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CHAPITRE XX AFFECTIONS DU NERF OPTIQUE

ARTICLE I Névrite optique

La névrite optique est une inflammation ou simplement un

œdème de la papille. Elle résulte d’une inflammation de voisinage, d’une accumulation de liquide dans sa gaine, de

tumeurs de l’orbite ou du cerveau, ou d’affections cérébrales accompagnées d’œdème et d'augmentation de la presson intracrânienne.

Lorsque l’inflammation se propage du globe au schiasma, la névrite est dite ascendante ; lorsqu'elle origine au cerveau, qu'elle descend vers la papille, elle porte le nom de névrite descendante. La papille et la rétine participent souvent à la même lésion, on l’appelle alors papillo ou névro-rétinite.

Symptomes.—Le nerf optique peut être fortement œdématié sans que cependant la vision soit manifestement diminuée. A l’ophtalmoscope, le début de la maladie s'annonce par un manque de délimitation de la papille, les bords sont effacés ; la papille perd sa couleur rose, devient rouge ou jaune sale, elle proémine en avant (fig. 120). Les vaisseaux, devenant plus

Fig. 120 (Schweinitz)

nombreux, sont tortueux, disparaissent par place, et sont entremêlés de stries blanchâtres ou d’hémorrhagies. Le traitement est celui de la cause, joint à l’emploi des

absorbants.

ARTICLE II Névrite optique et affections cérébrales

DE GRAEFE, à qui revient l'honneur d’avoir le premier attiré l'attention sur les relations qui existent entre les affections cérébrales et les lésions du nerf optique, avait d’abord

it

cru à la migration de l’altération encéphalique par le nerf jusqu’à la papille. Frappé de l'insuffisance de la théorie, il pensa alors que certaines névrites étaient dues à une exagération de la tension intra-crânienne. Mais les faits ont démontré contre cette théorie que la névrite peut se produire indépendamment de la grosseur des tumeurs cérébrales ; on l’observe avec des tumeurs très petites, elle manque avec des tumeurs volumineuses. Contre la théorie de la propagation, les faits ont démontré (PARINEAU) (1) que la névrite optique peut être causée par des lésions intra-crâniennes très variables, généralisées ou limitées à certaines parties, occupant les parois du crâne ou de l’encéphale, siégeant à la base ou à la convexité, dans les hémisphères antérieurs ou dans le cervelet, intéressant l'expansion intra-crânienne des nerfs optiques, ou étant assez distante pour qu’il soit impossible d’invoquer une lésion de voisinage.

D'après L. DE WECKER, les maladies qui ont leur siège à la base du crâne, telle que: la méningite basillaire chionique, l’exostose de la base, s’accompagnent souvent d’atrophie simple de la papille, tandis que les lésions cérébrales proprement dites, s’accompagnent plus souvent de névrite.

La papille, après avoir présenté les symptômes caractéristiques de l’inflammation, peut, au bout d’un certain temps, affecter ceux de l’atrophie simple. DE GRAEFE explique ainsi l'atrophie simple à la suite de tumeurs. ‘‘ Si une interruption ‘‘ dans la conductibilité nerveuse s'effectue, soit dans les ‘“ centres nerveux, soit à la base du crâne, soit dans l'orbite, à ‘* l’époque où il n’a pas existé d’exagération de la pression ‘‘ intra-crânienne, dans ces circonstances, il se développera

(1) Annales d'ocuistique.

‘ d’abord une dégénérescence atrophique, qui n’est en quelque ‘ sorte que la conséquence anatomique de la séparation du ‘“ nerf de son centre. Une fois que cette dégénérescence est ‘* produite, les causes qui ultérieurement pouvaient détermi- ‘* ner la production de la névrite ou de la stase papillaire ne ‘‘ trouvent plus un terrain propice à leur développement.”’

La névrite optique, bien qu’elle se présente dans le cours de certaines maladies, autres que celles du : “veau, offre cependant des rapports très intimes avec les affections encéphaliques. La raison de ces rapports ne réside pas exclusivement dans le voisinage du nerf optique et du cerveau. Les inflammations qui se propagent par continuité de tissu, les névrites descendantes sont rares. Le plus souvent, la névrite consiste en un œdème qui coïncide avec un état analogue du cerveau, avec l’hydrocéphalie.

Selon quelques auteurs, cet œdème du nerf optique, serait dû à un épanchement qui fuserait entre les gaines interne et externe, dans l’espace de SCHWALBE. Toute affection cérébrale susceptible de produire l’hydrocéphalie et l’œdème peut produire par là même un œdème de la papille. Dans la méningite tuberculeuse, il n’est pas rare de rencontrer la névrite optique ; or, dans ces cas l’épanchement ventriculaire est une complication fréquente, et les lésions de la papille tiennent à l’hydrocéphalie et non à une altération de voisinage, à l’inflammation des méninges ou du cerveau (PARI- NEAU).

Ces assertions perdraient de leur valeur si elles n'étaient appuyées sur l'anatomie pathologique. Heureusement des autopsies nombreuses ont démontré que dans tous les cas où la méningite s’est compliquée de névrite optique, l’hydrocépha-

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lie existait et le plus souvent très abondante. Cependant l’hydrocéphalie peut exister sans produire cette névrite. Dans ce cas, l’épanchement n’est pas en général très abondant ou peut coincider avec une boîte crânienne susceptible de se laisser distendre, comme chez les jeunes sujets aussi longtemps qu’il n’y a pas consolidation des os.

C'est pour cette raison que la névrite optique ne s’observe pas plus souvent dans l’hydrocéphalie congénitale.

Pour que l’épanchement ventriculaire puisse développer la névrite, il faut qu’il trouve dans les parois du crâne une résistance suffisante pour augmenter la tension intra-crânienne.

Chez les jeunes enfants, les parois du crâne se laissent distendre par le liquide de sorte que le cerveau n’a pas à supporter une pression très forte. C’est probablement à l’absence de cette compression qu’il faut attribuer le peu d’obstacle apporté au développement physique et intellectuel des enfants atteints d'hydrocéphalie, lorsque l’épanchement reste stationnaire (PARINEAU).

Les tumeurs cérébrales peuvent exister sans névrite optique ; pour qu’il y ait névrite dans ces cas, il faut que la tumeur ait produit un épanchement ventriculaire, un œdème cérébral. La névrite optique dépend donc de trois facteurs : épanchement ventriculaire, œdème cérébral et pression intra-crânienne exagérée.

Nous acceptons d'autant plus ces conclusions qu’un certain nombre d’autopsies pratiquées à l'Hôpital Notre-Dame dans ces sortes av cas, nous en ont prouvé toute l'exactitude (1).

Le mode de production de l’œdème papillaire a fait le sujet de nombreuses discussions. On u cru d’abord à une compres-

() Voir dans l'Union médicale du Canada, années 1881, 1882 et 1883, différents cas rapportés par l’auteur et une étude plus approfondie de la question.

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