XLI V
INTRODUCTION
lards, tient surtout à la forme lobulaire qu’affecte si souvent à ces âges l’inflammation du tissu pulmonaire. Seulement les pneumonies partielles des vieillards se développent presque toujours au sein de ces infiltrations sanguines ou séreuses, hypostatiques, auxquelles ils sont si exposés, tandis que chez les enfants, c’est souvent au milieu d’un tissu sain que l’on rencontre des noyaux de pneumonie lobulaire.
Les maladies de l’encéphale se montrent dans des conditions bien différentes aux divers âges de la vie, représentant avec une parfaite exactitude ce que nous offre, à chacun d’eux, l’observation générale des maladies. En effet, presque toujours bornées, chez l’enfant, aux enveloppes et à la superficie du cerveau, on ne voit presque plus, chez le vieillard, d’affections des méninges, aiguës surtout; chez eux, c’est à peu près uniquement dans la profondeur de la pulpe nerveuse elle-même, que s’observent les lésions encéphaliques. Dans l’âge moyen de la vie, on rencontre également des maladies des méninges et des centres nerveux, seulement avec un caractère inflammatoire plus habituellement manifeste qu’aux deux extrémités de la vie.
« Les phénomènes de réaction, dit M. Gendrin, sont peut-être de tous les phénomènes des maladies, ceux qui subissent au plus haut degré, dans leurs formes et dans leur intensité, l’influence des âges. Chez les enfants, où la circulation s’accomplit avec une très-grande rapidité, et prédomine par l’étendue de l’appareil qui l’exécute, et par la vitalité de cet appareil, la réaction pyrétique survient avec une extrême facilité, et toujours avec plus d’intensité qu’à l’autre extrémité de la vie. Elle conserve cette prépondérance pendant l’adolescence, mais cependant à un moindre degré; mais elle la perd à mesure que la vie approche de son terme, parce que l’appareil circulatoire perd alors de son activité et de son énergie, et que son aire se réduit tous les jours d’étendue par la diminution du nombre des capillaires, évidente à la seule inspection des parties externes des vieillards (1). »
Ces réflexions sont parfaitement justes, et la connaissance des conditions physiologiques dans lesquelles se présentent, aux différents âges, le système circulatoire et le système nerveux, ces deux grands systèmes desquels dépendent la coordination et la solidarité mutuelle de toutes les parties de l’économie; la connaissance des conditions
(1) Gendrin, Thèse citée, p. 75.
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générales qu’entraîne la succession des âges, et qui se résument presque toutes dans ce grand fait du développement de la vie de dedans en dehors chez l’enfant (évolution), et de dehors en dedans chez le vieillard (involulion), permettrait d’établir à priori ce que l’observation fait reconnaître avec autant d’évidence. C'est à cause de cette différence dans l’aptitude de l’organisme à la réaction que les maladies, bien que revêtant des apparences plus graves dans .l'enfance, empruntent à la nature bien plus de ressources curatives à cet âge que dans la vieillesse. C’est pour cela quelles passent bien plus facilement à l’état chronique chez les vieillards que chez les enfants, et offrent également une durée moyenne beaucoup plus longue dans un âge avancé. Le caractère principal des maladies des vieillards, dit Canslalt, c’est l’isolement, elles sont comme séparées du reste de l’organisme et indépendantes (1).
Ce que nous venons de dire de la facilité de réaction offerte par l’organisme dans les différents âges, peut se dire également des sympathies, ce retentissement mutuel des troubles, fonctionnels ou matériels, des organes les uns sur les autres. Les sympathies sont beaucoup plus variées et faciles à éveiller dans la première moitié de la vie que dans la seconde. Cependant, les sympathies cérébrales sont encore très-communes dans la vieillesse, où elles constituent quelquefois la principale manifestation de la pneumonie. Seulement, tandis qu’elles se montrent en général sous forme de convulsions dans l’enfance et de délire chez l’adulte, c’est surtout l’assoupissement et le coma que l’on observe chez les vieillards. Cependant il est une forme de subdélirium, de délire muet, délire en action, qui est tout à fait particulière à cet âge.
La forme et le développement que j’ai donnés aux chapitres de thérapeutique, dans le cours de cet ouvrage, pourraient me dispenser de présenter sur ce sujet des considérations générales, qui retrouveront leur place ailleurs. Cependant, il me paraît intéressant de poursuivre le parallèle que j’ai essayé, dans les pages précédentes, entre les divers âges de la vie, considérés sous les rapports physiologique et pathologique.
L’âge des malades doit entraîner en effet, chez le médecin, des
(I) Canstatt, loc. cit., t. I, p. 125.
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préoccupations toutes particulières, eu égard non-seulement à la dose des médicaments, mais encore à la direction à suivre dans le traitement; en un mot, les différents âges de la vie comportent avec eux des indications thérapeutiques différentes. Ces indications générales se définissent elles-rncmes, d’après le tableau qui vient d’être tracé des diverses conditions où se présente l’organisme dans les différents âges.
Chez les enfants, l’attention doit se porter sur l’exubérance de la vie au dehors, l’activité extrême de la circulation, l’excitabilité du système nerveux, l’énergie des réactions, la facilité avec laquelle se développent les sympathies, les besoins d’une double nutrition d’accroissement et de conservation, la croissance, la dentition... A ces mêmes sources d’indications s’ajoute, dans l’adolescence, l’imminence des fonctions nouvelles qui sont près de s’établir. Dans l’âge adulte, les indications se tirent surtout des constitutions, des tempéraments, des antécédents, elles sont, en un mot, plus individuelles que générales. Dans la vieillesse, des conditions communes reparaissent : l’amoindrissement s’opérant chaque jour dans le système capillaire et le système nerveux qui y correspond, une réparation insuffisante, l’affaiblissement des facultés d’absorption, et la diminution des sécrétions et des excrétions, la concentration de la vie dans quelques organes aux dépens du reste, l’insuffisance des réactions, le silence des sympathies. ... 11 suffit d’énoncer de telles conditions, pour que les conséquences pratiques qui en découlent se présentent naturellement à l’esprit. Entrons cependant dans quelques explications.
Les émissions sanguines tiennent une place importante dans la thérapeutique active de l’enfance, dans les maladies aiguës. L’extrême acuité des maladies et la violence, ainsi que la rapidité de leur déve-
loppement, en expliquent la fréquente nécessité. Ce que nous savons de la manière dont se comporte alors le système circulatoire nous indique et la forme et la réserve avec lesquelles il les faut employer ; ainsi la prédominance du système capillaire nous montre que les saignées locales seront ordinairement préférables aux saignées générales ; les nécessités de l’accroissement nous font connaître le danger qu’il y aurait à soustraire à l’économie trop de sang, c’esl-à-dire les éléments de réparation qu’elle réclame si impérieusement; la facilité des communications vasculaires, l’excitabilité du système nerveux, nous montrent encore qu’à cet âge, plus qu à tout autre, les émissions sanguines peuvent et doivent se laire le plus loin possible de 1 oiganc malade.
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Chez les vieillards, la soustraction du sang fait peut-être moins aute à l’cconomie, qui a de bien moindres besoins à satisfaire ; mais aussi la réparation n’en est que plus lente et plus imparfaite : aussi l’excès des émissions sanguines est-il presque toujours fatal à cet âge. J’ai vu mourir à Bicêlre deux vieillards à qui l’on avait laissé, par négligence, une seule piqûre de sangsue couler pendant toute une nuit. En outre, l’amoindrissement du système capillaire, ses communications devenues imparfaites, l’affaiblissement des sympathies, nous montrent que les saignées générales seront presque toujours indiquées; que les saignées locales ne peuvent avoir qu’une bien moindre efficacité ; que, dans tous les cas, il faut les pratiquer le plus près possible du siège du mal. C’est surtout au sujet de l’emploi des émissions sanguines, qu’il importe d’avoir égard à cette distinction qui a été signalée plus haut, entre les vieillards qui présentent ce que M. Gcndrin appelle cachexie sénile, et ceux qui ont conservé quelques attributs de l’âge viril. MM. Ilourmann et Dechambre ont insisté très justement sur la signification que l’on devait attacher, sous ce rapport, à l’état de maigreur ou au contraire d’embonpoint, que les vieillards présentent ordinairement à un degré prononcé. Chez les premiers, ce n’est jamais sans crainte que l’on doit se décider à tirer du sang ; les seconds se prêtent, à la proportion près, à peu près aux mêmes règles thérapeutiques que les adultes.
Il semble que les conditions dans lesquelles se présente la circulation chez les enfants, devrait indiquer chez eux l’emploi fréquent des révulsifs; mais l’excitabilité du système nerveux, et la facilité avec laquelle les inflammations se développent, alors, fournissent une contre-indication supérieure (1). Chez les vieillards, la méthode révulsive, si elle offre moins d’inconvénients, présente aussi moins de ressources, parce que l’organisme ne se prête pas alors à cet échange de fluide sanguin et de fluide nerveux, dans lequel paraît essentiellement consister la révulsion. Cependant, c’est encore là une arme puissante qu’il importe de ne pas négliger dans les maladies des vieillards. Nous dirons ailleurs à quelles précautions doit être subordonnée la révulsion exercée sur la peau, à l’aide des sinapismes et des vésicatoires. La révulsion sur le canal intestinal constitue une des médications les plus actives et le plus souvent indiquées chez les vieillards. La faiblesse des vieillards, d’ailleurs, n’est pas seulement le résultat de la diminution de la force nerveuse, mais encore la suite
(1) Rilliet et Barthez, Traité des maladies des enfants, 1843, t. I, p. 14. .