CHAPITRE m
Anatomie. — Ces deux membranes, dont Taspect extérieur est si différent, n'en forment qu'une par leur structure.
Elles se continuent Fune dans l'autre sans interruption et constituent pour les milieux de l'œil une enveloppe entièrement close, et perforée seulement par le nerf optique.
La sclérotique est une membrane fibreuse composée de faisceaux de fibres cellulaires qui s'anastomosent et s'entre-croisent perpendiculairement ; les unes suivant une direction parallèle au méridien, les autres suivant une direction parallèle à l'équateur de l'œil. Ce tissu est traversé par un grand nombre de fibres élastiques et de corpuscules de tissu cellulaire. A l'endroit où le nerf optique pénètre dans le globe de l'œil, les fibres de la sclérotique se divisent en plusieurs couches, les plus externes se recourbent dans une division presque perpendiculaire, et entourent le nerf, dont elles forment l'enveloppe externe fibreuse. Les fibres les plus internes pénètrent dans le nerf optique et forment une membrane fenêtrée qui livre passage aux faisceaux nerveux (membrane criblée). Une couche moyenne, séparée de la couche externe par du tissu cellulaire, finit par se fondre avec la gaine du nerf optique. A cet endroit, c'est-à-dire dans le voisinage le plus rapproché du nerf optique, la sclérotique a sa plus grande épaisseur (1^°^,25) et s'amincit graduellement vers la cornée jusqu'à 3/10 ou 4/10 de millimètre. Elle est renforcée considérablement par l'épanouissement des insertions des muscles droits et obliques de l'œil.
La sclérotique n'a pas de nerfs ; elle n'a que fort peu de vaisseaux qui viennent des vaisseaux ciliaires et forment un réseau à larges mailles sur les faces externe et interne de la membrane. La partie
CORNEE ET SCLEROTIQUE
postérieure de ce réseau se réunit autour de Tentrée du nerf optique, en un cercle vasculaire dont plusieurs branches pénètrent dans le nerf optique et dans la choroïde. De la partie antérieure de ce réseau naissent également des branches perforantes qui se rendent au muscle ciliaire.
La sclérotique est en outre perforée à différents endroits par de petits canaux dont la direction est plus ou moins oblique et qui livrent passage aux nerfs et aux vaisseaux de la choroïde. Le grand nombre de ces canaux vers le nerf optique et vers la cornée diminue sensiblement à ces endroits la consistance de la membrane. Près de sa jonction avec la cornée, et un peu en arrière, se trouve le canal de Schlemm ; il renferme un plexus de vaisseaux recevant de petites veines du muscle ciliaire et donnant de nombreux vaisseaux en dehors aux veines qui rampent à la surface externe de la sclérotique [Leber).
La cofnée est la continuation directe de la sclérotique et doit sa transparence à une homogénéité parfaite de sa substance intercellulaire. D'après sa forme et son aspect, elle ressemble à un verre de montre enclavé dans l'ouverture antérieure de la sclérotique, dont le tissu dépasse le bord de la cornée de I millimètre à peu près, mais un peu plus en haut et en bas que sur les côtés. La cornée a sa plus grande épaisseur vers la périphérie (l^™,d2) et s'amincit graduellement vers le centre (0™°^,9). Nous y distinguons, d'avant en arrière, trois couches superposées et faciles à séparer l'une de l'autre :
1° L'épithélium est la continuation directe de l'épithélium conjonctival. 11 est pavimenteux et les cellules les plus superficielles sont aplaties, les moyennes rondes et les plus profondes presque cylindriques.
La couche épithéliale est séparée du tissu propre de la cornée par une lame élastique (membrane de Bowman), dont l'existence indépendante est contestée par d'autres observateurs, qui la considèrent comme une couche de fibrilles cornéennes condensées.
2° Le tissu propre de la cornée est composé de fibrilles disposées en lamelles parallèles à la surface de la membrane. Entre ces lamelles, qui ne sont pas faciles à isoler, à cause de leur enchevêtrement, se trouve un système de cellules étoilées sans membrane, mais avec des noyaux et des nucléoles (corpuscules de la cornée). De ces cellules partent des prolongements (six à vingt) plus ou moins longs, anastomosés avec ceux du voisinage et formant un réseau ou système canaliculaire qui traverse la membrane dans toutes les directions. On a observé en outre dans le tissu de la cornée des cellules plus petites sans membrane, qui se déplacent entre les fibrilles (globules migrateurs), au milieu du réseau canaliculé.
3° La membrane qui tapisse la cornée vers sa face postérieure, membrane de Descemet, est une membrane vitrée, homogène, élastique, et porte sur sa face libre une couche d'épithélium pavimenteux qui se modifie graduellement vers sa circonférence. A cet endroit, la membrane s'épaissit et se divise dans une série de fibres dont les unes s'adossent à la paroi interne du canal de Schlemm, tandis que les autres se réfléchissent sur Firis (ligament pectine). L'épithélium modifié se continue sur le ligament pectine et sur Tiris.
La cornée est sans vaisseaux ; ses nerfs viennent des nerfs ciliaires, au nombre de quinze ou vingt, perdent à leur entrée dans la cornée leur enveloppe et leur moelle, et ainsi réduits à leur cylindre-axe, ils deviennent tout à fait transparents. Ils forment, dans les parties antérieures de la cornée, en se divisant dichotomiquement, des filets superposés très nombreux, renfermant des noyaux situés à l'endroit des divisions.
Les opinions sont partagées sur leur terminaison ; d'après les uns, elle est constituée par un réseau placé très superficiellement dans la cornée [His) ; d'autres croient à des divisions encore plus petites {Saemisch), d'autres enfin ont observé que le plexus nerveux situé près de la membrane de Bowman donne naissance à des faisceaux de fibrilles à simples contours, qui se divisent en ramifications très fines et forment un réseau nerveux à la base de la couche épithéliale. De ce réseau sortent des fibrilles excessivement fines, qui traversent l'épithélium et se terminent librement par un petit renflement [Cohnheim],
Le caractère chimique du tissu de la cornée est de donner par la coction une chondrine qui se redissout dans un excès des substances qui la précipitent {His)^ tandis que la sclérotique donne, comme les autres tissus cellulaires, de la gélatine.
ARTICLE PREMIER Des kératites.
j* A. — KÉRATITES SUPERFICIELLES.