‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 21 sur 167 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Anatomie. — La conjonctive est une membrane muqueuse qui tapisse la face interne des paupières à partir de leur bord libre, et qui, après avoir formé le cul-de-sac palpébral, se replie sur la sclérotique^ vers réquateur du globe, et la recouvre jusqu'à la périphérie de la cornée. Elle dépasse même la sclérotique en formant le limbe conjonctival au bord de la cornée, sur laquelle elle est réduite à sa couche épithéliale. Elle représente ainsi un véritable sac lorsque les yeux sont fermés.

Il faut distinguer par conséquent trois portions de la conjonctive, celle qui recouvre le tarse, sous le nom de conjonctive palpébrale; celle du cul-de-sac et celle qui s'étend sur la sclérotique, conjonctive bulbaire.

La structure de la conjonctive est celle de toutes les muqueuses; elle se compose d'un tissu propre dont la base est un tissu adénoïde formé par un réseau à fines mailles dont les points d'intersection montrent de nombreux noyaux et qui est rempli d'une masse de cellules lymphatiques. Ce stratum de tissu propre est lié aux parties sous-jacentes par un tissu cellulaire et recouvert d'une couche épithéliale.

Dans la conjonctive palpébrale, le tissu propre est épais, l'épithélium est pavimenteux, stratifié ; les papilles de la conjonctive ne commencent qu'à 1 millimètre du bord ciliaire et donnent à la conjonctive, lorsqu'elles sont gonflées, son aspect velouté particulier. Elles diminuent de nombre et augmentent de grandeur à mesure qu'on s'approche du cul-de-sac. Le tissu cellulaire qui réunitle tissu propre aux parties sous-jacentes est très dense, et relie la conjonctive très intimement avec le cartilage.

Aux culs-de-sac, au contraire, le tissu cellulaire est de beaucoup

plus lâche et contient un plus grand nombre de fibres élastiques assez fortes, réunies sous forme de faisceaux. La conjonctive y est plus épaisse, son épithélium est cylindrique, et les papilles peu nombreuses mais grandes.

La conjonctive bulbaire est blanche, mince, renferme des fibres élastiques et adhère à la sclérotique par un tissu cellulaire plus dense que celui du cul-de-sac, mais qui lui laisse cependant une certaine mobilité. L'épithélium y est pavimenteux.

Dans l'angle interne de Tœil, la conjonctive bulbaire forme en se recourbant le pli semi-lunaire qui entoure la partie externe de la caroncule lacrymale, composée d'un amas de glandes sébacées,, de cellules graisseuses et de quelques follicules pileux. Le cul-de-sac supérieur est traversé, près de Tangle externe de Toeil, par les six à dix conduits excréteurs de la glande lacrymale. La conjonctive renferme en outre des follicules lymphatiques et des glandes en acinus ; les premières se trouvent dans les deux cuPs-de-sac, les dernières exclusivement dans le cul-de-sac supérieur. Elles paraissent la source principale du liquide destiné à lubréfier la surface deFoeil. Les vaisseaux de la conjonctive sont très nombreux : les artères sont fournies par les rameaux des branches musculaires, palpébrale, lacrymale, dorsale du nez, frontale, angulaire, sus et sousorbitaire provenant de Fartère ophtalmique ; la conjonctive du globe reçoit également quelques ramuscules des artères ciliaires antérieures venant ou de la lacrymale ou directement de Tophtalmique. Les veines se déversent dans les veines ophtalmique et faciale. En examinant attentivement le blanc de Toeil, on y distingue facilement deux ordres de vaisseaux : les uns suivent les mouvements de déplacement de la conjonctive, les autres sont fixés dans le tissu cellulaire sous-conjonctival. Ceux-ci se perdent vers le bord de la cornée, les premiers perforent la sclérotique d'avant en arrière dans le voisinage de la cornée.

Les nerfs, en très grand nombre, sont fournis par la première branche du nerf trijumeau. Leurs terminaisons présentent une particularité importante : ils finissent dans des petits organes particuliers qui ont reçu le nom de corpuscules terminaux claviformes, et sur la nature desquels on n'est pas complètement d'accord.

La sécrétion de la conjonctive se compose du produit des glandes en acinus, qui se rapproche beaucoup de celui de la glande lacrymale, et dans lequel se trouvent répandues les cellules épithéliales superficielles, qui sont constamment renouvelées. Elle est destinée à lubréfier continuellement la surface du globe et à maintenir la netteté de la cornée. L'importance de cette sécrétion résulte de ce fait que le liquide qui se trouve entre les paupières et le globe de l'œil se compose presque entièrement de la sécrétion conjonctivale, et que les larmes proprement dites y jouent un rôle si secondaire que

DES CONJONCTIVITES.

rextirpation de la glande lacrymale n'amèHe à sa suite aucune perturbation des fonctions de Tœil, tandis que la destruction de la conjonctive serait un grand danger pour l'œil.

ARTICLE PREMIER Des conjonctivites.

Les diverses affections inflammatoires de la conjonctive ne peuvent être considérées comme autant d'entités morbides; elles constituent plutôt différentes modifications du même processus pathologique, ces modifications dépendant d'une part de la cause de la maladie, de l'intensité et de la durée de son action, et, d'autre part, de l'état particulier des tissus au moment où l'action nuisible s'en fait sentir. La classification des conjonctivites pourrait donc être considérée comme purement théorique — car on peut rencontrer ces diverses affections comme autant de phases de la même maladie, et d'autres fois sous des formes intermédiaires, résultat de leur combinaison — si les faits cliniques n'imposaient à notre observation une classification légitime.

Nous distinguons dans ces affections les groupes suivants :

1° L'hyperhémie de la conjonctive seule ou accompagnée de sécrétion catarrhale muqueuse, puro-muqueuse ou franchement purulente (conjonctivite catarrhale, blennorrhéique et purulente).

2° Les conjonctivites dans lesquelles la sécrétion morbide montre une tendance à la plasticité, soit en formant des dépôts solides à la surface, soit même dans l'épaisseur du tissu conjonctival (conjonctivite pseudo-membraneuse et diphthéritique).

3^ Les conjonctivites dans lesquelles la sécrétion n'a lieu que par places et soulève la couche épithéliale sous formes de pustules (conjonctivites phlycténulaires).

4^ Les conjonctivites dans lesquelles les produits de la maladie affectent une forme particulière dont la nature anatomique est encore discutée, les granulations (conjonctivites granulaires, trachome).

Page 1