rapport avec les conditions pathologiques que nous connaissons. Quelle diathèse domine alors? La diathèse scrofuleuse, dont presque toutes les manifestations sont périphériques, engorgements et suppurations glandulaires, cutanés, etc.

Qu’observons-nous maintenant chez les vieillards? Plus de déterminations morbides, dans les pyrexies, vers la peau, presque plus même vers le tégument interne : les fièvres exanthématiques de l’enfance, la fièvre dothiénentérique de l’àge adulte, seront remplacées par la fièvre adynamique, dont la détermination à peu près constante est la pneumonie. Pourquoi la pneumonie?

Où se réfugie à celte époque la vie, se retirant peu à peu de l’organisme? Dans les organes qu’elle avait formés les premiers, suivant ainsi une marche inverse de celle qui avait présidé au premier développement de l’être. Le cœur, le cerveau, telles sont les premières œuvres de la nature, donnant une forme au germe : le poumon demeure inerte, il est vrai, pendant toute la vie intra-utérine. Mais qui sent la première atteinte de la vie extérieure, à l’instant de la naissance, et lient alors l’organisme entier esclave de la manière dont il répond à celte stimulation inusitée? L’est le poumon. Eh bien, c’est dans le poumon, le cœur et le cerveau que se concentre la vie, préparant le vieillard à son abandon : pneumonie, affections cérébrales, lésions du cœur, voici ce que nous offre presque exclusivement la pathologie des vieillards, en tant que dépendant des progrès même de l’âge. « Les fonctions externes, dit Bichat, s’éteignent peu à peu chez le vieillard, et la vie animale a presque entièrement cessé lorsque l’organique est encore en activité. » Ajoutons encore que, chez presque tous, les bronches sont le siège d’une exhalation catarrhale, qui a pour objet très-vraisemblable de suppléer aux fonctions abolies de la peau, et qui devient pour l’appareil respiratoire une cause continuelle de trouble.

Alors, plus de ces infiltrations séreuses aiguës, rapides comme le dérangement des fonctions de la peau, dont elles étaient la conséquence, mais des infiltrations chroniques, atoniques, résultat de l’état languissant de la résorption, de l’atonie des veines, enfin, de la stase mécanique des fluides, ou symptômes de lésions organiques, soit du cœur, soit des organes de l’abdomen.

A la diathèse scrofuleuse propre à l’enfance, et remplacée par la diathèse tuberculeuse, triste apanage de la jeunesse, a succédé la diathèse cancéreuse, qui, appartenant surtout à la virilité, se retrouve presque seule dans la vieillesse.

On ne rencontre plus, dans ce dernier âge, ces affections fébriles si communes et si frappantes dans les premières années de la vie. Les vieillards ont rarement de la fièvre; chez eux, la fièvre offre presque toujours une expression amoindrie de l’état organique ou de l’affection locale dont elle est le symptôme, tandis que dans l’enfance, elle en était surtout l’expression exagérée.

Les maladies de l’abdomen sont rares dans la vieillesse (1), comparées surtout à celles de la poitrine et de l’encéphale, malgré que l’on ait écrit souvent qu’elles étaient les plus fréquentes à cet âge. Les obstructions ont passé longtemps pour être l’apanage des vieillards. Mais les lésions organiques auxquelles on donnait confusément ce nom, les engorgements du foie ou de la rate, les calculs biliaires, les affections chroniques de l’estomac, etc., appartiennent certainement beaucoup moins â la vieillesse qu’aux époques antérieures de la vie. Plus de dothiénentéries passé un certain âge, plus de ganglions ou de péritonites tuberculeuses: seulement l’imperfection et la lenteur des digestions, la constipation, les hernies, le catarrhe vésical ou la paresse de la vessie, toutes conditions si communes alors, entretiennent de ce côté une série de malaises et de souffrances qui ne doivent pas imposer au médecin attentif pour une prédominance pathologique vers l’abdomen. Des diarrhées inflammatoires, revêtant souvent la forme dysentérique, sont presque la seule affection aiguë que présentent les vieillards du côté de l’abdomen, et qui mérite de fixer l’attention.

C’est presque toujours d’une pneumonie que meurent les vieillards : souvent insidieuse dans ses apparences, quelquefois entièrement latente, toutes les fois qu’un vieillard présente des signes mal déterminés de maladie, il faut en soupçonner l’existence. 11 faut également cire sans cesse en garde contre son apparition dans le cours des maladies chroniques, du cerveau surtout, pendant le traitement des fractures, etc. Les pneumonies sont également fort à craindre, chez les enfants, et par leur lréqucnce et par leur développement insidieux, dernière circonstance qui, chez eux comme chez les vieil-

li) Prus, Recherches sur les maladies de la vieillesse, dans Mémoires de F Acad, de médecine , t. VIII, 1840, p. 10.

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