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ATROPHIE ET XEROSIS DE LA CONJONCTIVE

désigne sous le nom de xerosis glabra. S'il en occupe la totalité, xerosis squamosa^ et comme dans ce cas la cornée y participe également, on a donné à cet état le nom de xérophtalmie.

Le xéi^osis partiel produit sur la conjonctive des taches blanchâti^es, grisâtres, d'un reflet satiné présentant tous les caractères des taches cicatricielles. Dans le xerosis total, nous voyons la conjonctive tout entière sèche, pâle, couverte de petites écailles pulvérulentes formées par les détritus des couches épithéliales. Les plis des culs-de-sac disparaissent, le pli semi-lunaire s'efface ainsi que la caroncule, et la conjonctive palpébrale se continue directement avec la conjonctive bulbaire. Cette dernière est également rétractée, et la cornée opaque, atrophiée, et raccourcie dans tous ses diamètres.

Les glandes de Meibomius s'atrophient avec les tissus envii^onnants, les conduits de la glande lacrymale s'oblitèrent ainsi que les points lacrymaux. L'absence de toute sécrétion produit une extrême sécheresse de l'œil, les mouvements de celuici sont excessivement gênés par la rétraction de la muqueuse et par les adhérences qui peuvent même empêcher l'occlusion des paupières.

Les causes du xerosis résident, comme nous l'avons vu plus haut, dans les ophtalmies suivies de dégénérescence atrophique de la muqueuse (granulations, diphtérie) ainsi que dans les brûlures étendues. Une autre cause bien plus rare de la xérophtalmie est le pemphigus de la conjonctive observé quelquefois avec le pemphigus de la face, dont j'ai pu suivre moi-même jusqu'à la fin quelques cas, accompagnés d'atrophie cutanée qui donne à la peau de ces régions un aspect pâle et satiné. — J'ai vu un état absolument pareil chez les lépreux^ dans les hôpitaux spéciaux de la Norvège.

Il y a peu de chances de guérison pour le xerosis, le traitement n'a pour but que de soulager le malade. J'ai vu, cependant, la maladie rester très longtemps stationnaire sous l'influence d'applications directes sur la muqueuse d'une solution de sublimé et d'injections du même médicament sous la muqueuse palpébrale. On combat la sensation de sécheresse par des lotions fréquentes avec de l'eau tiède, du lait, de la glycérine, ou une solution de carbonate de soude.

Le xerosis épithélial occupe presque toujours la partie de la conjonctive bulbaire qui reste à découvert lorsque les pau-

pières sont ouvertes. On y voit des deux côtés de la cornée une tache triang-ulaire dont la pointe est dirig-ée vers les ang-les de l'œil, lég-èrement proéminente, couverte de toutes petites écailles blanchâtres ou d'une sécrétion écumeuse ; si on l'enlève avec un pinceau, le fond est sec sans brillant. Le reste de la conjonctive bulbaire est normal, mais si lâche qu'elle se plisse facilement pendant les mouvements de l'œil. On a trouvé dans le dépôt qui recouvre la conjonctive des bacilles, mais les mêmes se rencontrent dans la conjonctive normale et dans des sécrétions catarrhales sans xérosis. Les taches décrites ont été observées aussi sous forme d'épidémies, accompag^nées d'héméralopie (Bitot), en Russie à la suite de jeûnes prolong-ées et isolément chez des individus anémiés et affaiblis. Leur durée est transitoire et la guérison spontanée avec l'amélioration de l'état général. Au Brésil on voit cette même maladie se compliquer de nécrose de la cornée chez les enfants atreptiques des esclaves nègres, et chez les adultes à la suite de troubles généraux de la nutrition [ophtalmie brésilienne).

ARTICLE VI

Tumeurs de la conjonctive.

V Pinguicula. — On désigne ainsi une petite tumeur jaune blanchâtre, variant du volume d'une tête d'épingle à celui d'un petit pois, située près du bord de la cornée, suivant le diamètre horizontal du globe oculaire, le plus souvent du côté nasal, plus rarement du côté temporal, et parfois des deux côtés en même temps. Malgré son nom, il n'entre pas de graisse dans sa structure : elle est composée de tissu cellulaire, de fibres élastiques et de quelques vaisseaux, et couverte d'une couche épaisse d'épithélium. Elle ne cause aucune gêne au malade et reste généralement stationnaire. On attribue son origine à de petites érosions produites par le contact de petits corps étrangers susceptibles d'atteindre les yeux à travers la fente palpébrale. La cicatrisation de ces érosions amène la soudure des plis conjonctivaux voisins et le renflement que l'on désigne sous le nom de pinguicula. Cette petite tumeur ne demande aucun traitement ; si, par un développement excessif, elle gêne les mouvements de l'œil ou devient trop difforme, on peut l'enlever

avec des ciseaux courbes, et réunir les bords de la plaie par un point de suture.

2° Lipomes. — Ces tumeurs sont rares sur la conjonctive, elles sièg-ent habituellement dans l'espace compris entre les muscles droits supérieur et externe, à quelque distance de la cornée [de Graefe)^ se présentent sous un aspect jaunâtre bosselé, et sont recouvertes de conjonctive saine. Elles sont congénitales et correspondent avec le tissu graisseux de l'orbite. Ce n'est qu'en cas de développement prog-ressif, ou lorsqu'elles deviennent une cause d'irritation pour la conjonctive qu'on est amené à enlever ces tumeurs, en incisant la conjonctive, qui les recouvre ; la tumeur enlevée, on réunit les bords de la conjonctive par quelques points de suture.

3° Polypes. — Ce sont de petites tumeurs pédicules, mamelonnées, de couleur rose, situées dans le voisinage du pli semilunaire et sur la caroncule; leur cause est peu connue. On observe aussi sur la conjonctive des excroissances charnues ou des végétations consécutives à des blessures de cette membrane (après la ténotomie du muscle droit interne). Elles aussi deviennent pédiculées, et on les enlève alors par un coup de ciseaux. On opère les polypes de la même manière, et l'on arrête l'hémorrhagie notable qui suit quelquefois cette petite opération en cautérisant la petite plaie avec le nitrate d'argent. Cette cautérisation prémunit en même temps contre les récidives auxquelles les polypes sont très sujets. Dans le même but, on peut enlever aussi avec les ciseaux la petite partie de la conjonctive sur laquelle le pédicule est implanté.

4^ Dermoïdes. — On appelle ainsi de petites tumeurs gris jaunâtre de grandeur variable, depuis celle d'une lentille jusqu'à celle d'une petite noisette, toujours situées au bord de la cornée, le plus souvent au bord inférieur externe, et empiétant plus ou moins sur cette membrane. Leur surface est lisse avec un grand nombre de sinuosités, et quelquefois garnie de poils. La structure de cette tumeur est analogue à celle de la peau : tissu cellulaire ondulé sans noyaux, contenant des fibres élastiques, quelquefois des follicules pileux et autour d'eux des groupes de cellules graisseuses, le tout couvert d'une couche

épaisse d'épithélium pavimenteux. Les dermoïdes sont congénitaux, tendent à s'agrandir, et récidivent s'ils sont enlevés incomplètement. Leur cause est attribuée à un vice de conformation [Ryha)^ accompagné d'autres affections de ce genre, telles que le coloboma des paupières. La marche envahissante du dermoïde sur la cornée nécessite son opération. On saisit la tumeur à sa partie la plus saillante avec des pinces à griffes, et on la détache à l'aide d'un couteau à cataracte, d'abord de la cornée, puis de la sclérotique. Comme elle pénètre très profondément dans la cornée, il serait imprudent de vouloir l'enlever dans toute son épaisseur, il suffît d'en pratiquer l'excision au niveau naturel de la cornée. Si la cicatrisation laisse une tache cornéenne très visible, on peut la faire disparaître par le tatouage.

5° Kystes. — Ils se présentent sous forme de tumeurs rondes et circonscrites, de couleur rose, semi-diaphane ou jaunâtre, d'une grandeur variable jusqu'à celle d'une fève. Leur enveloppe membraneuse est plus ou moins résistante et leur contenu liquide ou épaissi. Ces kystes sont presque toujours congénitaux, d'autres fois on a les observés après un coup porté sur l'œil.

L'énucléation en totalité est le meilleur moyen de les opérer. Mais elle ne réussit pas toujours, à cause de la faible résistance de leur enveloppe qui se rompt facilement, ou que l'on blesse parfois en voulant la détacher de la conjonctive à laquelle elle adhère intimement. Lorsqu'ils sont limpides et que l'enveloppe est très mince, il suffit de les inciser et de les cautériser légèrement après l'évacuation du contenu.

6° Tumeurs érectiles. — Leur présence sur la conjonctive est toujours due à la propagation d'une tumeur analogue de la paupière. Elles doivent être enlevées dès leur début et le plus tôt possible par l'excision, le galvano-cautère ou l'électrolyse.

7° Taches pif/menlâires. — Elles sont assez fréquentes et sans danger. Cependant, comme on a observé qu'elles deviennent parfois le point de départ de dégénérescences sarcomateuses, on en pratique l'excision et l'on réunit les bords de la plaie conjonctivale ])ar une suture.

8° Lupus, — Il peut se développer primitivement sur la conjonctive ou gagner la muqueuse après avoir débuté sur les joues ou les paupières. Le mal se présente sous forme de petits boutons diaphanes de la couleur du café au lait, qui finissent par s'exulcérer et dont la cicatrisation produit le symblépharon ou le trichiasis. Lorsque les paupières sont aussi atteintes, on peut voir survenir Tectropion, le rétrécissement et même l'occlusion de la fente palpébrale. En même temps la cornée peut devenir le siège d'éruptions de lupus ou d'un pannus épais. La maladie, abandonnée à elle-même, conduit de l'une ou de l'autre manière à une cécité totale.

Le traitement consiste dans le raclage du tissu malade à l'aide d'une petite curette tranchante en acier. En pratiquant cette opération avec beaucoup de soin et en la répétant aussitôt que l'on voit des boutons apparaître, on réussit à enrayer le processus morbide et à conserver la vision. La cornée aussi supporte très bien le raclage des petits boutons. (Pour le lupus des paupières, voyez plus bas.)

La lèpre produit des altérations conjonctivales tellement pareilles à celles du lupus, comme j'ai pu m'en convaincre dans les hôpitaux de Norvège, qu'on ne pourrait les diagnostiquer souvent que par l'examen bactériologique et les symptômes de l'affection générale.

9° Des ulcérations syphilitiques ont été observées sur la conjonctive palpébrale et des culs-de-sac. Leur fond lardacé, leurs bords résistants, indurés, et l'existence d'une affection syphilitique générale, assurent le diagnostic. J'ai observé à plusieurs reprises sur le globe de l'œil des gommes sous-conjonctivales sous forme d'une petite tumeur élastique violacée ; dans un cas, il y avait en même temps une ulcération phagédénique étendue et profonde à la surface interne de la paupière inférieure, et la tumeur siégeant entre le bord interne de la cornée et l'angle de l'œil, se développa à tel point que le globe de l'œil gêné dans ses mouvements d'adduction était poussé vers la tempe et qu'il en résulta de la diplopie ; en même temps, il y avait une gomme à l'endroit correspondant de l'autre œil. En outre de la médication générale appropriée, le traitement local des ulcérations consiste dans l'emploi d'une solution de sublimé (10 centigrammes pour 100), d'insufllations d'iodoforme.

de cautérisations avec le nitrate d'argent ou du raclage avec la curette tranchante.

10^ Epithéliomes et sarcomes [pigmentés). — Ils débutent rarement sur la conjonctive et apparaissent alors sur le limbe cornéen, sous forme d'un petit bouton que l'on pourrait confondre d'abord avec une phlyctène, d'autant plus facilement qu'ils s'accompagnent d'une injection analogue. Cependant, le bouton de l'épithélioma a des bords plus escarpés ; il est couvert d'un épithélium lisse, et présente une surface papillaire, lorsqu'on l'examine avec une loupe. Plus tard, il prend l'aspect d'une tumeur bosselée, quelquefois ulcérée, et affecte une marche irrégulière, envahissant tantôt lentement, tantôt très rapidement les tissus environnants. Le sarcome est pédicule et peut recouvrir toute la cornée sans y pénétrer. Il faut en pratiquer l'excision aussitôt que possible, et appliquer le galvanocautère aux endroits atteints. Si l'opération n'est pas possible on peut tenter l'emploi local de la pyoctanine, ou d'une solution de plus en plus saturée de chlorate de potasse (en commençant avec 2 grammes pour 100) et l'usage journalier de deux cuillerées d'une solution de ce sel à 10 grammes pour 200 [Berger on],

IP Le cancer médullaire et le cancer mélanique débutent rarement sur la conjonctive, sur laquelle ils apparaissent plus souvent par propagation de voisinage. Le cancer mélanique cependant a été observé prenant naissance dans le voisinage de la cornée.

12° Entozoaires. — On a rencontré sous la conjonctive le cysticerque du tissu cellulaire [Sichel) et dans les contrées intertropicales la fîlaire de Médine [Schœne). Le cysticerque apparaît comme une vésicule blanchâtre ou jaunâtre, de la grandeur d'un gros pois, entouré d'une injection assez prononcée de la conjonctive. Le diagnostic ne sera toujours assuré que par son examen microscopique.

La filaire de Médine se présente comme un filament noirâtre doué de mouvements très rapides, qui occasionnent au malade des douleurs vives et une inflammation notable de la conjonctive.

Le cysticerque comme la fîlaire doivent être extraits après incision du tissu qui les recouvre.

13° Lithiase. — On désigne sous ce nom une dessiccation ou altération calcaire de la sécrétion des glandes conjonctivales, surtout de celles de Meibomius (infarctus des glandes). Elle apparaît dans la conjonctive sous la forme de petites concrétions blanchâtres, rondes, delà grosseur d'une tête d'épingle. Généralement, on en voit plusieurs dispersées sur la conjonctive qui recouvre le tarse et dans le voisinage du bord palpébral.

Ces concrétions provoquent de l'irritation, et, si elles frottent contre la cornée, de petites infiltrations ou ulcérations de cette membrane. On les enlève avec la pointe d'une aiguille à cataracte ou avec une curette tranchante, après avoir pratiqué une petite incision dans la conjonctive qui les recouvre.

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