MARCHE ET DURÉE DE LA PNEUMONIE
J’ai signalé, au paragraphe de Y auscultation, plusieurs circonstances remarquables, relatives à la marche de la pneumonie chez les vieillards : l’absence possible, à l’auscultation au moins, de la première période, celle d’engouement, et que caractérise le râle crépitant ; ces oscillations que, sous l’influence surtout d’un traitement actif, peuvent présenter les symptômes les plus caractéristiques de la maladie, et sur lesquelles Beau a appelé l’attention des praticiens. Mais un des traits les plus remarquables de la pneumonie des vieillards est la rapidité avec laquelle ses périodes se succèdent et atteignent leurs dernières limites, c’est-à-dire ces abondantes suppurations dont les poumons des adultes offrent rarement d’exemples. M. Louis avait déjà signalé la marche rapide des inflammations dans la vieillesse ; c’est surtout à la pneumonie que cette observation est applicable.
La durée moyenne de la pneumonie des vieillards est, comme le font justement remarquer MM. Iiourmann et Declmmbre, assez difficile à préciser, parce qu’on éprouve souvent, à déterminer le début de la maladie, une difficulté que nous avons signalée nous-môme. Cependant ces auteurs ont cru pouvoir, en tenant compte sans doute des erreurs possibles, déduire la moyenne delà durée de la maladie, dans 109 cas. Cette moyenne fut, dans 33 cas de guérison, de là 3/10 jours, et, pour 76 cas de mort, de 7 7/10, en tout de 6 7/10 jours; tandis que M. Andral a indiqué, comme moyenne de la durée de la pneumonie chez les adultes, 11 jours; Chomel, avec Laennec, de 7 à 20 jours; M. Bouillaud, de 8 à 12(1).
Sur 20 cas de suppuration du poumon, j’ai trouvé 5 7/J 0 jours.
Lorsque la pneumonie doit se terminer par la guérison, au contraire, sa marche est lente; sa première période, celle qui précède l’hépatisation, et lorsque celle-ci vient à se produire, sa dernière période surtout, celle de résolution, peuvent être très-lentes, si bien que l’on peut considérer comme d’un pronostic favorable la longueur de la première période, lors même qu’une hépatisation manifeste est venue lui succéder. Du reste, l’influence de la saison sur la durée de ces pneumonies est très-remarquable ; c’est surtout l’hiver que l’on
(t) Hourmann et Dechambre, loc. cit., t. XII, p. 170.
voit se prolonger indéfiniment ces râles sous-crépilants et muqueux qui persistent ordinairement un certain temps au siège même de la pneumonie, et qui indiquent un reste d’engouement dans le poumon.
Nous étudierons successivement dans cet article la valeur des signes directs de la pneumonie, considérée chez les vieillards, la valeur des symptômes généraux, enfin certaines apparences symptomatiques particulières.
que parce qu’ils sont moins complets ou moins prononcés. Il est cependant certaines particularités qu’il importe d’avoir présentes à l’esprit, au lit du malade.
Nous avons vu que le râle sous-crépitant remplace souvent le râle crépitant au début de la pneumonie ; il importe donc de ne pas le confondre avec le raie sous-crépitant de la bronchite, si commun précisément chez les vieillards. Le râle sous-crépitant du catarrhe chez les vieillards, se montre en général peu abondant, des deux côtés de la poitrine à la fois, et épars dans les différentes parties du thorax en arrière surtout, plus volontiers à la base cependant; il s’accompagne ordinairement d’une expectoration catarrhale.
Mais si l’on rencontre du râle sous-crépitant d’un seul côté, si ce râle est abondant, limité à une étendue restreinte, soit à la base, soit au sommet, s’il ne s’accompagne pas d’expectoration, ou bien si une expectoration habituelle s’est supprimée, on devra supposer une pneumonie au premier degré. Des crachats rouillés peuvent accompagner ce râle sous-crépitant, comme le râle crépitant lui-même.
Nous avons vu précédemment que le souffle survenait quelquefois d’emblée, sans avoir été précédé d’aucun râle appréciable ; cela s’observe principalement dans ce que Beau appelle des pneumonies latentes ou extra-vésiculaires , bien qu’une telle circonstance puisse s’accompagner de tous les autres signes de la pneumonie, tels que point de côté, crachats pneumoniques. Un souffle bronchique, se montrant ainsi à la base de la poitrine, sans râles et sans crachats caractéristiques, sera difficilement distingué d’une pleurésie, d autant plus aue l’auscultation de la voix n’offre pas, chez les vieillards, une
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