RÉSUMÉ DU TRAITEMENT DE LA PNEUMONIE PRIMITIVE
Nous supposerons un vieillard de 70 à 80 ans, dans de bonnes conditions de santé et d’organisation, atteint d’une pneumonie prise dès le début, mais parcourant toutes ses périodes, de manière que les principales indications que nous avons exposées se trouvent naturellement passées en revue.
Une saignée de 3 à ZiOO grammes sera pratiquée d’abord, et réitérée le lendemain, si elle n’a été suivie d’aucun changement prononcé. Entre les deux premières émissions sanguines, on prescrira un vomitif ainsi composé :
Ipéca de 1 à 1,50 grammes.
Faire infuser dans 120 grammes d’eau bouillante ; ajouter :
Tartre stibié 5 ou 10 eentigram.
(1) Hourmann et Dechambre, Arcliiv. yen. de mèd., 2e série, t. XU, p. 193.
PNEUMONIE
5Zi 3
M. Cruveilhier fait suivre la saignée de l’apozème suivant, qui détermine quelques vomituritions, des vomissements, et le plus souvent d’abondantes évacuations alvines :
Ipéca concassé 8 grammes.
Faire bouillir légèrement dans
Oxymel scillitique 60 grammes.
A prendre d’heure en heure.
S’il y a un état saburral ou une prédominance bilieuse, on pourra réitérer le vomitif le lendemain. On le fera encore si le premier vomitif et les saignées ont déterminé un amendement des symptômes assez prononcé pour que l’on puisse espérer de n’avoir pas besoin d’une médication plus active.
Mais la maladie continue de marcher, les signes d’hépatisation se développent. On prescrira :
Tartre stibié 30 centigram.
Infusion de fleurs de tilleul 60 grammes.
Eau distillée de fleurs d’oranger.. 15 —
Sirop diacode 15 —
A prendre par cuillerée de demi-heure en demi-heure.
Réitérer celte potion le lendemain et le surlendemain, s’il est nécessaire. On pourra élever la dose du sirop diacode à 30 grammes, celle du tartre stibié à 40, rarement à 50 centigrammes, jamais davantage. L’eau de fleurs d’oranger pourra être remplacée par l’eau distillée de menthe poivrée, si la saveur émétisée répugne particulièrement au malade.
Pendant la nuit, julep avec eau distillée de laurier-cerise, ou même sirop diacode, s’il y a beaucoup d’agitation, d’insomnie, une toux fatigante. Si l’expectoration est pénible et rare, on ajoutera au julep de 5 à 15 centigrammes de kermès, avec 15 à 30 grammes de sirop de Tolu ou d’oxymel simple ou scillitique.
La diète absolue sera généralement prescrite pendant ce temps. Cependant il sera quelquefois bon de donner un peu de bouillon de poulet, ou de bouillon léger fait avec parties égales de bœuf et de veau.
La tisane, composée, les premiers jours, d’infusion de mauve, de violette, de bouillon-blanc, de décoction de jujubes, de figues, etc., pourra faire place, pendant l’administration du tartre stibié, à de légères infusions d’hysope, de tussilage, de lierre terrestre, etc.
^hh MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE.
Cependant la îesolution de la pneumonie ne s’effectue pas, la condition du malade s’aggrave ou demeure dans un état stationnaire qui semble balancer entre la résolution, le passage à l’état chronique et la mort.
On remplacera le tartre stibié par le kermès, de la manière suivante :
Rau distillée de tilleul 50 grammes.
— de fleurs d’oranger. . . £0 —
Kermès de 0,50 à 1 —
Sirop de Tolu ou de capillaire. . . . ) 0 Ou oxymel scillitique j
Cette potion sera prise dans les vingt-quatre heures, et réitérée aussi longtemps qu’on le jugera convenable.
Un large vésicatoire sera placé sur la poitrine, ou au niveau de la partie malade, ce que nous croyons préférable, ou sur l’épine dorsale, comme le conseille M. Cruveilhier.
Pinel employait la potion suivante dans la péripneumonie ou le catarrhe pulmonaire à la troisième période, lorsque le degré d’irritation des poumons était insuffisant pour que la résolution s’opérât:
Acétate d'ammoniaque de 2 à 6 grammes.
Sirop simple 20 —
Infusion aromatique 90 —
A prendre par cuillerées.
M. Louis et Yalleix recommandent l’usage de l’eau de Vichy, pour activer la résolution des pneumonies languissantes et dont la convalescence se fait attendre ou se dessine mal.
On insistera sur les tisanes du genre de celles que nous avons indiquées en dernier.
L’alimentation sera un peu augmentée ; on y ajoutera de l’eau rougie.
Si le malade s’affaiblit, on prescrira la limonade vineuse, le vin de Bagnols, de Collioure, de Malaga, l’extrait sec de quinquina à la dose de 1 à 2 grammes dans une potion de 100 grammes.
Lorsqu’il existait des symptômes d’adynamie, Pinel prescrivait une boisson vineuse composée de parties égales d 'eau et de vin rouge généreux.
S’il survient des symptômes ataxiques, du délire, on emploiera le
PNEUMONIE
musc, fort vanté par Récamier (de 50 centigrammes à 1 gramme dans les vingt-quatre heures) (1), le camphre, le polygala.
J’ai dit plus haut que Pinel employait le camphre dans les pneumonies à symptômes adynamiques ou ataxiques; voici sous quelle forme :
Camphre 25 à 50 centigram.
Poudre de gomme adragant 50 —
Sirop simple 20 grammes.
Infusion aromatique 90 —
Triturer le camphre avec un peu d’alcool, puis avec la gomme
adragant; ajouter l’eau et le sirop successivement (2).
Valleix reproduit, d’après Richter, la formule suivante :
Polygala scneca 0,75 grammes.
Sucre 0,75 —
Camphre 0,15 —
Pulvériser et diviser en 6 paquets, un toutes les trois heures.
Ce résumé me paraît suffisant, comme analyse des indications que nous avons précédemment développées. Le choix des médicaments et des formules n’est pas grand, dans le traitement de la pneumonie des vieillards, et il n’est guère possible d’y suivre une marche différente de celle que nous venons d’indiquer.
Maintenant, si Ton a affaire à un individu que son grand âge ou sa constitution débile ou cachectique place dans des conditions particulières, ou si Ton est appelé à un degré déjà un peu avancé de la maladie, on aura à retrancher une partie des formules que nous avons exprimées : ainsi on commencera le traitement aux vomitifs, ou bien au tartre stibié.
D’un autre côté, si la pneumonie s’arrête dès son premier ou son second degré, on se dispensera de mettre en œuvre toutes les médications que nous avons successivement exposées, et Ton s’arrêtera soit après le tartre stibié, soit après le kermès.
Nous avons exposé précédemment les formes suivant lesquelles les alcooliques pouvaient être administrés dans les circonstances où ils sont indiqués.
En un mot, l’ensemble des formules que comporte le traitement de la pneumonie des vieillards s’applique plus ou moins compléte-
(1) Observation d’effets avantageux obtenus au moyen du musc chez une demoiselle de 67 ans, par M. SauceroUe (Mémoire cité, p. 27).
(2) Pinel, La médecine clinique, p. 509.
ItüftAND-FARDEL. — 2° édit.
MALADIES DE L’ArPAREIL RESPIRATOIRE.
ment aux cas individuels, mais presque toujours encore selon l’ordre méthodique que nous avons exposé, et qui répond exactement à la marche régulière de la maladie.
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