‹ Traité pratique des maladies des voies urinairesChapitre 33 sur 241 · DES ADOLESCENTS — TUMEURS · texte numérisé non relu

DES ADOLESCENTS — TUMEURS

Affections de la vessie : — Paralysie, — Atonie, — Traitement : évacuation, électricité. — Inœndnence des adolescents. — Traitement : belladone, nitrate d'argent. — Tumeun de la vessie : Fibromes. — Tumeurs fongueuses. — Epithélioma. — Squirrhe. — Tutneurs de la prostatp : Cancer, — Encéphaloïde. — Symptômes : hématurie, — mictions fréquentes et douloureuses^ — rétention d'urine. — Cathétérisme. — Toucher rectal. — Examen microscopique des urines. — Traitement ; 1® De Thématurie : astringents, injections de nitrale d'argent. — 2® Des douleurs : narcotiques, opiacés. — 3® De la rétention : cathétérisme.

Messieurs,

Vous avez vu entrer dernièrement dans notre service deux malades qui se disaient atteints de paralysie de la vessie. Telle est, du moins, la mention que portait leur billet d'hùpital.

L'un d'eu.v était un homme de peine déjà avancé en âge et ne présentant, dailleurs, aucune apparence maladive. Voici ce qu'à force de questions nous pûmes apprendre de lui : Il avait près de soixante ans. Depuis quatre ou cinq ans il urinait avec beaucoup trop de fréquence, ce qui le dérangeait fort, surtout la nuit, bien que depuis un certain temps Turine s'échappât à son insu pendant le sommeil, ou à l'occasion d'un effort durant le travail de la journée ; le jet tombait presque perpendiculaire et sans force. Enfin, depuis quelques mois, l'urine était devenue trouble en même temps qu'elle avait contracté une odeur désagréable. Le patient n'éprouvait, du reste, aucune u douleur spéciale » ; mais il avait beaucoup perdu de son ancienne vigueur, il était même devenu très-faible dans ces derniers temps. Néanmoins ses autres fonctions s'accomplissaient normalement, et ce n'est que depuis trois semaines qu'il avait interrompu son travail journalier.

Je priai cet homme de se déshabiller. Pendant qu'il déférait à mon invitation, nous fûmes frappés de l'odeur urineuse qui s'exhalait de toute sa personne. Quelques chiffons souillés d urine et assujettis tant bien que mal autour de la verge tenaient lieu, chez ce pauvre diable, de l'urinoir de. caoutchouc dont il ne pouvait se payer le luxe.

Il n'y a que deux conditions qui puissent produire un état de choses aussi déplorable : ou bien la vessie est incapable de retenir son contenu, ou bien au contraire elle est inhabile à s'en débarrasser. Dans le premier cas, Torgane, ne fonctionnant plus comme réservoir, permet à l'urine de s'écou'er au fiir

GCII AFFECTION» DE LA VESSIE. [Leçon xvi.

et à mesure de son arrivée par les uretères ; dans le second, la poche, démesurément distendue, déborde et laisse échapper son trop-plein suivant le mécanisme que je vous ai déjà décrit (leçon V, page lxxi).

Un simple coup d'œil suffisait, pour ainsi dire, dans Tespèce, à trancher la question. Je vous fis remarquer l'évidente saillie qui proéminait au-dessus de la symphyse pubienne. Quand le malade fut couché sur le dos, nous pûmes constater la matité de toute la surface saillante, et tout autour la sonorité tympanique de l'intestin ; ce qui diminua nos doutes, s'il nous en restait encore, sur l'existence d'une collection liquide. Néanmoins nous n'étions pas encore en possession de toutes les données nécessaires. Ce relief de Thypogastre pouvait tenir, en effet, à une tumeur solide développée sur les parois de la vessie, dont elle aurait occupé la place, voire môme dépassé les limites et, par suite, aboli les fonctions. Au palper, l'intumescence semblait bien évidemment receler un contenu liquide; mais ceci même n'est pas une preuve péremptoire : on a vu la main la plus exercée « perdre parfois sa finesse de toucher » ou se laisser leurrer par des sensations trompeuses. Pour conclure, je sondai le patient devant vous avec un cathéterde bonne courbure qui livra passage à près de 1200 grammes d'urine altérée. L'examen de la prostate ne me révéla pas d'hypertrophie bien manifeste.

Avons-nous eu affaire à une paralysie de la ves.^ie? Assurément non, messieurs. Nous savons par les antécédents du malade qu'il n'a jamais éprouvé d'attaque, et je vous prie de bien comprendre que, sans lésion des centres nerveux, il n'y a pas de paralysie vésicale possible. Veuillez vous reporter à ce que je vous ai dit sur ce sujet dans la cinquième leçon. Le mot paralysie est appliqué tous les jours, et bien à tort, à des cas semblables à celui qui nous occupe en ce moment. Et cette incorrection de langage, non-seulement ne donne pas la formule exacte de l'état pathologique réel, — ce que devraient toujours faire, dans la limite du possible, les termes nosographiques, — mais elle égare encore le jugement du praticien en consacrant une hérésie pathogénique.

A quelle lésion se rattachent donc les troubles fonctionnels présentés par notre malade? — Probablement à une atonie de la vessie. Précisons davantage. La vessie faillit à son rôle d'agent expulseur dans deux conditions : premièrement, quand un développement prostatique — qui n'est pas toujours et nécessairement très-considérable — oppose dans la région du col une insurmontable barrière à l'appareil musculaire normal ou hypertrophié de la vessie ; secondement, quand la tunique musculaire, affaiblie ou atrophiée, a perdu toutou partie de sa puissance contractile, et que l'organe, réduit à l'état d'une poche mince et flasque, est impuissant à réagir sur son contenu.

Ces deux conditions : obstacle mécanique et insuffisance fonctionnelle, s'associent parfois dans la genèse de la rétention, et s'il est vrai que l'hypertrophie vésicale soit une conséquence fréquente des rétrécissements uiéthraux, nous voyons aussi la dilatation passive et l'amincissement des parois résulter d'une dysurie prostatique. Mais l'atonie peut encore se pro-

■ lxço5 xn.] PARALYSIE. — ATONIE. cciii

' duire en l'absence de toute lésion de la prostate : généralement alors elle f est due à ce que le malade s'est trouvé, pour une raison ou pour une autre, tlans la nécessité de retenir trop longtemps ses urines. Malheureusement, il ne faut qu'une fois pour vaincre la force du ressort vésîcal ; et le collapsus consécutif devient promptement irrémédiable, si le médecin n'en saisit pas à temps le véritable caractère.

Le malade, interrogé de nouveau, ne nous donna à ce point de vue que <les renseignements négatifs : il n'avait jamais eu l'habitude de se retenir. De plus, son aiïection ne s'était pas déclarée soudainement ; bien au contraire, le processus s^nmptomatique avait évolué d'une façon lente et graduelle, et, circonstance plus significative encore, juste à cette époque de ia vie où la prostate commence à s'hypertrophier lorsqu'elle doit le faire. Cependant, par le toucher rectal, nous ne découvTÎons pas d'hypertrophie appréciable. Nous nous trouvions ainsi conduit au diagnostic suivant : hypertrophie de la prostate échappant à l'exploration rectale, et consistant -en une petite excroissance du lobe médian suffisante pour obturer le col de la vessie. En outre, les dimensions de la vessie, révélées par la percussion, non moins que la quantité d'urine qui venaitde s'écouler, nous permettaient d'ajouter : parois vésicales minces, privées de contrartilité, c'est-à-dire frappées d'alonie.

Je ne crois pas qu'il soit possible de se soustraire à ces conclusions, et je vous prie non-seulement de ne jamais vous servir vous-mêmes, en pareil cas, du mot paralysie^ mais encore de protester, le cas échéant, contre l'emploi abusif que d'autres pourraient faire d'un terme si foncièrement impropre. La véritable paralysie de la vessie accompagne les lésions du rachis, et ne forme qu'un coin du tableau dans lexpression s\inptomatique des maladies des centres ner>'eux. On la trouve constamment associée à une démarche mal assurée, à des troubles de la prononciation, aux indices les plus légers comme aux signes les plus frappants d'une altération nerveuse centrale, et je l'ai vue souvent persister alors que tous les autres symptômes avaient déjà, non pas complètement, mais presque complètement disparu.

Dans tous les cas d'atonie, il est essentiel de faire ce que nous avons fait pour notre malade, c'est-à-dire d'évacuer complètement le réservoir de Turine au moyen du calhétérisme, répété trois ou quatre fois par jour et pratiqué avec la sonde de gomme. De la sorte, on place la tunique musculaire dans la seule condition qui lui permette de recouvrer sa contractilité perdue, car celle-ci ne reviendrait pas tant que l'accumulation de l'urine entretiendrait la distension de l'organe.

Dans les cas d'atonie pure et simple ou de paralysie légère, mais sans complication d'hypertrophie prostatique, on retire parfois qirelque avantage du galvanisme, des douches et injections froides, et des toniques. Toutefois, sans vouloir contester l'utilité réelle de ces agents, j'estime qu'il faut beaucoup rabattre de la valeur que paraissent leur attribuer certains praticiens. J'ai vu, quant à moi, l'inertie du réservoir céder rapidement à l'emploi quotidÎMide la faradisation, appliquée de la façon suivante : L'un des pôles.

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portant^RMgnée ordinaire garnie d'une éponge humide, était appliqué sur

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