FORMES DE LA PNEUMONIE
La plupart des observateurs ont admis des formes distinctes dans la pneumonie des vieillards, formes basées sur des divisions anatomiques, symptomatiques ou étiologiques. Nous avons accepté la distinction importante des pneumonies primitives et des pneumonies secondaires. Devons-nous aller plus loin, et admettre plusieurs formes de la pneumonie primitive?
Nous avons déjà mentionné les pneumonies granuleuse ou vésiculaire, et planiforme ou intervésiculaire de MM. Ilourmann et Dechambre. Nous nous sommes expliqué sur la valeur qui nous semblait devoir être attribuée à cette division tout anatomique et aussi peu acceptable nosologiquement, que l’explication hypothétique que ces auteurs en ont donnée. Ils déclarent, du reste, eux-mêmes, que ces deux formes de pneumonie ne paraissent pas devoir se distinguer l’une de l’autre par les symptômes généraux, plus que par les symptômes locaux (2).
Beau a proposé de reconnaître une forme apparente et une forme latente de la pneumonie des vieillards (3). Quelle que puisse être la valeur pratique de cette distinction, il ne faut plus s’en exagérer l’importance, et il serait difficile d’en faire la base d’une division méthodique de la pneumonie.
(1) Mascarel, Mémoire sur le traitement de la pneumonie des vieillards, 18Æ0, p. ' * •
(2) Hourmann et Dechambre, loc. cit., t. XII, p. 173.
(3) Beau, Études cliniques , p. 21.
TNEUMONIE.
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Le mot latent , appliqué à la pneumonie en particulier, n’exprime . guère que quelque chose de relatif. Si l’on veut entendre par cette q expression une pneumonie dans laquelle il n ait effectivement existé aucun signe physique ou rationnel qui fût de nature à permettre de i la reconnaître pendant la vie, on conviendra que de tels cas doivent , être fort rares. Quand une pneumonie est demeurée latente, c’est i souvent par faute d’observation, autant que par le manque de signes possibles à recueillir. D’ailleurs, qu’est-ce qui constituera la pneumonie latente? Est-ce l’absence de signes caractéristiques, tels qu’expectoration, point de côté, ou de phénomènes généraux, tels que fièvre, dyspnée, ou des signes fournis par l’auscultation? Car il faut bien reconnaître que, dans les pneumonies le plus entièrement méconnues pendant la vie, quelques-uns de ces phénomènes devaient nécessairement exister. Pour le médecin prévenu et attentif, il y aura moins de pneumonies latentes que pour un autre; dans la pratique de la ville où les moindres dérangements de santé éveillent habituellement l’attention, il y aura moins de pneumonies latentes que dans un hospice où les vieillards, redoutant quelquefois le séjour de l’infirmerie, dissimulent un point de côté, une oppression souvent facile à attribuer à d’autres causes, la fièvre même, et parviennent enfin à se soustraire à l’observation. Requin pense également qu’il n’existe guère de pneumonies latentes à proprement parler (1).
On a signalé encore, comme exemples de pneumonies latentes par excellence, ces morts subites observées quelquefois dans les hospices de vieillards, où, pour toute lésion, on trouve une hépatisation du poumon. « Dans quelques cas, disent MM. Ilourmann et Dechambre, nos vieilles femmes ne se plaignent même pas de faiblesse ni de maladie. Elles ne demandent pas à venir à l’infirmerie personne, dans leur dortoir, ni surveillantes, ni filles de service, ni voisines, n’aperçoit de changement dans leur position. Elles se lèvent, font leur lit, se promènent, mangent comme à l’ordinaire, puis elles se sentent un peu fatiguées, se penchent sur leur lit et expirent. C’est là une des morts dites subites de vieillesse à la Salpêtrière. On ouvre les cadavres, et l’on trouve une grande partie du parenchyme pulmonaire en suppuration. Des faits remarquables de ce genre se sont passés sous mes yeux, à l’infirmerie, sur des femmes reçues primitivement pour des maladies tout à fait étrangères au poumon, et dont elles étaient gué-
(i) Requin, Eléments de pathologie médicale, t. II, p. 1 36.
ries(l). » Prus a vu à Bicêtre un vieillard que l'on ne croyait pas malade , et qui tomba mort dans la cour. A l’autopsie, on trouva une hépatisation grise des deux poumons; il restait à peine le quart d’un poumon qui pût respirer (2).
Sans doute, il est très-curieux de voir une altération semblable demeurer compatible avec les habitudes ordinaires de la vie. Mais peut-on affirmer que si cet homme eût été observé, on n’eût pu reconnaître en lui quelque circonstance propre à mettre sur la voie d’une affection aussi grave ? Non assurément.
MM. Ilourmann et Dechambre admettent trois formes de la pneumonie des vieillards, qu’ils rapprochent des trois formes principales du mouvement fébrile continu : inflammatoire , adynamique et ataxique.
La forme inflammatoire est très-rare, disent-ils, et la forme adynamique la plus commune. Voici comment ces auteurs décrivent la forme adynamique de la pneumonie, et en particulier la variété la plus commune qu’elle présente : « Le début de la maladie n’offre rien de spécial. Il peut être aigu ou latent. Mais à mesure que la pneumonie fait des progrès, le malade tombe dans une prostration extrême; la peau est chaude, sèche, la face est trés-colorée, les lèvres se couvrent de fuliginosités, l’intelligence devient complètement obtuse. Il peut n’v avoir aucun symptôme du côté du tube digestif. Ce qui impose surtout ici le cachet adynamique, c’est l’annihilation de l’action musculaire et la dépression progressive du pouls, qui finit souvent par disparaître dans les derniers moments (3). »
Celle description est fort exacte, comme l’est en général ce qui sort de la plume de ces auteurs distingués; cependant nous ne saurions voir là une forme de la pneumonie. C’est tout simplement la marche ordinaire que syit la pneumonie des vieillards, surtout quand elle doit se terminer parla mort. Mais cette apparence n’appartient même pas en propre à la pneumonie ; elle est commune à toutes les maladies aiguës auxquelles succombent les vieillards. En effet, la tendance à l’adynamie dans les maladies à marche aiguë et à cortège fébrile est une des conséquences d’un âge avancé. C’est, comme le font trèsjustement remarquer MM. Ilourmann et Dechambre eux-mêmes, c’est véritablement le résultat des forces épuisées, oppressio virium. Quelques vieillards se soustraient à cette loi, comme il en est qui
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(1) Ilourmann et Dechambre, loc. cit., t. XII, p. 36.
(2) Moutard-Martin, loc. cit., p. 195.
(3) Hourmann et Dechambre, loc. cit,, t. XII, p, 169.
pneumonie:
l conservent jusqu’à un âge avancé quelques-uns des caractères et des apparences de l’âge adulte. Mais nous pensons que c’est donner une idée inexacte de la manière dont les choses se passent, que d établir une forme spéciale de la pneumonie sur ce que, « à mesure que la maladie fait des progrès, le malade tombe dans la prostration. » Il : pourrait en être autrement si la maladie débutait par cet état d adyi namie; mais cela ne se voit guère dans les pneumonies primitives. Et d’ailleurs il faut être sobre de ces divisions de maladies en formes ! distinctes, divisions habituellement fort peu naturelles, et par conj séquent peu exactes. Il suffît de connaître, pour le pronostic et le traitement, ces conditions diverses, qui appartiennent beaucoup moins à la maladie elle-même qu’aux conditions générales de l’organisme.
Nous ne reconnaissons pas l’exactitude d’une division de la pneumonie en formes qui véritablement n’existent pas, puisque l’on est obligé de reconnaître que « le mouvement fébrile de la forme inflammatoire précède généralement la forme adynamique (1). » Est-il plus rationnel de considérer l’état adynamique comme une complication de la pneumonie (2) ?
M. Cruveilhier a pu dire, il est vrai, que « c’est le regard fixé sur certaines pneumonies latentes des vieilles femmes de la Salpêtrière, que Pinel a fait son chapitre sur la fièvre adynamique (3). » Mais le défaut de réaction qui permet à une pneumonie de faire des progrès sans s’accompagner de signes extérieurs bien manifestes, et l’absence de tout traitement, sont précisément les conditions les plus propres à favoriser le développement du caractère adynamique, dans la période finale de la maladie.
Quant à la forme ataxique proposée par les mêmes auteurs, nous en cherchons en vain la description, à moins qu’ils ne la confondent ■avec une des variétés de la forme adynamique, ou forme ataxo-ady namique ou typhoïde. On voit quelle confusion entraînent ces distinctions tout artificielles. Mais, tout en la faisant ressortir, nous n’en ferons pas moins notre profit des observations intéressantes qui s’y trouvent unies, et nous reproduirons ailleurs ce que MM. Hourmann ■et Dechambre ont décrit sous le nom de pneumonie typhoïde.
Gillette rejetant, comme nous le faisons, toutes ces divisions de
(1) Hourmann et Dechambre, loc. cit., t. XII, p. 171.
(2) Sestier, Leçons de clinique de M. Chôme), t. III, p. 330.
(3) Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain , livraison xxix, pl. V.
la pneumonie des vieillards, s’est arrêté à la suivante : 'pneumonie vraie et pneumonie fausse , ou mieux broncho-pneumonie. La pneumonie vraie est la pneumonie primitive ; la pneumonie fausse est la pneumonie consécutive à la bronchite (1). Cette distinction, empruntée à la pathologie de l’enfance, dans laquelle elle a jeté de vives lumières, est, en effet, d’une grande importance au point de vue pratique. Il faut encore distinguer les pneumonies dites hypostastiques et qui méritent assurément une place à part dans l’histoire de cette maladie.
ARTICLE IV