‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 19 sur 167 · INDICATION CAUSALE · texte numérisé non relu

INDICATION CAUSALE

Parmi les causes d'irritation aptes à produire une inflammation de l'œil, l'infection se place au premier rang. Cette infection avec sa conséquence la plus dangereuse, la suppuration transmissible, est occasionnée par les microbes ou par les produits de leur sécrétion. Sa gravité est en rapport de la qualité et la quantité de la matière infectieuse d'une part, et du terrain avec sa force de résistance d'autre part. Même à l'état de santé, le sac conjonctival renferme un grand nombre de microorganismes, et l'inefficacité de nos efforts pour arriver à l'asepsie de la conjonctive a été démontrée bactériologiquement (Gayet). Cependant, comme il faut une solution de continuité épithéliale pour que les germes infectieux déterminent la suppuration, il n'est pas moins nécessaire d'utiliser l'influence stérilisante de certaines substances applicables sur la conjonctive, et actuellement, V antisepsie domine l'hygiène et la thérapeutique aussi bien que la lutte contre les coccus de la suppuration, lutte qui précède et suit les opérations oculaires.

Les moyens mis en usage dans ce but sont en première ligne une propreté minutieuse non seulement de l'œil, des paupières, du nez et de leur voisinage, mais encore de tout ce qui peut venir en contact avec l'œil, tel que les objets de toilette, les mains, les instruments, les pièces de pansement, les collyres. Pour nettoyer l'œil, on devra se servir exclusivement de tampons ou de pinceaux de ouate hydrophile et d'eau stérilisée, légèrement salée. Il faut proscrire, une fois pour toutes l'usage des éponges et des pinceaux. Les lotions antiseptiques les plus recommandables sont la solution d'acide borique à l'état de saturation (3 à 4 p. 100), de sublimé (1/5000-1/10 000) et de cyanure de mercure d'après la formule de Chibret (1 p. 1500 avec 10 de chlorure de sodium), avec la précaution d'éviter dans le mode d'emploi toute irritation mécanique ou chimique vulnérante. Les pièces de pansement doivent être d'étoffe stérilisée et conservées toujours à l'abri de l'air et de la poussière; les

instruments, tenus dans la plus extrême propreté, doivent être, avant qu'on s'en serve, plongés à plusieurs reprises dans de l'eau bouillante, ou pendant 10 minutes dans un bain de cyanure de mercure (1 p. 100) et lavés avec une solution de cyanure de mercure (1 p. 1500). Ces précautions, que ma pratique m'a démontrées comme absolument suffisantes constituent cependant le minimum d'antisepsie nécessaire. On peut, en outre, employer les appareils de désinfection et de stérilisation, autoclaves et étuves, usités en chirurgie.

Les causes d'irritation de l'œil sont mécaniques, chimiques, physiques ou organiques.

V Parmi les circonstances mécaniques nous rencontrons en premier lieu V attouchement ou le frottement exercé sur \e'è paupières à la suite des sensations de démangeaisons ou de brûlures, ou même la manie des enfants de cacher leurs yeux avec les mains ou les bras lorsqu'ils sont atteints de photophobie. Chez les adultes, une simple recommandation suffît généralement pour leur faire abandonner cette coutume, tandis que chez les enfants le médecin est obligé d'employer des moyens qui les mettent dans l'impossibilité de se nuire à eux-mêmes.

La meilleure méthode consiste dans l'application d'un bandeau protecteur. Ou recouvre l'œil d'une petite compresse de toile bien propre, et l'on place au-dessus de cette compresse quelques bourdonnets de charpie ou de ouate, de façon à faire disparaître les irrégularités de la cavité orbitaire autour du globe de l'œil qui supporte alors bien mieux la légère pression de la bande, et à obtenir ainsi une surface plane sur laquelle on applique une bande tricotée de 20 centimètres de longueur et de 5 centimètres de largeur, munie à ses extrémités de rubans. Pour l'appliquer, on prend la bande entre ses deux mains, on la place sur la ouate de manière à lui faire couvrir l'œil obliquement en remontant de l'angle de la mâchoire inférieure vers le front du côté opposé, puis on croise les rubans derrière l'occiput et on les noue sur le front.

On peut aussi remplacer ce bandeau par une coque en verre ou en aluminium convenablement attachée.

La poussière est une autre cause d'irritation qu'il faut éviter d'autant plus soigneusement que les moyens dont nous pouvons disposer pour mettre Tœil à l'abri de son influence sont très insuffisants. En effet, les lunettes qui ont été construites dans ce

but et qui se composent d'un grillage métallique entourant un verre à vitre, n'empêchent pas la poussière de pénétrer jusqu'à l'œil et ne sont pas sans g-êner la vision. Je leur préfère même les lunettes ordinaires à g-rands verres ronds ou coquilles, ainsi que l'emploi des voiles pour les femmes et pour les enfants. Mais il ne faut pas oublier que ces moyens sont imparfaits, et qu'il vaut mieux soustraire les yeux malades à toute occasion où ils pourraient être exposés à la poussière.

2° Les enfants dont les yeux ne sont pas protégés par un bandeau y portent souvent leurs mains et salissent ainsi les bords palpébraux et même la conjonctive. Une propreté excessive et un nettoyag-e fréquent de la face et des mains peuvent seuls obvier à ces inconvénients. Un danger analogue résulte de l'emploi des moyens thérapeutiques dans le voisinage des yeux, tels que les pommades, teintures, cataplasmes, etc. ; de même les vésicatoires appliqués sur le front ou sur les tempes, et dont la dessiccation produit des croûtes et une démang-eaison qui dispose les enfants à y porter leurs mains. Le tabac à priser devient facilement une cause d'irritation, surtout pour les personnes qui n'en ont pas l'habitude ; chez celles-ci, en effet, on voit même, lorsque les yeux sont dans leur état normal, survenir une roug-eur de la conjonctive et du larmoiement. Il est plutôt permis de concéder, même dans le cours d'une affection inflammatoire, l'usag'e du tabac à priser à ceux qui en ont une longue habitude et qui ne pourraient que difficilement s'en passer. Ce qu'il faut surtout éviter chez les personnes atteintes d'une ophtalmie externe, c'est le séjour dans un air vicié par l'encombrement, par des poussières et les exhalaisons liées à certaines professions (cardeurs, ég"outiers, etc.).

L'air pur étant essentiel pour la guérison de ces maladies, il faut prescrire aux malades des promenades fréquentes, et les prémunir contre le danger qui résulte du séjour dans les cafés, les salles de théâtre, de concert, de bals, en un mot, tous les endroits où toutes les causes nuisibles sont concentrées en même temps qu'un éclairage éblouissant.

La fumée de tahac nuit considérablement aux yeux irritables, il faut donc les en préserver absolument, et n'autoriser ceux auxquels la privation du tabac est par trop pénible qu'à fumer en plein air.

3*^ Les conditions physiques nuisibles aux yeux atteints d'in-

flammation externe sont le vent, la chaleur et la trop grande clarté. Quant au froid, s'il n'est pas excessif, il est bien mieux supporté, et de plus, il procure du soulagement dans les cas de conjonctivite. Par contre, il faut le considérer comme un danger dans les affections inflammatoires plus profondes, les iritis, les choroïdites aiguës, etc., etc. Nous avons à peine besoin d'indiquer combien il est important que ces malades se gardent des variations brusques de température et des courants d'air, sans toutefois les étouffer par les paravents, les couvertures ou les rideaux fermés quand ils sont obligés de garder le lit. Un malade a toujours besoin d'air, et il faut qu'il puisse respirer librement. Quant à la lumière, il y a certains cas qui exigent une obscurité complète, que l'on peut obtenir, soit en cachant les fenêtres sous d'épais rideaux, soit par des bandages. Mais il faut éviter d'avoir recours à ces moyens sans nécessité absolue, d'abord parce qu'un séjour prolongé dans un endroit obscur n'est pas sans inconvénient pour la santé générale, et d'autre part parce qu'il exige un retour très lent et graduel à la lumière ordinaire, et augmente ainsi la durée du traitement.

Dans la plupart des cas, un éclairage doux et adapté à la sensibilité du malade est de beaucoup préférable ; ce qu'il faut surtout éviter, ce sont les brusques transitions de l'obscurité à la lumière, difficilement supportées même par un œil sain.

Parmi les couleurs, le vert et le bleu irritent le moins, le jaune et l'orangé le plus, différence sensible par la sensation subjective, ainsi que par la réaction de la pupille.

Les moyens d'abriter les yeux contre un jour trop vif varient avec le séjour du malade à la chambre ou au dehors.

A la maison, on obtient l'obscurité nécessaire en baissant les rideaux devant toutes les fenêtres et en abritant même par une portière les portes qui donnent sur un endroit vivement éclairé.

La couleur de ces rideaux sera grise ; la prédilection que l'on a habituellement pour le vert n'étant justifiée que lorsqu'il s'agit d'une surface dont nous recevons la lumière réfléchie, comme les gazons, tandis que le vert pénétré par la lumière directe devient jaunâtre. Les abat-jour ne peuvent servir que lorsqu'on peut les placer devant la source lumineuse, telles que les lampes, pour lesquelles on devrait choisir de préférence un papier gris uniforme.

Au dehors, on garantit le malade contre un excès de lumière par des voiles gris ou noirs, mais surtout par des lunettes. Les verres verts, autrefois si vantés, ne méritent pas leur réputation. Les verres bleus sont bien préférables, mais nous considérons comme plus avantageux les verres fumés, qui laissent aux objets leurs nuances naturelles et donnent seulement un jour mitigé. En choisissant ces verres, il est important de s'assurer que la couleur fumée n'est pas mélangée de violet, nuance facile à reconnaître lorsqu'on place le verre sur un papier blanc.

Ce qu'il faut éviter, c'est de choisir une nuance trop foncée, parce que le malade s'y habitue tellement qu'il ne peut plus s'en passer, parce qu'elle gêne la vision distincte des objets éloignés et nécessite des efforts fatigants de la part du malade.

Pour des raisons faciles à comprendre, il faut prescrire des verres ronds qui garantissent le plus possible l'œil de tous les côtés, les faire garnir au besoin de soie noire, et choisir une monture dans laquelle la distance des verres est adaptée exactement à celle des yeux. Les verres en forme de coquille ont souvent une réfraction de verres concaves et, pour cette raison, peuvent être désagréables aux yeux non myopes.

Il va sans dire que le malade doit se servir de ces verres exclusivement lorsqu'il sort au grand jour, et qu'il ne doit pas s'en déshabituer brusquement, mais en passant par des nuances intermédiaires.

4° Parmi les causes nuisibles, il faut accorder une place importante aux efforts des yeux pour la vision distincte.

Lorsque les yeux sont gravement atteints, les malades cessent d'eux-mêmes tout travail, soit qu'il leur devienne impossible, soit qu'ils en ressentent immédiatement les conséquences désagréables.

Lorsqu'ils le sont moins, le malade ne se rend pas compte de l'influence fâcheuse de ces efforts, parce que les suites n'en sont pas aussi immédiates. En général, les malades affligés d'une affection inflammatoire ne doivent ni lire ni écrire, et éviter tout travail qui exige des efforts d'accommodation. Il ne faut pas oublier que la plupart des malades sont toujours disposés à outrepasser les limites du travail qu'on croit pouvoir leur accorder, ce dont il faut tenir compte dans les prescriptions. Lorsque leur état permet le retour à leurs occupations, il est nécessaire de ne les y autoriser que graduellement.

5° Le traitement rencontre une autre indication causale à remplir dans les troubles de la circulation locale ou générale, ainsi que dans l'existence de dyscrasies. Les stases veineuses peuvent exister comme cause première de Taffection ou comme une de ses conséquences qui s'opposent à la guérison : elles dépendent aussi bien d'une diminution de la force motrice que d'une augmentation dans la résistance, ou de Tune et l'autre. Cette distinction est d'une grande importance, parce que la première de ces causes n'admet pas le traitement antiphlogistique, mais exige, au contraire, l'emploi des moyens aptes à maintenir ou à augmenter les forces du malade. Dans le second cas, nous prendrons surtout en considération toutes les circonstances qui peuvent gêner la circulation en retour.

Sous ce rapport, il ne faudrait pas perdre de vue, surtout dans les cas d'inflammation grave, que l'expiration forcée provoquée par les cris, les efl'orts de la voix, le chant, la toux, exerce une compression sur les veines jugulaires. P-our une raison analogue, il faut éviter tout ce qui gêne la respiration, comme les cravates, les corsets, les vêtements trop serrés, ainsi que les causes de troubles dans la circulation de la veine porte, produits par la surcharge de l'estomac ou la présence trop abondante de matières fécales dans le tube intestinal.

Les malades doivent manger peu à la fois, s'abstenir de dormir après leur repas, et choisir une nourriture d'une digestion facile.

Dans les cas de congestion passive, nous combattons le défaut de tonicité des parois vasculaires par l'usage local des astringents et le bandage compressif. Directement, nous combattons l'hyperhémie par des émissions sanguines, surtout dans les cas récents, c'est-à-dire quand les parois vasculaires possèdent encore leur contractilité normale. De toutes façons, ce moyen n'a qu'une action passagère.

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