CAUSES DE LA PNEUMONIE
L’éliologie de la pneumonie primilive des vieillards peut se résumer en peu de mots ! les conditions particulières où se trouve le poumon, par suite des changements amenés dans l’économie par la vieillesse, en constituent la prédisposition. Le refroidissement et les variations de température en sont à peu près la seule cause occasionnelle.
On a vu, dans la première partie de cet ouvrage, comment, tandis que sous l’influence du progrès de l’âge l’activité fonctionnelle et le mouvement organique s’amoindrissaient dans les différents appareils de l’économie, les poumons, subissant ces changements dans une bien moindre proportion, finissaient par devenir un des organes prédominants, et par conséquent les plus exposés à recevoir l’impression des causes pathologiques.
Prenez, avons-nous dit, un de ces vieillards décrépits, usés, qui peuvent servir de type à ce changement de l’organisme qui constitue la vieillesse ; les organes des sens, du mouvement, des sécrétions, de l'absorption, sont plongés dans un degré d’inertie, lequel, à son dernier terme, paraît à peine compatible avec la persistance de la vie. Mais la respiration s’accomplit toujours avec une activité qui fait du poumon l’organe prédominant, tant au point de vue de l’action vitale, de l’activité fonctionnelle, que des phénomènes organiques, de circulation, de sécrétion, qui s’y accomplissent. Qu’il survienne alors une de ces causes de maladies, refroidissement, indigestion, usage abusif des forces, commotions morales qui, agissant plutôt encore sur l’ensemble de l’organisme que sur tel ou tel appareil, frappent un point ou un autre de l’économie, suivant la prédisposition individuelle, l’âge, la constitution médicale, etc., ce sera presque toujours, chez les vieillards, sur l’appareil pulmonaire et non ailleurs, que retentira celte cause morbide.
Mais si le poumon doit â sa prédominance physiologique d’être, pour ainsi dire, le siège d’élection des phlegmasies aiguës chez le vieillard, la part qu’il prend à l’affaiblissement général de l’organisme, au ralentissement de la circulation, ne joue pas un moindre rôle dans la remarquable prédisposition des vieillards à la pneumonie. MM. Hourmann et Dechambre signalent, outre la bronchorrhée ha-
bituclle et un certain degré de congestion permanente, d’autres circonstances qui viennent en aide à ces prédispositions, telles que la rigidité de tout l’appareil mécanique de la respiration, laquelle ne gêne pas seulement le passage de l’air et l’expectoration des mucosités bronchiques, mais entrave encore la circulation pulmonaire; puis les affections organiques du cœur et des gros vaisseaux, le refoulement du diaphragme par des gaz que l’inertie des parois intestinales peut difficilement expulser, etc. (1).
Nous verrons surtout ces différentes causes en jeu dans le développement de la pneumonie secondaire, hypostatique, ou de la broncho-pneumonie ; mais nul doute qu’elles ne contribuent aussi à la grande fréquence de la pneumonie primitive.
Le refroidissement et surtout les changements de température sont presque les seules causes occasionnelles que l’on puisse assigner à la pneumonie. Chez les vieillards, on voit quelquefois celle-ci apparaître à la suite d’une grande fatigue, d’un chagrin, d’un excès; mais, dans l’immense majorité des cas, on ne peut constater aucune autre circonstance que l’influence de la température extérieure.
La pneumonie est donc, surtout chez les vieillards, une maladie de l’hiver, et aussi du printemps, la saison de l’année où, comme l’on sait, nous voyons survenir, dans notre climat tempéré, les variations de température les plus brusques et les plus prononcées.
On peut dire que, pendant les mois de décembre, janvier et fé- , vrier, le nombre et la gravité des pneumonies suit souvent avec une exactitude singulière les variations du thermomètre. Dès qu’il descend à 4 ou 5° — 0°, la mortalité devient ordinairement extrême. Les premiers froids paraissent, du reste, beaucoup mieux supportés que les derniers.
L’hiver de 1838 à 39 a été remarquablement doux ; il n’y a pas eu une seule gelée assez forte ni assez continue pour faire prendre les étangs dans les jardins. Aussi ne se rappelait-on pas avoir vu à la Salpêtrière une aussi faible mortalité. Il y avait bien des années que l’on n’avait pu se dispenser de garnir les salles de l’infirmerie de lits supplémentaires. Au printemps, il survint, au contraire, des froids assez vifs, interrompus par des chaleurs assez grandes. A chaque recrudescence du froid, l’infirmerie se remplissait en deux ou trois jours; puis le froid diminuait, et non-seulement il n’entrait plus de malades, mais l’influence bienfaisante de la chaleur se faisait sentir de la façon la plus immédiate sur ceux qui restaient cà l’infirmerie.
(1) llourmann et Dechambre, /oc. cit ., t. XII, p. 29.
PNEUMONIE
Nous voyions d’un jour à l’autre changer d’une manière irappante la physionomie de nos salles. L’état local de la poitrine, à 1 auscultation, était aussi manifestement influencé que l’état général de nos ma- É lades. Malheur à ceux qui ne prenaient pas le dessus, car ils ne résis- ,j taient pas en général à un autre retour du froid.
M. Cruveilhier a fait les mêmes observations. « Pendant cinq hivers consécutifs, dit-il, j’ai vu constamment à la Salpêtrière la pneumonie sévir et disparaître avec le froid. Les vieilles femmes résistent à un froid de vingt-quatre, de quarante-huit heures ; elles ne résistent pas à un froid qui a plusieurs jours de durée. Je puis prédire l’invasion, je puis prédire la cessation de l’épidémie ; les lits supplémentaires de ma salle se remplissent et se vident suivant les variations atmosphériques (1). »
Voici comment nous trouvons répartis, dans les différents mois de l’année, 271 cas de pneumonies de vieillards, observés par MM. Houri mann, Dechambre, Moutard-Martin et moi.
Janvier . . . .
Juillet
7 cas.
Février. . . .
Août
Mars
Septembre
Avril
Octobre
Mai
Novembre
Juin
Décembre
On voudra bien
remarquer, du reste, qu’il n’y a pas
une grande
différence entre ces résultats et ceux
que fournit la pneumonie des
adultes. Si l’on compare un tableau dressé par Grisolle sur 296 pneu-
monies d’adultes,
au précédent, on
trouve que les mois les plus
chargés se répartissent ainsi :
Piu-umonies d’adultes.
l’ucuwouies de vieillards.
Avril
Avril
46 cas.
Mars
Mars
Février
Février
Mai
Janvier
Décembre . .
Mai
Novembre . .
Janvier
(1) Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain, xxixc livraison, pl. V.
(2) Je dois faire remarquer que 67 cas appartenant à M. Moutard-Martin ont été recueillis exclusivement dans les six premiers mois de l’année, de janvier à juin ; il faudra donc, pour trouver un rapport plus exact entre les différentes saisons, extraire 67 cas de ces six premiers mois.
On voit seulement que la prédominance du mois d’avril parait plus prononcée chez les adultes que chez les vieillards.
Je ne parle pas ici du décubitus prolongé, considéré comme cause de pneumonie. J’étudierai celle influence en traitant des pneumonies secondaires. On trouvera au chapitre dessymplômes de la pneumonie (• Troubles de la circulation ) un exposé des complications que j’ai rencontrées du côté du cœur-, elles ne m’ont pas paru avoir exercé d’action bien appréciable sur les pneumonies qui m’ont servi à tracer 1 histoire de cette maladie. Quant au catarrhe pulmonaire, il existait chez un grand nombre de mes sujets; mais son influence sur le développement de la pneumonie a été dans tous ces cas beaucoup plus éloignée que dans ceux que nous allons étudier sous le nom de è broncho-pneumonies.