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INFLAMMATION DU BORD PALPÉBRAL

remarqué aussi la coïncidence fréquente avec des anomalies de réfraction.

Traitement. — La première condition de la g-uérison de la blépharite est la propreté la plus minutieuse. Il est indispensable de faire laver les paupières fréquemment avec de Teau chaude, et si cela ne suffit pas pour les débarrasser des pellicules et des croûtes adhérentes, il faut y faire appliquer, surtout le matin, des cataplasmes chauds ou des compresses trempées dans une solution d'acétate de plomb (1 g-r. pour 100 gr. d'eau) chaude. S'il n'y a ni excoriations ni croûtes, mais seulement une rougeur persistante du bord palpébral, on y fait appliquer tous les jours ou tous les deux jours un pinceau trempé dans l'huile de cade. 11 est utile de débarrasser les paupières des cils qui sont prêts à tomber, en faisant glisser légèrement les cils entre les extrémités du pouce et de l'index ou à l'aide d'une pince à cils. Au moment du coucher, pour éviter la production de croûtes sur les bords des paupières pendant la nuit, les malades recouvrent les bords palpébraux d'une couche mince de la pommade suivante :

Précipité blanc 3 centigrammes.

Sous-acétate de plomb 10 —

Huile d'amandes douces 50 —

Vaseline 5 grammes.

On peut remplacer, dans cette pommade, le précipité blanc par l'oxyde de zinc ou par le précipité roug'e.

Lorsque les bords des paupières sont déjà excoriés ou même le siège de petites ulcérations, les corps gras sont rarement supportés. 11 faut alors employer une solution de nitrate d'argent (50 centigrammes pour 50 grammes d'eau), ouvrir les pustules d'acné et cautériser leur emplacement ou le fond des ulcères avec un crayon de nitrate d'arg-ent mitigé et très pointu, en ayant soin de neutraliser l'excès du caustique par de l'eau salée. Aussitôt la couche épidermique rétablie, on peut essayer l'emploi des pommades indiquées. Dans ces conditions, l'usage de l'huile de cade et de la teinture d'iode rend aussi les meilleurs services.

Si les croûtes se forment en grande quantité et qu'il existe un épaississement considérable des bords palpébraux, il faut

ordonner des cataplasmes chauds à appliquer matin et soir pendant une heure. On fait en outre recouvrir pendant la nuit les paupières fermées d'une couche mince de :

Emplâtre de plomb i . .

TT V 1 T î 10 î^rammes.

Huile de hn j ^

Baume du Pérou 50 centigr,

M. Despagnet a obtenu d'excellents résultats que j'ai pu constater aussi, par l'emploi de deux solutions de glycérine au sublimé, l'une au 100® pour un badigeonnag-e journalier à la base des cils du côté de la peau, l'autre au 30® appliquée par le médecin tous les deux jours de la même façon.

Il faut naturellement se préoccuper des complications de la blépharite et des soins exig-és par l'état général des malades. Les conjonctivites sont à soigner d'après les principes établis dans le chapitre de ces affections, les maladies des voies lacrymales d'après les conseils que nous donnerons plus loin. En cas d'anomalies de réfraction, il faut prescrire les verres nécessaires. Les malades atteints de blépharite doivent séjourner autant que possible dans un air pur et frais ; ils doivent se servir de lunettes bleues, s'abstenir de tout travail excessif, ainsi que de tout excès dans leur régime général. Une diathèse scrofuleuse ou lymphatique est à combattre par les moyens appropriés.

ARTICLE VIII Orgelet (Hordeolum).

L'orgelet consiste dans une inflammation furonculeuse des glandes pilo-sébacées (o. externe) ou plus rarement des glandes de Meibomius (o. interne). Le premier apparaît dans le voisinage des cils, le second dans l'épaisseur de la paupière vers la conjonctive, sous forme d'un bouton dur, très douloureux au toucher, et accompagné d'inflammation et de gonflement de la partie de la paupière dans laquelle l'orgelet siège, ou de la paupière tout entière. Les malades souffrent beaucoup et accusent môme un mouvement fébrile. L'orgelet se développe dans Tespace de quelques jours, son sommet prend une colo-

ration jaunâtre, s'ouvre et donne issue à un peu de pus et de tissu cellulaire mortifié.

Cette affection se reproduit souvent, de sorte que parfois les malades ont un orgelet après l'autre, pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois même.

Tout au début, on peut essayer de combattre l'inflammation par des compresses froides ; cependant, pour peu que l'état se prolonge, il est bien préférable d'employer des cataplasmes chauds, émollients, pour hâter la suppuration, et des lotions chaudes avec l'acide borique.

On peut abandonner la rupture de la petite tumeur à la nature ou pratiquer une petite incision à son sommet. Si la suppuration se prolonge, on peut cautériser légèrement la petite cavité avec le crayon de nitrate d'argent mitigé.

La prédisposition à une rechute doit être combattue par une pommade au précipité blanc d'après la formule donnée plus haut.

ARTICLE IX Tumeurs des paupières.

1° Le chalazion est une petite tumeur ferme et immobile qui se développe dans le tarse par l'altération d'une glande de Meibomius. En efîet, son enveloppe est constituée par les parois d'une de ces glandes, et son contenu par le produit de sécrétion de cette glande. Tantôt ce produit de sécrétion est changé en une matière liquide, purulente ; tantôt c'est une masse gélatineuse, graisseuse, sébacée et mélangée de tissu cellulaire de nouvelle formation.

Ce petit kyste, dont la grandeur peut varier entre le volume d'une forte tête d'épingle ou d'une lentille et celui d'une fève ou même d'une noisette, proémine tantôt vers la conjonctive au point de laisser voir par transparence son contenu, tantôt vers la peau externe de la paupière ; on en trouve dans les deux paupières du même côté et quelquefois des deux yeux. Leur consistance varie naturellement avec leur contenu.

Le chalazion se développe presque toujours très lentement et peut s'arrêter à chaque degré de son développement. Rarement la distension progressive du kyste amène la perforation

spontanée de sa paroi interne. Cette perforation peut être suivie d'une guérison définitive ; ou le contenu se reproduit, et si l'ouverture du chalazion reste béante, elle s'entoure de bourgeons charnus qui prennent parfois un assez grand développement et deviennent une source d'irritations pour l'œil.

Le traitement du chalazion consiste presque toujours dans une intervention chirurgicale, les frictions avec une pommade iodurée restant généralement sans résultat. On l'opère par cautérisation avec le galvanocautère (du côté de la conjonctive), ou par excision (énucléalion), ou par l'incision avec évacuation

Fig. J99. — Pjuces de Desmarres.

de son contenu à l'aide d'une petite curette en acier à bords tranchants. Cette dernière méthode sert de préférence pour les chalazions dont le contenu s'échappe sans peine, et dont les parois sont peu épaisses. On renverse alors la paupière et l'on incise dans toute sa largeur la petite tumeur qui fait saillie à la surface de la muqueuse. Pour faire sortir complètement le contenu du kyste, il faut exercer une certaine pression sur la paupière renversée, en arrière de la tumeur, et enlever ce qui reste avec le curette.

L'excision se pratique généralement à travers la conjonctive, la paupière étant renversée ; rarement à travers une incision

cutanée, que Ton préfère lorsque la petite tumeur est située immédiatement au-dessous de la peau. On incise alors les tissus qui la recouvrent transversalement et dans une étendue suffisante pour extraire le kyste facilement. Il faut se garder d'ouvrir ce dernier même. Puis on détache soigneusement le kyste de ses adhérences avec les tissus environnants, et Ton pratique l'excision en faisant attention de ne pas pénétrer la peau. La cautérisation de la poche est inutile. Les pinces de Desmarres ^ appliquées comme la figure 199 l'indique, peuvent servir utilement dans cette opération.

2° Le miliiim ou millet est une petite tumeur d'un blanc perlé, de la grosseur d'une tête d'épingle, située sur la peau des paupières et de la partie voisine de la joue, où Ton en remarque souvent un nombre plus ou moins considérable. Si le malade veut s'en débarrasser, on incise Tépiderme qui recouvre la petite tumeur avec une aiguille ou un bistouri très pointu, et l'on extrait le petit kyste en totalité ; si l'enveloppe avait été ouverte, il faudrait en exciser une petite portion.

3^ Le molluscum est, comme le millet, une tumeur kystique, mais d'un volume bien plus considérable, car il atteint quelquefois la grandeur d'un pois et bien plus. Son sommet oiï're parfois une pigmentation plus foncée, et l'on y distingue l'orifice dilaté d'un follicule pileux de la peau, dont la distension et Taltération consécutive produisent le molluscum. Cet orifice est parfois couvert par une matière sébacée de couleur brunâtre, et cette matière paraît assez irritante pour causer dans les follicules voisins, en les touchant, des altérations qui deviennent le point de départ d'autres tumeurs de nature pareille [molluscum contagiosum).

Le molluscum se rencontre sur toute la peau des paupières, mais surtout vers leur périphérie ; il peut se pédiculiser et forme alors une sorte de petite corne dont le sommet montre encore l'orifice du follicule. De ces petites cornes, on en voit parfois un certain nombre sur les paupières des enfants et au pourtour. Pour les guérir, on peut les comprimer entre les branches d'une pince un peu large pour évacuer leur contenu et emporter en même temps l'enveloppe qui cède facilement,

OU enlever toute la tumeur d'un coup de ciseaux. Si le molluscum est plus volumineux, il est préférable de l'extraire en totalité à travers une incision cutanée suffisante.

4° On rencontre au bord des paupières de petites vésicules transparentes, décrites sous le nom de kystes transparents, et dont on ne connaît pas Torig-ine. S'ils irritent la conjonctive, il suffit de les percer avec une pointe d'aiguille, pour en débarrasser le bord palpébral.

3° Le dacryops, petite tumeur excessivement rare, est situé vers l'ang-le externe de la paupière supérieure et résulte de la dilatation d'un des conduits excréteurs de la glande lacrymale. Aussi, si son orifice n'est pas fermé, on voit sortir quelques g-outtes liquides lorsqu'on comprime la petite tumeur. Elle disparaît rapidement lorsqu'on incise la paroi du kyste et que l'on empêche la cicatrisation immédiate des lèvres de la plaie, en les écartant à plusieurs reprises à l'aide d'une sonde. De Graefe s'est servi, dans le même but, de l'opération suivante : après avoir dilaté avec un stylet conique l'orifice très fin du kyste, il y introduisit une aiguille courbe munie d'un fil de soie et appliqua une lig-ature comprenant 4 millimètres de la paroi du kyste. Après dix jours, il enleva la ligature et divisa avec des ciseaux la partie de la paroi que la ligature n'avait pas complètement séparée. Enfin, il écarta les lèvres de la plaie à l'aide d'une petite sonde, jusqu'à ce que la cicatrisation des bords permît de considérer l'ouverture du kyste comme définitive.

6^ Les tumeurs érectiles ou nœvi mater ni vasculaires ont tantôt la forme de verrues rouge écarlate dans lesquelles le toucher rencontre des battements artériels, tantôt la forme de plaques larges. Elles sont presque toujours congénitales, siègent de préférence à la périphérie de la paupière supérieure et peuvent rester stationnaires, ou s'accroître et envahir successivement toute la paupière et passer dans l'orbite, ou s'étendre sur le front ou sur la joue. Elles peuvent être opérées de différentes manières.

Lorsqu'elles sont d'un très petit volume, elles disparaissent quelquefois après de simples cautérisations avec le nilrate d'ar-

<^ent, avec les acides nitrique ou chlorhydrique appliqués à Taide d'une petite tig'e de verre. On a vu aussi des résultats heureux de l'inoculation du virus vaccin dans les petits nœvi materni des jeunes enfants. L'injection du perchlorure de fer, après la publication des cas où cette injection a été suivie d'une terminaison funeste, ne sera plus essayée, je crois, contre les tumeurs érectiles des paupières. Le séton et la ligature ne sont applicables qu'aux tumeurs de moyenne grandeur. La ligature peut être circulaire, elle étrangle alors la tumeur au-dessous d'une ou deux aiguilles que l'on a enfoncées préalablement à sa base. On peut aussi comprendre dans la ligature une portion de la tumeur seulement, et répéter l'opération à plusieurs reprises. Le meilleur moyen et que j'emploie de préférence à tout autre, consiste en l'application de l'électrolyse. Ses grands avantages sont l'absence de douleur, de tout danger, et de difformités cicatricielles considérables.

Pour des tumeurs érectiles d'un volume trop considérable pour être attaquées directement, on a tenté la compression et même la ligature de la carotide du côté malade.

7° Xanthelasma est le nom de taches jaunes à peine proéminentes que l'on trouve sur la peau des paupières et du voisi- *nage, et dont l'étendue est très variable. Elles existent souvent chez des personnes atteintes d'affections du foie. Si l'on veut enlever un xanthelasma, on en fait l'excision, et l'on réunit les lèvres de la plaie par une ou plusieurs sutures.

8^ On a encore rencontré sur les paupières, quoique bien rarement, des fibromes et des sarcomes. Ces tumeurs ne peuvent être distinguées l'une de l'autre que par l'examen microscopique, tellement elles se ressemblent dans leur apparence. Le seul signe différentiel consiste 'dans la rapidité de développement et d'extension propre au sarcome [Virchow).

Tantôt elles proéminent vers la peau, tantôt elles forment dans la profondeur de la paupière des tumeurs circonscrites et résistantes. Quelquefois les fibromes se présentent sous forme d'une plaque de consistance cartilagineuse et même osseuse.

Les fibromes ne deviennent l'objet d'un traitement que lorsqu'ils provoquent une gêne considérable pour le malade. Le sarcome, au contraire, exige une opération immédiate.

On a encore signalé quelques cas rares de lipomes des paupières. C'étaient des tumeurs circonscrites, légèrement mobiles, donnant une sensation molle et élastique et présentant de petites bosselures. Lorsque cette tumeur devient gênante par ses dimensions, il est aisé de Tenlever par énucléation, à travers une incision cutanée.

9° Lupus, — Il peut se développer d'abord sur les paupières, ou s'y étendre de la joue. Il est caractérisé par des nodosités semi-transparentes, brunâtres, de la grosseur d'une tête d'épingle, qui environnent les ulcérations. Il faut le combattre par des évidements énergiques avec la curette en acier à bords tranchants ; sans cela il occasionne des destructions étendues des paupières, se complique d'entropion et d'ectropion, de symblépliaron et d'ankyloblépharon, amène des ulcérations de la cornée et la perte du globe oculaire. (Voy. Lupus de la conjonctive.) Quant aux opérations plastiques destinées à remplacer les paupières détruites par Je lupus, il vaut mieux les retarder jusqu'à la guérison de la maladie, parce qu'on a vu aussi les lambeaux transplantés atteints par le lupus.

10*^ Epithéliome. — Il débute ordinairement par le bord ciliaire des paupières, notamment de la paupière inférieure danssa moitié interne. On y aperçoit d'abord un petit tubercule, comme une petite verrue, presque transparent et d'une teinte grisâtre ; au toucher, il est bosselé et composé de plusieurs petits boutons. Il augmente vite d'étendue et entre dans la période d'ulcération.

L'ulcère est uni, son fond induré, ses bords sont irréguliers. Il est couvert d'une sécrétion sanieuse qui se dessèche à la périphérie et y forme des croûtes. L'ulcération gagne de plus en plus sur les parties voisines indurées ; elle peut s'arrêter pour quelque temps, puis reprendre sa marche, ou bien cesser sur un point, pendant qu'elle continue sur un autre. On distingue cette ulcération de l'ulcération syphilitique mentionnée plus haut (p. 674), par la lenteur de sa marche, l'état des téguments environnants, et surtout par l'étude des antécédents du malade.

L'épithéliome se manifeste rarement avant la période moyenne de la vie : il marche d'abord lentement, mais bien plus vite lorsqu'il a atteint la conjonctive.

l.c pronostic de cette affection est grave ; en cas d'opération, les rechutes sont d'autant plus à craindre que la destruction a été moins complète et n'a pas été portée jusque dans les parties saines de la peau.

Le traitement consiste dans l'extirpation par le bistouri ou dans la destruction par les caustiques. Lorsque la tumeur est d'une étendue modérée et nettement limitée, de façon que l'on puisse espérer l'enlever dans sa totalité, l'extirpation est indiquée. Il faut avoir soin de pratiquer les incisions dans les parties saines de la peau, et après avoir enlevé la tumeur, on donne à la perte de substance une forme favorable à la transplantation d'un lambeau cutané. (Voy. plus loin, l'article Blépharoplastie.) Après Tablation d'un épithéliome de l'angle interne, Valude préfère laisser bourgeonner la plaie à ciel ouvert, de façon à surveiller l'apparition des récidives et à pouvoir les détruire sans retard au thermocautère.

Comme caustique, on emploie souvent la potasse, la pâte au chlorure de zinc et l'acide nitrique.

M. Bergeron a employé avec un succès remarquable le chlorate de potasse localement et aussi comme traitement interne (voy. Bulletin de thérapeutique^ t. XLVI, p. 12.). Il applique sur la tumeur des plumasseaux de charpie imprégnée de la solution suivante: Eau distillée 120 g-rammes; chlorate de potasse 20 grammes. A l'intérieur, il le donne à la dose de 2 grammes par jour. i

Le docteur Broadbent ^ a recommandé l'acide acétique, une partie pour quatre parties d'eau, en injections et en badigeonnage. L'on a fait des tentatives analog'ues avec le nitrate d'argent, le chlorure de zinc, etc.

Depuis quelques années j'ai obtenu des cicatrisations remarquables sans opérationspar l'application longtemps prolongée du crayon de pyoctanine, parfois accompagnée d'injections sous-cutanées d'une solution de pyoctanine ou de sublimé sous les bords et dans le fond indurés de l'ulcération. Avant d.'appliquerle crayon de pyoctanine, il faut avoir soin de débarrasser l'ulcération des croûtes qui la recouvrent, à l'aide de compresses et de lotions avec une solution de sublimé.

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