PLEURÉSIE
La pleurésie, considérée comme affection primitive et simple, est peu commune chez les vieillards. Sa rareté, eu égard aux aflections du parenchyme pulmonaire lui-même, peut être comparée à celle de la méningite chez les vieillards, eu égard aux affections du cerveau. En outre, ses caractères ne paraissent offrir rien de bien particulier dans la vieillesse, et qui nous rende nécessaire de nous y appesantir. L’observation des médecins de la Salpêtrière est en ce point conforme à la mienne.
La pleurésie simple ou non compliquée, dit Beau, est une affection beaucoup plus rare et beaucoup plus grave chez les vieilles femmes que chez les adultes (2). L’épanchement pleural n’est jamais considérable ; néanmoins cet observateur n’en a vu résorber aucun, sur 5 qu’il a rencontrés libres de toute complication ; le malade a toujours fini par y succomber. La pleurésie des vieillards reste donc complètement en dehors de cette loi de M, Louis, que la pleurésie non compliquée n’entraîne jamais la mort. M. Gruveilhier ne porte pas un pronostic aussi défavorable de la pleurésie des vieillards. « Les vieilles femmes, dit-il, guérissent de la pleurésie et de la pleuropneumonie ; elles succombent le plus souvent à la pneumonie ou à la pleuro-pneumonie avec prédominance de pneumonie (3). » Ce passage aurait besoin de développement, mais nous ne trouvons pas autre chose sur ce sujet.
Gillette déclare que la pleurésie se montre moins communément chez les vieillards que chez les adultes et les enfants ( h ) , et même cet auteur ne paraît pas l’avoir rencontrée en dehors de la pneumonie. Nous en avons obtenu quelquefois, ajoute-t-il, la résolution dans les
(1) Andral, loc. cit ., p. 135.
(2) Beau, Études sur les maladies des vieillards, p. 27.
(3) Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain, liv. xxix,pl. V.
(h) Gillette, Supplément au Dictionnaire des dictionnaires de médecine, art. Vieillesse (maladies de la), p. 892.
cas de pneumonies vraies, jamais dans ceux de broncho-pneumonies. On a vu précédemment que la pleurésie joue un bien moindre rôle dans la pneumonie des vieillards que dans celle des adultes. Valleix ne connaît aussi presque pas d’exemples de pleurésie chez les vieillards (1).
Prus a trouvé que la pleurésie était beaucoup moins rare chez les hommes que chez les femmes. Les observations que M. Isambert a bien voulu me communiquer tendraient à confirmer cette remarque. En un seul hiver, à Bicêtre, M. Isambert a observé 9 cas de pleurésie aiguë simple ou compliquée, et 8 cas de pleurésie chronique (2).
Cette fréquence plus grande de la pleurésie à Bicêtre qu’à la Salpêtrière est attribuée par M. Isambert, d’abord à ce que la pleurésie est effectivement plus commune chez les hommes que chez les femmes, ensuite à la situation topographique de Bicêtre, placé sur une colline élevée, battue par les vents, tandis que la Salpêtrière se trouve dans un fond et assez bien abritée.
Je n’ai moi-même rencontré la pleurésie que rarement, surtout à l’état simple, chez les vieillards, pas plus souvent chez les hommes que chez les femmes. Ne peut-on pas se demander si les adhérences ordinairement nombreuses et souvent très-serrées, si l’épaississement de la plèvre, que les vi< illards présentent presque tous, ne seraient pas la principale cause de la rareté de ces pleurésies? Il est de fait que ce tissu celluleux qui enveloppe les poumons de toutes parts se trouve dans des conditions entièrement différentes de cette membrane lisse et polie qu’on rencontre à l’état normal, et qu’aucune comparaison ne saurait être établie entre la susceptibilité inflammatoire que l’un et l’autre peuvent présenter. Il est même facile de s’assurer que, dans la pneumonie elle-même, les traces de pleurésie récente manquent d’autant plus ou sont d’autant moins prononcées, que les adhérences anciennes laissent une moindre surface de la plèvre libre et revêtue encore de scs caractères propres d’organisation.
Il ne semble pas, du reste, d’après les observations de M. Isambert et les miennes, que la pleurésie des vieillards revête des caractères très-particuliers. Seulement sa marche est beaucoup plus sûrement latente, et, dans la plupart des cas, ses caractères sont moins
(1) Valleix, Guide du médecin praticien, t. I, p. 546.
(2) Isambert, Mémoire cité, inédit.