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Hyperhémie de la conjonctive. — Catarrhe sec

Diagnostic. — Lorsque l'hyperhémie est bien prononcée, on découvre sur la face interne des paupières un développement anormal des vaisseaux qui masquent plus ou moins les glandes de Meibomius, et changent la coloration habituellement rose de la conjonctive en un rouge vif et irrégulièrement foncé. Dans les sinus palpébraux, le rouge paraît encore plus saturé, et lorsque l'affection se prolonge la coloration devient livide.

Fig. 20. — Injection conjonctivale et sous-conjonclivale.

La muqueuse est peu tuméfiée, mais le corps papillaire commence à devenir visible et à donner à la conjonctive, surtout sur le cartilage tarse, un aspect velouté.

Lorsque l'hyperhémie se propage sur le globe oculaire, le pli semi-lunaire et la caroncule sont injectés, et le l)lanc de l'œil est plus ou moins rouge par l'apparition d'un réseau vasculaire.

L'injection du blanc de rœil demande une étude particulière, parce que les différentes formes sous lesquelles nous robservons sont des indications précieuses pour le diagnostic des affections. Lorsque rintlammation réside dans la conjonctive, les vaisseaux sont

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gros, tortueux et réunis en une sorte de réseau formé par leurs anastomoses. Ce réseau auquel est due la coloration rouge de l'hyperhémie, augmente d'intensité à mesure que Ton s'approche des paupières (fig. 20, 2), et s'éclaircit dans le voisinage de la cornée. Une seconde forme d'injection produit une zone rose autour de la cornée, et dont la teinte pâlit à mesure qu'elle s'en éloigne (fig. 20, 1). Un examen attentif de cette rougeur démontre qu'elle est formée par des vaisseaux très petits et disposés en lignes droites qui partent en rayonnant du pourtour de la cornée. Cette injection siège dans le tissu épiscléral et indique une inflammation de la cornée ou du tractus uvéal (iris, corps ciliaire, choroïde). Une troisième forme d'injection n'occupe qu'une partie du blanc de l'œil et y constitue une plaque de forme irrégulière et de coloration livide ; elle est le produit d'une inflammation de la sclérotique, dont la couleur d'un rouge vif est modifiée par l'influence optique de la conjonctive semi-transparente qui la recouvre.

Dans le catarrhe sec, la sécrétion ne présente rien d'anormal ; tout au plus y a-t-il une hypersécrétion de la glande lacrymale sous l'influence d'une cause irritante accidentelle ; et les larmes paraissent au malade d'une chaleur désagréable.

Les malades accusent la sensation de corps étrangers, tels que des grains de sable, de picotements, ou de pression, la lourdeur des paupières plus prononcée le soir, ou dans les cas chroniques une sécheresse toute particulière, une raideur qui les gêne pour ouvrir les yeux, surtout après le sommeil. Ils accusent une sensibilité excessive à la lumière et qui accompagne les efforts prolongés de vision. Ces symptômes se prononcent davantage sous l'influence de toutes les circonstances qui augmentent l'hyperhémie, telles que le séjour dans un air chaud ou vicié, l'accélération de la circulation qui suit les repas, le travail assidu, le frottement des paupières, etc.

D'ailleurs, l'intensité de ces sensations varie individuellement et paraît bien plus forte quand les paupières sont tendues et appliquées fortement sur le globe oculaire que lorsqu'elles sont naturellement lâches et distendues.

Les causes de cette affection sont de diverses natures : des influences atmosphériques et infectieuses, la présence d'un corps étranger, une glande de Meibomius infarctée et produisant une petite concrétion, les troubles des voies lacrymales, le séjour dans un air vicié, les insomnies prolongées.

Il faut accuser ég-alement des travaux assidus exécutés dans de mauvaises conditions, par exemple sur des objets très fîns^ dans un mauvais éclairage, avec des lunettes mal appropriées à la A^sion, ou sans lunettes lorsque l'état des yeux en exigerait. D'autres fois, on rencontre Thyperhémie de la conjonctive comme accompagnant une hyperhémie des membranes profondes de l'œil, par exemple dans les cas de myopie progressive.

La marche de cette affection est aiguë ou chronique, suivant que la cause agit une seule fois ou se manifeste d'une manière continue. Dans ces dernières conditions, l'hyperhémie peut se propager et devenir le point de départ d'intlammation des glandes de Meibomius, de blépharites, etc.

Le pronostic est absolument bon, et si le malade peut se soustraire aux causes de la maladie, sa guérison est généralement spontanée.

Le traitement ^e propose, en premier lieu, d'éviter les causes nuisibles, et d'écarter du malade celles qui ont provoqué l'hyperhémie de la conjonctive. L'hygiène oculaire, telle que nous l'avons exposée plus haut dans le chapitre précédent, Tusage des lunettes appropriées, et quelques lotions fraîches suffisent dans le plus grand nombre de cas.

On a remplacé avantageusement ces lotions par des douches sur des paupières fermées, dont il faut éviter seulement le choc trop violent, et, dans ce but, les instruments pulvérisateurs rendent de grands services. Si ces moyens ne suffisent pas, on y ajoutera l'usage des médicaments astringents, appliqués sur les paupières en compresses. L'acétate de plomb (6 gouttes pour un verre d'eau) trois fois par jour pendant un quart d'heure ou une demi-heure, le sulfate de zinc (0^%20 pour 150 grammes d'eau), remplissent ordinairement le but.

Les mêmes rfiédicaments, à une dose un peu plus forte, peuvent être employés sous forme d'instillations, une ou deux fois par jour. On obtient parfois une amélioration sensible par un collyre de laudanum (parties égales de laudanum et d'eau distillée). Lorsque l'hyperhémie a déjà pris un caractère chronique, on se servira avec avantage d'une solution de nitrate d'argent (Os'',10 pour 30 grammes d'eau) que l'on applique à l'aide d'un

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tampon ou d'un pinceau de ouate à la surface interne des deux paupières. Cette application peut être renouvelée, s'il est nécessaire, tous les quatre ou cinq jours ou même plus souvent. Il va sans dire que lorsqu'il existe une cause mécanique de l'hyperhémie, telle que l'hypertrophie d'une glande de Meibomius avec infarctus, un cil dévié, une affection des voies lacrymales, etc., il faut en débarrasser le malade.

Après une hyperhémie de longue durée, on observe souvent une hypertrophie du corps papillaire qui se manifeste par l'apparition d'élevures arrondies, diaphanes, très fines, dans le voisinage des sinus palpébraux. Dans ces cas d'hyperhémie chronique, il faut examiner ces régions attentivement, après avoir renversé les paupières, et si Ton constate la présence de ces papilles, les cautériser légèrement avec le sous-acétate de plomb (en solution avec une égale quantité d'eau), en ayant soin de renverser les paupières et de protéger la cornée du contact du médicament afin d'éviter les dépôts ou incrustations qui seraient surtout à craindre lorsque Tépithélium de la cornée n'est pas intact. Il est très rarement nécessaire et, dans la plupart des cas, même nuisible d'avoir recours à des cautérisations avec le sulfate de cuivre et le crayon de nitrate d'argent mitigé par l'adjonction du nitrate de potasse.

Nous nous servons, pour les cautérisations avec le nitrate d'argent, de crayons mitigés qui se composent de nitrate d'argent et de nitrate de potasse dans les proportions d'une partie de nitrate d'argent pour deux de nitrate de potasse, ou en parties égales, ou enfin de deux parties de nitrate d'argent pour une de nitrate de potasse. Après la cautérisation, on neutralise immédiatement l'excédent du caustique, en promenant sur la partie cautérisée un tampon ou pinceau de ouate trempé dans de l'eau salée, puis on lave toute la région avec de l'eau fraîche.

Chaque cautérisation est suivie d'une sensation de chaleur assez désagréable pour le malade, et dont on combat Tintensité à l'aide de compresses fraîches ou de douches de quelques minutes de durée.

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