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SYMPTOMES DE LA PNEUMONIE CHRONIQUE

La pneumonie chronique se développe d’emblée ou succède à la pneumonie aiguë. Dans ce dernier cas, « on voit, dit Grisolle, la maladie s’amender, en apparence du moins ; la fièvre diminue ou cesse même tout à fait ; la douleur thoracique disparaît ; les crachats perdent leur viscosité ainsi que leur coloration hémorrhagique; l’appétit renaît, mais nonobstant celte amélioration quelques symptômes persistent opiniâtrément, les forces et l’embonpoint, loin de reprendre, se perdent de plus en plus, et l’on trouve à l’auscultation qu’une portion plus ou moins considérable du poumon reste encore imperméable à * l’air, c’est-à-dire que la percussion constate une matité d’une certaine étendue, et que là l’auscultation rencontre la respiration bronchique, la bronchophonie avec des râles sous-crépitants et muqueux » (2).

(1) Monneret, Traité élémentaire de pathologie interne , 1864, t. I, p. 374.

(2) Grisolle, toc. cit., p. 350.

M. Charcot fait justement remarquer que la persistance même assez prolongée de tels phénomènes ne doit pas être toujours considérée comme le commencement d’une pneumonie chronique, la résolution des altérations delà pneumonie aiguë s’opérant quelquefois avec une extrême lenteur (1).

Voici ce que dit Chomel des signes de la pneumonie chronique :

« La poitrine, à la percussion, rend un son obscur ou mat dans la région qui correspond à l’altération pulmonaire; à l’auscultation, on entend dans les mêmes points une respiration bronchique, forte et sans mélange de ronchus, quelquefois moins intense et mêlée de râle crépitant. La toux offre également le caractère bronchique; et quand le malade parle, on constate généralement une bronchophonie plus ou moins prononcée. Chez un malade, on perçut en même temps un râle muqueux abondant (les bronches étaient enflammées et dilatées); dans un cas seulement, il y avait absence de tout bruit respiratoire naturel ou anormal (2) . » Ceci est un tableau assez fidèle des signes de la pneumonie chronique.

Grisolle a insisté sur les résultats purement négatifs que peut fournir l’auscultation, de sorte qu’en n’ayant, égard qu’aux données obtenues par l’auscultation et la percussion, on pourrait croire facilement que le malade n’est affecté que d’un épanchement pleurétique circonscrit, et remontant déjà à une époque éloignée (3). Requin a observé un cas de ce genre chez un homme de quarante-sept ans. A la suite d’accidents aigus du côté de la poitrine, on trouva, en même temps que de la toux et de l’oppression, une matité absolue du tiers inférieur du côté droit, avec absence de tout bruit, normal ou pathologique. On crut d’abord à l’existence d’un simple épanchement pleurétique, puis, à l’aspect de symptômes de fièvre hectique, à une alfection tuberculeuse. On ne trouva à l’autopsie autre chose qu’une induration très-ferme, non granulée, de tout le lobe inférieur du poumon droit, sans épanchement dans la plèvre, sans tubercules miliaires » (à). M. Charcot a rapporté un semblable exemple, chez un homme de soixante et un ans. « On ne percevait pas de souffle ; mais le murmure vésiculaire ne se percevait pas non plus distinctement ; il y avait comme un silence » (5) .

(1) Charcot, thèse citée, p. 34.

(2) Chomel, article cité, p. 227.

(3) Crisolle, loc. cil., p. 350.

(h) Requin, Éléments de pathologie médicale, t. H, p. 167. (5) Charcot, thèse citée, p. 38.

La pneumonie chronique s’accompagne ordinairement de matité au niveau des points indurés, mais beaucoup moins constamment que dans la pneumonie aiguë. En effet, il arrive quelquefois qu’une induration, même volumineuse, .est limitée à la partie centrale d’un ou de plusieurs lobes, et séparée des parois thoraciques par une couche perméable à l’air. Cette circonstance s’est rencontrée dans plusieurs des observations que j’ai recueillies. Dans une d’elles, même, la sonorité était exagérée, comme dans l’emphysème, et si l’on a pas constaté d’emphysème à l’autopsie, c’est que sans doute l’état d’engouement des poumons empêchait de le percevoir (Beau); il est vrai que c’était sous forme de noyaux lobulaires qu’existait la pneumonie chronique; mais cependant les parties intermédiaires offraient elles-mêmes un commencement d’induration. La percussion pourrait déterminer un son de pot fêlé (Skoda). M. Charcot a noté dans une observation un bruit comme tympanique , mais profond et sourd. Ces derniers phénomènes se rattachent toujours à l’existence d’une cavité dans le poumon.

Dans les observations que j’ai recueillies moi-même, les résultats fournis par l’auscultation ont parfaitement répondu à ceux que l’on avait obtenus de la percussion. Là où il y avait de la matité, et seulement dans les points où elle existait, on trouvait de la bronchophonie et du souffle bronchique, d’autant plus marqués que la matité était elle-même plus complète.

MM. Hardy et Béhier ont remarqué, dans les faits qu’ils ont observés epx-mcmes, l’intensité du souffle bronchique, se rapprochant du souffle caverneux ou même du souffle amphorique (4). M. Maillot et M. Barth ont également signalé l’existence d’un souffle amphorique ou caverneux (2). Je n’ai jamais rencontré moi-même de souffle parfaitement pur ; quel que fût son degré d’intensité, pendant toute la durée de la maladie, il venait toujours s’y joindre quelques râles. Gela provient peut-être de ce que mes observations ont été recueillies chez des vieillards, car Monncret donne l’absence de râles comme un des signes de l’induration chronique des poumons (3). Les râles que j’ai entendus étaient communément des râles muqueux, à grosses bulles (râles de catarrhe), mais quelquefois aussi du râle crépitant très-fin; une fois un peu de gargouillement dans un souffle tubaire

(1) Hardy et Béhier, toc. cit., p. 045.

(2) Barlh, Bulletins de la Société anatomique , 1847, t. XXII, p. 240.

(3) Monncret, loc . cit,, p. 37(j.

très-inlense. Dans un cas, au souffle tubaire se mêlait un raie très-sec, d’un caractère particulier, comme craquant, et qui plus lard se convertit en un bruit de cuir neuf, simulant un bruit de frottement pleural. Mais l’adhérence extraordinairement intime du poumon à la paroi thoracique ne permettrait d’admettre la possibilité d’aucun bruit pleural. Dans une observation communiquée par M. Séguin à M. Raymond, on voit également que, en même temps que la respiration soufflante, rude parfois, et la résonnance de la voix, on entendait au sommet du poumon droit quelques craquements . Ce sommet était uni à la paroi thoracique par des adhérences anciennes, compactes, impossibles à déchirer avec le doigt, non granuleux, laissant du reste reconnaître Ja texture du parenchyme pulmonaire au milieu de cette induration (1). Monnerel, cité par M. Charcot, a constaté plusieurs fois que la vibration thoracique était accrue au niveau des parties indurées. Il convient de rappeler ici que la pneumonie chronique est souventaccompagnée de dilatation bronchique, et par conséquent des signes propres à cette dernière altération.

Corbin a vu, dans un cas qu’il présente comme une pneumonie •chronique d’emblée, et qu’il a suiy pendant près d’une année, les crachats, de prime ahord rouillés, prendre plus tard une teinte abricot, puis de plus en plus pâle (2). L’expectoration est indiquée par tous les auteurs comme très-peu abondante et point caractéristique. C’est une expectoration catarrhale, puriforme, séreuse (Monnerel) ; elle est plus abondante chez les vieillards. Mais c’est sans doute plutôt l’expectoration du catarrhe concomitant que celle de la pneumonie elle-même. M. Lancereaux donne, comme un signe pour ainsi dire pathognomonique de la pneumonie chronique, l’expectoration « d’un liquide blanchâtre contenant des noyaux, des cellules, des fibres de tissu conjonctif déformés, des gouttelettes graisseuses (3). » Mais •ceci ne saurait s’appliquer qu’aux cas où le tissu induré renferme de ces foyers qui ont été décrits plus haut, ce qui est loin d’être constant.

La douleur de côté manque le plus souvent. Cependant on la trouve notée dans quelques observations, mais toujours légère ou obscure.

11 y a toujours de l’oppression, quelquefois très-vive; toutefois je ne

I) Raymond, De la pneumonie chronique simple, thèse de Paris, 1842.

(2) h. Corbin, De la pneumonie chronique, in Gazette médicale de Paris 1845, 4». 829.

(3) Lancereaux, loc. cit ., p. 3.

pense pas que ce symptôme soit toujours aussi prononcé que l’a indiqué Monneret (1).

Le mouvement fébrile est , d’après Monneret, toujours trèsmarqué, dès le début, absolument comme dans la pneumonie aiguë. Bientôt il perd de son intensité ; il devient alors rémittent, comme dans la phthisie ; tous les soirs on observe un redoublement, une chaleur cutanée intense, ardente, partielle, pénible, et souvent une sueur petite et partielle (2). Chomel dit au contraire que la fièvre est en général peu prononcée ; plusieurs malades ont le pouls calme et la peau fraîche ; d’autres ont un peu de chaleur et d’accélération du pouls (3). Mais la fièvre marque toujours les dernières périodes delà maladie, une fièvre hectique, toute semblable à celle de la phthisie pulmonaire.

Les observations publiées ne signalent pas de complications bien importantes; quelquefois, surtout chez les vieillards, des altérationsorganiques du cœur ; quelquefois des tubercules isolés dans les poumons, et paraissant étrangers à la pneumonie.

L’anasarque et même l’ascite paraissent avoir été maintes fois observées dans des circonstances qui portaient aies attribuera l’altération du poumon elle-même. Je l’ai signalée moi-mème dans plusieurs observations, une fois même accompagnée d’ascite, chez une femme de soixante-huit ans, sans lésion du cœur ni des reins. M. Letenneur considérait le marasme précédé d’anasarque comme l’une des terminaisons de la pneumonie chronique ( h ). Bricheteau indique l’anasarque comme le précurseur d’une mort prochaine. Suivant Chomel on observe, dans un petit nombre de cas, un peu d’œdème autour des malléoles.

M. Lancereaux a signalé, comme conséquence des foyers purulents de la pneumonie chronique, la possibilité d’une infection purulente avec abcès métastatiques. La première des deux observations qu il rapporte à ce sujet est surtout remarquable. Un homme robuste, de trente-sept ans, qui, malgré une pneumonie chronique datant de plusieurs mois, ne paraissait en aucune façon sur le point de succomber, fut pris, à la suite d’une hémoptysie abondante, de frissons violents, de phénomènes ataxo-adynamiaues, et mourut au bout de peu

(1) Monneret, loc. cit., p. 376.

(2) Eoclera loco.

(3) Chomel, article cité, p. 227.

(4) Letenneur, Thèse de Paris , 181 l,p. 19.

de jours. On trouva, dans le parenchyme très-induré du poumon droit, plusieurs excavations, les unes vides, les autres contenant une substance d’un blanc jaunâtre, assez analogue à de la matière tuberculeuse, mais offrant en réalité la composition qui a été indiquée plus haut. Le foie, la rate et l'un des reins contenaient de nombreux foyers métastatiques. On trouva dans le cœur gauche un caillot très-mou auquel étaient appendus des grains blanchâtres, composes en partie de leucocytes volumineux, de plus des granulations élémentaires, des cellules déformées et granuleuses et de petites baguettes grisâtres (1).

ARTICLE III

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