PRONOSTIC DE LÀ PNEUMONIE
\ Une fois dépassées les cinq premières années de la vie, on peut s établir que le pronostic de la pneumonie est d’autant plus grave que ; l’âge est plus avancé.
C’est ainsi que, tandis que chez les sujets âgés de 16 à 30 ans, la mortalité s’est élevée à peine à un quatorzième, Grisolle a vu la mortalité atteindre un peu moins d’un septième de 30 à 40 ans, un i sixième de 40 à 50, un cinquième de 50 à 60, moins d’un sixième de 60 à 70, et enfin les huit dixièmes au-dessus de 70 ans (1). On doit ; au professeur Leroux (2), à M. Marc d’Espine (de Genève) (3), des i résultats analogues. Les auteurs qui ont observé dans les hospices de vieillards font, de la mortalité dans la pneumonie, des peintures effrayantes (4). Cependant il faut, se garder d’insister sur ce sujet : d’une manière qui porterait à s’exagérer l’impuissance de l’art, et i pourrait conduire à une inaction funeste, alors que les ressources de lia thérapeutique sont loin d’être encore dépourvues d’efficacité.
La proportion élevée de la mortalité, à laquelle on fait allusion ■quand on parle de la pneumonie des vieillards, vient en général de
(1) Grisolle, loc. cit., p. 520.
(2) J. -J. Leroux, Cours sur les généralités de la médecine , 1825, t. VI.
(3) Marc d’Espine, Ann. d’hygiène et de médecine légale , 1840, t. XXIII, p. 50.
(4) Prus, Recherches — Hourmann et Dechambre, Icc. cit., t. XII, p. 186.
Û7A maladies de l’appareil respiratoire.
ce qu’on ne distingue pas la pneumonie primitive de la pneumonie consécutive, cette dernière offrant, par la manière insidieuse dont elle se développe, par les conditions particulières des individus qui la présentent, une gravité toute spéciale. En outre, il faut faire attention aux circonstances dans lesquelles s’observe la pneumonie dans les hospices de vieillards , dans les saisons rigoureuses, chez des individus qui s’exposent à toutes les intempéries de l’air, dont le régime n’est pas tout à fait en rapport avec les exigences de l’àge et de la saison, chez qui les débuts de la maladie, presque toujours négligés, ne les soumettent à l’observation qu’alors qu’une partie du poumon ou des poumons est hépatisée ou même en suppuration. C’est alors que l’on voit, dans certaines journées d’hiver, les salles de l’infirmerie de BicêLre ou de la Salpêtrière se renouveler incessamment et se dégarnir aussitôt de pneumoniques, chez lesquels toute méthode thérapeutique avait été inutilement essayée.
Du reste, une fois le danger réel de la maladie bien constaté, ce qui importe au praticien, ce n’est pas certainement de connaître la proportion exacte des malades qui peuvent succomber sur un nombre donné ; ce qui lui importe, c’est de savoir qu’à tout âge, même au delà de 90 ans, la pneumonie primitive peut guérir, lorsqu’elle est prise à temps et qu’on lui oppose un traitement convenable.
La rapidité et l’irrégularité de la marche de la pneumonie, chez les vieillards, ne permet en général de porter qu’un pronostic trèsréservé sur l’issue de la maladie, sic enitn artis honori et medici famœ , cibsque œgrorum detrimento , optime consulilur (Van Swieten). Cependant il est un certain nombre de circonstances dont on peut tenir compte utilement au point de vue du pronostic.
Je n’ai pas remarqué que le siège, et l’étendue de la pneumonie exerçassent sur le pronostic une influence notablement différente chez les vieillards et chez les adultes ; les mêmes remarques sont donc applicables aux différents ordres de faits qui les concernent. La pneumonie du sommet paraît offrir une gravité toute spéciale, et j’ai vu très-rarement en obtenir la résolution, quelque peu d’étendue qu’elle occupât. Du reste, cette opinion de M. Briquet (restreinte bien entendu dans de justes limites), que l’étendue de la pneumonie n’aurait pas une influence bien grande sur l’issue de la maladie, me paraît assez applicable aux vieillards chez qui l’on rencontre en général si peu d’accord entre l’étendue des phénomènes locaux et la gravité des symptômes généraux. Dans le plus grand nombre des cas de guérison que j’ai observés, la pneumonie occupait la partie poste-
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Heure du poumon, dans toute sa hauteur (1). 11 est impossible de ne pas opposer à ces faits ceux, en si grand nombre, où 1 on voit des pneumonies du sommet, limitées à un espace très-restreint, entraîner i la mort.
Les ressources de l’art, indépendamment des indications spéciales n que l’on en peut déduire, sont beaucoup plus grandes chez les ma- , lades d’un certain embonpoint, dont la peau a conservé un peu j d’épaisseur et de souplesse, dont l’intelligence est intacte, que sur ( ceux qui se présentent dans des conditions opposées.
La rapidité de la marche de la pneumonie chez les vieillards, con- ; stiluant un des dangers de celte maladie, si le premier degré (période : d’engouement, râle crépitant) se prolonge plusieurs jours, lors même qu’une hépatisation franche finit par lui succéder, l’issue de la ma- : ladie est généralement heureuse. On n’oubliera pas que nous pari Ions de pneumonies primitives, car la lenteur dans le développement ; est le propre des pneumonies hypostatiques et de certaines bronchopneumonies, et il n’y a alors assurément rien d’heureux à en déduire.
On peut considérer d’une manière générale, comme une condition if favorable, que la pneumonie revête autant que possible l’ensemble complet des caractères qui la rapprocheraient de la pneumonie des adultes. C’est ainsi que, dans tous les cas de guérison, j’ai constaté l’existence d’un point de côté. On n’attachera pas aux crachats pneumoniques autant de valeur qu’au point de côté, sous le point de vue qui nous occupe. La facilité de l’expectoration est plus importante à 1 considérer que sa nature, ou même que son existence. Le défaut d’expectoration, dit cependant M. Cruveilhier, est un très-mauvais symptôme : il annonce un engouement profond des voies aériennes (2). Pour ce qui est des rapports des crachats avec le degré de la pneumonie, ainsi les crachats jus de pruneau, verdâtres, purulents, ce symptôme a la même signification chez le vieillard que chez l’adulte.
Le délire qui se montre au début de la maladie, à moins qu’il ne soit très-considérable, n’est pas d’un pronostic défavorable. Il n’en est plus de même lorsqu’il survient à une époque plus avancée, et alors qu’il existe de l’ hépatisation. Un assoupissement prononcé, surtout alternant avec du délire, est plus fâcheux, à toutes les époques.
(1) Sans qu on ait reconnu d’épanchement pleurétique.
(2) Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain , xxixc livraison, pl. V.
h 7l> MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE.
La sécheresse de la langue ne deviendra un signe grave que lorsqu'elle surviendra, pour la première fois, à une époque avancée de la maladie, ou quand elle revêtira, ainsi que les lèvres, un aspect fuligineux. J’ai remarqué qu’un état très-visqueux de la surface de la langue était plus fâcheux que la sécheresse elle-même.
La dyspnée s’est presque toujours montrée assez vive dans les cas que j’ai vus suivis de guérison.
La fièvre est beaucoup plus constante et plus franche lorsque les malades doivent guérir.
L’irrégularité du pouls n’offre pas d’importance par elle-même pour le pronostic; mais il importe de considérer l’époque de son apparition. Ainsi on n’en déduira rien de fâcheux si l’on sait qu’elle existait avant la maladie; on n’y accordera pas non plus une grande importance si on l’a constatée dès le début. 11 n’en sera plus de même lorsqu’elle apparaîtra pour la première fois dans le cours de la pneumonie, surtout s’il s’y joint des symptômes graves ; je l’ai toujours vue dans ce cas précéder la mort. Mais j’ai vu aussi le pouls reprendre de la régularité dans des cas où son irrégularité remontait au début des accidents. Il est certain qu’alors c’est là un signe très-favorable. On comprend que je n’entends pas parler ici d’une irrégularité du pouls symptomatique d’une affection organique manifeste du cœur, car ce serait alors de celle dernière que l’on tiendrait spécialement compte dans le pronostic. Mais on sait que chez les vieillards le pouls présente très-fréquemment une certaine intermittence, soit sans aucune lésion matérielle du cœur, soit avec certaines modifications organiques de cet organe ou des gros vaisseaux, auxquelles on ne saurait donner le nom de maladie.
M. Charcot a observé qu’un abaissement progressif de la température, sans décroissance correspondante de la maladie, est d un mauvais augure (1).
Lorsque des symptômes adynamiques bien caractérisés viennent à se montrer dans le cours d’une pneumonie, ils annoncent en général une mort prompte. Cependant on voit des vieillards guérir après être j tombés dans une profonde prostration, que l’on devait juger absolument incompatible avec la persistance de la vie.
(1) Charcot, Leçons cliniques , etc., 1er fascicule, p. 32.
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ARTICLE VIII